aux éditions
Auteurs :
Sam Sykes
,
Stéphane Tamaillon
,
Timothée Rey
,
Scott Westerfeld
,
Dominique Bertail
,
China Miéville
,
Thierry Smolderen
,
Laurell K. Hamilton
Date de parution : 0000
Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Régulièrement, Jean-Luc Rivera évoque ici ses coups de cœurs et ses bonheurs de lecteur...
Avec "Le Livre des Abysses" de Sam Sykes (Fleuve Noir), je viens de découvrir un nouvel - et jeune - auteur américain qui me semble très prometteur. En effet, ce roman se démarque de la production de fantasy traditionnelle par plusieurs aspects : raconté en partie à la première personne par Lenk, le chef de la petite troupe, il met en scène un bande d’aventuriers - Lenk insistant bien sur ce terme qui, à ses yeux, à ceux de son équipe et aux yeux de leur monde en général, décrit des individus valant moins que rien que ce soit au plan moral ou au plan vénal, la lie de la terre - qu’apparemment rien ne relie entre eux - ils passent leur temps à s’insulter et à se battre entre eux, se méprisant les uns les autres -, qui effectue une mission grassement payée, à savoir récupérer un Codex qui permettrait de faire revenir sur ce plan la Reine Kraken, pas une bonne chose pour tous les habitants de ce monde. Après un début de livre que j’ai trouvé un peu lent et confus car on rentre de plein pied dans l’histoire sans grand recul - croisière en bateau et abordage par des pirates, on ne connaît encore rien des personnages et de leurs ressorts -, je me suis très vite pris de curiosité pour connaître la suite dont l’intérêt, et c’est ce qui fait la force de ce livre, se déroule sur deux plans parallèles pour le lecteur : d’une part, il y a la mission proprement dite, pleine de rebondissements et de créatures aussi étranges que puissantes - on n’oubliera pas de sitôt les Falaiseurs, ces pirates au verbe haut et pompeux, ou les Abysmyths prêcheurs, démons noirs de plus de 3 m de haut, quasi invulnérables . A partir de l’arrivée sur l’île de Ktamgi, il devient difficile de reposer le livre. Et l’autre plan tout aussi passionnant est celui des personnages et de leur évolution : il est manifeste qu’ils ont tous un lourd passé et aucune raison apparente d’être ensemble. Il y a Kataria, une shicte aux oreilles pointues qui considère, à l’instar de tous ses compatriotes, que l’espèce humaine est une infection qu’il faut guérir ; Denaos est un humain à l’esprit torturé et tortueux, dont le qualificatif le plus sympathique que trouvent ses camarades est fripouille ; Dreadaeleon est un mage, un gamin qui fait dans sa culotte lors des combats tout en mettant en pratique les formules que lui dictent son cerveau supérieur ; Gariath est un homme-dragon, surpuissant et méprisant la faiblesse de ses compagnons et des autres espèces en général ; Asper est une prêtresse guérisseuse au passé trouble, à la psychologie tourmentée. Enfin Lenk, leur chef à la fois reconnu et contesté en permanence, est un jeune homme de petite taille, sans rien de remarquable à part ses cheveux argentés et dont on comprend mal pourquoi il est leur chef : et pourtant, il est le lien entre ces différents personnages, le ciment qui fait que petit à petit on comprend pourquoi ils sont ensemble et ce qu’il leur apporte.
J’avais découvert Stéphane Tamaillon avec son premier roman, "Les pilleurs de cercueil" (Grund), nous présentant la première enquête de ce détective victorien surnaturel qu’est Hector Krine (un coup de coeur de février 2011). Voici maintenant la deuxième enquête de Krine, "L’affaire Jonathan Harker" (Grund toujours), qui nous amène à nouveau dans ce Londres à la fois steampunk et fantastique, où cohabitent de plus en plus difficilement lumpen prolétariat féérique survivant dans des conditions épouvantables - les Grouillants - et Londoniens de souche humaine, sous la direction d’une classe dirigeante richissime, pervertie et sans coeur. Dans cet environnement Krine doit mener une nouvelle enquête sur des vols mystérieux au "Lyceum", le théâtre administré par Bram Stoker, l’assassinat dans des conditions aussi atroces qu’étranges de plusieurs personnalités pas particulièrement sympathiques, un complot dirigé conte la Reine - how shocking ! - et, sans doute ce qui lui est le plus difficile, gérer Matthew, son fils retrouvé dans le roman précédent, un adolescent en plein âge ingrat et doué de pouvoirs se développant plus vite que ses poils de barbe. Le résultat est un livre tout aussi agréable à lire que le premier, plein de créativité et de rebondissements, de clins d’oeil à la littérature comme le titre de cette enquête l’indique déjà mais aussi au cinéma d’horreur : vampires, homme invisible, steamcabs, serviteurs mécaniques, Sphinx etc... un bien réjouissant mélange. Et l’enquête policière proprement dite est, elle aussi, bien menée, nous prenant au jeu de qui a fait quoi et comment. Le bonus que constituent les commentaires de l’auteur quant à ses sources et ses inspirations, intitulé "Dans les coulisses de Krine", est fort bienvenu et permet au lecteur, outre se confirmer que nous partageons souvent avec l’auteur les mêmes passions, de prolonger sa lecture en se plongeant dans d’autres livres ou films.
