Les coups de coeur de Jean-Luc Rivera - octobre 2015
de Romain d’Huissier et Etienne Barillier
aux éditions
Genre : SF
Sous-genres :
  • Fantasy

Auteurs : Romain d’Huissier , Etienne Barillier , Arthur Morgan , Victor Dixen , Xavier Fournier , Chloé Chevalier
Date de parution : octobre 2015 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :

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Jean-Luc Rivera est un passionné et un érudit de tous les genres de l’Imaginaire. Organisateur du Festival de Sèvres, conférencier et membre du jury du Grand Prix de l’Imaginaire, il nous fait partager régulièrement ses coups de cœur sur Actusf.

Les 81 Frères de Romain d’Huissier aux éditions Critic
 
Romain d’Huissier est un auteur que j’avais découvert avec ses deux anthologies "Dimension Super-Héros" (Rivière Blanche) et le fascicule très réussi qu’il avait écrit pour les Editions du Carnoplaste, "La Rédemption du phénix", qui se déroulait en Chine. Son nouveau roman, "Les Quatre-vingt-un Frères", tome 1 des "Chroniques de l’Etrange", vient de sortir aux Editions Critic. Je ne pourrais mieux le définir que comme étant un excellent roman d’urban fantasy chinoise se déroulant à Hong Kong. Excellent car l’auteur nous fait découvrir un univers qu’il connaît manifestement aussi bien que celui des super-héros, celui de la mythologie chinoise, dans cette Hong Kong symbole de la modernité et du progrès technologique qui se sont emparés de la Chine depuis quelques décennies mais où survit toute la Chine ancienne traditionnelle, car les Chinois ont cette particularité d’être à la fois extrêmement conservateurs (pour ne pas dire superstitieux) et de pouvoir en même temps adopter les dernières technologies. C’est ce qui permet à Johnny Kwan, "fat si" de son état (un exorciste taoïste), d’exercer son métier dans une ville où beaucoup des créatures traditionnelles de Chine (dragons, fantômes, goules, esprits, démons etc.) ont émigré et appris à se fondre dans la masse et à survivre (ou même à réussir insolemment), avec une importante communauté de collègues de Johnny pratiquant leurs différents arts (divination, feng shui, herboristerie, alchimie etc.), maintenant l’équilibre entre humains et communautés surnaturelles. Alors qu’il a touché le gros lot, être embauché par un hommes d’affaires richissime et collectionneur d’antiquités chinoises, pour mener une enquête sur le vol bizarre d’un manuscrit magique aussi ancien que rarissime, vol au cours duquel deux gardiens ont été tués de manière atroce, Johnny va être touché au coeur par la mort subite de son mentor, Eric Tse. Lors de ses investigations, qui vont le conduire dans les endroits les plus secrets ou les plus mal famés de la ville, Johnny va devoir se poser, et nous avec lui, plusieurs questions fondamentales : qui a volé le manuscrit ? Comment le voleur connaissait-il son secret ? Et quel est ce secret ? Qui et pourquoi veut l’utiliser alors que ce secret est maléfique ? Eric Tse a-t-il été assassiné ou est-il mort de mort naturelle ? Quel rôle joue les Triades et dans quel but ? Qui ou quoi peut bien craindre un roi-dragon au faîte de sa puissance ? Et pourquoi Johnny a-t-il cette relation compliquée avec la jeune et superbe Kara Siao ? Romain d’Huissier nous guide dans les méandres d’une Hong Kong où le vernis de la modernité cache mal les peurs et les haines ancestrales (vous découvrirez comme moi que cela peut remonter à avant l’unification de la Chine et que les peuples non Han ont la mémoire longue), où évoluent des caractères aussi surprenants et curieux que le vieux et puissant roi-dragon Ngou Zong et son général "haaizing" (esprit-crabe) Bui Hok. La description du palais de Ngou Zong est un enchantement et il y a des quartiers de Hong Kong que l’auteur m’a donné envie de découvrir la prochaine fois que j’y retournerai. L’intrigue est passionnante, la découverte de cette tradition chinoise et la richesse de sa mythologie, bien utilisée par l’auteur (et toujours avec les précisions nécessaires pour que l’on puisse apprécier l’usage qu’il en fait), sont un véritable plaisir. Et, en plus, l’auteur sait nous faire saliver en décrivant les plats délicieux que Johnny déguste pour se remettre des coups et blessure divers reçus au cours de son enquête. Bref, voilà un excellent roman, totalement différent de l’urban fantasy anglo-saxonne traditionnelle ("jiugwai", "goengsi", "sezing" et autres démons remplacent fort bien trolls, elfes et autres gnomes) à découvrir de suite. Installez-vous confortablement dans un bon fauteuil, de l’eau de cuisson de riz et une épée de saule à portée de la main pour vous protéger au cas où, plus une bonne Tsing Tao, et laissez-vous initier par Romain d’Huissier et Johnny Kwan aux "Chroniques de l’Etrange" de cette Hong Kong du XXIème siècle solidement ancrée dans la tradition.
 
