aux éditions
Auteurs :
Darynda Jones
,
Connie Willis
,
Olivier Vatine
,
Jean-David Morvan
,
Ian McDonald
,
J-S. Rossbach
,
Scott Westerfeld
,
Xavier Mauméjean
,
André-François Ruaud
,
Jean-Luc Rivera
,
Bénédicte Taffin
,
Deborah Harkness
,
Mari Yamazaki
,
Morgane Caussarieu
,
David Chandler
,
Mike Hawthorne
,
Tanya Huff
,
Marie Lu
Date de parution : 0000
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Régulièrement, Jean-Luc Rivera évoque ici ses coups de cœur et ses bonheurs de lecteur...
Je fais partie d’une génération qui a grandi en lisant la BD franco-belge, amateur farouche de la ligne claire et des grands dessinateurs américains d’avant-guerre. Le manga ne fait donc pas vraiment partie de ce que je suis capable d’apprécier pleinement, mes goûts n’ont pas été éduqués en la matière et j’ai parfois du mal à lire de droite à gauche... Mais là, et cela va être une grande première, j’ai découvert et été enthousiasmé par un manga ! Il s’agit de "Thermae Romae", de Mari Yamazaki (4 volumes déjà sortis chez Casterman), un manga SF d’une finesse de dessin et de scénario absolument remarquable. L’action se passe dans la Rome de l’empereur Hadrien, à la fin des années 120 de notre ère : Lucius Quintus Modestus est un architecte spécialisé dans la construction de thermes, dont la carrière ne décolle pas car il n’a guère d’idées. Et voilà que, suite à un accident, il glisse, s’assomme et tombe à l’eau. Il se réveille dans le Japon contemporain, dans un établissement de bains ! Nous savons tous que la culture des bains est une institution dans ce pays. Mari Yamazaki, qui est une grande connaisseuse des raffinements de cette culture, les fait donc découvrir à Lucius qui met à profit ses découvertes pour les rapporter à Rome (retour de la même manière : chute dans l’eau et hop, c’est fait !) où il les adapte car c’est un homme très intelligent. Cela donne un résultat extraordinaire, par exemple lorsqu’il crée à Rome un parc d’attractions aquatiques avec toboggan etc.. !!! Au fur et à mesure que sa renommée croît et que le nombre de ses voyages au pays des "visages plats" se multiplie ( en même temps que ses accidents), son rôle va devenir de plus en plus important, au point qu’il va devenir le confident et l’ingénieur attitré de l’empereur, introduisant à Rome nombre d’innovations tout en contribuant à la stabilité de l’empire et du pouvoir de l’empereur. Le dessin de Mari Yamazaki est très beau, plus sophistiqué que dans le manga habituel, ce qui contribue à son attrait. C’est à la fois l’occasion de lire une histoire de SF très originale et de découvrir tout un monde, celui des thermes romains et japonais, que la plupart d’entre nous ignore totalement, le tout raconté avec une subtilité et un humour rares. Les intrigues sont toujours prenantes et l’on se passionne vite pour les aventures de Lucius dans les deux empires, où il va aussi découvrir la délicatesse et la beauté de présentation de la nourriture nipponne. Le tome 4 se termine sur un suspense éprouvant : Lucius, qui a trouvé une jeune et jolie geisha qui, de surcroît, parle le latin car passionnée de culture romaine antique, se retrouve bloqué à notre époque, alors que le successeur d’Hadrien vient de mourir et qu’il doit être aux côtés de celui-ci. Les dieux lui permettront-ils de rentrer ? Vivement le tome 5 !
