Le jeu des sabliers
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de Jean-Claude Dunyach
aux éditions Imaginaires sans frontières
Genre : SF

Auteurs : Jean-Claude Dunyach
Couverture : Gilles Francescano
Date de parution : janvier 2003 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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Un monde à part

On peut attendre beaucoup de choses d’un livre de fantasy. Il y a deux écoles communes de lecteurs : ceux qui préfèrent les histoires axées sur les personnages et les fous de mondes originaux, les encyclopédistes de l’imaginaire, les voyageurs… Et puis, il y a, hors catégorie, les littéraires… Ceux qui cherchent l’ambiance, le ton, la marque de l’auteur. On rentre dans l’œuvre de Dunyach muni de cette clé là. Son univers, cruel et poétique, violent et familier, est toujours atténué par ce style classique qu’il avait le mieux amené dans Déchiffrer la trame.

Dunyach n’aime pas les étiquettes. On le comprend. Le jeu des sabliers est de la fantasy SF. Un monde de planètes et de troubadours qui rappellent l’esthétique de Moebius, patiné à la mode new-age, puisqu’il utilise les arcanes du Tarot pour naviguer dans son roman, chapitre après chapitre, en s’inspirant de Méditation sur les 22 arcanes majeurs du Tarot (Editions Aubier).

Quatre cartes pour quatre compagnons

Quatre compagnons qui se complètent… Quatre personnages différents, tous définis par une arcane majeure : la force, le bateleur, l’ermite, le mat…Pour retrouver des sabliers dont l’un d’eux connaît l’usage et la signification, ils s’unissent malgré leurs différences…
Dans cette troupe étrange, il y a Aléna, la guerrière au vieillissement précoce, qui ne peut survivre sans le semiothe accroché à son dos, Dorian, l’enfant rescapé d’un caisson de connaissance accéléré qui est devenu un bouffon érudit et bavard, Jern, le jongleur désabusé, atteint du mal de ses origines et Olym, le vieil homme qui veut percer le secret des Sabliers, à l’origine de cette quête.

Un roman à part

Dunyach signe de son style même l’originalité de son roman. Il y a toujours une part d’ombre dans ses romans, un gouffre civilisé au bord duquel ses personnages vacillent, une menace sourde. La poésie de son histoire tient justement dans le non-dit, l’évocation d’une consistance plus profonde que celle du monde organisé qu’il décrit. La part de mysticisme que l’on découvre au fil des peuplades décrites (beaucoup de cultes et de liens à la nature) fait écho aux titres des chapitres (une arcane différente à chaque fois) et rythme l’ambiance étrange et le mystère dont il entoure la quête de ses personnages.

Sa narration classique ne doit pas tromper : elle est, une fois de plus, un support à l’éclat et l’étendue d’un monde bien plus complexe qu’il n’y parait. C’est peut-être cela le secret de Dunyach, savoir s’échapper des lieux communs en les apprivoisant, les détournant en subtilité et les domestiquant de sa marque si particulière, ce monde à part, cette poésie disciplinée qui laisse le lecteur songeur, projeté dans un univers qu’il croyait familier et qu’il finit par intégrer avec une appréhension mêlée de plaisir.

Dans ce jeu de miroirs, on retiendra, au-delà de l’appréhension générale, des trouvailles amusantes et exaltantes (des Lanceurs de Pierre allumés et meurtriers), des clins d’œil (la voix du conteur qui endort et éveille, selon le rythme de son oraison) et beaucoup de références à l’art et à la littérature (une planète sculpture, des légendes, des castes d’amazones…)
Le Jeu des Sabliers, porté par l’écriture du Dunyach, est un livre à impact latent. On croit l’avoir refermé et pourtant, le voyage ne se termine pas. Il fallait bien que ça arrive. A force de plonger dans cet univers étrange, c’est lui qui plonge tout entier en nous et s’installe.

Critique, ex chanteur guitariste d’un groupe modestement nommé les Worldmasters, scientifique à l’origine, Jean-Claude Dunyach est l’auteur de nombreux romans et recueils de nouvelles et a obtenu quelques prix significatifs (Ozone, Rosny, prix de l’imaginaire) : Déchiffrer la trame, Etoiles Mortes (prix Rosny aîné 1992), Voleurs de silence, Roll Over, Amundsen, La Guerre des Cercles, Dix jours sans voir la mer

Anne Fakhouri