La France Steampunk d’Etienne Barillier & Arthur Morgan chez Mnémos
 
Que se passe-t-il lorsque deux des meilleurs connaisseurs français du steampunk s’associent pour écrire un roman et que leur éditeur les laisse l’illustrer comme ils l’entendent ? Eh bien cela donne un livre-objet magnifique : présenté sous la forme d’un cahier grand format à couverture cartonnée, avec un élastique pour le fermer (les plus âgés se souviendront avec émotion de leurs vieux carnets), "La France steampunk. 1871 La Grande Machine" (Mnémos, collection Ourobores) est la synthèse par Etienne Barillier et Arthur Morgan des différentes copies (avec leurs variantes) des notes d’André de Favard, prises à la fin de la Commune, lors d’une mission en France sur ordre de la Couronne britannique. Celui-ci, fils d’émigrés qui ne sont pas rentrés en France après la victoire de l’Empereur à Waterloo, est envoyé en avril 1871 sur le Continent avec un agent anglais, Parrow, pour mettre en sécurité les plans de la Grande Machine, cette arme terrifiante qui assura la victoire de Napoléon, la pérennité de son empire et la prospérité du pays, et exfiltrer son inventeur. En effet, suite à la défaite à Sedan de Napoléon II, l’Aiglon, qui régnait depuis 1848, les Prussiens occupent une partie du pays et assiègent Paris où la Commune a pris le pouvoir. Et, bien entendu, il est hors de question que les Rouges et leur égérie Louise Michel mettent la main sur cette invention. Leur mission va se transformer en une sorte de tour de France épique, dans un pays où règnent le désordre et la peur : dès leur arrivée, ils sont les victimes de naufrageurs bretons nouveau style (ils font dérailler les trains). Et, d’épreuve en épreuve, nous allons découvrir une France bien différente de celle que nous connaissons, où dirigeables et vapomobiles sont utilisés, où différentes communautés et groupes secrets - dont les terrifiants Neuf et l’épouvantable Monsieur Tib - intriguent, résistent à l’Allemand ou à Adolphe Thiers et s’entre-tuent ; au milieu de ce chaos, Favard et Parrow découvriront les ultimes secrets de la Grande Machine. Leur périple hexagonal ressemble à l’un de ces feuilletons populaires que publiaient les journaux de l’époque et se lit avec autant de plaisir, d’autant plus que, grâce à tous les petits détails de la vie quotidienne et aux rencontres avec divers personnages (le livre est cependant dominé par la personne de Louise Michel à qui Favard et les auteurs vouent manifestement une grande admiration), nous voyons se dessiner une France bien différente de la nôtre malgré son apparente similitude.
 
