Les coups de coeur de Jean-Luc Rivera - Janvier 2013
de Gabriel Ippoliti et Philippe Berthet
aux éditions
Genre : Actes de colloque

Auteurs : Gabriel Ippoliti , Philippe Berthet , Shaun Tan , Jack Campbell , Estelle Faye , Diego Agrimbau , Eli Anderson , Brandon Sanderson , Jean-Luc Rivera , Frédéric Petitjean , Rachel Cohn, , Fred Duval
Date de parution : janvier 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :

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Régulièrement, Jean-Luc Rivera évoque ici ses coups de cœur et ses bonheurs de lecteur...

Ernesto de Gabriel Ippoliti et Diego Agrimbau
 
Comme beaucoup d’entre nous, je pense, je suis toujours friand d’histoire secrète, celle dont nous parle les conspirationnistes de tous poils et qui nous donne parfois l’impression de comprendre les événements auxquels nous assistons. Et, avec "Eden Hôtel", avec un dessin de Gabriel Ippoliti, sur un scénario de Diego Agrimbau, dont le tome 1 s’intitule "Ernesto" (Casterman), nous partons dans de l’histoire secrète tout à fait originale puisque le personnage principal en est le tout jeune Ernesto Guevara ! L’action débute en janvier 1947 lorsque le futur Che revient dans la petite ville de La Falda, dans la province de Cordoba, au coeur de l’Argentine, où il retrouve une jeune fille qu’il connaissait de l’époque de la guerre. Elle travaillait alors à l’Eden Hôtel, un lieu de repos pour asthmatiques, dirigé par des Allemands, les Eichhorn, patriotes dévoués à l’Allemagne nazie. Les Guevara père et fils, suite à une crise d’asthme d’Ernesto, se retrouveront à l’intérieur de l’hôtel qu’ils surveilleront ensuite dans le cadre de leurs activités anti-fascistes. L’album nous fait suivre leurs faits et gestes au cours de la guerre et nous fait découvrir les activités des nazis argentins d’origine allemande pour aider leur mère patrie. Nous sommes aux frontières de l’histoire secrète qui bascule, pour notre plus grand plaisir, en quelques cases de la p. 71 que je vous laisserai découvrir. L’album se lit de manière très agréable, le dessin est très beau, le scénario basé sur des éléments réels - on voit d’ailleurs de fort belles photos de l’Eden Hôtel à la fin et les Guevara sont vraiment allés là-bas - mêlés à des éléments imaginaires tout à fait plausibles. Vivement la suite !
 
 
 
Version Beta de Rachel Cohn
 
Avec le livre 1 de "Version Beta" de Rachel Cohn (Laffont collection R), nous découvrons un futur peu souriant qui ressemble plutôt à notre présent exacerbé : après des guerres de l’eau, sur une planète polluée, les hommes ont survécu dans une société profondément inégalitaire avec, au sommet, l’élite des super-riches. Et ceux-ci se sont fait construire une île de rêve, sur mesure - plantes génétiquement modifiées, courants marins domptés et vagues contrôlées,même l’atmosphère est améliorée et enrichie - afin de ne pas se retrouver mêlés au commun des juste riches ou, pire encore, du reste de la population qui vit dans des villes sur le continent, au milieu des déserts. De plus, le gros avantage est que cette île paradisiaque, Demesne, est hors des frontières nationales donc non soumise au droit commun : cela lui permet de se gouverner elle-même grâce à un PDG nommé par le conseil d’administration mais qui se fait appeler "Gouverneur" car c’est beaucoup moins vulgaire. Tout le service est assuré par des clones particulièrement beaux sélectionnés à partir d’humains récemment décédés et développés dans le laboratoire de pointe du Dr Lusardi. Elysia est l’un de ces clones, tout frais sortis des cuves, une version Beta expérimentale car elle est le clone d’une adolescente au lieu d’une adulte. Elle sera achetée par la femme du Gouverneur et menée dans sa maison, aux côtés de son fils, Ivan, et de sa fille Liesel. Mais Elysia va vite découvrir qu’elle souffre d’une malfaçon épouvantable : elle ressent des émotions, ce qui est normalement impossible, et rêve d’un garçon qu’elle n’a jamais rencontré. elle sera ensuite adoptée par la richissime famille Fortesquieu pour être aux côtés de leur fils, tahir, qui se remet d’un très grave accident. Et, petit à petit, Elysia, et nous avec elle, va découvrir l’envers de ce décor paradisiaque, la société pourrie et corrompue des milliardaires, ce qui se cache derrière les techniques de cloning de cette chère Dr Lusardi, la résistance de certains à cette société, l’intrigante culture des Aquins à l’ADN supérieur (?) et surtout la force de l’amour et de l’amitié, celle aussi du ressentiment et de la vengeance, bref tous ces sentiments qui font que l’on est humain et non machine... Tout cela donne corps à un roman fort intéressant, une dystopie orientée vers la jeunesse qui se lit avec un grand plaisir, mélange intelligent de SF, avec les techniques de cloning et la science avancée qui est celle de Demesne, et de philosophie, qu’est-ce qui est l’essence d’un être humain, son âme, et le différencie d’un animal ou d’une machine. L’action est principalement psychologique et l’on est vite séduit par Elysia et par sa quête de son identité réelle. Voilà un livre que j’ai lu avec plaisir et qui s’adresse à tous sans barrière d’âge, me semble-t-il.
 
