Les coups de coeur de Jean-Luc Rivera - Décembre 2011
de A. Lee Martinez et Camille Renversade
aux éditions
Genre : Actes de colloque

Auteurs : A. Lee Martinez , Camille Renversade , Jean-Luc Rivera , Chris Wooding , Luis Royo , Marjolaine Boutet
Date de parution : 0000 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Régulièrement, Jean-Luc Rivera évoque ici ses coups de cœurs et ses bonheurs de lecteur...

Vampires au-delà du mythe de Marjolaine Boutet
 
Le vampire sous toutes ses formes connaît un succès énorme depuis quelques années et Marjolaine Boutet, maître de conférences en histoire contemporaine, vient de sortir aux Editions Ellipses un ouvrage d’analyse de la créature intitulé "Vampires au-delà du mythe". En une dizaine de chapitres, allant des "origines du mythe" au "vampire et la société" en passant par des thématiques telles que "le vampire et la morale" ou "le vampire et le désir sexuel", elle passe en revue les rapports de la figure du vampire avec les grandes questions de société contemporaines et nous démontre ainsi ce qui constitue l’attrait toujours renouvelé de celui-ci dans notre monde scientifique et rationnel, urbanisé et en perte de religion. L’auteur utilise pour ce faire non seulement la littérature mais aussi films et séries télévisées, passant en revue ce qui constitue les fondements de la culture populaire fantastique d’aujourd’hui. Ecrit dans un langage clair et concis, voici un livre qui devrait intéresser tous les amateurs des rapports entre fantastique et société.
 
 
 
Dome de Luis et Romulo Royo et Créatures de Légendes
 
En cette période où l’on cherche des idées de cadeaux à la fois originaux à des prix plus que raisonnables, en voilà deux pour les amateurs d’art quelque peu décalé, tous deux sortis chez Milady Graphics, tous deux à ne pas offrir aux enfants mais seulement à leurs papas.
Le premier est intitulé "Dome" : il s’agit d’une commande faite par un millionaire russe au grand artiste espagnol Luis Royo et son fils Romulo, à savoir la décoration du plafonds en dôme d’une pièce de sa villa. Le résultat est tout à fait étonnant, baroque, kitsch : neuf scènes représentant de superbes jeunes femmes plus ou moins dévêtues, dans un style "barbare de fantasy". A travers photos et croquis, on suit l’artiste pas à pas dans la création et la réalisation de son oeuvre, et c’est ce qui fait l’intérêt principal du livre, mis à part, bien entendu, le talent de Royo. C’est très beau et tout à fait curieux.
Le second artbook est "Créatures de Légendes" : paraît aux Etats-Unis depuis quelques années un "comic book" d’horreur s’appelant "Grimm Fairy Tales" qui revisite les contes de fées classiques d’une manière très "adulte". Ce livre reprend un certain nombre de couvertures du magazine, réalisées par une foultitude d’artistes aux styles très variés. Cela permet de se faire une bonne idée de l’art des comics contemporain et c’est très réussi. Tex Avery avait commencé, ces artistes continuent l’entreprise de déconstruction-reconstruction des contes de fées version Disney : je ne pourrais plus jamais voir de la même manière le Petit Chaperon rouge ou Cendrillon... Et les monstres qui les pourchassent sont tout aussi superbes. Un bel album ! Deux beaux livres donc pour amateurs d’art populaire avertis.
 
 
 
Monstres marins et autres créatures des eaux sombres de Camille Renversade
 
Tous les visiteurs de Sèvres en 2010 n’ont pas oublié la superbe exposition du cabinet de curiosités de Camille Renversade. Celui-ci récidive avec un livre magnifique, "Monstres marins et autres créatures des eaux sombres" (Editions Plume de carotte, www.plumedecarotte.com), co-signé avec Frédéric Lisak : à nouveau une expédition de membres du Club des Chasseurs de l’Etrange, ces dignes aventuriers en redingote et papillon, nous entraîne sur toutes les mers du globe à la poursuite des monstres les plus étranges grâce au "Limulus", sous-marin de poche baroque et totalement steampunk. Des baleines de Londres au bunyip australien, en passant par l’inévitable monstre du Loch Ness, le calmar géant du Cape Cod, le kraken japonais ou les requins de l’Océan Indien, tous les monstres marins y passent, avec la profusion de documents photographiques et de dessins qui font tout le charme et la magie de l’oeuvre artistique de Camille Renversade. Le texte de Frédéric Lisak, plein d’humour et d’érudition, est à la hauteur des attentes du lecteur.
Un livre très réussi qui ornera dignement les rayonnages de nos propres cabinets de curiosités !
 