J’avais découvert Timothée Rey en fin d’année dernière, sur les conseils avisés de son éditeur André-François Ruaud, et avais eu un coup de coeur pour "Nouvelles du Tibbar" (janvier 2011), nouvelles pétillantes d’originalité et d’humour. L’auteur récidive avec "Dans la forêt des astres", toujours aux Moutons électriques, dans la collection de la "Bibliothèque voltaïque", s’attaquant maintenant avec le même bonheur à la SF.
J’avais exprimé il y a un an le coup de coeur que j’avais eu pour "Léviathan" de Scott Westerfeld ; sa suite, "Béhémoth" vient enfin de sortir (Pocket Jeunesse, comme le premier). Quel plaisir que de retrouver Alek, le jeune prince héritier autrichien, et Deryn, la jeune aspirante du "Léviathan" sous son déguisement de garçon afin de pouvoir servir dans les forces britanniques, ainsi que tous leurs compagnons. Scott Westerfeld n’a rien perdu du brio avec lequel il dépeignait cette Terre uchronique divisée entre Empires centraux "clankers", c’est-à-dire mécanistes à outrance, et Empires "darwinistes", ayant appliqué les découvertes de Darwin et pratiquant l’ingéniérie génétique et la construction de nouvelles formes de vie adaptées aux besoins de l’homme. Ses descriptions sont toujours somptueuses et propres à faire rêver, d’autant plus que nous sommes maintenant aux portes de l’Orient mystérieux, à Istanbul / Constantinople, la capitale colorée et multiculturelle de cet "homme malade de l’Europe" qu’est l’Empire ottoman en cette année 1914, au début de la guerre.Le sultan joue un jeu d’enchères, sa faveur balançant entre les diverses puissances selon leurs offres, et nos deux héros se retrouvent partie prenante dans ces enjeux qui les dépassent. L’auteur nous fait découvrir les dessous fascinants de la ville, avec ses différents groupes ethniques, politiques et religieux qui possèdent des mécanopodes de défense, golems juifs ou djinns arabes par exemple, sans parler des éléphants de guerre mécaniques géants du sultan, et ses nombreuses factions luttant pour le pouvoir, Westerfeld imaginant que la révolte des Jeunes Turcs a échoué dans ce monde. C’est là toute la force de Westerfeld : bâtir une histoire parallèle collant très fidèlement à la nôtre tout en étant fort différente. L’action est tout aussi serrée et prenante que dans le premier tome, rebondissements garantis dans la meilleure tradition du feuilleton populaire auquel cette trilogie est manifestement un hommage. Les personnages évoluent bien, chacun des deux principaux protagonistes réalisant au contact des autres que sa culture et son monde plein de certitudes ne sont peut-être pas les modèles absolus et universels que devraient adopter le reste des nations. Et l’on continue de se poser des questions sur le rôle du Dr. Darwin, petite-fille du grand Darwin, digne représentante de la perfide Albion auprès du sultan : j’emploie ce terme à dessein car l’auteur reste fidèle à la tradition de coups tordus des Anglais et ici, quel coup tordu ! Où intervient de belle manière le Béhémoth du titre dont je vous laisse la surprise et sans doute Bovril, non pas l’étrange extrait de boeuf que seuls les Anglais peuvent avoir inventé mais l’animal tout aussi étrange qui a adopté Alek en sortant de son oeuf. Les Allemands ne sont d’ailleurs pas en reste avec, entre autres un canon électrique Tesla qui a permis à l’auteur de s’amuser en utilisant des éléments conspirationnistes rapportés sur le Net quant à cet inventeur célèbre. Toutes ces intrigues donnent un roman enlevé, ressemblant à l’un des serials cinématographiques de l’époque, "cliff hanger" assuré à la fin de chaque chapitre-épisode, et c’est formidable. Voilà l’un de ces romans que je n’ai pu m’arrêter de lire, où je suis arrivé à la page 473 en me disant : déjà !