 
 
Creepy et Eerie tome 1
 
En 1969 sortait le premier numéro de "Creepy" en France et je me souviens encore du plaisir que j’avais eu à lire ces histoires horrifiques qui apportaient un ton et un souffle nouveau par rapport aux magazines que l’on pouvait acheter en France à l’époque. Je fais partie de tous ceux qui se précipitaient pour acheter le nouveau "Creepy", rejoint ensuite par "Eerie" puis un peu plus tard par "Vampirella". Je n’ai malheureusement pas gardé mes collections de ces revues mais je viens, grâce aux Editions Delirium qu’il faut féliciter pour leur entreprise, de retrouver ces histoires et de me replonger dans leur atmosphère si particulière à travers les tomes 1 des anthologies de "Creepy" et d’"Eerie", deux superbes albums cartonnés. Les éditeurs ont eu l’excellente initiative de nous présenter, contrairement à ce qui fut fait dans le magazine français, les histoires dans leur ordre de parution américain, commençant avec le n° 1 de "Creepy", paru en 1964, et allant pour ce volume jusqu’au n° 7, sorti en 1966. Cela permet de suivre le magazine et son évolution de manière chronologique : quasiment tous les scenarii sont d’Archie Goodwin - les amateurs de SF reconnaîtront le nom d’Otto Binder pour "Wardrobe of monsters !" p. 33 - alors que les dessinateurs sont variés. On y retrouve des noms comme Frank Frazetta, Al Williamson, Al McWilliams ou Joe Orlando. La présentation est invariable : introduction par l’oncle Creepy qui clôt toujours aussi l’histoire en en tirant sa morale, chacune présentant en quelques pages une histoire "épouvantable" ou "horrifiante", avec un dessin toujours très clair. L’album "Creepy" comporte en bonus une introduction de Christophe Gans où il se remémore ses souvenirs d’enfance sur la revue, deux articles fort intéressants sur les mésaventures éditoriales de "Creepy" en France et sur "la révolution Warren" (l’éditeur américain) plus les couvertures couleurs des 7 numéros présentés dans ce premier volume.
Le principe est le même pour l’anthologie "Eerie" : même belle présentation en volume cartonné, couvrant les n° 1 (1965) à 6 (1966). Là aussi le scénariste principal est Archie Goodwin mais on y croise Eando Binder (le pseudo des deux frères Binder). Quant aux dessinateurs, ils sont plus variés mais il s’agit principalement de Joe Orlando, Angelo Torres, Gene Colan, Gray Morrow, Al Williamson et Steve Ditko. Le livre se termine avec une sympathique "galerie des monstres d’Eerie" suivie des "souvenirs d’Eerie" par nul autre que le grand Forrest J. Ackerman et les reproductions des couvertures couleurs du magazine.
Que vous soyez nostalgique ou que vous vouliez découvrir un pan de l’histoire de la BD, en lisant ces deux ouvrages, vous verrez que même aujourd’hui, pour passer une bonne soirée, rien ne vaut une bonne vieille réunion de famille avec l’oncle Creepy et le cousin Eerie... 
 
 
 
La Chose perdue de Shaun Tan
 
Il m’arrive de temps en temps de tomber en arrêt, émerveillé, devant un ouvrage inclassable : c’est ce qui m’est arrivé avec "La Chose perdue" de Shaun Tan (Gallimard jeunesse). Il s’agit de l’histoire toute bête et simple d’un jeune garçon qui, en ramassant des capsules de bouteille pour sa collection sur la plage, trouve une "chose perdue" et, ne sachant qu’en faire mais étant un gentil garçon, la ramène d’abord chez lui puis, comme cela cause des problèmes avec ses parents parce qu’"elle a les pieds sales" (les six !), dans un endroit improbable pour choses et créatures tout aussi improbables... Ce qui en fait un délice de lecture est d’une part le ton terre à terre utilisé par le personnage principal pour raconter son histoire - tout est normal, d’une normalité loufoque et décalée où rien n’étonne personne ! - et d’autre part le graphisme extraordinaire de Shaun Tan qui m’a fait penser à une sorte de Hieronymus Bosch moderne - il y a une double page saisissante en fin de volume. La "chose perdue" elle-même est indescriptible, la ville l’est tout autant avec ses tuyauteries jaillissant un peu partout sans rime ni raison apparente, une sorte de Gotham City steampunk jaillie de l’esprit d’un plombier fou. Le graphisme est d’autant plus mis en valeur que la mise en page est excessivement soignée, sur fonds de plans incongrus de machines et d’objets étranges très XIXe siècle et la collection de capsules en pages de garde donnerait envie de les avoir... C’est magnifique, et le DVD qui l’accompagne avec la mise en dessin animé de cette histoire est tout aussi réussi ! Ce dessin animé lui a d’ailleurs valu un Oscar en 2011.
Est sorti en même temps un petit livre de dessins, croquis et peintures de Shaun Tan intitulé "L’oiseau-roi et autres dessins" (toujours chez Gallimard jeunesse) qui permet de mieux découvrir l’énorme talent de celui-ci et son univers très particulier : le dessin des pages 34-35, "Portrait of the artist as a young man", résume bien, me semble-t-il, la manière dont se considère l’artiste et sa vision du monde.
Un très grand artiste et une très grande découverte pour ceux qui, comme moi, ne le connaissais pas encore !
 
