Les coups de coeur de Jean-Luc Rivera - Octobre 2012
de Darynda Jones et Connie Willis
aux éditions
Genre : Actes de colloque

Auteurs : Darynda Jones , Connie Willis , Olivier Vatine , Jean-David Morvan , Ian McDonald , J-S. Rossbach , Scott Westerfeld , Xavier Mauméjean , André-François Ruaud , Jean-Luc Rivera , Bénédicte Taffin , Deborah Harkness , Mari Yamazaki , Morgane Caussarieu , David Chandler , Mike Hawthorne , Tanya Huff , Marie Lu
Date de parution : 0000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :

Lire tous les articles concernant Darynda Jones ou Connie Willis

Régulièrement, Jean-Luc Rivera évoque ici ses coups de cœur et ses bonheurs de lecteur...

Thermae Romae de Mari Yamazaki
 
Je fais partie d’une génération qui a grandi en lisant la BD franco-belge, amateur farouche de la ligne claire et des grands dessinateurs américains d’avant-guerre. Le manga ne fait donc pas vraiment partie de ce que je suis capable d’apprécier pleinement, mes goûts n’ont pas été éduqués en la matière et j’ai parfois du mal à lire de droite à gauche... Mais là, et cela va être une grande première, j’ai découvert et été enthousiasmé par un manga ! Il s’agit de "Thermae Romae", de Mari Yamazaki (4 volumes déjà sortis chez Casterman), un manga SF d’une finesse de dessin et de scénario absolument remarquable. L’action se passe dans la Rome de l’empereur Hadrien, à la fin des années 120 de notre ère : Lucius Quintus Modestus est un architecte spécialisé dans la construction de thermes, dont la carrière ne décolle pas car il n’a guère d’idées. Et voilà que, suite à un accident, il glisse, s’assomme et tombe à l’eau. Il se réveille dans le Japon contemporain, dans un établissement de bains ! Nous savons tous que la culture des bains est une institution dans ce pays. Mari Yamazaki, qui est une grande connaisseuse des raffinements de cette culture, les fait donc découvrir à Lucius qui met à profit ses découvertes pour les rapporter à Rome (retour de la même manière : chute dans l’eau et hop, c’est fait !) où il les adapte car c’est un homme très intelligent. Cela donne un résultat extraordinaire, par exemple lorsqu’il crée à Rome un parc d’attractions aquatiques avec toboggan etc.. !!! Au fur et à mesure que sa renommée croît et que le nombre de ses voyages au pays des "visages plats" se multiplie ( en même temps que ses accidents), son rôle va devenir de plus en plus important, au point qu’il va devenir le confident et l’ingénieur attitré de l’empereur, introduisant à Rome nombre d’innovations tout en contribuant à la stabilité de l’empire et du pouvoir de l’empereur. Le dessin de Mari Yamazaki est très beau, plus sophistiqué que dans le manga habituel, ce qui contribue à son attrait. C’est à la fois l’occasion de lire une histoire de SF très originale et de découvrir tout un monde, celui des thermes romains et japonais, que la plupart d’entre nous ignore totalement, le tout raconté avec une subtilité et un humour rares. Les intrigues sont toujours prenantes et l’on se passionne vite pour les aventures de Lucius dans les deux empires, où il va aussi découvrir la délicatesse et la beauté de présentation de la nourriture nipponne. Le tome 4 se termine sur un suspense éprouvant : Lucius, qui a trouvé une jeune et jolie geisha qui, de surcroît, parle le latin car passionnée de culture romaine antique, se retrouve bloqué à notre époque, alors que le successeur d’Hadrien vient de mourir et qu’il doit être aux côtés de celui-ci. Les dieux lui permettront-ils de rentrer ? Vivement le tome 5 !
 
 
 
Burning Inside de Jean-Sébastien Rossbach
 
Je ne connaissais Jean-Sébastien Rossbach jusqu’à présent que grâce à son nom sur des couvertures de livres : "Burning Inside" (CFSL Ink) est un très beau volume qui nous offre une vision étendue de la palette de son talent d’artiste. J’y ai retrouvé toutes ces couvertures que j’avais appréciées en lisant les romans de fantasy principalement sortis chez Le Bélial, Folio SF, Bragelonne, le Fleuve Noir, Pocket, Pygmalion ou Eclipse. Mais en plus de ses travaux personnels, cet ouvrage m’a permis aussi de découvrir ses travaux pour Marvel et pour des couvertures d’albums de BD, en particulier celles de la collection "1800" chez Soleil. Le chapitre "Femmes fatales" est superbe mais j’avoue avoir été particulièrement séduit par le chapitre consacré à Cheree Furiosa, le personnage qu’il a créé avec l’un de ses amis pour personnifier un bar nommé "Les Furieux" : cette jeune femme a une adorable paire de petites cornes rouges et des tenues hyper-sexy qui réjouiront tous les fétichistes - et les autres - de la planète, bref un régal pour les yeux ! Les amateurs de SF pure et dure ne sont pas oubliés car Rossbach en a aussi illustré. Comme toujours avec CFSL Ink, la qualité du livre et des illustrations, à laquelle il fut ajouter les petites présentations de l’auteur toujours très informatives, en font un "must" pour tous les amateurs d’art et d’artistes fantastiques.
 
 
 