Je ne connaissais Jean-Sébastien Rossbach jusqu’à présent que grâce à son nom sur des couvertures de livres : "Burning Inside" (CFSL Ink) est un très beau volume qui nous offre une vision étendue de la palette de son talent d’artiste. J’y ai retrouvé toutes ces couvertures que j’avais appréciées en lisant les romans de fantasy principalement sortis chez Le Bélial, Folio SF, Bragelonne, le Fleuve Noir, Pocket, Pygmalion ou Eclipse. Mais en plus de ses travaux personnels, cet ouvrage m’a permis aussi de découvrir ses travaux pour Marvel et pour des couvertures d’albums de BD, en particulier celles de la collection "1800" chez Soleil. Le chapitre "Femmes fatales" est superbe mais j’avoue avoir été particulièrement séduit par le chapitre consacré à Cheree Furiosa, le personnage qu’il a créé avec l’un de ses amis pour personnifier un bar nommé "Les Furieux" : cette jeune femme a une adorable paire de petites cornes rouges et des tenues hyper-sexy qui réjouiront tous les fétichistes - et les autres - de la planète, bref un régal pour les yeux ! Les amateurs de SF pure et dure ne sont pas oubliés car Rossbach en a aussi illustré. Comme toujours avec CFSL Ink, la qualité du livre et des illustrations, à laquelle il fut ajouter les petites présentations de l’auteur toujours très informatives, en font un "must" pour tous les amateurs d’art et d’artistes fantastiques.
Marie Lu est une jeune auteure dont le premier roman, "Legend", vient de sortir chez Castelmore. Bien qu’orienté "young adults", les plus âgés comme moi trouvent autant de plaisir à le lire : voilà un très bon roman de science-fiction post-apocalyptique qui tranche sur la production actuelle par son écriture efficace de thriller et son intrigue menée comme une enquête de polar. Dans cette République américaine, régime autoritaire sous la haute direction et surveillance de l’Elector Primo, engagée dans une lutte sans fin contre les Colonies, deux pays qui ont émergé du chaos et de l’effondrement qui ont suivi la grande catastrophe écologique et humaine que fut la montée des eaux, la jeune June, génie de quinze ans qui est la seule à avoir passé les examens finaux avec un sans faute (1500 points, alors que la population est catégorisée selon ses résultats dans une société très compartimentée, mélange d’eugénisme et d’utilitarisme), rebelle de nature et n’ayant toujours pas surmonté le traumatisme de la mort de ses parents dans un accident, doit maintenant faire face à l’assassinat de son frère par un petit voyou, Day. June va donc utiliser toute son intelligence et les moyens à sa disposition pour le traquer, avec succès. Mais Day est lui-même un garçon intelligent, qui a réussi à survivre seul, après s’être enfui du centre où il avait été envoyé pour avoir eu le score le plus bas de toute l’histoire des examens, tout en gardant un oeil sur sa mère et ses deux frères qui vivent dans un quartier miséreux. Cette enquête menée par June va soulever des points curieux sur les examens, la mort de son frère et de ses parents, sur Day lui-même : dans ce monde très dur, qui ment à qui et pourquoi ? A June et à Day de débrouiller cet imbroglio, de découvrir l’autre et d’apprendre la confiance afin de découvrir les secrets les mieux cachés et les plus inavouables de la République, posant en même temps à June l’éternelle question : le patriotisme doit-il être aveugle, mon pays a-t-il toujours raison ? question très actuelle non seulement aux Etats-Unis mais aussi en d’autres parties du monde. L’histoire est très bien menée par l’auteur, avec un découpage nerveux qui maintient un rythme haletant : il m’a été impossible de reposer ce roman avant de l’avoir lu en entier car on se retrouve pris par l’action et les rebondissements de l’enquête de June. Après un final inattendu qui surprend le lecteur, beaucoup de questions restent en suspens à la fin du livre et je suis impatient de lire le tome 2 dans lequel nous découvrirons l’autre facette du continent américain, ces mystérieuses Colonies.