 
 
Warbreaker de Brandon Sanderson
 
J’avoue faire partie des admirateurs des romans de Brandon Sanderson dont j’ai beaucoup apprécié la série des "Fils-des-Brumes" (déjà chez Orbit). Il nous livre, avec "Warbreaker" (Orbit), un nouveau roman où il met en scène une nouvelle forme de magie, la magie biochromatique, qui utilise les couleurs et le Souffle d’un individu, inspiré sans doute par le vieux principe occultiste de la force vitale et de l’âme, celles que l’on croyait pouvoir capturer par la photo au XIXè siècle. Cela lui permet de créer, et il est toujours aussi doué pour cela, une société, celle d’Hallandren, dans laquelle, selon le nombre de souffles que l’on possède et maîtrise, on se trouve à un niveau ou un autre d’élévation et donc de puissance, le Dieu-Roi se trouvant au sommet avec plus de 50 000 souffles ! Et, au début du roman, ce Dieu-Roi, Susebron IV, doit épouser, cela faisait partie des clauses du traité de paix, une princesse du royaume d’Idris, car c’est la race royale légitime, la preuve en étant leur maîtrise du changement de couleur et de la pousse de leurs cheveux (je me suis d’ailleurs demandé là aussi si l’auteur connaissait et utilisait à dessein le folklore et les croyances associés à la puissance de la chevelure, n’oublions pas par exemple que les rois mérovingiens déchus étaient rasés ou que les Indiens d’Amérique scalpaient leurs ennemis). Et à Idris on vit de manière terne, les couleurs sont bannies de même que tout ce qui pourrait donner prise à la puissance magique, c’est pour cela que le royaume a fait sécession d’Hallandren. Or le royaume n’étant guère en mesure de soutenir une guerre, Dedelin, le roi, va décider de sacrifier sa fille Siri, la plus jeune et la plus rebelle, en l’envoyant se marier au Dieu-Roi au lieu de la princesse Vivenna, l’aînée, plus sage et formée à son rôle prévu. Résultat : les cartes sont rebattues, les différentes factions sont obligées de revoir leurs plans. Nous suivrons Siri à Hallandren, faisant face courageusement à cette situation imprévue. Et sa soeur, Vivenna, décidera elle aussi d’aller à Hallandren pour sauver sa petite soeur de ce sort pire que la mort... C’est l’une des grandes forces de ce roman que de nous décrire les deux soeurs suivant une évolution en parallèle, de l’effondrement de leurs certitudes et de leurs croyances à leur adaptation à la situation nouvelle, tout en étant chacune persuadée que l’autre ne pourra s’y adapter : cela donne beaucoup d’humour et de puissance à l’action. Car de l’action, il y en a : Hallandren est une société complexe et mystérieuse, où les dieux sont vivants - il s’agit des Rappelés, des individus qui sont morts dans des circonstances particulières et qui se réincarnent dans des corps parfaits représentant chacun une qualité ou une autre, ayant tout oublié de leurs vies passées - et servis par des clergés tout puissants et envahissants. Le dieu Chanteflamme est l’un d’eux, qui se considère comme un dieu inutile et paresseux, passant son temps à ergoter avec son grand prêtre sur son rôle et ses visions. Inutile de préciser que son rôle le surprendra tout autant que nous et que nous en apprendrons ainsi plus sur les dieux. Nous découvrons la complexité de cette société et ses croyances, ainsi que son histoire tourmentée : qui est vraiment Vasher, l’immortel à l’allure de clochard mais qui possède l’épée intelligente Saignenuit ? Qu’a-t-il fait pour errer ainsi sans fin depuis la fin de la guerre des Myriades qui ravagea les royaumes ? Et qui sont Denth, Gemme et Tonk Fah, ces mercenaires trop intelligents qui volent au secours de Vivenna, moyennant finances ? Ne parlons pas de Bleudoigt, le seul allié de Siri au sein du palais, l’intendant en chef pahn-khalien - un autre peuple aussi méprisé que les Idriens - ou de Treledees, le grand-prêtre protecteur, trop protecteur ?, de Susebron. Et pourquoi Susebron et Chanteflamme rêvent-ils de la capitale, T’telir, en flammes ? Brandon Sanderson nous entraîne dans un univers magique remarquable, où les Sans-vie - ces corps animés et contrôlés par les dieux grâce au Souffle biochromatique - sont l’un des enjeux des luttes entre factions de dieux, où Siri, Vivenna, Susbron, Chanteflamme, Vasher et tous les autres personnages devront se remettre en cause, abandonner leurs certitudes et s’adapter à une situation aussi changeante que floue, où chacun n’est pas celui qu’il semble être et où faire les moins mauvais choix au coup par coup est une nécessité pour survivre. Le roman de Brandon Sanderson est absolument époustouflant et magnifique, son système magique remarquable, ses personnages très attachants et d’une grande profondeur psychologique, l’intrigue aussi passionnante que la société décrite - le palais du Dieu-roi avec ses innombrables pièces chacune d’une couleur, où tout est réassorti en permanence selon la couleur du jour, laisse rêveur. Un grand roman, drôle et très fin ! J’ajouterai pour conclure qu’il ne faut surtout pas se laisser rebuter ou arrêter par la couverture excessivement laide, qui ne rend absolument pas justice à l’excellence du roman et à son contenu. 
 
