Les coups de coeur de Jean-Luc Rivera - avril 2017

aux éditions
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • SF

Date de parution : avril 2017 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Jean-Luc Rivera est un passionné et un érudit de tous les genres de l’Imaginaire. Organisateur du Festival de Sèvres, conférencier et membre du jury du Grand Prix de l’Imaginaire, il nous fait partager régulièrement ses coups de cœur sur Actusf.

 En matière d’imaginaire, les éditeurs nous gâtent particulièrement depuis quelques mois d’où mon retard à vous faire partager mes coups de coeur : je m’en excuse mais ma boulimie de lecture prend parfois le pas sur mon enthousiasme à écrire quelques lignes sur ce que j’ai adoré.
 
Les Editions Bragelonne nous font découvrir, à quelques semaines d’intervalle, deux nouveaux auteurs français de grand talent : après Jean-Sébastien Guillermou (coup de coeur de janvier) voici maintenant Victor Fleury, avec "L’Empire Electrique". Sorti dans le cadre du Mois du Cuivre, voici un ouvrage superbe, avec sa tranche dorée et sa magnifique couverture de Benjamin Carré, dans lequel, à travers six longues nouvelles, nous découvrons, entre 1886 et 1890, diverses facettes de cet Empire Electrique français qui domine militairement, politiquement, culturellement et technologiquement, établi par l’Empereur Napoléon 1er grâce à la supériorité que lui conférèrent les recherches appliquées à la guerre de ces grands savants que furent Volta, Ampère et Frankenstein. En 1886, le deuxième Bonaparte est en fin de vie, malgré les traitements voltaïques qui le prolongent, un peu trop d’ailleurs au goût de son successeur impatient... Et dans les provinces de l’Empire, on s’agite, comme à la cour d’Ecosse - celle qui domine l’ex Royaume-Uni depuis la résurrection de la Olde Alliance - où un vol mystérieux - celui du collier de cinquante émeraudes de la rânî de Jhânsi, héroïne de la révolte indienne contre la Grande Armée -a été commis, obligeant le ministre Louis-Napoléon Bonaparte, vieillard aigri, à faire appel à un détective londonien qui commençait à devenir célèbre avant sa déportation au bagne des îles Canaries pour ses activités de résistance anti-françaises dans le réseau de son frère Mycroft... Le mystère sera résolu avec l’assistance d’un certain capitaine Gérard et de la machine d’un Explorateur bien connu des lecteurs de Wells et la nouvelle se conclut en Suisse, à Reichenbach. Victor Fleury , avec un talent et une culture époustouflants - la liste des auteurs populaires dans les oeuvres desquels il a puisé ses protagonistes est fort impressionnante ! -, met en scène à travers ses six nouvelles une foultitude de personnages réels et fictifs en des "crossovers" brillants : du royaume de Louisiane où règnent les derniers Bourbons réfugiés, soignés par le Dr. Pascal Rougon, et où le vieux Don Diego de la Vega, ambassadeur de Californie, et son assistant, le professeur Miguel Loveless, vont intervenir aux côtés des esclaves noirs, à la grandiose capitale de l’Empire, Lyon, où un ambitieux Dr. Watson va postuler auprès du professeur Van Helsing pour un poste de chercheur en hématologie, avant de se retrouver aux côtés du tout jeune Raoul d’Andrésy pour élucider les raisons des disparitions de certaines jeunes femmes et des meurtres horribles commis sur d’autres (vu l’année, inutile de préciser que ce sont deux ressortissants de la perfide Albion les coupables, je vous laisse les découvrir...) en passant par le bagne australien où ont été exilés Gavroche et Cosette, les deux amoureux héros malheureux de la révolution de 1830 contre l’Empereur, bagne dans lequel se trouvent d’autres dangereux ennemis de l’Empire comme Fu Manchu, Raspoutine ou Passepartout (mais pourquoi sont-ils tous là, au plus profond de la Terre, aux côtés d’Axel Lidenbrock ?) ou la chasse au "Nautilus" par le capitaine Nemo lui-même dans un sous-marin où se trouve un certain Julien Viaud. De plus, l’auteur a eu l’idée géniale d’utiliser comme fil conducteur de cette histoire d’une période de pourrissement de l’Empire l’évolution de la carrière d’un personnage clé particulièrement répugnant, prêt à tout et donc bien préparé à servir le nouvel Empereur dans les plus hautes fonctions : il s’agit de Larsan, chef de la Sûreté à ses débuts, autrement Ballmeyer (comme l’auront deviné les amateurs de Gaston Leroux). Et je dois ajouter que les légères allusions lovecraftiennes ajoutent un plaisir supplémentaire à cette lecture qui est un très bel exercice, parfaitement réussi et maîtrisé, d’uchronie, où tout se tient, sans aucune erreur chronologique, y compris dans le déroulement alternatif des vies des personnages fictifs ou réels. Je l’ai lu avec délectation, savourant chaque allusion et/ou référence à chaque page, et de vous en parler maintenant me donne déjà envie de le relire afin d’apprécier à nouveau toute la richesse et la subtilité de ces textes. Une lecture aussi indispensable que jubilatoire !
 