Legend de Marie Lu
 
Marie Lu est une jeune auteure dont le premier roman, "Legend", vient de sortir chez Castelmore. Bien qu’orienté "young adults", les plus âgés comme moi trouvent autant de plaisir à le lire : voilà un très bon roman de science-fiction post-apocalyptique qui tranche sur la production actuelle par son écriture efficace de thriller et son intrigue menée comme une enquête de polar. Dans cette République américaine, régime autoritaire sous la haute direction et surveillance de l’Elector Primo, engagée dans une lutte sans fin contre les Colonies, deux pays qui ont émergé du chaos et de l’effondrement qui ont suivi la grande catastrophe écologique et humaine que fut la montée des eaux, la jeune June, génie de quinze ans qui est la seule à avoir passé les examens finaux avec un sans faute (1500 points, alors que la population est catégorisée selon ses résultats dans une société très compartimentée, mélange d’eugénisme et d’utilitarisme), rebelle de nature et n’ayant toujours pas surmonté le traumatisme de la mort de ses parents dans un accident, doit maintenant faire face à l’assassinat de son frère par un petit voyou, Day. June va donc utiliser toute son intelligence et les moyens à sa disposition pour le traquer, avec succès. Mais Day est lui-même un garçon intelligent, qui a réussi à survivre seul, après s’être enfui du centre où il avait été envoyé pour avoir eu le score le plus bas de toute l’histoire des examens, tout en gardant un oeil sur sa mère et ses deux frères qui vivent dans un quartier miséreux. Cette enquête menée par June va soulever des points curieux sur les examens, la mort de son frère et de ses parents, sur Day lui-même : dans ce monde très dur, qui ment à qui et pourquoi ? A June et à Day de débrouiller cet imbroglio, de découvrir l’autre et d’apprendre la confiance afin de découvrir les secrets les mieux cachés et les plus inavouables de la République, posant en même temps à June l’éternelle question : le patriotisme doit-il être aveugle, mon pays a-t-il toujours raison ? question très actuelle non seulement aux Etats-Unis mais aussi en d’autres parties du monde. L’histoire est très bien menée par l’auteur, avec un découpage nerveux qui maintient un rythme haletant : il m’a été impossible de reposer ce roman avant de l’avoir lu en entier car on se retrouve pris par l’action et les rebondissements de l’enquête de June. Après un final inattendu qui surprend le lecteur, beaucoup de questions restent en suspens à la fin du livre et je suis impatient de lire le tome 2 dans lequel nous découvrirons l’autre facette du continent américain, ces mystérieuses Colonies.
 
 
 
La Maison des derviches de Ian McDonald
 
Je fais partie de ces lecteurs qui ont découvert Ian McDonald grâce à Gilles Dumay qui a publié dans sa collection "Lunes d’encre" les magnifiques "Roi du matin, reine du jour" et "Le Fleuve des dieux" qui ont été consécutivement récompensés par le Grand Prix de l’Imaginaire ; j’attendais donc avec impatience de lire ce nouveau roman. Je le dis tout de suite, "La Maison des derviches" (Denoël, "Lunes d’encre") est un autre très grand roman, d’ores et déjà couronné par plusieurs prix anglo-saxons. On y retrouve ce qui fait toute la force et l’intérêt de McDonald : adossé à des recherches approfondies sur le pays, son histoire et sa culture, il nous projette dans un futur rapproché, ici la Turquie de l’an 2027, cinq ans après son entrée dans la Communauté européenne, à Istanbul (je reprends ici l’orthographe turque utilisée dans la traduction française), cette ville antique carrefour de civilisations et pont entre l’Europe et l’Asie. Et sur la place Adem Dede s’élève encore un couvent de derviches en bois transformé en immeuble d’habitation, maison ancienne donc aux loyers peu élevés ce qui lui permet d’accueillir un ensemble de locataires dont les destins vont s’entrecroiser suite à un attentat étrange dans le métro qui n’a fait qu’une victime, la terroriste. Alors que la propriétaire de la galerie d’art religieux du rez-de-chaussée, Ayse, se lance à la demande d’un client sur la piste de l’homme mellifié - bravo à Ian McDonald pour avoir exhumé cette légende sino-arabe bien oubliée sur un homme transformé vivant en relique par absorption uniquement de miel qui l’embaume de l’intérieur avant d’être placé dans un sarcophage empli lui aussi de miel -, son mari Adnan, courtier aux dents longues et sans scrupules, met au point avec ses copains traders qui se surnomment les UltraLords Seigneurs de l’Univers (en référence à leur série favorite) une escroquerie sur le gaz naturel iranien qui va tous les rendre riches. Quant à Necdet, un pauvre type paumé réfugié chez son frère islamiste, après avoir été dans le wagon lors de l’attentat, il est pris de visions mystiques et prophétiques, percevant les djinns présents partout et communiquant avec le saint Homme vert Hizir. Et c’est suite à cet attentat que Can, l’enfant au coeur malade qui vit coupé de tout bruit, va se lancer dans une enquête sur les terroristes car ses robots multiformes, les bitbots qui peuvent se désagréger en une foultitude de composants et prendre toute forme nécessaire, Oiseau, Serpent, Rat etc..., lui ont fait voir que la scène de l’attentat était surveillée par un drone qui a poursuivi Oiseau avant de s’écraser et dont tous les morceaux ont été immédiatement récupérés, mais par qui et pour quoi ? Il sera aidé par son seul ami, le vieux professeur grec Georgios Ferentinou, économiste génial et amer, qui est lui-même recruté par un étonnant "think tank" stambouliote. Pendant de temps la jeune Leyla, malgré son double handicap de femme et d’Anatolienne, en plus éduquée !, essaye de lever des fonds pour une start up qui a fait une découverte géniale, qui va bouleverser le monde : le stockage de l’information dans le corps humain sur l’ADN dit poubelle, transformant ainsi chaque cellule en un disque de données. Ces personnages et beaucoup d’autres vont voir leurs destins s’entrecroiser sur une période très courte, le livre débutant le lundi matin et se terminant le vendredi.
Mais c’est suffisant pour que McDonald nous emmène dans un tourbillon vertigineux où se mêlent, comme il l’affectionne manifestement, d’un côté les traditions religieuses et le mysticisme - ici le soufisme, les derviches et toute les mystiques de l’islam -, le poids des civilisations et des antagonismes culturels - turcs, grecs, kurdes, européens, iraniens, russes - dans ce creuset qu’est la ville, et de l’autre côté toutes les technologies les plus modernes, ici McDonald se concentre plus particulièrement sur les nanotechnologies - les nanos remplacent avantageusement les drogues - et la robotique style Transformers... Le monde qu’il nous propose ici est encore une fois un monde à la fois merveilleux - les progrès technologiques - et désespérant - ces mêmes progrès sont mis au service d’idées obscurantistes ou de l’avidité pour l’argent et la puissance -, en somme il considère de manière assez pessimiste - ou réaliste ? - que notre monde ne changera guère d’ici quinze ans, sauf pour la pollution aggravée et la surveillance des personnes renforcée... Voilà en tout cas un livre très intelligent, très fin, magnifiquement écrit, où le besoin de merveilleux, le besoin de croire et le besoin d’amour sont les moteurs qui font fonctionner l’intrigue, dans une ville, Istanbul, qui cristallise tous les fantasmes et tous les rêves. McDonald, fort bien traduit par Jean-Pierre Pugi, nous guide dans le dédale des ruelles et des esprits stambouliotes en un peu plus de 500 pages que l’on ne peut lâcher.
 