 
 
Buffy l’intégrale - 2
 
Etant un fan, je vous avais déjà parlé de la sortie (octobre 2012) du tome 1 de l’intégrale de la série "Buffy" chez Milady, romans inspirés de la grande série télé de Joss Whedon. Le tome 2 vient de sortir, sur le même principe que le précédent, à savoir des rééditions et un inédit. Outre "Les Fautes du père" de Christopher Golden qui était déjà paru en français en 2001, l’autre réédition est particulièrement intéressante car "Immortelle", de Christopher Golden et Nancy Holder était sorti en hors série à l’époque. Quant au roman inédit, "Cauchemar à Sunnydale" de Kirsten Beyer, il fait partie des romans les plus récents puisqu’il date de 2008, et l’on y retrouve le maire magicien à la longévité hors norme Wilkins et Drusilla dans un rôle inédit... C’est toujours un plaisir de se replonger dans les aventures de Buffy, Willow, Alex et Giles ou Oz et de retrouver Angel, Spike, Drusilla et autres vampires et démons qui habitent tous la si attirante petite ville calme de Sunnydale ! En route pour la Californie en attendant le prochain volume.
 
 
 
Weird Science
 
Avec "Weird Science" les Editions Akileos continuent le travail remarquable de publication de vieilles BD déjà entamé avec "Tales from the Crypt" (dont je vous avais parlé en juillet). Ici nous sommes dans la BD de SF la plus traditionnelle, celle qui marquera une ou deux générations, avec son dessin très classique et ses histoires qui ont dû influencer certains scénaristes de films (comme par exemple "Le monstre de la météorite" p. 43 qui m’a fait penser à "The Brain from Planet Arous" qui date, lui, de 1957). "Weird science", un autre des magazines de EC Comics, a connu une publication d’une quinzaine de numéros entre 1950 et 1953 : ce volume présente, dans leur ordre chronologique de parution, les 4 histoires publiées dans les n° 1 à 8, soit 32 histoires de voyages spatiaux ou temporels, d’extraterrestres, de soucoupes volantes ou de surhommes, sans parler du péril radioactif, toujours avec une chute parfois très ironique (comme celle de "L’évasion" p. 211) ou désespérée (j’aime beaucoup "Maison hors du temps" p. 106), souvent due à la bêtise ou à l’ignorance humaine. Les scénaristes sont principalement Bill Gaines, Al Feldstein, Harvey Kurtzman ou Harry Harrison, des noms que l’on retrouve aussi au dessin acec, en plus, Wally Wood, Jack Kamen ou Graham Ingels, toute l’équipe donc de EC Comics. Un bien joli volume cartonné pour raviver la nostalgie de cette époque chez les plus anciens et faire découvrir aux plus jeunes l’Age d’argent de la SF !
 
 
 