De plus, comme je l’écrivais plus haut, Frédéric Weil, le directeur de Mnémos, a laissé carte blanche aux deux auteurs et à leur directeur d’ouvrage, Raphaël Granier de Cassagnac, pour illustrer l’ouvrage. Cela donne des photos magnifiques par Nicolas Meunier : pleines de charme - car posées très formellement comme on le faisait dans la seconde moitié du XIXème siècle -, nous découvrons in situ les personnages du livre, incarnés selon le lieu géographique par les membres de la communauté steampunk locale, un autre tour de France fort sympathique. Et l’on ne peut qu’admirer leur créativité et leur talent en voyant habits, armes et autres accessoires qu’ils ont fabriqué (mention particulière au groupe de musique steampunk Victor Sierra). Le lecteur s’amuse aussi à mettre les noms sur les visages et costumes (les auteurs, le directeur d’ouvrage). C’est donc Noël avant l’heure, ne résistez pas, faîtes-vous plaisir avec ce bien beau livre, vous ne le regretterez pas (sauf peut-être si vous êtes Versaillais, et encore...).
 
Super-héros français, une anthologie, de Xavier Fournier hez Huginn & Muninn
 
L’année dernière Xavier Fournier avait créé l’événement en nous faisant découvrir les super-héros français, une histoire quasi totalement méconnue, avec son excellent "Super-héros, une histoire française" (Huginn & Muninn), ouvrage dont je vous avais parlé en décembre dernier. Il nous propose cette année, dans la continuité de son livre précédent, "Super-héros français, une anthologie" (toujours chez Huginn & Muninn), tout aussi passionnant car, cette fois, nous découvrons les personnages abordés à travers les textes ou les BD d’origine, souvent peu faciles à trouver pour les textes anciens. En effet, si Fantômas ou Rocambole sont d’accès facile, qui peut se vanter - à part quelques rares collectionneurs - d’avoir lu les fascicules de Fascinax ou suivi les parutions d’Atomas ? Xavier Fournier, pour chaque super-héros, nous donne un texte introductif bourré de détails puis quelques pages ou quelques planches choisies qui nous permettent d’apprécier pleinement le personnage. Il couvre une vaste période puisqu’il part de 1807 avec l’Affaire Picaud (une histoire vraie tout à fait étonnante) et termine avec le super-héros bien français qu’est le Garde Républicain, créé en 2013 par Terry Stillborn (un pseudo transparent...), en passant par des super-héros/héroïnes connus tels que Fantômette ou Homicron,ou peut-être un peu moins connus comme Super Bimbo ou Supermatou... L’iconographie est magnifique - j’adore les affiches des super-forains ! -, avec une reproduction de grande qualité des centaines d’images, souvent pleine page, qui illustrent ce grand format de près de 300 pages : lorsque le plaisir des yeux s’ajoute au plaisir de la lecture, il ne faut pas se priver, surtout quand le prix est tout à fait raisonnable par rapport à l’objet, ce qui est le cas ici.
 
 
Hamlet au paradis de Jo Walton (Denoël Lune d’encre)
 