Comme certains d’entre vous le savent,je fais partie des amateurs de détectives de l’étrange et de l’occulte, ces redoutables investigateurs du surnaturel. Nous connaissons tous Carnacki et Jules de Grandin mais multitude d’entre eux sont soit oubliés soit non traduits en français : grâce à la très bonne collection consacrée aux débuts du roman policier et d’énigmes Baskerville (Rivière Blanche), dirigée de main de maître par Jean-Daniel Brèque, nous pouvons enfin découvrir les enquêtes du tout premier d’entre eux d’un point de vue chronologique, "Flaxman Low. Expériences spectrales", un personnage créé par E & H. Heron (le pseudonyme commun de Kate Prichard et de son fils Vernon Hesketh Prichard). Sur les douze enquêtes de Flaxman Low qui furent écrites, seules trois furent publiées dans notre langue, sans surprise par les amateurs éclairés que sont François Ducos d’une part et Christine Luce et André-François Ruaud d’autre part. L’intérêt de Flaxman Low est qu’il commença ses enquêtes en 1898 et qu’il est le premier enquêteur de l’occulte à bien porter son nom car, chez lui, pas de d’explication "rationnelle ou rationalisante", une cause surnaturelle identifiée est bien la source ou la cause des problèmes et des morts jusque là inexplicables. Seules deux aventures ne s’expliquent pas surnaturellement et ce ne sont pas les plus convaincantes. Mais peu importe : les auteurs suivaient manifestement - comme beaucoup à leur époque - les controverses et les recherches métapsychiques, leur héros est d’ailleurs présenté comme étant un membre distingué de la Society For Psychical Research, une institution prestigieuse existant véritablement (et encore de nos jours), et certaines de leurs explications reflètent bien les théories en vogue à la fin du XIXème siècle (cf par exemple celle sur le vampirisme pp 102-103). Nous retrouvons aussi cette atmosphère particulière de l’Angleterre victorienne, bien rendue par nos deux auteurs et par leur prose élégante qui est très bien traduite par Aurélie Bescond (auteur aussi de l’excellente introduction à ce volume). Des élémentaux agressifs aux plantes tueuses, en passant par les vampires et autres revenants, le jeune, athlétique et cultivé Flaxman Low résoudra les problèmes causés par ceux-ci à ses amis, que ce soit par la magie ou par les balles ou une combinaison des deux... et il rencontrera, dans ses deux dernières aventures, sa Nemesis, son super-vilain, en la personne du répugnant et égocentrique Dr. Kalmarkane. A découvrir de suite !
 