Porcelaine d’Estelle Faye
 
Estelle Faye est une jeune auteure qui nous livre avec "Porcelaine" (Les Moutons électriques) son deuxième roman, un conte de fantasy chinoise se déroulant du 3e au 18e siècles dans les terres des Trois Royaumes qui deviendront un jour l’Empire Qing. Elle nous y raconte les tribulations d’un jeune garçon, Xiao Chen, fils d’un maître potier, qui, pour permettre à son père de continuer à chauffer son four et achever son chef d’oeuvre, est monté ramasser des aiguilles de pin dans une forêt magique et a cassé une branche. Le dieu de la montagne, pour le punir de son impudence, l’a maudit et affligé d’une tête de tigre. Chassé de son village, il suit la prophétie qui fut faite par le chaman avant son départ et intègre ainsi une troupe de comédiens itinérants dont fait partie une jeune fille mystérieuse aux pouvoirs magiques.
A partir de là, il errera éternellement, devenu quasi immortel, avec son ami Pieds-de-Cendre qui a lui aussi bravé une montagne magique pour acquérir ce secret. Alors que la fille-fée, Brume-de-Rivière, a disparu de la troupe et de son coeur, Xiao Chen tombera amoureux, au 18e siècle, d’une jeune tisseuse au talent extraordinaire, Li Mei. C’est alors que la fille-fée réapparaîtra pour essayer de le reconquérir et se venger...
Tout le roman se déroule dans une atmosphère à la fois onirique et réaliste, à la manière de ces magnifiques estampes chinoises de paysages hallucinant de beauté. Les motivations des dieux sont incompréhensibles, celles des étrangers blancs qui commencent d’envahir le pays le sont tout autant. Cela nous donne un très beau conte d’amour et de jalousie, dans une Chine qui n’est pas éternelle mais, au contraire, qui évolue et qui perd son caractère magique, une belle métaphore pour la Chine contemporaine et son histoire actuelle, mais qui se termine sur une note d’espoir. Je ne sais pas si Estelle Faye est un bon prophète mais c’est une belle conteuse.
 
 
 
La Révélation des Médicus d’Eli Anderson
 
Je n’avais jamais eu l’opportunité de lire la série jeunesse d’Eli Anderson (auteur de thrillers sous son vrai nom de Thierry Serfaty) consacrée à son héros "Oscar Pill". Les Editions J’ai lu ayant décidé de republier les quatre volumes, j’ai ainsi découvert "La Révélation des Médicus", premier tome de cette série, et j’avoue que la révélation fut une plaisante surprise. Voilà un roman jeunesse bien écrit, plein d’humour car reprenant à la fois de vieilles notions plus ou moins occultistes sur les différentes sortes de corps et les mélangeant allègrement avec une conception très mécaniste du corps humain, le résultat étant excellent ! Nous faisons donc connaissance d’Oscar Pill, orphelin de père, treize ans, habitant avec sa soeur Violette, adorable mais un peu "spéciale" car toujours la tête ailleurs, et sa mère protectrice Celia, allant au collège avec ses copains les frères O’Maley, bref une petite vie tout ce qu’il y a de normal. Mais celle-ci va changer très vite quand la vénérable Mrs Withers va faire irruption dans son quotidien assez morne et lui apprendre qu’il est un Médicus, c’est-à-dire quelqu’un ayant le don de se projeter dans le corps humain, le fils de Vitali Pill, le plus puissant des Médicus, mort en arrêtant le plus grand et le plus dangereux des Pathologus, ces ennemis dont le but est de rendre malade et de faire le mal. Or le Prince Noir, Laszlo Skarsdale, vient de s’évader, la guerre va donc reprendre et il faut former les jeunes très vite. Oscar va donc se retrouver dans le mystérieux domaine du Cumides Circle que dirige M. Winston Brave, le grand maître des Médicus, et où sévissent l’inquiétant majordome Bones et l’adorable Cherie, cuisinière créative aux plats aussi inénarrables qu’immangeables. Nous découvrirons en même temps qu’Oscar les pouvoirs des Médicus qui peuvent se projeter dans les corps, avec le malheureux canari Victor comme terrain d’essai..., le fait qu’ils sont immortels en ce sens que leurs esprits habitent des tableaux ou, encore plus fort, des livres qu’ils ont écrit et à travers lesquels ils communiquent par l’intermédiaire de la page de garde ! Encore plus fort, et c’est une grande idée de la part d’Eli Anderson, les corps humains sont composés de cinq royaumes correspondant à différentes systèmes anatomiques - Hépatolia, les Souffles et Pompée, Embrye, Génétis et Cérébra - et chaque Médicus doit les maîtriser en rapportant un Trophée de chacun d’eux : chaque royaume ressemble donc à un territoire habité et mécanisé, les cellules étant en fait des êtres pensants et travaillant ce qui donne des scènes d’une drôlerie remarquable - imaginez le résultat lorsque vous êtes dans l’estomac d’un ivrogne en train de cuver, tout son organisme aussi imbibé que lui ! -. L’apprentissage d’Oscar va donc commencer et il ne sera pas facile car c’est un garçon moderne et plutôt rétif à l’autorité, qui a réussi à se brouiller avec son Grimoire quasi immédiatement, qui va enfreindre toutes les règles de base en ramenant dans notre monde Lawrence et Valentine, un garçon et une fille du système d’Hépatolia - le nom veut tout dire - à l’âme exploratrice. Tout le roman va nous faire découvrir avec Oscar sa nature et ses pouvoirs, ceux de sa famille et de ses amis, lui apprendre la vie et les responsabilités, le faire sortir de l’enfance et le faire grandir aussi bien physiquement que moralement, lui apprendre aussi à travailler avec les autres et à leur faire confiance. L’auteur étant médecin, inutile de dire que tous les détails anatomiques et physiologiques sont exacts, permettant d’en apprendre beaucoup sur le fonctionnement de nos organes. Voilà donc un roman tout à fait réjouissant, avec des magiciens aux pouvoirs fort originaux tout en restant très humains et une vision de la lutte contre la maladie tout à fait unique ! J’ajouterai que ce volume a été revu par l’auteur qui y a apporté quelques modifications par rapport à l’édition originale, ce qu’il fera aussi pour le volume deux que je suis impatient de lire. Une série à découvrir ou redécouvrir très vite en famille !
 