Etant amateur d’uchronies - surtout lorsqu’elles sont bien écrites - j’avais partagé avec vous (coup de coeur de mars) mon plaisir à la lecture du "Cercle de Farthing" (Denoël / Lunes d’encre), premier roman de la trilogie du "Subtil changement". Nous n’avons fort heureusement pas eu à attendre trop longtemps avant de pouvoir découvrir sa suite, "Hamlet au paradis"(toujours chez Lunes d’encre). Deux semaines se sont écoulées depuis les événements de Farthing, Normanby est devenu Premier Ministre de cette Angleterre alignée sur le Reich et l’inspecteur Carmichael va se retrouver à nouveau en première ligne, son succès dans la résolution du meurtre de Lord Thirkie le faisant bénéficier - ainsi que pour d’autres raisons dont le lecteur se souvient - de la pleine confiance de ses supérieurs et du Premier Ministre, pour enquêter sur la mort d’une actrice sur le retour et d’un homme inconnu à cause de l’explosion d’une bombe dans le salon de son cottage. Cette enquête va mener l’inspecteur dans le milieu du théâtre londonien car cette actrice avait un rôle important dans la nouvelle version de "Hamlet" montée par le célèbre Antony, où les sexes des rôles sont inversés et où Hamlet, devenue femme, sera jouée par Viola Lark, jeune actrice qui s’est éloigné de sa famille aristocratique, une famille rendue célèbre par les choix de vie, les opinions politiques et les époux de ses cinq soeurs Larkin (nous en avions rencontré une déjà dans "Le Cercle de Farthing"). Carmichael découvrira une fois de plus ce qui se cache derrière cette explosion a priori anodine, si l’on excepte les deux morts. A nouveau Jo Walton nous donne un roman de moeurs policier uchronique très "british" dans son écriture : nous avançons à petits pas, chaque détail compte pour comprendre et résoudre en même temps que l’inspecteur l’énigme, tous les personnages sont parfaitement décrits - le milieu théâtral et ses acteurs sont plus vrais que nature, les politiciens toujours aussi manipulateurs et la famille Larkin brillante -, la société britannique de 1949 qui se modifie lentement en forme comme en esprit sous l’influence de son allié nazi est tout à fait plausible et l’évolution de Carmichael impressionnante de réalisme. En effet, comme dans le premier roman, voici un homme qui, prisonnier de son milieu et de sa sexualité, et avec les meilleures intentions du monde, se retrouve à aider et soutenir - et dans ce roman cela se termine en apothéose, difficile pour lui de faire mieux ! - les hommes d’un régime et d’une idéologie qu’il exècre, par des choix raisonnés et raisonnables à ses yeux (comme d’ailleurs aux nôtres). Quant aux six soeurs Larkin aux vies si diverses, qui sont les personnages centraux de ce roman, elles sont basées sur les fameuses soeurs Mitford qui défrayèrent la chronique de l’entre-deux-guerres avec leurs choix politiques, se traduisant par des époux allant de communiste à fasciste en passant par un physicien et un duc... Le ton du livre, plus amer et plus dur que le premier, correspond bien à l’état d’esprit de l’inspecteur Carmichael et à ces tensions qui agitent la société, à cette répression qui s’accentue et à l’intolérance qui se développe, une âpreté bien rendue dans la traduction de Florence Dolisi. Un roman aussi réussi et passionnant que le premier, qui soulève autant d’interrogations sur notre société, de la très belle SF, celle qui donne à réfléchir tout en se laissant lire avec un immense plaisir. 
 