 
 
Dans les veines de Morgane Caussarieu
 
Je suis depuis longtemps un amateur de lectures vampiriques et, plus récemment, je m’amuse beaucoup avec la bit-lit qui a renouvelé le genre. En lisant ce premier roman de Morgane Caussarieu, "Dans les veines" (Mnémos), je savais que j’allais me retrouver plongé dans un univers vampirique complètement différent. Mais à ce point, je ne m’y attendais pas ! Ici, pas de vampire aristocratique et raffiné, seigneur au sommet de la chaîne alimentaire : nous avons affaire plutôt à une meute de hyènes qui se nourrissent des faibles, des jeunes, des malades, des drogués et qui abusent de leur force avec une délectation malsaine et jouissive. Les vampires de ce roman étaient déjà des malades mentaux psychotiques avant leur transformation, celle-ci n’a fait qu’ajouter à leurs maux : solitude, besoin d’affection, ennui qui ne peuvent trouver de solution que dans une fuite en avant dans la violence et la souffrance d’autrui. Aucun des vampires ne peut inspirer la moindre sympathie ou pitié au lecteur... Quant aux deux personnages de flics bordelais, le lieutenant Baron et sa collègue Brune - car l’action se déroule dans les clubs interlopes de Bordeaux et dans ses alentours - ils ne sont pas plus reluisants, traînant des valises de la taille de malles-cabine. Et je ne vous parle pas de Lily, la fille de Baron, complètement paumée mais à juste titre, de sa copine gothique Violaine, ou de Fleur, la mère de Brune, vieille épave hippie toujours stone. Bref, un ensemble de caractères tous plus répugnants les uns que les autres évolue dans un milieu particulièrement glauque, Bordeaux cache manifestement un côté plus qu’obscur sous ses façades classiques et bourgeoises. L’auteur nous décrit avec un langage particulièrement dur, sans concession aucune, la "virée" ultra-violente d’une bande de quatre vampires, accompagnée de trois drogués réduits à l’état d’épaves et d’un chien particulièrement répugnant. L’auteur ne nous épargne rien, avec des descriptions fort graphiques de toutes les tortures, crimes et perversions auxquels se livrent nos vampires et nos policiers, je pense que rien ne manque dans ce catalogue à part la zoophilie. Cela donne un roman très dur, très bien écrit - la scène de transformation de J.F. en vampire (p. 200 et sq.) est un morceau d’anthologie -, une sorte de "road movie" au-delà du gore, sans aucun espoir de rédemption, à la fois tragique et pathétique. Bref, ce roman est aux antipodes de tout ce que j’aime et je n’ai pas pu le lâcher, ressentant ce mélange très efficace de répulsion et de fascination qui réveille nos instincts de voyeur malsain, lors d’un accident par exemple, car il fait découvrir un monde qui nous est à tous, du moins je l’espère, complètement étranger. Une grande expérience de lecture, difficile et passionnante mais à déconseiller aux âmes sensibles ! 
 
 
 
La Pucelle et le Démon de Bénédicte Taffin
 
J’avais découvert Bénédicte Taffin l’année dernière, nouvelle auteure dont le premier roman, "Les yeux d’Opale", était un livre de SF tout à fait intéressant, récompensé d’ailleurs par le prix des Futuriales. L’auteur passe maintenant à la fantasy, perdant au passage les accents aigus et le e final de son prénom... en nous proposant, avec "La Pucelle et le Démon", une version impertinente et jubilatoire de la vie de notre héroïne nationale qu’est Jeanne d’Arc. Dans la Falatie, ce pays ravagé par la guerre avec les Azuléens, le dauphin Francis doute de son lignage et de son droit au trône ce qui le paralyse. L’intrigante duchesse Yolda de Sienae décide d’y remédier en envoyant Sidoine de Valzan, dit La Hire, mercenaire possédé par un démon qu’il a parfois du mal à contrôler, chercher dans un village perdu du duché de Garrois, Domfroy, une pucelle s’appelant Jehanne et qui entend des voix. Au lieu d’aller directement à Domfroy, il décide de passer la nuit dans un bordel accueillant avec l’une des pensionnaires, ce qui laisse le temps à des barghoests (des démons particulièrement redoutables) de massacrer Jehanne et tout le village pour faire bonne mesure. C’est évidemment très ennuyeux pour le bon accomplissement de la mission de Sidoine, et incidemment pour sa sécurité personnelle... Mais comme c’est un homme de ressources, il décide qu’une bergère pucelle voyante peut être remplacée sans grande différence visible par une catin disciple de Sappho et il emmène donc avec lui Oriane, sa compagne de la nuit précédente ! A partir de là tout fonctionne très bien mais non sans mal, et tout le roman devient fort drôle et sarcastique : Bénédicte Taffin a la cruauté de mettre en exergue de chaque chapitre l’histoire édifiante de Jeanne d’Arc telle que nous l’avons apprise puis de nous conter sa version où interviennent traîtres, intrigants, sorciers, démons, politiques sans scrupules, manipulant et étant manipulé par Oriane qui se révèle une fine mouche. Cela nous donne au final un conte de fantasy picaresque qui se laisse lire avec beaucoup de plaisir.
 
 
 