Je fais partie de ces lecteurs qui ont découvert Ian McDonald grâce à Gilles Dumay qui a publié dans sa collection "Lunes d’encre" les magnifiques "Roi du matin, reine du jour" et "Le Fleuve des dieux" qui ont été consécutivement récompensés par le Grand Prix de l’Imaginaire ; j’attendais donc avec impatience de lire ce nouveau roman. Je le dis tout de suite, "La Maison des derviches" (Denoël, "Lunes d’encre") est un autre très grand roman, d’ores et déjà couronné par plusieurs prix anglo-saxons. On y retrouve ce qui fait toute la force et l’intérêt de McDonald : adossé à des recherches approfondies sur le pays, son histoire et sa culture, il nous projette dans un futur rapproché, ici la Turquie de l’an 2027, cinq ans après son entrée dans la Communauté européenne, à Istanbul (je reprends ici l’orthographe turque utilisée dans la traduction française), cette ville antique carrefour de civilisations et pont entre l’Europe et l’Asie. Et sur la place Adem Dede s’élève encore un couvent de derviches en bois transformé en immeuble d’habitation, maison ancienne donc aux loyers peu élevés ce qui lui permet d’accueillir un ensemble de locataires dont les destins vont s’entrecroiser suite à un attentat étrange dans le métro qui n’a fait qu’une victime, la terroriste. Alors que la propriétaire de la galerie d’art religieux du rez-de-chaussée, Ayse, se lance à la demande d’un client sur la piste de l’homme mellifié - bravo à Ian McDonald pour avoir exhumé cette légende sino-arabe bien oubliée sur un homme transformé vivant en relique par absorption uniquement de miel qui l’embaume de l’intérieur avant d’être placé dans un sarcophage empli lui aussi de miel -, son mari Adnan, courtier aux dents longues et sans scrupules, met au point avec ses copains traders qui se surnomment les UltraLords Seigneurs de l’Univers (en référence à leur série favorite) une escroquerie sur le gaz naturel iranien qui va tous les rendre riches. Quant à Necdet, un pauvre type paumé réfugié chez son frère islamiste, après avoir été dans le wagon lors de l’attentat, il est pris de visions mystiques et prophétiques, percevant les djinns présents partout et communiquant avec le saint Homme vert Hizir. Et c’est suite à cet attentat que Can, l’enfant au coeur malade qui vit coupé de tout bruit, va se lancer dans une enquête sur les terroristes car ses robots multiformes, les bitbots qui peuvent se désagréger en une foultitude de composants et prendre toute forme nécessaire, Oiseau, Serpent, Rat etc..., lui ont fait voir que la scène de l’attentat était surveillée par un drone qui a poursuivi Oiseau avant de s’écraser et dont tous les morceaux ont été immédiatement récupérés, mais par qui et pour quoi ? Il sera aidé par son seul ami, le vieux professeur grec Georgios Ferentinou, économiste génial et amer, qui est lui-même recruté par un étonnant "think tank" stambouliote. Pendant de temps la jeune Leyla, malgré son double handicap de femme et d’Anatolienne, en plus éduquée !, essaye de lever des fonds pour une start up qui a fait une découverte géniale, qui va bouleverser le monde : le stockage de l’information dans le corps humain sur l’ADN dit poubelle, transformant ainsi chaque cellule en un disque de données. Ces personnages et beaucoup d’autres vont voir leurs destins s’entrecroiser sur une période très courte, le livre débutant le lundi matin et se terminant le vendredi.