Veridienne de Chloé Chevalier aux Moutons électriques 
 
De temps en temps, on peut lire des articles annonçant que la fantasy décline car ne se renouvelant pas. Avec "Véridienne", tome Un des "Récits du Demi-Loup" (Les Moutons électriques), Chloé Chevalier, jeune auteure dont c’est le premier roman, fait mentir ces oiseaux de mauvais augure et nous montre la vitalité et la créativité des nouveaux auteurs de fantasy français dont André-François Ruaud, en particulier, s’est fait le découvreur depuis quelques années. "Véridienne" est un magnifique récit à l’écriture parfaitement maîtrisée, dont l’intrigue repose sur les relations complexes entre cinq petites filles, relations qui vont évoluer avec le temps puisque ce premier volume couvre huit années et elles deviennent donc des jeunes filles, connaissant leur premiers émois amoureux. Nous sommes dans le Royaume du Demi-Loup, petit royaume de fiers guerriers à l’honneur sans faille, coincé entre un grand empire et des contrées sauvages, dont la particularité est que chaque prince ou princesse, à sa naissance, se voit attribuer un Suivant ou une Suivante, enfant né dans les vingt-quatre heures suivantes et que le Roi doit rechercher dans le Royaume, et qui, toute sa vie durant, éduqué de la même manière que le prince ou la princesse, sera à la fois son double, son frère/soeur, confident et homme/femme de confiance, faisant même partie de la succession au trône. Et dans ce royaume troublé et affaibli par la décision du roi précédent, à sa mort, de léguer une moitié du territoire à chacun de ses deux fils, entraînant une partition de fait suite au décès de l’un des fils, Caldamir, et au désintérêt pour les affaires de l’autre, Aldemar, la fille de Caldamir, Calvina, et sa Suivante Lufthilde vont devoir se réfugier à la cour d’Aldemar où vivent sa cousine Malvane et ses deux Suivantes, Cathelle et Nersès (car le roi a transgressé la coutume). Nous les verrons grandir et passer ainsi du stade d’un groupe uni de petites filles sans grands soucis à celui de jeunes filles rattrapées par la politique et les garçons, développant chacune sa personnalité et donc des passions et des haines attisées par l’amitié étroite qu’elles avaient les unes pour les autres. A travers leurs yeux - car Chloé Chevalier a pris le parti de nous conter l’histoire du Demi-Loup à travers les écrits et les témoignages des différents protagonistes, ce qui rend le livre encore plus intéressant car nous pouvons confronter les points de vue et comprendre pourquoi certaines situations ont évolué en fonction des incompréhensions, des présupposés et des sentiments - nous suivrons l’évolution politique et les intrigues qui rongent le Demi-Loup depuis le départ du fils d’Aldemar, le prince Aldemor, envoyé contre son gré guerroyer conte le gigantesque Empire voisin à l’âge de douze ans, à la tête d’une armée qui ne revint jamais. Et lorsqu’il reviendra victorieux, mais à quel prix, il découvrira qu’au Demi-Loup aussi la Roche tarpéienne n’est jamais loin du Capitole. Le roman est particulièrement prenant car les rapports entre les personnages sont remarquables, je me suis retrouvé pris dans leurs interactions et intrigué par le sort d’Aldemor durant toutes ces années passées dans l’Empire. Chloé Chevalier nous démontre avec brio qu’il n’est point besoin de magiciens, d’elfes ou de dragons pour écrire de la belle fantasy, des personnages humains complexes, avec leurs forces et leurs faiblesses, évoluant dans un pays dont manifestement l’auteure a conçu la structure politique, culturelle et géographique avec beaucoup de minutie, sont largement suffisants. Un très beau roman, à la lecture exigeante, dans lequel on se plonge avec passion et dont on ressort en attendant avec impatience la suite.
 
Animale : La Prophétie de la Reine des Neiges de Victor Dixen chez Gallimard Jeunesse
 
