Les Arpenteurs
( Gonelore 1 )
de Pierre Grimbert
aux éditions Mnémos ,
collection Hélios
Genre : Fantasy

Auteurs : Pierre Grimbert
Date de parution : août 2016 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 400
Age minimum : 12 ans
Titre en vo :
Première parution : mai 2013

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Gonelore en poche

L’auteur français Pierre Grimbert signe son premier grand cycle de fantasy avec « Le Secret de Ji », dont le premier tome, édité chez Mnémos, est couronné de plusieurs prix (prix Julia-Verlanger 1997, prix d’Ozone en 1997). Bibliothécaire, infographiste, il décide finalement de se consacrer à ses histoires jeunesse (comme « les Aventuriers du réel »), elles-mêmes récompensées. En 2004, il fonde « les Editions d’Octobre » avec sa femme et écrivain Audrey Françaix (« Le cercle des Elfes », Le Cycle de la Chair, plus récemment « Monstre en cavale »).
 
Il travaille actuellement sur sa nouvelle saga « Gonelore », dont la première trilogie lui sourit déjà avec son Prix Littéraire Jeunesse Somain 2013 et sa nomination au Prix Imaginales 2014 meilleur Roman francophone. Le tome 4 « Nejabeth » inaugure la seconde saison et le tome 6 « Crochenuit » paraîtra en 2017.
 
Mnémos réédite le tome 1 de Gonelore en poche. C’est l’occasion de se (re)plonger dans une bonne série fantasy jeunesse.
 

Charpenter de nouveaux Arpenteurs
 
Les Arpenteurs sont les seuls à pouvoir s’attaquer aux monstres qui fendent le Voile. Equipés d’armes uniques et de prismes qui leur permettent de voir l’invisible, ce sont les derniers défenseurs d’un Horizon qui peut d’un instant à l’autre être ravagé par ces créatures innombrables. Pour éviter la catastrophe, ils entraînent des apprentis à l’école de Mageronce, haut lieu de protection contre les monstres mais aussi un de leurs plus grands centres d’attraction.
 
La rentrée commence pourtant mal pour les classes de Vargaï et de Sohia : manquant de se faire tuer par des monstres anormaux sur le chemin des cours, leurs élèves se dispensent de la semaine d’initiation et surtout, un jeune garçon aussi amnésique qu’imprévisible s’ajoute à leur effectif maximal, ce qui risque de coûter sa place à l’un d’entre eux…
 
Perturbés par les luttes de pouvoir entre les professeurs, les conseils d’un entraîneur atypique et la disparition du Maguistre de l’école, Daelfine, Nobiane, Gesse et Berris devront faire leurs preuves, tandis que Jona essaie de démêler les fils de son passé. Qui est-il donc et que faisait-il confortablement installé dans le repaire d’un draconide ?
 

Simplement charmant et entraînant
 
 Vous vous dites peut-être que les chasseurs de monstres (le livre et jeu vidéo « The Witcher », « L’Epouvanteur »), les écoles d’apprentis (« Harry Potter », à une autre échelle « The Witcher »), les menaces pour le monde, sont des thèmes rebattus, mais « Gonelore » est bien plus qu’un « The Witcher à l’école » et si vous avez aimé deux ou trois des titres sus-mentionnés, vous dévorerez certainement "Les Arpenteurs". Les premières pages vous conduisent sur la piste d’un monstre qui aurait très bien pu être suivie par le fameux sorceleur aux cheveux gris, mais qui sont d’emblée exaltantes grâce à une écriture très dynamique. Il est clair que « Gonelore » ne révolutionne pas la fantasy, mais il nous entraîne dans son propre monde grâce à de multiples détails et idées inventives. Typiquement, l’emplacement de l’école des Arpenteurs, près de l’océan, conduit naturellement à harmoniser l’espace d’air marin, teintant l’ensemble d’une couleur locale particulière et très appréciée : un phare protecteur, des armes fabriquées en résidus de monstres marins, un pirate retraité comme professeur… Les prénoms, noms de lieux et titres sont variés et même ingénieusement trouvés, ce qui rend agréable la découverte d’un nouveau personnage, d’une fonction ou l’évocation d’une contrée. En un mot, le lecteur ne peut que tomber sous le charme de l’univers du Gonelore et de son école principale, Mageronce.
 
Les personnages sont quant à eux attachants, aussi bien les élèves que les maîtres, ce qui rend chaque point de vue intéressant. L’on pourrait juste regretter de ne pas suffisamment voir le monde à travers les yeux de Sohia, la jeune maître Arpenteuse qui inaugure le livre. La tonalité du roman rend les aventures des personnages d’autant plus plaisantes : l’humour est sous-jacent, parfois farcesque (dès que le maître-vigie Arolde invective son entourage), souvent léger et charmant. Grâce à des expressions et sonorités comiques placées au bon endroit, l’auteur réussit à déclencher le rire. Les informations et les indices sont quant à eux distillés quand il le faut dans ce premier tome qui fait toutefois figure de présentation. L’ensemble est maîtrisé, les explications sont elles-mêmes très pédagogiques : les notions de Voile, d’Horizon, sont développées à travers des comparaisons bien pensées et fort à propos (l’océan…) et des mises en situation intelligentes, le tout de façon concise. Les qualités du roman font ainsi accepter avec le plus grand naturel le scénario modeste, qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer, parfois, Harry Potter (les manigances entre professeurs, les erreurs de jugement).
 
 Le premier tome de « Gonelore » ne laisse ainsi pas beaucoup de place aux reproches. Peut-être l’usage (à outrance) des points d’exclamation et des points de suspension, mais l’on finit par s’y habituer et par trouver cette jovialité agréable. Une fin un peu trop précipitée, mais qui a le mérite de se terminer sur une révélation servant de tremplin pour le second tome. La couverture des Editions Mnémos, elle, est peut-être un peu trop guerrière, passe-partout (celle des Editions d’Octobre est plus belle et donne mieux le ton), si ce n’est qu’avec un insigne de draconide en gros plan, la fantasy se flaire à plein nez. Finalement, les plus gros reproches que l’on pourrait faire sont en réalité des réclamations positives : on voudrait s’étendre plus longtemps sur certains personnages, avoir plus d’anecdotes sur l’école et ses traditions, plus de détails sur le monde de Gonelore !
 
 Le premier tome de la saga est donc très encourageant pour la suite, et même s’il n’est pas exceptionnel, il reste une lecture très agréable et satisfaisante pour qui aurait gardé son âme d’enfant. Je lirai certainement le second volume avec le même enthousiasme que celui-ci.

Claire Nottola