Goliath de Scott Westerfeld
 
J’avais déjà exprimé ici mon admiration pour "Léviathan" et "Béhémoth" de Scott Westerfeld : la conclusion de cette excellente trilogie vient de sortir sous le titre de "Goliath" (les trois volumes chez Pocket). Nous retrouvons ce monde du début de la guerre de 1914, où les puissances alliées (Royaume-Uni, France, Italie, Russie) sont darwinistes - tout est basé sur les modifications génétiques ce qui donne des baleines transgéniques dirigeables ou des lézards parlant messagers entre autres créatures invraisemblables utilisées dans la vie de tous les jours -, alors que les Empires centraux sont clankers, c’est-à-dire mécanisés à outrance. La fuite d’Alex, héritier de l’empire austro-hongrois dont les parents ont été assassinés à Sarajevo, se poursuit grâce à l’aide des Britanniques du dirigeable "Léviathan" sur lequel sert Deryn, jeune fille travesti en garçon afin de pouvoir remplir ses fonctions, ce qu’ignore bien sûr Alex... Après avoir contribué à renverser le Sultan du vieil empire ottoman, nos héros sont maintenant en route pour le Japon, occasion de traverser l’Empire russe : l’auteur reprend de manière très intéressante le personnage à la mode en ce moment de Nikolas Tesla, le grand inventeur serbe et modèle du savant fou génial, Tesla qui enquête sur les résultats de son expérience de destruction à distance dans la forêt de la Tunguska, en Sibérie, en 1908 (un événement réel que cette destruction mystérieuse de la forêt sur un espace gigantesque), au milieu des magnifiques ours de guerre russes. Les aventures se poursuivent dans l’Empire du Soleil Levant, mélange curieux et harmonieux des technologies darwiniste et clanker, avant de se terminer en Amérique, cette terre d’opportunité où tous les systèmes sont bons du moment qu’ils fonctionnent de manière pratique et rapportent de l’argent. C’est aussi l’opportunité pour nos héros de rencontrer des personnages hors du commun comme William Randolph Hearst et, pour Alex, de tirer parti de la force de la presse américaine. Toutes les énigmes se résolvent dans ce troisième tome aussi alerte, plaisant à lire, drôle et plein de finesse que les deux précédents. Une grande trilogie très originale avec des livres aux illustrations couleurs superbes !
 
 
 
Enchantment Emporium de Tanya Huff
 
Avec ce gros roman, "Enchantment Emporium" (J’ai lu, collection Darklight), Tanya Huff, après nous avoir donné une très belle série de bit-lit ("Les aventures de Vicki Nelson", 6 volumes à découvrir aussi chez J’Ai lu, une série très fine), passe maintenant à l’ "urban fantasy", un genre en plein essor. Le roman porte bien son titre : je suis ressorti enchanté de ma lecture ! Tanya Huff nous fait découvrir avec humour l’univers très particulier du "clan" Gale, une grande famille où les femmes sont toutes magiciennes et pâtissières : une tribu de tantes (une bonne douzaine) et de cousines qui pratiquent la magie pour maintenir le monde en bon ordre, le bon étant naturellement le leur. Et les hommes du clan ont une place particulière car ils ont aussi le pouvoir - qui s’exprime à travers des ramures majestueuses les faisant ressembler à Cernunos et leur donnant le caractère de cerfs en rut - mais qui peut mal tourner et les transformer en sorciers. Au milieu de cette joyeuse famille, notre héroïne, Allie, a dû retourner vivre chez sa mère après avoir perdu son travail. Alors qu’elle est en pleine déprime, elle apprend que sa grand-mère vient de mourir et lui a légué, à elle seule, sa boutique à Calgary. Voilà une bonne occasion d’échapper à la pression familiale. Allie part donc là-bas, mais bien entendu, la situation n’est pas si simple : outre la boutique, Allie a hérité d’un leprechaun timide, Joe, et d’une clientèle plus que curieuse puisqu’il s’agit d’un certain nombre de créatures plus ou moins surnaturelles. Pour ne rien arranger, sa cousine dévergondée et musicienne, Charlie, l’a accompagné puis le cousin Roland, qui a la tête sur les épaules - il est avocat - avant que n’arrive aussi son meilleur ami, Michael, chouchou des tantes bien qu’humain et gay - son coeur vient d’être brisé par son petit ami - ; et tout ce petit monde va découvrir les agissements d’un puissant et fort antipathique sorcier, Kalynchuk, qui guide les actions de Graham, journaliste pour un tabloïd miteux, protecteur du sorcier et joli garçon dont Ellie va naturellement devenir folle amoureuse. Rajoutez à tout cela des Seigneurs Dragons tout puissants, un tout jeune adolescent Prince Dragon encore plus puissant, les réactions définitivement pas Gale d’Allie, et vous avez un roman drôle et enlevé (petit bémol : les premières pages donnent une impression un peu confuse car l’auteur nous fait entrer de plein pied dans les "réalités" de la famille et le lecteur se sent un peu perdu mais pas de panique, tout devient clair au fur et à mesure de la lecture), aux personnages sympathiques et attachants, rythmé par des scènes parfois très fines dans la psychologie des personnages, par de beaux combats magiques (le combat final est superbe !) et par la production et la consommation d’innombrables tartes de toutes sortes - attention parfois aux ingrédients ! -, bref un bien bon roman qui se lit d’une traite.
 
 
 
Charley Davidson de Darynda Jones
 
Avec cette nouvelle série portant le nom de son personnage principal, "Charley Davidson" (2 volumes déjà parus, "Première tombe sur la droite" suivi de "Deuxième tombe sur la gauche", tous deux chez Milady), Darynda Jones nous propulse dans le domaine de la "paranormal romance", genre qui fait fureur aux USA. Charley Davidson est une toute jeune femme qui exerce le beau métier de détective privé à Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Elle aide aussi son oncle, lieutenant de la police de la ville, à résoudre des crimes, d’autant plus aisément qu’elle possède depuis sa plus tendre enfance le don de voir les morts, de communiquer avec eux et même de les toucher : en effet, elle est la "Faucheuse", celle qui fait passer les morts de l’autre côté et ce littéralement puisqu’ils la "traversent" pour disparaître ailleurs... Ce genre de don lui crée des complications car, curieusement, beaucoup n’y croient pas et ceux qui y croient trouvent cela perturbant... Cela n’empêche pas l’oncle Bob de la mettre à contribution pour résoudre, dans le premier volume, le meurtre mystérieux de trois avocats. Cette enquête menée de concert avec les trois défunts va la mettre sur la piste de Reyes, superbe jeune homme étrange qu’elle a rencontré une fois dans des circonstances mystérieuses et qui est maintenant en prison pour le meurtre de son père. Cette enquête, semée d’attaques diverses sur sa personne qui la laissent à chaque fois en piteux état et de morts nombreux (je tiens d’ailleurs à préciser que je n’ai aucun lien de parenté avec le Carlos Rivera du roman...), va lui permettre, ainsi qu’à nous, d’en découvrir plus sur sa vraie nature, sur celle de Reyes, tout en résolvant l’énigme criminelle. Entourée de Cookie, sa meilleure amie-voisine de palier-assistante, de Garrett Swopes, le beau détective privé plutôt sceptique, de l’oncle Bob et de quelques autres personnages hauts en couleurs dont Ange, le gamin mort qui lui sert d’assistant personnel, Charley Davidson - qui ne fonctionne qu’avec des litres de café en permanence - nous entraîne dans un monde où les esprits sont partout et se comportent encore comme si ils étaient vivants. C’est écrit dans un style alerte, plein d’humour car Charley ne se prend guère au sérieux, souvent plus intéressée par les fesses des types qu’elle croise, ce qui donne un récit bien enlevé.
Le second volume nous permet d’en apprendre plus sur Charley, sur Reyes et les liens qui les unissent, sur les familles plus ou moins dysfonctionnelles de nos deux personnages, sur les démons en général et les buts qu’ils poursuivent en s’acharnant sur nos deux personnages, le tout à travers la disparition énigmatique de Mimi Powers et la mort de ses camarades de classe... Cela se laisse lire tout aussi agréablement que le premier, l’intrigue se complique et nous fait attendre avec impatience les prochaines aventures d’une héroïne hors norme (pensez : elle se régale de burritos au petit déjeuner !!!) bien sympathique.
 