Faisant partie des lecteurs masculins de bit-lit qui apprécient cette littérature et, en plus, l’avouent, je viens de lire avec un intérêt tout particulier l’adaptation en BD de deux séries que j’aime beaucoup, "Anita Blake, tueuse de vampires" et "True Blood", toutes deux chez Milady Graphics et je dois dire que je me suis bien amusé avec ces deux albums, tout à fait réussis.Commençons par "Anita Blake" de Laurell K. Hamilton, une des premières séries de bit-lit au sens propre du terme : il s’agit là de l’adaptation du roman "Plaisirs coupables", premier tome de la série, par Stacie Ritchie. C’est fidèle, rend bien le roman et ses personnages - d’autant plus que la traductrice de la BD, Isabelle Troin, est la traductrice de tous les romans - mis à part l’aspect sexe, moins explicite ici que dans le roman (d’après mes souvenirs car je n’ai pas relu le roman pour faire la comparaison). J’aime bien le dessin de Brett Booth que je trouve très moderne et très épuré : je dois dire que je ne m’imaginais pas Anita Blake comme elle est représentée mais elle m’a à nouveau séduit. La seule réserve que je formulerai serait sur la passion de Booth pour des coiffures à la Farrah Fawcett, des chevelures hallucinantes et serpentiformes, avec des boucles et des accroche-coeur invraisemblables, et ce quel que soit le sexe.
En ce qui concerne "True Blood", nous avons droit à un épisode inédit, inspiré de la série télévisée, sur un scénario de Mariah Huehner et David Tischman : l’histoire est sympathique - prise d’otages au Merlotte’s par une créature démoniaque -, tous nos personnages familiers sont présents et leur psychologie bien respectée. Le dessin de David Messina est tout à fait correct : ici, aucun problème de représentation, il a dessiné ses personnages en copie conforme des acteurs de la série télé, idem pour le décor. Nous sommes en territoire familier, pas de surprise et c’est donc fort agréable, lorsque l’on aime la série, de la retrouver sur le papier.Voilà deux albums qui élargissent les horizons de la bit-lit, sont d’une lecture fort plaisante et peuvent être un bon moyen d’attirer de nouveaux lecteurs pour les séries en les introduisant aux romans de manière plus ludique.
J’étais très curieux de lire le dernier roman de China Miéville, "The City & The City" (Fleuve Noir) car un ouvrage ayant reçu tous les prix anglo-saxons possibles, y compris les plus prestigieux, ne pouvait qu’intriguer. De plus China Miéville est un auteur hors norme et, avec ce roman, il fait honneur à sa réputation. Disons-le tout de suite, "The City & The City" est à mon avis un chef d’oeuvre, un des meilleurs romans que j’ai lu depuis longtemps ! C’est un livre inclassable, roman de SF bien sûr, mais aussi polar, thriller, roman psychologique, beaucoup donc pour un seul livre.L’auteur nous fait découvrir à petites touches, à travers les yeux de Tyador Borlù, inspecteur de police dans la ville de Beszel, qui mène une enquête sur le meurtre d’une jeune femme, les complexités de sa ville et de la vie quotidienne de ses concitoyens. Car Beszel partage le terrain avec une autre ville, Ul Qoma mais ce n’est pas le Berlin coupé en deux ou la Jérusalem israëlo-arabe. Nous découvrons petit à petit toute la complexité des deux villes qui sont imbriquées l’une dan l’autre , partageant rues, immeubles et même pièces d’un étage ! Or chaque habitant se doit d’ignorer non seulement les citoyens de l’autre ville mais aussi l’existence même de celle-ci. Ce point de départ m’a rappelé celui de la belle nouvelle de Robert Silverberg, "Voir l’homme invisible" , mais China Miéville le pousse à ses extrêmes, en créant une société excluant l’autre : dans son absurdité, cela évoque certaines situations dans les Balkans, en Ulster ou en Israël évoluant jusqu’au bout d’une logique devenant ubuesque. Et, à partir de ces prémices, China Méville nous entraîne dans une enquête de plus en plus intrigante car il existe, outre ces deux villes, une troisième partie se nommant La Rupture, dont les membres fort craints apparaissent inopinément en cas de transgression de l’interdit fondamental des deux villes : reconnaître