Je suis depuis longtemps un amateur de lectures vampiriques et, plus récemment, je m’amuse beaucoup avec la bit-lit qui a renouvelé le genre. En lisant ce premier roman de Morgane Caussarieu, "Dans les veines" (Mnémos), je savais que j’allais me retrouver plongé dans un univers vampirique complètement différent. Mais à ce point, je ne m’y attendais pas ! Ici, pas de vampire aristocratique et raffiné, seigneur au sommet de la chaîne alimentaire : nous avons affaire plutôt à une meute de hyènes qui se nourrissent des faibles, des jeunes, des malades, des drogués et qui abusent de leur force avec une délectation malsaine et jouissive. Les vampires de ce roman étaient déjà des malades mentaux psychotiques avant leur transformation, celle-ci n’a fait qu’ajouter à leurs maux : solitude, besoin d’affection, ennui qui ne peuvent trouver de solution que dans une fuite en avant dans la violence et la souffrance d’autrui. Aucun des vampires ne peut inspirer la moindre sympathie ou pitié au lecteur... Quant aux deux personnages de flics bordelais, le lieutenant Baron et sa collègue Brune - car l’action se déroule dans les clubs interlopes de Bordeaux et dans ses alentours - ils ne sont pas plus reluisants, traînant des valises de la taille de malles-cabine. Et je ne vous parle pas de Lily, la fille de Baron, complètement paumée mais à juste titre, de sa copine gothique Violaine, ou de Fleur, la mère de Brune, vieille épave hippie toujours stone. Bref, un ensemble de caractères tous plus répugnants les uns que les autres évolue dans un milieu particulièrement glauque, Bordeaux cache manifestement un côté plus qu’obscur sous ses façades classiques et bourgeoises. L’auteur nous décrit avec un langage particulièrement dur, sans concession aucune, la "virée" ultra-violente d’une bande de quatre vampires, accompagnée de trois drogués réduits à l’état d’épaves et d’un chien particulièrement répugnant. L’auteur ne nous épargne rien, avec des descriptions fort graphiques de toutes les tortures, crimes et perversions auxquels se livrent nos vampires et nos policiers, je pense que rien ne manque dans ce catalogue à part la zoophilie. Cela donne un roman très dur, très bien écrit - la scène de transformation de J.F. en vampire (p. 200 et sq.) est un morceau d’anthologie -, une sorte de "road movie" au-delà du gore, sans aucun espoir de rédemption, à la fois tragique et pathétique. Bref, ce roman est aux antipodes de tout ce que j’aime et je n’ai pas pu le lâcher, ressentant ce mélange très efficace de répulsion et de fascination qui réveille nos instincts de voyeur malsain, lors d’un accident par exemple, car il fait découvrir un monde qui nous est à tous, du moins je l’espère, complètement étranger. Une grande expérience de lecture, difficile et passionnante mais à déconseiller aux âmes sensibles !
J’avais découvert Bénédicte Taffin l’année dernière, nouvelle auteure dont le premier roman, "Les yeux d’Opale", était un livre de SF tout à fait intéressant, récompensé d’ailleurs par le prix des Futuriales. L’auteur passe maintenant à la fantasy, perdant au passage les accents aigus et le e final de son prénom... en nous proposant, avec "La Pucelle et le Démon", une version impertinente et jubilatoire de la vie de notre héroïne nationale qu’est Jeanne d’Arc. Dans la Falatie, ce pays ravagé par la guerre avec les Azuléens, le dauphin Francis doute de son lignage et de son droit au trône ce qui le paralyse. L’intrigante duchesse Yolda de Sienae décide d’y remédier en envoyant Sidoine de Valzan, dit La Hire, mercenaire possédé par un démon qu’il a parfois du mal à contrôler, chercher dans un village perdu du duché de Garrois, Domfroy, une pucelle s’appelant Jehanne et qui entend des voix. Au lieu d’aller directement à Domfroy, il décide de passer la nuit dans un bordel accueillant avec l’une des pensionnaires, ce qui laisse le temps à des barghoests (des démons particulièrement redoutables) de massacrer Jehanne et tout le village pour faire bonne mesure. C’est évidemment très ennuyeux pour le bon accomplissement de la mission de Sidoine, et incidemment pour sa sécurité personnelle... Mais comme c’est un homme de ressources, il décide qu’une bergère pucelle voyante peut être remplacée sans grande différence visible par une catin disciple de Sappho et il emmène donc avec lui Oriane, sa compagne de la nuit précédente ! A partir de là tout fonctionne très bien mais non sans mal, et tout le roman devient fort drôle et sarcastique : Bénédicte Taffin a la cruauté de mettre en exergue de chaque chapitre l’histoire édifiante de Jeanne d’Arc telle que nous l’avons apprise puis de nous conter sa version où interviennent traîtres, intrigants, sorciers, démons, politiques sans scrupules, manipulant et étant manipulé par Oriane qui se révèle une fine mouche. Cela nous donne au final un conte de fantasy picaresque qui se laisse lire avec beaucoup de plaisir.