 
 
Les Cinq secrets de Frédéric Petitjean
 
Il y a un an, je partageais avec vous mon enthousiasme pour le premier tome, "La Route des magiciens" (Don Quichotte) de cette trilogie des "Dolce", enthousiasme également partagé par le jury du Grand Prix de l’Imaginaire. J’attendais donc avec impatience le tome 2, "Les Cinq secrets" que Frédéric Petitjean vient de nous donner (toujours chez Don Quichotte). Nous retrouvons donc cette sympathique dernière famille de magiciens que sont les Dolce : à la fin du premier volume, ils avaient été obligés de s’enfuir face aux intrigues des sorciers de la Société 18 et de l’infâme Guileone, leur chef. Ayant emprunté en catastrophe les voies de l’eau primordiale - canaux qui permettent de voyager à la fois dans l’espace et dans le temps - grâce à l’action de Melkaridion, le patriarche des Dolce, Rodolpherus, le père, se retrouve à Yokohama en 1923 pendant que son épouse, Melidiane, est retournée dans le "swinging London" des "sixties" où elle habitait alors, et que leur fille rebelle, Leamedia, reprend connaissance au beau milieu de Central Park en pleine nuit, plus d’un an après son départ ! Quant à son frère, Antonius, il est à Paris avec Virginie, sa copine humaine, et Simone, la souris immortelle, mémoire vivante des Dolce, eux aussi ayant avancé d’un an dans le temps. A partir de là, nous allons suivre la manière dont chacun des Dolce va essayer de comprendre ce qui lui est arrivé, de retrouver les autres membres de la famille et de résister aux menées de la Guilde noire, celle des sorciers dont un certain nombre sont d’ailleurs des membres de la famille passé du côté obscur - l’occasion de certaines scènes déchirantes et de cas de conscience cornéliens -, guilde qui voit son triomphe assuré et dont nous découvrirons les plans ambitieux, puisqu’il ne s’agit de rien moins que "reformater" le monde selon ses propres besoins et exigences. Avec ce second volume, Frédéric Petitjean fait changer les Dolce de dimension : ils prennent une consistance supplémentaire, les enfants apprennent de manière difficile à grandir - Leamedia, par exemple, découvrira à la dure que si une règle postule qu’un magicien ne doit jamais absorber de liquide, c’est pour une bonne raison ! -, la Guilde est en fait une conspiration à grande échelle pour bouleverser le monde et le modifier de manière fondamentale et irréversible afin d’assurer la domination absolue des sorciers. Et Antonius, sous la supervision de son grand-père, découvrira les difficultés du passage à l’âge adulte et la grandeur véritable de Melkaridion. Ce second volume est plus sombre que le premier, ampleur de la catastrophe et gravité de la situation obligent ; nos personnages sont obligés de faire preuve de créativité et d’inventivité pour pouvoir communiquer à travers le temps et remplir le rôle que leur a assigné Melkaridion, tout en faisant face à leur passé et à leur nature, sans compter leur famille. L’auteur nous fait en particulier partager les affres de Rodolpherus et mène son intrigue de main de maître, jouant entre autres sur les paradoxes temporels, faisant aussi évoluer les personnages humains en fonction de la situation - les Dolce sont obligés de révéler leur vraie nature à leurs amis, tirant ainsi la conclusion logique de l’impasse dans laquelle ils s’étaient fourvoyés en conservant le secret -, terminant ce tome sur un "cliff hanger" dramatique. Vous l’avez compris, ce second volume est aussi prenant que le premier, plus "sérieux" dans son ton et son approche - nous comprenons ainsi mieux comment fonctionne la magie des Dolce et la magie du monde en général -, ce qui le rend peut-être légèrement plus ardu à lire pour les plus jeunes mais tout aussi passionnant. Vivement la conclusion de cette trilogie d’"urban fantasy" qui renouvelle le genre.
 