Il y a un an, je vous faisais part de mon enthousiasme pour "Animale : La Malédiction de Boucle d’or" de Victor Dixen (coup de coeur d’août 2014), cette superbe réinterprétation du conte de Robert Southey sur Goldilocks et les trois ours, qui lui a valu de recevoir le Grand Prix de l’Imaginaire en Jeunesse 2014. Il remet cela cette année avec "Animale : La Prophétie de la Reine des neiges" (toujours chez Gallimard Jeunesse) où nous retrouvons Blonde, la fille-ours, et celui qui est devenu son mari, Gaspard, vivant heureux sur une petite île perdue au large du Danemark. Quelques mois se sont écoulés et leur quiétude va être troublée par l’arrivée de ce qui fut le vaisseau amiral de la flotte de l’Empereur Napoléon, l’homme qui utilisa des berserkers dans la Grande Armée lors de l’invasion de la Russie. Ils vont devoir fuir leur île, seul endroit au monde où poussent les chardons blancs qui seuls permettent de contrôler la fureur animale et la transformation des humains en bêtes sauvages. Ils vont fuir à Copenhague où ils rencontreront un jeune écrivain désargenté mais au talent certain, un dénommé Hans Christian Andersen... Avec la même maestria dont il avait fait preuve dans le précédent roman, Victor Dixen va incorporer les contes d’Andersen que nous connaissons tous pour les avoir lu enfant à sa trame narrative pour nous donner un roman original, dans laquelle la Reine des neiges joue un rôle central, en s’appuyant - et c’est très fin de la part de l’auteur - sur les sentiments bonapartistes d’une partie des anciens soldats et alliés de l’ex-Empereur qui regrettent la gloire passée (nous sommes en 1833, ne l’oublions pas, avec une France embourgeoisée à l’image de son roi et des monarchies absolutistes dans presque toute l’Europe), afin de réaliser une très ancienne prophétie et revenir régner sur la Terre. Blonde devra l’affronter, ainsi que nombre de ses anciens ennemis - nous retrouvons avec plaisir l’infâme avocat Maître Ferrière et l’ignoble comte de Valrémy - mais elle retrouvera aussi certains de ses vieux amis - la très vieille Madame Lune et le sculpteur maître Gregorius - qui l’aideront. Victor Dixen, autour d’un récit qui nous permet d’en apprendre beaucoup plus sur les berserkers en général et Blonde en particulier, nous donne des épisodes superbes - sa description du Paris de 1833 et de la vie dans la prison pour femmes de Saint-Lazare ou de la Copenhague de l’époque sont remarquables - et les scènes finales dans le repaire de la Reine des neiges sont d’une beauté extraordinaire. Et surtout l’utilisation du grand conteur danois comme un personnage à part entière de l’intrigue permet à l’auteur d’utiliser avec beaucoup de finesse des éléments des contes pour les incorporer à l’intrigue, réalisant une jolie mise en abyme puisque nous découvrons ainsi les sources d’inspiration d’Andersen pour écrire ses contes alors qu’il souffrait, avant de rencontrer Blonde du syndrome de la page blanche (Dieu merci, ce n’est absolument pas le cas de Victor Dixen !)... Le roman est aussi une uchronie dont je laisse aux amateurs le soin de découvrir le point de divergence mais il est surtout, comme le premier, une belle histoire aux multiples rebondissements, bel hommage non seulement aux contes mais aussi aux feuilletons de la littérature populaire. Je concluais mon précédent coup de coeur par ces mots : " Un bien beau roman fantastique, fort bien écrit, qui m’a fait passer une nuit très courte car je n’ai pu le reposer avant de l’avoir terminé, ce qui m’arrive de plus en plus rarement !" Merci, M. Dixen, pour avoir recommencé ! 
 
World of Warcraft Le guide d’Azeroth de Kathleen Pleet & Anne Stickney chez Panini Books
 
Je ne fais pas partie des amateurs de jeux qu’ils soient de rôle ou en ligne, non par désintérêt mais plutôt par peur de l’addiction. C’est pourquoi je me suis régalé à lire "World of Warcraft Le guide d’Azeroth" écrit par Kathleen Pleet et Anne Stickney (Panini Books). Je ne connaissais ce jeu que de réputation et, avec ce bel ouvrage, j’ai pu découvrir ce qu’était cet univers de World of Warcraft. Y sont présentés en détail non seulement le monde d’Azeroth depuis ses origines mais aussi ses occupants, avec les deux blocs de L’Alliance et de La Horde et les races qui les composent, avec des entrées particulières sur des sujets aussi variés que les armes légendaires, les héros et les méchants ou les pandarens. Les origines du jeu et la communauté des joueurs ne sont pas oubliés. De plus le livre est magnifiquement illustré, donnant ainsi une bonne idée de ce qu’est le rendu du jeu. Et il y a un index ! Voilà 200 pages que l’on parcourt avec intérêt et plaisir et qui m’ont donné envie de craquer et de jouer...
 
Jean-Luc Rivera 
 

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