 
 
Frey de Chris Wooding
 
Avec la série "Frey" (2 volumes déjà parus en français : "Frey" suivi de "L’épave perdue", tous deux chez bragelonne), l’auteur, Chris Wooding, nous transporte dans un monde dont le niveau technologique ressemble à celui du début du 19ème siècle, avec deux exceptions qui le rendent tout à fait intéressant : d’une part la magie existe toujours, est toujours pratiquée mais est en voie de disparition car persécutée par les savants et par les religieux fanatiques pour des raisons diamétralement opposées. D’autre part, sans que nous sachions exactement quand et comment la technologie fut découverte, on ne se déplace qu’en aéronef, des engins de toutes formes et tailles mus par des moteurs à prothane une fois en l’air car ils échappent à la gravité grâce à l’aérium, une ressource si précieuse que plusieurs guerres ont eu lieu entre les puissances majeures afin de s’assurer l’accès à celle-ci. Nous sommes justement à la fin de la seconde de ces guerres de l’aérium, dans laquelle a plus ou moins combattu de manière plus ou moins forcée Frey, le capitaine de la "Ketty Jay", un aéronef particulièrement laid mais auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux. Et l’équipage de bric et de broc qui l’occupe ne vaut guère mieux : Silo, un ancien esclave murthien génie de la mécanique, Malvery médecin déchu et alcoolique, Pinn as du pilotage et imbécile complet, Harkins autre as du pilotage et trouillard invétéré, auxquels viennent de se joindre la nouvelle navigatrice, Jez, qui est devenue "autre chose" suite à une rencontre avec les Manes, des créatures terrifiantes, et Crake, de haute naissance et démoniste de son état, fuyant on ne sait quoi de son passé, passager de plus en plus impliqué dans la vie de la "Ketty Jay" sur laquelle il a embarqué accompagné d’un golem de 2m50 de haut répondant au doux nom de Bess. N’oublions pas, pour être complet, le chat psychotique Slag, terreur des rats et de Harkins... Cet équipage de bras plus ou moins cassés et son capitaine, dont l’autorité ne repose que sur le fait qu’il est le propriétaire de l’aéronef, qui traînent tous des passés particulièrement chargés, vivotent de petits boulots plus ou moins illégaux, d’un peu de contrebande et de piraterie minable quand l’occasion s’en présente. Et dans "Frey", se présente l’occasion en or massif : un aéronef à prendre d’assaut sur lequel on lui fournit toutes les informations nécessaires, s’emparer d’un coffre à l’intérieur et il touchera 50 000 ducats, une somme princière, de quoi se retirer. Mais évidemment, l’affaire est trop belle : au lieu de se poser face aux tirs de sommation, l’aéronef attaqué explose en plein vol, de manière inexpliquée ! Frey et son équipage se retrouvent poursuivis par Trinica Dracken, reine des pirates et ex-fiancée de Frey qui l’a abandonné le jour de leur mariage !, les Chevaliers séculaires de l’archiduc de Vardia, enquêteurs redoutables, les Entraveurs ( les Pinkerton de ce monde) et quelques autres... Il leur faudra échapper à l’exécution programmée et sommaire qui les attend, découvrir qui se cache derrière ce complot et quels en sont les motifs, prouver leur innocence et essayer de gagner un peu d’argent dans l’affaire.
Le résultat donne un beau roman de pirates, fort sympathique, particulièrement enlevé, plein d’action, d’aventure, de personnages secondaires divers très réussis, de nobles pourris avides de pouvoir, de religieux tout aussi pourris et avides de pouvoir, de jeunes filles pas aussi pures et naïves que ce qu’on serait en droit d’espérer. Chris Wooding maîtrise parfaitement ses techniques d’écriture - un rebondissement à chaque paragraphe ou presque, le "cliff hanger" de fin de chapitre qui m’a forcé à tourner la page à chaque fois, et ses personnages auxquels il sait donner une évolution intéressante : l’interaction entre les membres de l’équipage et leur capitaine, celui qui leur a "fourni un foyer" comme le remarque Malvery à la fin du livre, afin de survivre ou même, plus simplement, d’être tous fonctionnels, leur permet à chacun de commencer à surmonter leurs entraves psychologiques et à avoir un espoir de rédemption à défaut de pardon.Cela fonctionne parfaitement bien pour notre plus grand plaisir.
 