 
 
Niourk d’Olivier Vatine et Oms en série de Jean-David Morvan et Mike Hawthorne
 
 Comme beaucoup, je suis un amateur de Stefan Wul qui, en quelques romans dans la collection "Anticipation" au Fleuve Noir, avait su s’établir comme l’un des grands de la SF française. Bien servis par des couvertures superbes de Brantonne - ah celle du "Temple du passé" ! -, ses romans m’avaient fait rêver. Il y avait eu ensuite les dessins animés tirés de "Oms en série" et de "L’Orphelin de Perdide" et maintenant, grâce aux Editions Ankama que je félicite pour cette belle entreprise, nous avons droit à des adaptations en BD fidèles des romans. Les deux premiers volumes viennent de sortir et j’y ai retrouvé tout le plaisir des livres, avec de beaux dessins en supplément et un bon petit texte de présentation de Stefan Wul par Laurent Genefort.
Tout d’abord le tome 1 de "Niourk", par Olivier Vatine, où nous retrouvons l’enfant noir et son ours qui vont parcourir le fonds asséché de l’Atlantique pour remonter vers les domaines des dieux, ces villes abandonnées au sommet des chaînes montagneuses que forment îles et continent, affrontant les poulpes intelligents et radioactifs. L’adaptation est fidèle, le dessin agréable, une réussite.
Réussite aussi que le tome 1 de "Oms en série", sur un scénario de Jean-David Morvan et un dessin de Mike Hawthorne. Là aussi la fidélité au roman est le maître mot et nous découvrons l’enfance de Terr dans l’omerie de sa jeune maîtresse draag Tiwa, jusqu’à ce qu’il s’enfuit et rejoigne les bandes d’oms sauvages.
J’attends avec curiosité les tomes suivants ainsi que ceux consacrés à "Piège sur Zarkass" et à "La Peur géante" puis à "Retour à O", "Le Temple du passé", "Terminus 1", "Rayons pour Sidar" (un de mes favoris chez Wul !), "L’Orphelin de Perdide" et "Noô". Tout Stefan Wul en BD, une oeuvre à soutenir et qui commence sous de fort bons auspices.
 
 
 
Uderzo L’Intégrale 1941-1951 de Philippe Cauvin et Alain Duchêne
 
Il m’arrive rarement, et cela a été le cas ici, de rester stupéfait devant un travail magnifique : avec "Uderzo L’Intégrale 1941-1951" (Editions Hors Collection), nous sommes face à une oeuvre de grande ampleur, témoignage de l’admiration des auteurs, Philippe Cauvin et Alain Duchêne, pour celui qui est sans aucun doute l’un des plus grands dessinateurs français de BD du 20ème siècle.Comme nous tous, j’ai dévoré les aventures d’Astérix et Obelix ainsi que celles d’Oumpapah mais ce livre m’a permis de prendre toute la mesure d’Albert Uderzo et de découvrir le parcours d’un homme qui a commencé sa carrière en répondant à des petites annonces !
Outre une iconographie unique sur les jeunes années d’Uderzo et ses souvenirs, les auteurs ont réussi l’exploit de réunir tout ce qui a été fait par notre dessinateur, depuis ses tout premiers dessins et ses premières planches : je suis resté stupéfait en admirant le dessin d’un de ses tout premiers personnages féminins qui présente déjà une ressemblance hallucinante avec Falbala (p. 45 : tout est déjà là, en attente de se réaliser pleinement !). Cet gros ouvrage nous permet aussi de lire les intégrales (en reproductions superbes) des premières séries que je ne connaissais pas et n’avais donc jamais eu l’occasion de lire, d’autant plus qu’elles sont souvent tirées de magazines quasiment introuvables aujourd’hui : avec les aventures d’ "Arys Buck" puis celles de son fils "Prince Rollin" (qui effectue même un voyage temporel et se retrouve au 20ème siècle) dans "O.K." et celles de "Belloy l’invulnérable" pendant la période 1946-1949, nous voyons que le succès va aux héros hypermusclés mais dont le minislip (chez Belloy) s’agrandit petit à petit jusqu’à lui recouvrir toutes les fesses, pression des pudibonds oblige sans doute...
Nous découvrons aussi les autres dessins produites par Uderzo pour illustrer des nouvelles, toujours dans "O.K." puis nous passons à une série indienne avec "Wataki". La SF n’est pas oubliée puisque paraît "Superatomic Z" dans "34 Aventures", de même que les superhéros avec le plaisir de lecture qu’est "Capitaine Marvel Jr" dans "Bravo" en 1950.
Cerise sur le gâteau uderzien, et je tire mon chapeau aux auteurs pour ce travail colossal, nous découvrons aussi TOUTES les illustrations réalisées pour les journaux "France-Dimanche" et "France-Soir" qui nous donnent toute la mesure du talent et du travail fourni par un dessinateur populaire du début des années 1950.
Certes le prix de cet énorme volume, plus de 400 pages grand format, pourra paraître un peu élevé à certains (69 €) mais considérant la somme de travail et la qualité des reproductions du livre, il faut féliciter l’éditrice pour avoir eu l’audace de le présenter à un prix tout à fait raisonnable : le rapport qualité-prix est imbattable et Noël n’est pas loin...
Devrait suivre un volume "Intégrale 1951-1953", le projet devant s’arrêter à la parution du premier Astérix. J’espère que les auteurs et la maison d’édition poursuivront cette entreprise magnifique jusqu’à son terme pour notre plus grand bonheur.
 
