aux éditions Le Bélial
Sous-genres :
- Anticipation
- Mondes parallèles
- Prospective
- SF
Auteurs :
Claude Ecken
Couverture :
Eric Scala
Date de parution : septembre 2010
Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Recueil
Nombre de pages : 256
Première parution : mars 2005
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De la SF classique avec quelques éclairs de génie
Prospective et grands espaces
On pourrait distinguer deux tendances principales dans les nouvelles de ce recueil : la prospective scientifique et sociale, extrapolation de notre technologie et de son effet sur notre civilisation ; et puis la soif des grands espaces, pourvoyeurs d’émerveillement et inspirateurs des théories cosmologiques les plus fantastiques.
Dans la première catégorie s’inscrivent entre autres Le monde, tous droits réservés, où l’information est devenue une marchandise que les différents organes de presse s’arrachent ; Unique, qui voit un enfant naturel mis au ban d’une société où toutes les naissances sont contrôlées génétiquement ; ou encore Éclats lumineux du disque d’accrétion, qui fait un habile rapprochement entre la formation des trous noirs et la ghéttoisation des populations pauvres et assistées.
Dans la seconde, on citera Edgar Lomb, une rétrospective, où le cobaye d’une expérience scientifique voit son esprit projeté dans les corps d’êtres extraterrestres à des milliers d’années-lumière de la Terre ; Fantômes d’univers défunts, qui développe une théorie sur la duplication des univers parallèles ; et La Fin du Big Bang, qui mérite amplement son prix, où il est également question d’univers parallèles – ou plutôt, d’univers évolutif.
Si le recueil contient d’autres nouvelles, comme Les Déracinés, qui ne correspondent pas tout à fait à ces catégories, celles-ci symbolisent la SF de Claude Ecken : une rigueur scientifique exemplaire, servant à imaginer un futur plausible ou des constructions théoriques vertigineuses.
Rigueur et argumentation
C’est à la fois la grande qualité et le défaut de ce recueil. Qualité, car chaque idée est explorée à fond, avec une argumentation réfléchie, structurée, solide. Qu’un personnage exprime un doute sur un phénomène ou une théorie, on lui présentera immédiatement des explications cohérentes, qui tiennent la route. Ecken rappelle ainsi par moments les grands auteurs classiques de la SF comme Asimov, par sa volonté d’être scientifiquement exact, au moins dans la démarche.
Le revers de la médaille, c’est que, la plupart du temps, ses nouvelles manquent de souffle, les explications passant avant l’action et l’intrigue. Ainsi, ses personnages sont souvent des scientifiques et laissent peu de place au hasard et à l’improvisation. L’exposition d’une théorie, d’une idée ou d’une évolution de société est quasiment toujours réalisée de façon didactique, à travers une émission de télé, un cours magistral, un procès, mais rarement par les situations. Claude Ecken fait naître le débat de société, toujours avec justesse et précision, mais le plus souvent il nous l’impose, en décrivant tous les tenants et aboutissants de ce débat, au lieu de le provoquer et de nous inciter à nous poser des questions, tout au moins de nous les suggérer.
Il en ressort une impression de sécheresse, de lourdeur parfois. Surtout, la répétition du procédé lasse petit à petit au fil du recueil, atténuant l’excitation provoquée par les idées de l’auteur.
Des fulgurances géniales
Car les idées de Claude Ecken sont tout simplement excellentes. Elles stimulent notre esprit logique, notre conscience sociale ou notre désir d’évasion. C’est leur mise en scène trop artificielle, manquant d’émotion, qui les dessert. À l’évidence, il s’agit d’un choix de l’auteur, car quelques passages ou nouvelles entières prouvent qu’Ecken est capable d’une grande sensibilité dans l’écriture et la narration.
Il en va ainsi des deux dernières nouvelles du recueil. En sa tour, Annabelle, très court texte sur une jeune fille « folle » aux paroles insensées, est d’une beauté et d’une tendresse à couper le souffle. De même, La Fin du Big Bang, qui clôt le recueil, présente une idée géniale tout en la développant de façon naturelle, avec des personnages attachants.
Il apparaît donc que Le monde, tous droits réservés s’adresse plutôt à un public friand de SF classique, à la recherche de rigueur scientifique, pour qui les idées importent plus que leur mise en scène. Les lecteurs qui privilégient l’émotion risquent de trouver le recueil un peu sec. Toutefois, il serait dommage de passer à côté de certains petits bijoux comme les deux dernières nouvelles du livre, qui justifient à elles seules sa lecture.



