Les Super-héros de la rue des Acacias
( 1 )
de Patrick Deroin
aux éditions Amalthée
Genre : Humour

Auteurs : Patrick Deroin
Date de parution : février 2006 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 173
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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Tranche de vie d’un chroniqueur littéraire

Ce mois-ci, j’ai eu une bonne moyenne. Quatre livres à chroniquer, et tous lus dans les temps, sans mollir un seul instant dans l’effort. Début tranquille, et puis, hop, hop, hop… petite accélération avec Ballard et Colin, dans la foulée, et en dernier Les Super-héros de la rue des Acacias. Facile ! Sujet marrant, 173 pages, pas une de plus. Allez, deux jours – chronique comprise – et je vais même avoir du rabe pour faire diminuer un peu ma pile de vieilleries en retard. Oui parce que ne croyez pas que, parce qu’on reçoit des livres gratuits, on n’en achète pas aussi. Moi par exemple, tel que vous me voyez, j’ai au moins une dizaine de bouquins qui m’attendent patiemment sur mes étagères. Et même des sacrés gros. Tiens, pas plus tard que la semaine dernière j’ai acheté une histoire du punk d’au moins 600 pages. Et en grand format en plus. Je pense d’ailleurs qu’elle va gentiment attendre les vacances cet été. M’enfin… Je ne vais pas vous raconter ma vie, non plus. Hein ?

Bon bref… Les Super-héros de la rue des Acacias… marrant… 173 pages… tout ça quoi. L’Amalthée nous l’avais gentiment envoyé sur demande de ma part, donc il était pour moi. Pour tout vous dire, je l’avais repéré en allant me renseigner sur Jean-Paul Renoux, l’auteur de Zanimarre, sorti chez le même éditeur. Comme je suis un peu curieux, je me promène sur leur site, et là je vois le résumé de l’histoire. Jean Martin, un auteur débutant en manque d’inspiration recrute des super-héros par petite annonce sur un gratuit. Le premier à répondre c’est Spiderman, mais Jean le trouve trop prétentieux, et en plus il n’aime pas les super-héros masqués. Il ne les trouve pas francs du collier. Il décline et à la place engage Benoît et Janine, qui viennent tout juste d’effectuer un stage de super-héros financé par l’ANPE. C’est le début d’une longue collaboration, et d’aventures rocambolesques.

Super, me dis-je, ça à l’air bien déjanté. Je me fends d’un mail à l’éditeur qui, tout à fait sympathiquement, nous l’envoie par retour du courrier. Je termine mes chroniques en train, et j’attaque l’objet par la face nord, comme c’est l’usage. Et là… là… la tuile. L’accident de parcours.

Que je vous explique. En tant que chroniqueur, notre boulot, c’est de chroniquer, et donc de se faire un opinion. Ensuite il faut pouvoir argumenter cette opinion. Et oui ! C’est pas le tout de dire qu’un bouquin est bon ou mauvais. Il faut aussi dire pourquoi. Enfin, pourquoi selon nous. A la fin ça devient même une sorte de réflexe. Comme une seconde nature. Aucun de nous à ActuSF, par exemple, n’est capable de répondre simplement à la question, pourtant simple : "Et c’est bien ce livre ?". De suite… Dites… ça vous embête pas au moins que je vous raconte tout ça ? Non… mais parce que sinon, il ne faut surtout pas hésiter à me le dire. Parce que quand je suis lancé, je parle… je parle… et des fois j’ai du mal à m’arrêter. Alors, ça va ? Sûr ? OK… Donc, de suite, on répond, "Il est bien (ou pas bien) parce que…". Or ce n’est pas ce qu’on nous demande. Mais c’est comme ça, on a besoin 1) d’avoir une opinion claire et 2) de l’exprimer. Et une opinion, on en a toujours une. Toujours. Forcément.

Sauf là.

Les Super-héros de la rue des Acacias m’a laissé… perplexe ? Interdit ? Car avec cette idée de départ loufoque, Patrick Deroin part sur des aventures complètement absurdes qu’il nous décrit avec une économie de moyen qui confine au dépouillement. Une prose soignée mais rigoureusement plate, une dramaturgie simplifiée à l’extrême, des ellipses sauvages, une absence délibérée de suspens ou d’émotion, un comique volontairement involontaire. On dirait Batman réécrit par Raphaël Mezrahi.

Ça m’a tellement cueilli à froid, que je me suis demandé comment j’allais pouvoir en parler. Dans ces cas, une vieille ruse de chroniqueur consiste à noyer le poisson. Par exemple, au lieu de parler du bouquin, le gars va vous parler de lui lisant le bouquin. Si c’est assez bien amené, ça parvient à créer un trompe-l’œil suffisamment efficace pour qu’à la fin vous ayez l’impression d’avoir lu une critique.

Donc voilà… c’était ma critique des Super-héros de la rue des Acacias.

Hein ?

Meuh non ! J’ai pas essayé de vous enfumer !

Qui moi ? De mauvaise foi (foi – de fides : avoir confiance)  ? Bon alors allez-y répétez votre question ?

"Et c’est bien ce livre ?"

D’accord. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas en poser une autre ? Non ? Sûr ? Et bien d’accord. C’est… j’en sais rien ! Et c’est vachement vexant pour un chroniqueur. Très honnêtement, on ne peut pas soupçonner l’Amalthée, qui est un éditeur sérieux, d’avoir publié une simple merde. De là plusieurs hypothèses envisageables :

1) Patrick Deroin est un ami de l’éditeur, il est en phase terminale d’une maladie tropicale très rare, et son vœu le plus cher était de publier un roman. Improbable.
2) Je suis un con, et je n’ai rien compris. Pas impossible.

 

3) Les Super-héros de la rue des Acacias est un roman naïf. Une sorte d’équivalent littéraire d’un tableau du Douanier Rousseau ou du palais du facteur Cheval. Tentant (et rassurant pour moi).

Il n’en reste pas moins que je suis bien infoutu d’être catégorique sur ce roman. La démarche est sympathique, pas inintéressante, mais sur la durée ça vous laisse une bizarre impression de gentil foutage de gueule (en dépit de la certitude qu’on a que ce n’est pas le cas). Je ne peux guère qu’encourager les intrépides et les curieux à tenter l’aventure, tout en vous avertissant qu’il vous en coûtera 15 € pour vous faire une opinion. Quant à moi, désolé… j’ai failli, je suis déshonoré et conséquemment je m’en vais de ce pas m’ouvrir le ventre avec un sabre japonais, et je vous retrouve la semaine prochaine pour une nouvelle chronique.

Eric Holstein

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