 
 
Les Sept lames de David Chandler
 
Il me semble que, depuis quelques années, les voleurs sympathiques ont à nouveau la cote chez les auteurs de fantasy, et ce pour notre plus grand plaisir. En effet, nous avons toujours un point faible pour les bandits au grand coeur. Et c’est ce que nous propose David Chandler dans une trilogie pleine d’action intitulée "Les Sept lames" (Milady) dont deux volumes sont déjà sortis.
Dans le premier, "L’Antre des voleurs", nous faisons la connaissance de Malden, fils d’une prostituée et d’un père inconnu y compris de sa mère, élevé dans les bordels de la cité libre de Ness, et voleur extrêmement doué, sans doute le meilleur. Mais il n’est pas très sain d’exercer ce beau métier en indépendant alors que la guilde des voleurs, dirigée d’une main de fer par son maître Tailleserpe, protège ses clients et veille à ce que le niveau de crime reste acceptable pour les autorités. C’est ce que va apprendre, à ses dépens, Malden qui va se retrouver chargé de voler la couronne du burgrave de la ville, symbole de son autorité, afin de rentrer dans la guilde et échapper à un sort peu agréable. Evidemment, tout n’est pas si simple : qu’est exactement cette couronne ? Pourquoi est-elle protégée par un démon alors que l’usage de ceux-ci est strictement interdit ? Quel est le rôle de Cythère, la belle magicienne couverte de tatouages vivants - pourquoi d’ailleurs le sont-ils ? -, au service du plus grand des sorciers, l’immortel et arrogant Azoth ? Pourquoi le chevalier Croy, détenteur de l’une des sept lames tueuses de démons, se retrouve-t-il condamné à une mort ignominieuse en dépit de l’intercession de l’ambassadeur nain ? Toutes ces questions et bien d’autres pousseront Malden à des actions qui, en s’enchaînant inéluctablement les unes aux autres, changeront le destin de sa ville, celui des ses compagnons et le sien.
L’univers mis en scène par David Chandler est tout à fait prenant : l’idée de cette ville libre au milieu des terres soumises au bon vouloir de la noblesse et surtout du roi qui ne rêve que de récupérer ce qui a été accordé par son ancêtre, est original car elle permet à l’auteur de donner libre cours à un certain nombre de réflexions sur ce qu’est la liberté, ce qu’elle recouvre et ce que les gens en font. C’est cela le ressort profond qui fait fonctionner Malden, échapper à sa condition et être véritablement un homme libre. Mais peut-on être totalement libre lorsqu’on l’est uniquement à l’intérieur des murs d’une ville ? Les personnages sont psychologiquement fouillés, Malden comme je viens de le dire, mais aussi le chevalier Croy, psychorigide de l’honneur chevaleresque au point d’en devenir totalement ridicule, amis l’est-il vraiment ? Quelque part, il est sympathique car il n’agit que pour protéger les autres, les faibles, toujours dans un but altruiste, même si il semble parfois outré. Il partage la vedette avec Malden et c’est très bien vu car ils se complètent : le voleur issu de rien et bourré de complexes d’infériorité, compagnon puis ami du chevalier au coeur pur, né avec une cuillère d’argent dans la bouche et toujours sûr de lui... Tout cela, plus les intrigues croisées des ambitions de certains des notables de Ness, et un grand nombre de personnages secondaires qui donnent vie et caractère au livre, a pour résultat un roman enlevé, plein d’action mais aussi de sentiments, qui se lit avec un immense plaisir et nous laisse sur notre faim.
Fort heureusement, le deuxième volume est sorti très vite : "Un Voleur dans la Nuit" nous fait retrouver Malden, devenu le bras droit de Tailleserpe, se préparant psychologiquement au mariage de Croy et de Cythère, ces deux derniers manifestant eux aussi un enthousiasme assez mou mais tous deux prêts à exécuter leur devoir. Mais le destin, et le dernier des hiéromages, veille : le barbare Mörget, détenteur d’une autre des sept lames, déboule en ville et propose à Croy de partir tuer le dernier des démons. Comment refuser de faire son devoir ? Croy se précipite, Malden se retrouve obligé d’y aller - outre le fait qu’il est maintenant détenteur d’une des sept lames, sans d’ailleurs savoir se battre à l’épée, il faudra entrer dans la dernière des forteresses elfes lors de la guerre avec les humains, une ville naine enfouie sous une montagne, scellée par la magie et piégée par les nains. Le nain Crassier, au service de Tailleserpe, y va aussi, comme Cythère. Résultat : toute l’équipe se retrouve dans les pièges, les horreurs et les surprises du Vincularium. Nous en apprendrons ainsi beaucoup plus sur l’histoire des humains, des nains et des elfes, sur celle de certains de nos personnages comme Crassier - pourquoi s’est-il exilé ? - et c’est surtout une belle leçon de tolérance qui est donnée à cette occasion. Nos personnages continuent d’évoluer psychologiquement, l’une des grandes forces de ces deux romans et de l’écriture de David Chandler, avec un humour encore plus prononcé dans ce roman que dans le premier, au fur et à mesure que Malden et Croy deviennent plus philosophes.
Il ne nous reste plus qu’à attendre la sortie du troisième tome, déjà publié en anglais, afin de connaître le destin de ce trio de personnages attachants et déchirés.
 
 
 
Buffy l’intégrale - 1
 
Comme beaucoup le savent, je fais partie des amateurs de séries télévisées et "Buffy contre les vampires" fut l’une de mes séries favorites à cause de son humour, de sa finesse quant au traitement de questions sensibles (comme la sexualité des adolescentes) et de sa qualité générale d’écriture. Le succès entraîna des novélisations d’épisodes et des histoires inédites, dont une partie fut traduite en français, qui se lisent fort agréablement : il faut dire que les auteurs étaient tous de bons professionnels de la novélisation dont les noms sont connus des fans, comme Christopher Golden, Nancy Holder, Richie Tankersley Cusick, John Vornholt ou Diana G Gallagher pour ce volume. Milady a la bonne idée de rééditer ces romans en ayant l’intention de faire une intégrale car tous ne furent pas traduits et ils sont tous épuisés aujourd’hui. Ce tome 1 reprend donc les trois premières traductions françaises ("La moisson", "La pluie d’Halloween" et "La lune des coyotes") plus un roman inédit dans notre langue "Sale affaire". Voici une bonne occasion de replonger quelques années en arrière et de retrouver Buffy la Tueuse, Willow, Alex et tout le reste du Scooby gang affrontant des créatures surnaturelles de toutes sortes dans la charmante petite ville si riante de Sunnydale, Bouche de l’Enfer californienne ! Cela reste toujours un grand plaisir.
 