l’existence de l’autre. Nous découvrons ainsi une vie "intersticielle", l’invisibilité totale et absolue lorsque tous pensent qu’ils ne doivent pas vous voir... L’inspecteur Borlù, en enquêtant sur le meurtre de cette jeune archéologue, va soulever de nombreuses questions : Mahalia a-t-elle été tuée à cause de ses recherches sur les origines des deux villes dans un site archéologique énigmatique situé à Ul Qoma ? Y a-t-il eu rupture puisque son corps a été déposé à Beszel ? Orciny, la troisième ville, existe-t-elle et, si oui, sont-ce ses habitants qui ont commis le meurtre pour protéger leur secret ? Quelles sont les origines des deux villes et que sont ces artefacts sophisitqués retrouvés dans les fouilles ? Quel rôle a joué la politique dans ce meurtre, entre factions ultra-nationalistes des deux bords et unificateurs qui ne rêve que de fondre les deux villes en une ? Qu’est-ce que la Rupture ? Et pourquoi une grande compagnie américaine s’intéresse-t-elle tant que cela à l’archéologie en général et à ce site de fouilles en particulier ? Comme vous le voyez, China Miéville nous fait parcourir un labyrinthe vertigineux à la suite de Borlù, nous faisant passer d’une ville à l’autre, nous faisant vivre l’évolution psychologique de celui-ci à travers la remise en cause de ses certitudes et de ses connaissances, de sa propre culture et de son bien-fondé. Le roman est rempli d’une foultitude de petits détails qui nous permettent, à nous lecteurs rationnels et non schizophrènes, de comprendre comment une telle société peut fonctionner harmonieusement : il faut lire la description de la conduite d’une automobile dans le trafic des rues tramées, c’est-à-dire communes et partagées entre les deux villes, en ne voyant pas les autres mais en les évitant quand même, un grand tour de force de l’auteur pour nous rendre crédible cette manière de vivre au quotidien en étant sourd et aveugle à la moitié de son environnement. Je n’ai pu lâcher le livre jusqu’à la fin, me posant toutes les questions de l’inspecteur et voulant connaître les réponses. Je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture mais, en refermant le livre, je me suis dit que China Miéville était très fort !
Parmi les nombreuses BD qui paraissent, de temps en temps une s’en distingue par son traitement d’une question brûlante : c’est le cas de "Ghost Money" (Dargaud), que l’on pourrait qualifier de thriller futuriste. Le premier album, "La Dame de Dubaï", est sorti en 2008, le deuxième, "Les Yeux de Chamza", en 2009 et le dernier pour le moment, "Mourir à Dubaï", cette année.Le point de départ du scénario de Smolderen est une rumeur qui circule dans les milieux conspirationnistes, principalement américains, depuis les attentats du 11 septembre : dans les jours précédents, il y aurait eu de gros mouvements boursiers qui auraient permis à certains financiers bien placés de gagner beaucoup d’argent. Al Qaïda se serait ainsi constitué un énorme trésor de guerre... Après un interrogatoire "musclé" par des agents américains en Iraq, le trésorier supposé de l’organisation meurt en 2004. Nous sommes ensuite projetés quelques années plus tard, l’action proprement dite se déroulant dans les années 2020 : Lindsey, une jeune Anglaise, se retrouve prise dans un mouvement de panique de foule lors d’une manifestation à Londres et est sauvée par une autre jeune femme, énigmatique et richissime, Chamza. A partir de là se déroule l’intrigue : d’une part nous avons Chamza et Lindsey, menant la vie de jet setteuses à la sexualité très libérée, tout en étant poursuivies par un groupe d’agents secrets américains, l’équipe qui avait sévi en Iraq en 2004, qui semblent agir pour leur propre compte tout en ayant d’énormes ressources à leur
disposition ; d’autre part nous trouvons des mouvement islamistes actifs qui interagissent avec "l’Emir des Lumières" dont est amoureuse Chamza. Tout ce petit monde recherche l’argent du 11 septembre dont il semble que Chamza détienne la clé d’accès grâce à sa mère, son père étant le président à vie d’une république d’Asie centrale, avec un passé et un présent assez troubles...