J’avais déjà exprimé ici mon admiration pour "Léviathan" et "Béhémoth" de Scott Westerfeld : la conclusion de cette excellente trilogie vient de sortir sous le titre de "Goliath" (les trois volumes chez Pocket). Nous retrouvons ce monde du début de la guerre de 1914, où les puissances alliées (Royaume-Uni, France, Italie, Russie) sont darwinistes - tout est basé sur les modifications génétiques ce qui donne des baleines transgéniques dirigeables ou des lézards parlant messagers entre autres créatures invraisemblables utilisées dans la vie de tous les jours -, alors que les Empires centraux sont clankers, c’est-à-dire mécanisés à outrance. La fuite d’Alex, héritier de l’empire austro-hongrois dont les parents ont été assassinés à Sarajevo, se poursuit grâce à l’aide des Britanniques du dirigeable "Léviathan" sur lequel sert Deryn, jeune fille travesti en garçon afin de pouvoir remplir ses fonctions, ce qu’ignore bien sûr Alex... Après avoir contribué à renverser le Sultan du vieil empire ottoman, nos héros sont maintenant en route pour le Japon, occasion de traverser l’Empire russe : l’auteur reprend de manière très intéressante le personnage à la mode en ce moment de Nikolas Tesla, le grand inventeur serbe et modèle du savant fou génial, Tesla qui enquête sur les résultats de son expérience de destruction à distance dans la forêt de la Tunguska, en Sibérie, en 1908 (un événement réel que cette destruction mystérieuse de la forêt sur un espace gigantesque), au milieu des magnifiques ours de guerre russes. Les aventures se poursuivent dans l’Empire du Soleil Levant, mélange curieux et harmonieux des technologies darwiniste et clanker, avant de se terminer en Amérique, cette terre d’opportunité où tous les systèmes sont bons du moment qu’ils fonctionnent de manière pratique et rapportent de l’argent. C’est aussi l’opportunité pour nos héros de rencontrer des personnages hors du commun comme William Randolph Hearst et, pour Alex, de tirer parti de la force de la presse américaine. Toutes les énigmes se résolvent dans ce troisième tome aussi alerte, plaisant à lire, drôle et plein de finesse que les deux précédents. Une grande trilogie très originale avec des livres aux illustrations couleurs superbes !
Avec ce gros roman, "Enchantment Emporium" (J’ai lu, collection Darklight), Tanya Huff, après nous avoir donné une très belle série de bit-lit ("Les aventures de Vicki Nelson", 6 volumes à découvrir aussi chez J’Ai lu, une série très fine), passe maintenant à l’ "urban fantasy", un genre en plein essor. Le roman porte bien son titre : je suis ressorti enchanté de ma lecture ! Tanya Huff nous fait découvrir avec humour l’univers très particulier du "clan" Gale, une grande famille où les femmes sont toutes magiciennes et pâtissières : une tribu de tantes (une bonne douzaine) et de cousines qui pratiquent la magie pour maintenir le monde en bon ordre, le bon étant naturellement le leur. Et les hommes du clan ont une place particulière car ils ont aussi le pouvoir - qui s’exprime à travers des ramures majestueuses les faisant ressembler à Cernunos et leur donnant le caractère de cerfs en rut - mais qui peut mal tourner et les transformer en sorciers. Au milieu de cette joyeuse famille, notre héroïne, Allie, a dû retourner vivre chez sa mère après avoir perdu son travail. Alors qu’elle est en pleine déprime, elle apprend que sa grand-mère vient de mourir et lui a légué, à elle seule, sa boutique à Calgary. Voilà une bonne occasion d’échapper à la pression familiale. Allie part donc là-bas, mais bien entendu, la situation n’est pas si simple : outre la boutique, Allie a hérité d’un leprechaun timide, Joe, et d’une clientèle plus que curieuse puisqu’il s’agit d’un certain nombre de créatures plus ou moins surnaturelles. Pour ne rien arranger, sa cousine dévergondée et musicienne, Charlie, l’a accompagné puis le cousin Roland, qui a la tête sur les épaules - il est avocat - avant que n’arrive aussi son meilleur ami, Michael, chouchou des tantes bien qu’humain et gay - son coeur vient d’être brisé par son petit ami - ; et tout ce petit monde va découvrir les agissements d’un puissant et fort antipathique sorcier, Kalynchuk, qui guide les actions de Graham, journaliste pour un tabloïd miteux, protecteur du sorcier et joli garçon dont Ellie va naturellement devenir folle amoureuse. Rajoutez à tout cela des Seigneurs Dragons tout puissants, un tout jeune adolescent Prince Dragon encore plus puissant, les réactions définitivement pas Gale d’Allie, et vous avez un roman drôle et enlevé (petit bémol : les premières pages donnent une impression un peu confuse car l’auteur nous fait entrer de plein pied dans les "réalités" de la famille et le lecteur se sent un peu perdu mais pas de panique, tout devient clair au fur et à mesure de la lecture), aux personnages sympathiques et attachants, rythmé par des scènes parfois très fines dans la psychologie des personnages, par de beaux combats magiques (le combat final est superbe !) et par la production et la consommation d’innombrables tartes de toutes sortes - attention parfois aux ingrédients ! -, bref un bien bon roman qui se lit d’une traite.