 
 
Hercule Poirot, une vie d’André-François Ruaud et Xavier Mauméjean
 
Avec "Hercule Poirot, une vie" (Les Moutons électriques, collection Bibliothèque rouge), André-François Ruaud et Xavier Mauméjean viennent de signer la biographie définitive du grand détective belge. Ils analysent, avec le recul nécessaire face à un homme si soucieux de son apparence, dans le détail tous les aspects de sa vie, tels que nous l’ont livré son biographe le capitaine Hastings et celle qui allait jouer un rôle essentiel dans la promotion de Poirot, à savoir Dame Agatha Christie. Nous découvrons ainsi son enfance en Belgique, ses années de formation et son exil en Angleterre lors de la Grande Guerre puis son installation définitive dans son pays d’adoption, les affaires qui le rendront célèbres et sa longue vieillesse solitaire (né en 1864, il est mort quasi centenaire en 1960 !). Nos deux auteurs en profitent pour brosser le tableau d’une Angleterre en pleine évolution sociale et économique, d’un monde en mutation face à un Poirot qui n’apprécie guère ces changements en homme qui a déjà dû faire face à des bouleversements de situation personnelle importants. C’est passionnant à lire, une tranche de l’histoire contemporaine, abondamment illustrée avec deux beaux cahiers de photos. En bonus, outre la "timeline" de Poirot qui permet de repérer très vite un événement indiqué dans le livre, il y a bien entendu une bibliographie des aventures de Poirot et une autre plus générale et, cerise sur le gâteau, l’excellente nouvelle hommage de Xavier Mauméjean, "Le Noël des Wooster", superbe "crossover" faisant se rencontrer le détective belge expansif et le très réservé valet de chambre de Bertie Wooster, Jeeves ! Et une autre nouvelle fort sympathique, "En amour tous les coups sont permis", de Susan Moody. Je terminerai en indiquant aux lecteurs du livre précédent de nos deux auteurs sur Poirot, qui était sorti en 2006, que celui-ci peut être considéré comme un nouvel ouvrage vu l’augmentation plus que conséquente de son contenu et les modifications de celui-ci. Encore une belle réussite dans cette collection toujours excellente !
 
 
 
Black-out de Connie Willis
 
Ce nouveau roman de Connie Willis, "Black-out", qui vient de sortir aux Editions Bragelonne, arrive en France précédé d’une réputation flatteuse : en effet, il forme avec sa suite "All Clear" un diptyque qui a été couronné par le Nebula et le prix Locus en 2010 puis par le Hugo en 2011 ! Difficile de faire mieux. Et, je vous le dis tout de suite, après avoir lu le livre, je trouve cela tout à fait mérité.
Connie Willis nous fait retrouver son univers de l’Université d’Oxford en 2060, où le voyage temporel permet d’envoyer des historiens sur place assister à tous les évènements de l’histoire, y compris les plus obscurs, sauf lorsqu’il s’agit de "points de divergence" où le danger de modifier l’histoire serait trop grand. Mais comme la théorie veut qu’en principe l’univers et le système mis en place s’auto-régulent - le "filet" refuserait l’envoi de l’historien ou en modifierait le point et/ou la date d’arrivée -, il n’y a donc aucun risque d’intervention intempestive et de changement du cours de l’Histoire n’est-ce pas ?...
Les seuls changements imprévus sont ceux auxquels procède M. Dunworthy, le responsable du département, en matière de planning de voyages temporels ! Ce qui n’arrange guère Michael Davis qui se retrouve propulsé à Douvres en 1940 pour y assister à l’arrivée des soldats britanniques évacués de la poche de Dunkerque alors qu’il devait partir pour Pearl Harbor en 1941, surtout avec Garde-Robe (le département des costumes) qui ne réussit pas à suivre... comme va le constater Polly Churchill qui, elle, doit partir dans le Londres du Blitz, toujours en 1940, afin d’étudier le comportement des gens dans les abris en travaillant comme vendeuse dans un grand magasin mais impossible d’obtenir une jupe noire, seulement du bleu marine, "terribly shocking" comme tenue à l’époque. Quant à Merope Ward, elle partira sous le nom d’Eileen O’Reilly, comme domestique dans un château campagnard qui héberge des enfants évacués de Londres pendant les bombardements. Bien évidemment, nos trois personnages vont se retrouver non seulement en butte aux imprévus de leurs situations (Michael arrive dans un patelin perdu de la côte au lieu de Douvres, Merope est affligée de garnements au comportement odieux, Polly d’une propriétaire sortie d’un roman de Dickens) mais aussi, et c’est plus grave, à des modifications insidieuses de la trame temporelle : par exemple les bombes tombent un peu en retard par rapport à l’heure historique, pas exactement au même endroit, etc. et les points de récupération ne fonctionnent plus donc impossible de repartir. Chacun va essayer de retrouver les deux autres, pensant ainsi pouvoir s’en sortir, dans un chassé-croisé rendu encore plus périlleux par l’absence de connaissances précises de ce que faisait chacun et par le climat d’une Angleterre en guerre où tout manque et où l’on voit des espion nazis partout. Ils se retrouvent finalement à Londres, se demandant ce qui est arrivé à Oxford... Nous le saurons dans le deuxième volume.
En attendant celui-ci, nous avons droit à un roman magistral où Connie Willis révèle tout son talent d’écrivain : la description historique de l’Angleterre et de son climat psychologique en 1940 - le but des études de nos différents personnages - est fort précise et pleine d’humour, montrant à la fois la mesquinerie et la grandeur, la lâcheté et le courage de tous les John Bull qui forment la nation anglaise de l’époque - les passages avec Sir Godfrey, le grand acteur shakespearien, qui déclame des tirades soigneusement choisies afin de donner du courage à ses compagnons d’abri, sont magnifiques - ; tous les caractères sont fort drôles et bien étudiés - on se croirait parfois dans une comédie de moeurs, avec une mention spéciale pour les deux "monstres" Alf et Binnie, les deux gamins plus qu’odieux dont doit s’occuper Merope - et une autre mention pour la bureaucratie anglaise, aussi tatillonne et peu réactive en 1940 qu’en 2060, du moins si l’on en croit Connie Willis pour laquelle certaines choses ne changeront jamais. Le roman a été fort bien traduit par Joëlle Wintrebert qui a su rendre avec finesse tout l’humour et l’esprit très britanniques de ces pages, ce qui n’est pas un mince exploit, plus un glossaire de certains acronymes et termes divers avec lesquels le lecteur français n’est pas forcément familier (bravo pour les entrées "gelée de veau" et "Horlicks" qui ne nous réconcilieront pas avec la gastronomie britannique...). Un beau volume de grande science-fiction à lire donc en attendant de savoir ce qui s’est passé à Oxford et comment M. Dunworthy rectifiera la situation afin qu’elle soit "All Clear".
 