 
 
Les Derniers Parfaits de Paul Béorn
 
Etait sorti il y a deux ans chez Mnémos un diptyque intéressant, "La Pucelle de Diable-Vert", d’un nouvel auteur français de fantasy, Paul Beorn. Celui-ci vient de publier un nouveau roman, "Les Derniers Parfaits" (toujours chez Mnémos), que l’on pourrait qualifier de fantasy quasi uchronique, roman avec lequel Paul Beorn se hisse au niveau des plus grands. Il nous donne là un roman à l’action brillante, superbement écrit, difficile pour ne pas dire impossible à reposer une fois qu’on l’a commencé. A la frontière méridionale du royaume de France, la forteresse magique de Maramante est assiégée par les légions catharis du sombre royaume d’Occitania : la tolérante religion cathare, sous l’influence de son roi immortel et démoniaque, Lobogre, s’est transformée en une dictature conquérante et ravageuse, gouvernée par des démons sortis tout droits de l’enfer. Parmi les prisonniers esclaves des catharis, une équipe va réussir à s’échapper à la faveur d’une sortie désespérée des chevaliers maramantais : le jeune Cristo, enchaîné à Luquet, La Flèche et Haveron, va s’évader et nous suivrons cette fine équipe dans ses errances à travers le pays d’Occitania. Bien entendu, chacun n’est pas ce qu’il semble être, cela fait partie du plaisir du roman, et cela fait que chacun complète les autres, au sens propre du terme d’ailleurs, une sorte de "gestalt". Essayant de sauver le royaume de France de l’invasion en prévenant le frère du roi qui a envahi les royaumes musulmans de la grande île d’Hispanie (depuis le cataclysme mystérieux qui a ravagé l’Europe lors de la guerre et de la destruction de l’Empire Premier quelques centaines d’années auparavant), nos héros vont petit à petit découvrir l’abominable vérité qui se cache derrière la religion catharis : celle-ci persécute les derniers Parfaits, les "mendicants" - ces hommes et ces femmes qui maintiennent la flamme du catharisme originel et jouissent de pouvoirs magiques supérieurs - et a perverti la doctrine de la séparation des sexes et de la nécessité de l’abstinence au point d’avoir créé des maisons d’enfantement forcé afin de produire des soldats, les "casas de joventut" (qui ressemblent fortement aux "lebensborn" du régime nazi : il ne faut d’ailleurs pas oublier non plus la fascination perverse de Himmler pour les cathares et la quête du Graal à travers les recherches d’Otto Rahn, ce que l’auteur avait peut-être à l’esprit en dépeignant l’Occitania de Lobogre). Cristo et les siens incarneront la résistance, recruteront des hommes et femmes qui les suivront jusqu’à la valeureuse ville de Tarba ; ils découvriront au cours de ce périple leurs propres pouvoirs, la manière de les utiliser au mieux et ce que cachent les artefacts extraordinaires encore existants de l’ancien empire, cette technologie magique.
En plus de 300 pages particulièrement denses, Paul Beorn nous livre une superbe épopée de sang, de larmes, de magie, de combats sanglants où les héros sympathiques ne sont pas forcément vainqueurs, à la fois très réaliste dans ses descriptions qui n’épargnent pas la sensibilité du lecteur et pleine de mystique et de foi du charbonnier, cette foi simple qui peut opérer des miracles comme avec Flor ou Paquita en redonnant force, courage et espoir dans les situations les plus désespérées. L’auteur a créé une Europe du sud de l’époque des croisades albigeoises à contre-courant des idées communément diffusées, en particulier dans les milieux New Age et ésotériques, sur les "gentils" cathares raffinés face aux barbares francs : ses cathares sont aussi intolérants que les inquisiteurs catholiques et les musulmans des califats ne valent guère mieux, la foi étant principalement l’instrument de choix pour maintenir le peuple à sa place et dans l’ignorance. J’ai bien apprécié cette distorsion de l’imagerie courante et les questions que l’auteur nous amène à nous poser quant à cette Europe parallèle dont l’histoire est similaire à la nôtre tout en étant fort différente, ces différences étant très perturbantes et tout à fait fascinantes. Les personnages ont une substance et une profondeur remarquables, ce qui les rend très attachants avec leurs forces et leurs faiblesses qui les rendent si humains, et la galerie de tous les gens du peuple et de l’aristocratie forme un tableau très détaillé de ce monde. Agrémenté d’une superbe couverture de David Lecossu, voilà un roman de fantasy adulte et accomplie tel que l’on aimerait en lire plus souvent, une belle réussite de Paul Beorn qui nous donne là un grand livre !
 