Avec cette nouvelle série portant le nom de son personnage principal, "Charley Davidson" (2 volumes déjà parus, "Première tombe sur la droite" suivi de "Deuxième tombe sur la gauche", tous deux chez Milady), Darynda Jones nous propulse dans le domaine de la "paranormal romance", genre qui fait fureur aux USA. Charley Davidson est une toute jeune femme qui exerce le beau métier de détective privé à Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Elle aide aussi son oncle, lieutenant de la police de la ville, à résoudre des crimes, d’autant plus aisément qu’elle possède depuis sa plus tendre enfance le don de voir les morts, de communiquer avec eux et même de les toucher : en effet, elle est la "Faucheuse", celle qui fait passer les morts de l’autre côté et ce littéralement puisqu’ils la "traversent" pour disparaître ailleurs... Ce genre de don lui crée des complications car, curieusement, beaucoup n’y croient pas et ceux qui y croient trouvent cela perturbant... Cela n’empêche pas l’oncle Bob de la mettre à contribution pour résoudre, dans le premier volume, le meurtre mystérieux de trois avocats. Cette enquête menée de concert avec les trois défunts va la mettre sur la piste de Reyes, superbe jeune homme étrange qu’elle a rencontré une fois dans des circonstances mystérieuses et qui est maintenant en prison pour le meurtre de son père. Cette enquête, semée d’attaques diverses sur sa personne qui la laissent à chaque fois en piteux état et de morts nombreux (je tiens d’ailleurs à préciser que je n’ai aucun lien de parenté avec le Carlos Rivera du roman...), va lui permettre, ainsi qu’à nous, d’en découvrir plus sur sa vraie nature, sur celle de Reyes, tout en résolvant l’énigme criminelle. Entourée de Cookie, sa meilleure
amie-voisine de palier-assistante, de Garrett Swopes, le beau détective privé plutôt sceptique, de l’oncle Bob et de quelques autres personnages hauts en couleurs dont Ange, le gamin mort qui lui sert d’assistant personnel, Charley Davidson - qui ne fonctionne qu’avec des litres de café en permanence - nous entraîne dans un monde où les esprits sont partout et se comportent encore comme si ils étaient vivants. C’est écrit dans un style alerte, plein d’humour car Charley ne se prend guère au sérieux, souvent plus intéressée par les fesses des types qu’elle croise, ce qui donne un récit bien enlevé.
Réussite aussi que le tome 1 de "Oms en série", sur un scénario de Jean-David Morvan et un dessin de Mike Hawthorne. Là aussi la fidélité au roman est le maître mot et nous découvrons l’enfance de Terr dans l’omerie de sa jeune maîtresse draag Tiwa, jusqu’à ce qu’il s’enfuit et rejoigne les bandes d’oms sauvages.