 
 
L’Ecole de la Nuit de Deborah Harkness
 
Je vous avais fait part l’année dernière (août 2011) de mon enthousiasme pour "Le Livre perdu des sortilèges" de Deborah Harkness (Orbit), un roman alliant avec brio érudition, vampires et sorcières, le tout sur fonds d’alchimie. A la fin du livre, les deux personnages principaux, Diana Bishop la sorcière et Matthew Clairmont le vampire, fuyaient dans le passé et trouvaient refuge à l’époque élizabéthaine pour trouver le fameux livre "perdu", l’Ashmole 782, pas encore perdu, bien entendu, en 1590 alors que le grand collectionneur Elias Ashmole ne naîtra que près de trente ans plus tard.
Et à nouveau, avec "L’Ecole de la Nuit" (toujours chez Orbit) Deborah Harkness nous offre un livre brillant, tout en finesse, faisant montre de ses connaissances encyclopédiques sur cette époque - je rappelle qu’elle est aussi professeur d’histoire à l’Université de Californie du Sud à Los Angeles, spécialisée dans l’histoire des sciences et de la magie au XVIe siècle - : son point de départ est particulièrement intelligent. Nous plongeant dans l’univers fascinant de cette Angleterre où règne la grande reine Elizabeth 1ère et où certains des esprits les plus brillants et les plus libres sont regroupés dans ce qu’on a appelé "l’Ecole de la Nuit" - merci au Barde ! qui apparaît d’ailleurs dans le livre -, groupe comprenant aussi bien Sir Walter Raleigh ou le comte Henry Percy que Christopher Marlowe ou Thomas Harriot, nous découvrons que Matthew Roydon, l’un des membres historiquement avéré et sans doute le plus obscur du groupe, est le nom de Matthew Clairmont à cette époque. A partir de là, nous en saurons plus sur celui qu’il était et sa vie - homme de lettres et d’esprit, espion de la reine entre autres - et la quête d’un professeur qui puisse enseigner à Diana l’utilisation de ses dons de sorcière, alors même que les premiers procès de sorcellerie se déroulent en Ecosse, tout en découvrant avec Diana ce Londres élizabéthain, ses vêtements peu pratiques, ses aliments parfois peu engageants d’un point de vue sanitaire, son hygiène plus qu’approximative - et encore l’auteur nous a épargné les réflexions de Diana sur l’usage des chaises percées... Cela nous donne une plongée extraordinaire dans le monde de l’époque, d’autant plus que les recherches de Matthew et de Diana les entraîneront en France, dans le magnifique château auvergnat des Clermont, à la rencontre de Philippe, le père flamboyant et terrifiant de Matthew, un homme à l’esprit aussi acéré que son épée, puis à la cour de l’empereur Rodolphe à Prague, le protecteur des alchimistes et mages de toutes sortes. Deborah Harkness tisse les fils d’une tapisserie éclatante où se mêlent harmonieusement John Dee, Edward Kelley, Rabbi Loew (et le golem !) et d’autres acteurs historiques de la scène alchimique et occultiste de ces années fastes à des personnages inventés pour les besoins du récit (elle a d’ailleurs eu l’excellente idée, pour les lecteurs comme moi peu familiers avec cette période de l’histoire, d’indiquer en fin de volume à quelle catégorie appartient chaque protagoniste du roman). Elle donne une profondeur psychologique à ses personnages que nous découvrons petit à petit : la personnalité tourmentée de Matthew s’appréhende mieux, celle de Diana aussi. Et le personnage qui domine ce roman-ci est incontestablement Philippe de Clermont, dont nous découvrons en partie les origines, ce qui nous laisse attendre avec impatience d’en savoir plus dans le tome trois (le lecteur curieux peut se reporter à la page 168, je m’attendais à tout sauf à cela !) : nous comprenons ainsi mieux les allusions aux origines des différentes races, Deborah Harkness mariant fort joliment légendes et mythologie grecques à la science moderne. J’avoue avoir aussi pleinement apprécié la manière fort astucieuse dont elle utilise ce qui deviendra un jour le manuscrit Voynich, et je ne vous parle pas de la manière dont elle joue sur les paradoxes temporels pour que Diana et Matthew puissent envoyer des messages dans notre présent. De plus, son introduction de certains personnages comme le Père Hubbard - vampire protecteur et intrigant - ou le père de Diana, voyageur temporel lui aussi !, ajoute des dimensions supplémentaires intéressantes à l’intrigue.
 
Tout cela nous donne un second volume aussi passionnant et prenant que le premier, au rythme peut-être légèrement plus lent, adapté donc à une époque où vie, communications et déplacements étaient moins rapides. Il se lit aussi plus lentement car il faut en savourer chaque page, profiter de tous les détails et de tous les indices que Deborah Harkness sème au cours du texte, apprécier pleinement la richesse historique et scénaristique de ce volume.
Lors de mon coup de coeur précédent, je concluais que nous avions là "un futur classique de la littérature fantastique" : je persiste et signe avec ce nouveau volume.
 
 
Jean-Luc Rivera

Retrouvez tous les coups de coeur de Jean-Luc Rivera : 

D'accord, pas d'accord ? Parlez de ce livre sur le forum.

Répondre à cet article