 
La flotte perdue - Par-delà la frontière de Jack Campbell
 
En tant que lecteur de SF qui a appris à lire chez les auteurs de l’Age d’or, je conserve quelque part un point faible pour cette partie de la SF où de courageux militaires spatiaux conquéraient de nouvelles terres et défendaient avec honneur notre planète. Cette littérature était quelque peu tombée en désuétude mais revient en force depuis quelques années, Jack Campbell - officier de la marine américaine à la retraite - étant l’un des auteurs illustrant cette tendance que je qualifierai de SF militaire intelligente. Avec sa série "La flotte perdue" (six volumes, chacun portant le nom d’un vaisseau de la flotte, tous parus chez L’Atalante) puis sa nouvelle série, "La flotte perdue - Par-delà la frontière" (deux volumes déjà, toujours chez L’Atalante), Jack Campbell nous fait découvrir la guerre impitoyable que se livrent depuis plus d’un siècle les planètes de l’Alliance - démocratiques - et celles des Syndics - totalitaires, le nom est explicite -. Le capitaine John Geary est retrouvé par un vaisseau de l’Alliance flottant dans l’espace, congelé. Une fois ranimé, il va découvrir qu’il a dérivé pendant un siècle, que la guerre qui commençait lorsque son vaisseau a été abattu continue et qu’il est le héros emblématique de toutes les valeurs de la Flotte. Or justement la Flotte est en train d’aller porter un coup mortel aux Syndics suite à des informations confidentielles reçues : bien entendu, il s’agit d’un coup monté par les Syndics afin de piéger la Flotte et la détruire d’un coup. "Black Jack" Geary va donc se retrouver, par l’ancienneté, en charge de la Flotte après l’assassinat de l’amiral en chef et de ses officiers les plus proches, et entreprendre la tâche ardue de ramener celle-ci aussi intacte que possible jusque dans les frontières de l’Alliance, tout en luttant contre ses propres officiers et commandants afin de défendre les valeurs dans lesquelles il a été éduqué, celles qui font l’identité de l’Alliance face aux Syndics, valeurs qui font cruellement défaut à ses descendants après un siècle de guerre sans merci : honneur, droiture, sens moral et critique. A travers les pérégrinations de la Flotte pendant les six premiers volumes, il va restaurer l’esprit de la Flotte et ses valeurs, ce qui redonnera à celle-ci une force opérationnelle qu’elle avait perdu en même temps que son sens tactique ; c’est ce qui, à mon avis, fait tout l’intérêt et la force cette série. Nous avons là un héros à la fois droit dans ses bottes et doutant en permanence de lui-même et de la pertinence de ses réflexions et de ses actions, faisant ainsi les bons choix pour mener ses vaisseaux et ses combats, tout en réfléchissant sur la guerre, ses causes et ses conséquences, surtout après un siècle interminable de lutte. Et aussi, comment gère-t-on l’ennemi, ses actions sont souvent ignobles mais il est aussi humain, comment agit-on et doit-on se comporter vis-à-vis de lui lorsqu’on est victorieux ? Car la victoire est encore plus difficile à gérer que la guerre, surtout lorsque les politiques s’en mêlent en projetant leur crainte de voir Geary se transformer en un Bonaparte et prendre le pouvoir. Ajoutons-y sa découverte des vraies causes de la guerre, celle-ci ayant résulté de l’action insidieuse d’extraterrestres inconnus et qui ont tout fait pour rester cacher. Cela nous donne cette nouvelle série, où Geary, devenu amiral, va découvrir, tout en gérant sa célébrité et sa popularité ainsi que les peurs des politiciens et les tentations de certains de ses officiers, toutes les races autres qui peuplent l’univers, celui-ce débordant de vie après avoir été vide pour les humains pendant des siècles. Cela donnera l’opportunité à Geary de poursuivre ses réflexions sur ce qui fait un humain ou une créature intelligente et sensible, sur les valeurs partagées - la beauté en particulier - et l’aspect physique et les conclusions que l’on peut tirer du comportement, même si l’on ignore tout des motivations profondes. Vous le voyez, nous sommes toujours et encore dans cette SF militaire intelligente, prônant tolérance et ouverture à l’autre, celles-ci étant la conséquence logique d’une conduite honorable : ce sens moral en fera ricaner sans doute certains, mais cela nous donne une série pleine d’action, du grand space opera avec de beaux combats, de beaux sentiments, un héros attachant et des extraterrestres énigmatiques ! Que demander de plus pour passer un bon moment de lecture ?
 
 
Femmes fatales de Philippe Berthet et Fred Duval
 
Je vous avait déjà fait part, il y a près de deux ans, de mon enthousiasme pour les deux premiers albums d’une série d’uchronie, d’espionnage et d’ufologie absolument réjouissante sortis chez Dargaud : il s’agissat de "Nico" par Philippe Berthet et Fred Duval, tome 1 "Atomium-Express", tome 2 "Opération Caraïbes". Le point de divergence est simple : le gouvernement américain rend public le crash de Roswell en 1947 et, à partir de là, la technologie progresse rapidement. Nous sommes en 1966, dans un monde où le président Kennedy et Joseph Staline sont toujours aux commandes et continuent leur affrontement. L’agente de la CIA Nico revient dans le tome 3, "Femmes fatales", où elle va en apprendre un peu plus sur son passé mystérieux, lié à l’Allemagne de la tout juste après- guerre. Le scénario est rempli de clins d’oeil à l’espionnage façon années 60, au conspirationnisme ufologique - belle utilisation de la célèbre "Operation Paperclip" -, au rétro-futurisme et au design - à nouveau de superbes voitures volantes ou non ! - et un bel hommage aux aventures de Blake et Mortimer. Le graphisme du dessin est toujours aussi beau, très ligne claire, un grand plaisir esthétique. Une belle réussite que ce nouvel album ! 
 
Jean-Luc Rivera

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