Il m’arrive rarement, et cela a été le cas ici, de rester stupéfait devant un travail magnifique : avec "Uderzo L’Intégrale 1941-1951" (Editions Hors Collection), nous sommes face à une oeuvre de grande ampleur, témoignage de l’admiration des auteurs, Philippe Cauvin et Alain Duchêne, pour celui qui est sans aucun doute l’un des plus grands dessinateurs français de BD du 20ème siècle.Comme nous tous, j’ai dévoré les aventures d’Astérix et Obelix ainsi que celles d’Oumpapah mais ce livre m’a permis de prendre toute la mesure d’Albert Uderzo et de découvrir le parcours d’un homme qui a commencé sa carrière en répondant à des petites annonces !
Dans le premier, "L’Antre des voleurs", nous faisons la connaissance de Malden, fils d’une prostituée et d’un père inconnu y compris de sa mère, élevé dans les bordels de la cité libre de Ness, et voleur extrêmement doué, sans doute le meilleur. Mais il n’est pas très sain d’exercer ce beau métier en indépendant alors que la guilde des voleurs, dirigée d’une main de fer par son maître Tailleserpe, protège ses clients et veille à ce que le niveau de crime reste acceptable pour les autorités. C’est ce que va apprendre, à ses dépens, Malden qui va se retrouver chargé de voler la couronne du burgrave de la ville, symbole de son autorité, afin de rentrer dans la guilde et échapper à un sort peu agréable. Evidemment, tout n’est pas si simple : qu’est exactement cette couronne ? Pourquoi est-elle protégée par un démon alors que l’usage de ceux-ci est strictement interdit ? Quel est le rôle de Cythère, la belle magicienne couverte de tatouages vivants - pourquoi d’ailleurs le sont-ils ? -, au service du plus grand des sorciers, l’immortel et arrogant Azoth ? Pourquoi le chevalier Croy, détenteur de l’une des sept lames tueuses de démons, se retrouve-t-il condamné à une mort ignominieuse en dépit de l’intercession de l’ambassadeur nain ? Toutes ces questions et bien d’autres pousseront Malden à des actions qui, en s’enchaînant inéluctablement les unes aux autres, changeront le destin de sa ville, celui des ses compagnons et le sien.
Fort heureusement, le deuxième volume est sorti très vite : "Un Voleur dans la Nuit" nous fait retrouver Malden, devenu le bras droit de Tailleserpe, se préparant psychologiquement au mariage de Croy et de Cythère, ces deux derniers manifestant eux aussi un enthousiasme assez mou mais tous deux prêts à exécuter leur devoir. Mais le destin, et le dernier des hiéromages, veille : le barbare Mörget, détenteur d’une autre des sept lames, déboule en ville et propose à Croy de partir tuer le dernier des démons. Comment refuser de faire son devoir ? Croy se précipite, Malden se retrouve obligé d’y aller - outre le fait qu’il est maintenant détenteur d’une des sept lames, sans d’ailleurs savoir se battre à l’épée, il faudra entrer dans la dernière des forteresses elfes lors de la guerre avec les humains, une ville naine enfouie sous une montagne, scellée par la magie et piégée par les nains. Le nain Crassier, au service de Tailleserpe, y va aussi, comme Cythère. Résultat : toute l’équipe se retrouve dans les pièges, les horreurs et les surprises du Vincularium. Nous en apprendrons ainsi beaucoup plus sur l’histoire des humains, des nains et des elfes, sur celle de certains de nos personnages comme Crassier - pourquoi s’est-il exilé ? - et c’est surtout une belle leçon de tolérance qui est donnée à cette occasion. Nos personnages continuent d’évoluer psychologiquement, l’une des grandes forces de ces deux romans et de l’écriture de David Chandler, avec un humour encore plus prononcé dans ce roman que dans le premier, au fur et à mesure que Malden et Croy deviennent plus philosophes.
