Le grand vaisseau
( 1 )
de Robert Reed
aux éditions Bragelonne
Genre : SF
Sous-genres :
  • Space opéra

Auteurs : Robert Reed
Traduction : Michel Demuth
Date de parution : mai 2006 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 412
Titre en vo : Marrow
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : janvier 2000

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Entomologie à l’échelle planétaire

Sept romans de Robert Reed ont été traduits en français (Béantes portes du ciel, 1997, 1999 ; Le Grand vaisseau 2000, 2006 ; La Jungle hormone 1987, 1991 ; Le Lait de la chimère 1989, 1992 ; La Voie terrestre 1991, 1994 ; Le Voile de l’espace 1994, 1994, et Soeur Alice, cette année), sur les 12 disponibles en anglais (il manque The Leeshore, 1984 ; The Remarkables, 1992 ; An Exaltation of Larks, 1995 ; Mere, 2004 et The Well of Stars, 2004). Mais c’est surtout un auteur de nouvelles de talent, publié dans de nombreuses revues de science-fiction américaines, et il a dépassé en Aout 2006 sa 150e nouvelle. Plusieurs de ses nouvelles sont disponibles en ligne sur le site Sci Fiction.
Le Grand Vaisseau (Marrow, 2000) est loin d’être l’introduction à l’univers de Marrow, même s’il est le premier roman de la série. Il a été précédé par trois nouvelles, The Remoras (1994), Aeon’s Child (1995), et Marrow (1997), qui malgré son nom, n’a pas de relation directe avec le roman. Cinq autres nouvelles ont depuis été publiées (Night of Time, 2003 ; River of the Queen, 2004 ; Camouflage ; 2005 ; Afterward, 2005 ; Hoop-of-Benzene, 2006 ; Rococo, 2006), une est prévue pour 2007 (Hatch), et un second roman The Well of Stars (2004), ainsi qu’un chapbook (Mere, 2004) ont également été publiés.

Vers la moëlle du vaisseau…

Imaginez un vaisseau de la même taille que Jupiter. Un vaisseau que l’Humanité a eu la bonne fortune de trouver, alors qu’il passait, abandonné, près du Système Solaire. Un vaisseau dont personne ne connaît ni l’origine, ni la destination, mais qui était là, prêt à être cueilli, tous ses systèmes fonctionnels. Les humains se sont servis. Et le vaisseau continue sa course à travers la galaxie, ses nouveaux propriétaires accueillant des représentants d’autres espèces intelligentes pour une croisière de luxe. Souvent, la cohabitation se passe bien. Parfois, pas du tout...
Mais Le vaisseau est loin d’avoir livré tous ses secrets. La Maîtresse, qui règne sur des milliers de capitaines (qui s’occupent de la direction au jour le jour des diverses parties du vaisseau), convoque les plus brillantes de ses troupes : une planète a été découverte au coeur du vaisseau ! Marrow présente de très étranges propriétés : il faut organiser une expédition d’exploration, et comprendre comment, et surtout pourquoi elle est là. Mais rien ne se passe comme prévu...

Entomologie à l’échelle planétaire

A la démesure du vaisseau répond la quasi immortalité de ses habitants humains et le nombre d’espèces présentes à bord. Le vaisseau est un monde renfermé sur lui-même, mais qui contient tout ce dont il a besoin, et qui peut se permettre d’être sa propre fin, une île errant dans l’espace, sans avoir besoin d’un but.
Rien n’est pressé, il est possible de prendre des dizaines, voire des centaines d’années pour résoudre les problèmes correctement. Face à cette démesure dans les moyens et les descriptions, Robert Reed a pris le parti d’observer les habitants du vaisseau d’une certaine distance, comme un entomologiste observerait une fourmilière, s’attardant à peine sur certains personnages pour se concentrer plutôt sur les mouvements d’ensemble. Cette approche permet au lecteur d’avoir une bien meilleure conception de l’énormité du monde décrit que dans, par exemple, dans L’Anneau-Monde de Larry Niven, dont l’approche personnage-centrée ramenait finalement cette création extraordinaire à à peine plus qu’un monde classique. Il est par contre plus difficile de s’attacher réellement aux personnages, qui, hormis Miocène, sont un peu lisses, mais cela ne nuit pas forcément au souffle épique du récit, en particulier pendant la partie sur Marrow. L’autre partie qui souffre un peu de toute cette grandeur est l’intrigue, qui hésite entre l’enquête et le thriller politique, et qui semble presque être de trop par moments (la fin, en particulier, fait intervenir un deus ex machina un peu gros).
Malgré ces quelques défauts, il s’agit d’un roman extrêmement original par le style et les descriptions, qui parviennent à plusieurs reprise à faire passer une véritable poésie. Le Grand Vaisseau est une lecture indispensable pour tous les amateurs de hard S.-F. accros aux constructions gargantuesques, mais devrait plaire à tous ceux qui n’exigent pas une caractérisation excessive des personnages.

Magda Dorner

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