Et dans le deuxième tome, nous retrouvons notre fine équipe, qui en est réduite au début à attaquer un orphelinat au fin fonds d’une campagne perdue - c’est hilarant ! -, se voit proposer une autre opportunité impossible à refuser : emmener, en étant grassement payé pour cela, une expédition retrouver une épave, celle d’un aéronef ayant appartenu à la civilisation technologique disparue et légendaire des Azryx, dans les forêts pluviales impénétrables et remplies de tribus sauvages de l’île de Kurg, loin de toute civilisation. Bien entendu, Frey accepte et la réalité n’est pas celle qu’on lui faisait miroiter : il va se retrouver à nouveau face à sa némésis, Trinica Dracken, aux Chevaliers séculaires du premier tome, à de nouveaux pirates menés par le redoutable Grist, son "associé et partenaire" dans cette affaire, et aux ignobles et terrifiants Manes, ces pilleurs venant du pôle Nord sans que l’on sache qui ils sont. A nouveau, Chris Wooding nous emporte pour notre plus grand plaisir dans un tourbillon d’aventures éffréné, développant ce monde intrigant et complexe, tout en continuant de faire évoluer ses personnages face à leurs crises personnelles. Comme le réalise en fin de livre le capitaine Frey, "individuellement, chacun des membres était un désastre, mais ensemble, d’une façon inexplicable, ils avaient trouvé un mode de fonctionnement", ce qui nous les rend attachants et sympathiques. Le récit prend une ampleur, une dimension que n’avait pas le premier car ici sont impliqués les motivations et les peurs les plus profondes de chacun, amis et ennemis, partenaires et adversaires. Tout cela n’empêche pas le livre d’être encore plein de rebondissements et d’action, toujours raconté - j’aurais dû le mentionner plus tôt car c’est l’une des grandes forces de l’auteur -avec un humour pince-sans-rire et un détachement très anglais.
Voilà une série d’aventures qui promet beaucoup de plaisir de lecture et qui tient bien ses promesses !
 
 
 
Le Bar de l’Enfer d’Alex Lee Martinez
 
Avec "Le Bar de l’enfer" (Fleuve Noir / Territoires), l’auteur Alex Lee Martinez nous fait participer aux aventures de deux pauvres types ordinaires, roulant sans fin à travers les Etats-Unis et s’arrêtant par hasard une nuit dans un "diner" au fin fonds du Texas profond. Rien de très excitant jusque là, sauf que l’un d’eux, Duke, est un ex-trucker devenu loup-garou, au tour de taille aussi imposant que le nombre de bières qu’il peut avaler, et que son copain Earl est un grand vampire dégingandé et triste, à la longue mèche essayant sans succès de cacher sa calvitie... Et que le patelin dans lequel ils viennent de s’arrêter, est l’un de ces trous perdus dans lesquels il ne passe jamais grand chose : comme le dit le shériff, à part des événements mineurs comme une épidémie de dindes vampires ou un épouvantail baladeur, la ville est toujours calme. Vous l’avez compris, le ton est donné, nous avons là un roman écrit avec un humour décapant, reprenant pour mieux les faire voler en éclats tous les poncifs du cinéma d’horreur et des séries télévisées : quand, au début du roman, nos deux héros s’arrêtent chez "Gil" pour manger un morceau, le restaurant est attaqué par des zombies, ce qui n’émeut guère la patronne, Loretta, une très forte femme dans tous les sens du mot, qui abat les morts-vivants au fusil sans sourciller, chacun sachant que le plus ennuyeux de l’histoire c’est d’avoir à nettoyer ensuite, sans parler du coût de l’incinération des morceaux. Duke et Earl resteront un petit moment pour aider Loretta à régler son problème d’infestation zombie, d’autant plus que Cathy, le fantôme gardien du cimetière local fait battre le coeur - un comble pour un vampire ! - d’Earl, que le petit chien fantôme Napoléon est bien attachant et qu’il faut bien aussi sauver le monde qui va être à nouveau envahi par les anciens dieux - aux noms imprononçables, clin d’oeil manifeste à Lovecraft - que cherche à faire revenir Maîtresse Lilith, alias Tammy, la gothique adolescente locale mal dans sa peau, à coup de sacrifices divers, aidé en cela par son petit copain qui ne pense qu’à ça. Rajoutez-y un magicien noir voulant devenir maître du monde et tous les ingrédients sont réunis pour nous donner une bonne histoire. Le tout est narré sur un ton très factuel hilarant, toujours avec le détail qui tue, personne ne s’étonne de quoi que ce soit : Rockwood fait beaucoup penser à Sunnyvale (les amateurs de Buffy me comprendront), la nuit de trois semaines en plus...
 
Voilà un livre qui m’a fait passer un très bon moment, j’espère que l’auteur nous fera reprendre la route avec Duke et Earl.
 
 
Jean-Luc Rivera
 

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