Les Jours sombres
( Le Livre des damnés 1 )
de Marcus Sedgwick
aux éditions Milan
Genre : Fantastique

Auteurs : Marcus Sedgwick
Couverture : François Roca
Traduction : Emmanuelle Pingault
Date de parution : septembre 2004 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 317
Age minimum : 12 ans
Titre en vo : 1

Lire tous les articles concernant Marcus Sedgwick

Enfer et damnation

Né en 1968, le britannique Marcus Sedgwick s’est lancé dans l’écriture pour enfants en 1994. Ses six livres ont tous ont été nominés pour divers prix littéraires. En Angleterre, ce sont ses propres gravures qui illustrent ses textes. Il est également tailleur de pierres et percussionniste dans un groupe. Il est traduit pour la première fois en français. La suite des aventures de Gamin et Willow (The dark flight down) a paru en juillet 2004 en Grande-Bretagne.

Les heures obscures...chargées d’électricité

Valérian, l’illusionniste du Grand Théâtre a fait de Gamin, un orphelin tombé à ses pieds dans une église, son fabulus : en échange du gîte et du couvert, le garçon l’aide à mener à bien ses découvertes et ses expériences. Au cours d’une mission que lui a confiée Valérian, Gamin rencontre Willow, l’habilleuse de la diva qui se produit elle aussi au Grand Théâtre. Willow se jette dans ses bras, traumatisée par sa macabre découverte : le cadavre de Korp, le patron du Grand Théâtre. Les deux enfants sont arrêtés et, comme Willow est couverte de sang, accusés du meurtre. Valérian parvient à les libérer et les entraîne dans une course effrénée : il dispose de cinq malheureux jours pour trouver le Livre des damnés et, dans les pages de cet ouvrage, un moyen de défaire le pacte conclu quinze années plus tôt. Valérian a en effet promis son âme au diable par amour pour une femme et le jour de la Saint-Sylvestre, le démon emportera son dû.

Dans le labyrinthe des anciens canaux ou dans la dispute entre Valérian et le scientifique Kepler, Willow et Gamin ne seront pas trop de deux pour déjouer les pièges, résoudre les énigmes et rester en vie.

"Le meunier ne saurait voir toute l’eau qui coule à son moulin..."

En préambule, l’auteur explicite ses références, ses inspirations pour créer l’univers de cette histoire. Il se réclame de croyances anciennes et païennes ; pour le décor, il évoque Paris, Bologne et Cracovie. Pour l’héritage littéraire, on songe à Dickens (deux orphelins, des pubs mal famés , etc...) et à cause des interférences entre magie et science à Jules Verne. Même si elle n’a pas grand chose d’inédit, l’histoire est bien menée. Comme Valérian, son créateur possède l’art de la diversion pour causer un effet de surprise. Marc Sedgwick est doué pour établir des ambiances glauques : le cachot dans lequel on jette les enfants ou encore le dôme sous lequel le maître de la Nécropole tente de donner vie à d’horribles monstres issus de dépouilles d’animaux sont décrits avec une précision saisissante, il réussit également à peindre avec finesse les sentiments de ses personnages.

"Quand la lumière s’évanouit, il n’y a qu’à tourner la manivelle"

Au départ, Gamin obéit aveuglement à Valérian. Très rapidement, Willow conteste cette soumission, soufflant même au garçon qu’il est traité en esclave. Souffrant d’un bras cassé et effrayé par l’imminence de l’échéance fatale, Valérian bouscule ses habitudes et s’en remet aux enfants, leur laisse l’initiative. Gamin souffre dans un premier temps de la disparition de ses repères des questions lancinantes qu’il avait essayé d’esquiver mais Willow le soutient dans cette remise en cause. Contrairement à Valérian qui exige de Gamin un sacrifice absolu elle n’attend de lui qu’une présence réconfortante.

Les liens entre Kepler et Valérian sont complexes : l’apparente réconciliation cache une nouvelle trahison. Et même si Kepler promet aux enfants de veiller sur eux, Willow et Gamin sortent de cette aventure avec une nouvelle force. Ce livre offre une belle réflexion sur le passage de la dépendance matérielle vis à vis des adultes à la découverte d’autres relations.

Même si l’intrigue principale trouve ici son dénouement (au grand soulagement de la lectrice impatiente que je suis), de nombreuses zones de mystère persistent et alimentent la curiosité pour le prochain tome.

L’almanach magique ardemment cherché par Valérian "répond aux interrogations qui flottent dans la tête du lecteur". Le Livre des damnés, avec son savant mélange d’aventure, de magie et d’émotion, comblera les attentes qui flottent dans l’esprit de nombreux lecteurs.

Nathalie Ruas

D'accord, pas d'accord ? Parlez de ce livre sur le forum.

Vous voulez donner votre avis sur ce sujet ? Vous voulez mettre un lien vers votre propre chronique ? Cliquez ici.