Comme beaucoup le savent, je fais partie des amateurs de séries télévisées et "Buffy contre les vampires" fut l’une de mes séries favorites à cause de son humour, de sa finesse quant au traitement de questions sensibles (comme la sexualité des adolescentes) et de sa qualité générale d’écriture. Le succès entraîna des novélisations d’épisodes et des histoires inédites, dont une partie fut traduite en français, qui se lisent fort agréablement : il faut dire que les auteurs étaient tous de bons professionnels de la novélisation dont les noms sont connus des fans, comme Christopher Golden, Nancy Holder, Richie Tankersley Cusick, John Vornholt ou Diana G Gallagher pour ce volume. Milady a la bonne idée de rééditer ces romans en ayant l’intention de faire une intégrale car tous ne furent pas traduits et ils sont tous épuisés aujourd’hui. Ce tome 1 reprend donc les trois premières traductions françaises ("La moisson", "La pluie d’Halloween" et "La lune des coyotes") plus un roman inédit dans notre langue "Sale affaire". Voici une bonne occasion de replonger quelques années en arrière et de retrouver Buffy la Tueuse, Willow, Alex et tout le reste du Scooby gang affrontant des créatures surnaturelles de toutes sortes dans la charmante petite ville si riante de Sunnydale, Bouche de l’Enfer californienne ! Cela reste toujours un grand plaisir.
Avec "Hercule Poirot, une vie" (Les Moutons électriques, collection Bibliothèque rouge), André-François Ruaud et Xavier Mauméjean viennent de signer la biographie définitive du grand détective belge. Ils analysent, avec le recul nécessaire face à un homme si soucieux de son apparence, dans le détail tous les aspects de sa vie, tels que nous l’ont livré son biographe le capitaine Hastings et celle qui allait jouer un rôle essentiel dans la promotion de Poirot, à savoir Dame Agatha Christie. Nous découvrons ainsi son enfance en Belgique, ses années de formation et son exil en Angleterre lors de la Grande Guerre puis son installation définitive dans son pays d’adoption, les affaires qui le rendront célèbres et sa longue vieillesse solitaire (né en 1864, il est mort quasi centenaire en 1960 !). Nos deux auteurs en profitent pour brosser le tableau d’une Angleterre en pleine évolution sociale et économique, d’un monde en mutation face à un Poirot qui n’apprécie guère ces changements en homme qui a déjà dû faire face à des bouleversements de situation personnelle importants. C’est passionnant à lire, une tranche de l’histoire contemporaine, abondamment illustrée avec deux beaux cahiers de photos. En bonus, outre la "timeline" de Poirot qui permet de repérer très vite un événement indiqué dans le livre, il y a bien entendu une bibliographie des aventures de Poirot et une autre plus générale et, cerise sur le gâteau, l’excellente nouvelle hommage de Xavier Mauméjean, "Le Noël des Wooster", superbe "crossover" faisant se rencontrer le détective belge expansif et le très réservé valet de chambre de Bertie Wooster, Jeeves ! Et une autre nouvelle fort sympathique, "En amour tous les coups sont permis", de Susan Moody. Je terminerai en indiquant aux lecteurs du livre précédent de nos deux auteurs sur Poirot, qui était sorti en 2006, que celui-ci peut être considéré comme un nouvel ouvrage vu l’augmentation plus que conséquente de son contenu et les modifications de celui-ci. Encore une belle réussite dans cette collection toujours excellente !
Ce nouveau roman de Connie Willis, "Black-out", qui vient de sortir aux Editions Bragelonne, arrive en France précédé d’une réputation flatteuse : en effet, il forme avec sa suite "All Clear" un diptyque qui a été couronné par le Nebula et le prix Locus en 2010 puis par le Hugo en 2011 ! Difficile de faire mieux. Et, je vous le dis tout de suite, après avoir lu le livre, je trouve cela tout à fait mérité.
Je vous avais fait part l’année dernière (août 2011) de mon enthousiasme pour "Le Livre perdu des sortilèges" de Deborah Harkness (Orbit), un roman alliant avec brio érudition, vampires et sorcières, le tout sur fonds d’alchimie. A la fin du livre, les deux personnages principaux, Diana Bishop la sorcière et Matthew Clairmont le vampire, fuyaient dans le passé et trouvaient refuge à l’époque élizabéthaine pour trouver le fameux livre "perdu", l’Ashmole 782, pas encore perdu, bien entendu, en 1590 alors que le grand collectionneur Elias Ashmole ne naîtra que près de trente ans plus tard.