Avec "Version officielle" de James Renner (Super 8 Editions), nous plongeons dans un roman totalement paranoïaque, ce qui en rend,la lecture, disons-le tout de suite, particulièrement jouissive. Pour vous mettre immédiatement dans l’ambiance, le roman commence par l’Epilogue : on vient de trouver des restes humains du vol 93, celui qui s’est écrasé en Pennsylvanie le 11 septembre, sauf que l’on est bien plus tard, que la main trouvée n’est pas décomposée, qu’il s’agit d’une main simiesque, avec une croix gammée tatouée dans la paume, serrant précieusement une montre de luxe appartenant à l’un des passagers figurant sur le manifeste du vol... Sur ce, nous allons suivre l’itinéraire de Jack Felter, professeur d’histoire un peu paumé, qui rentre dans son village natal de l’Ohio, pour y être avec sa soeur Jean alors que leur père, le Capitaine, pilote ayant fait le Viet Nam, perd la mémoire et la tête dans sa maison de retraite. Et lorsque Jack va accepter d’essayer de retrouver le corps de son ex meilleur ami, Tony, un médecin psychiatre apparemment très dérangé, disparu sans laisser de traces, afin de permettre à sa femme (et ex petite amie de Jack à qui Tony l’avait soufflée), Sam, de toucher l’assurance et de sortir de ses problèmes financiers. Pour ce faire, il va devoir rencontrer le dernier patient de Tony, un jeune garçon nommé Cole, soigné pour schizophrénie paranoïaque. Afin d’établir un lien de confiance entre eux et obtenir des informations, Jack va devoir entrer, comme Tony l’avait fait auparavant, dans le jeu de Cole et partager son délire en se laissant guider dans des étapes de recherches bien particulières qui démontreraient l’existence d’opérations de contrôle psychologique de la population tout entière : fluoridation de l’eau, traînées chimiques dans le ciel, projet HAARP... Le père de Cole appartenait à cette organisation secrète qui collecte dans le monde entier des objets incongrus, n’appartenant pas à notre réalité, et ce fin de protéger le Grand Mystère. Et quand le Capitaine va commencer à retrouver sa tête, Jack va bien être obligé de découvrir que Cole n’est peut-être pas si fou que cela. Je ne vous en dirais pas plus afin de ne pas gâcher tous les retournements d’un superbe roman, où l’auteur utilise avec brio tous les éléments les plus allumés des théories complotistes et de l’histoire la plus loufoque (la thèse de l’histoire-fantôme, celle du Moyen Age) pour bâtir une intrigue totalement inattendue, une surprise complète, avec des idées que je n’avais encore jamais lues, une grande réussite, se terminant sur un Prologue aussi décoiffant que logique, un de ces livres inclassables - si ce n’est dans la catégorie "grand roman" - se situant aux frontières incertaines du thriller psychologique et de la SF. L’auteur s’est, de plus, fait plaisir, et nous apprécions ce clin d’oeil à sa juste valeur, en donnant pour titre à chaque partie et à chaque chapitre celui d’un épisode de "Twilight Zone" bien ciblé. Une bien belle lecture qui vous interdira de continuer à voir l’Histoire avec le même regard car peut-être que...
 
Comme vous avez pu vous en rendre compte à travers certaines de mes chroniques, j’ai une passion assez peu coupable pour la SF plus ou moins militaire. Avec "De haut bord", premier volume de "Coeurs d’acier" (L’Atalante), je viens de découvrir un auteur, H. Paul Honsinger, et un capitaine de vaisseau spatial comme je les aime, Max Robichaux (de lointaine origine cajun, il devrait rappeler celui qui est sans doute son ancêtre aux lecteurs de James Lee Burke). Jeune lieutenant dans la flotte humaine, la Spatiale de l’Union, qui lutte avec difficultés contre les Krags, des extraterrestres aussi répugnants au physique qu’au moral, il est promus, suite à ses exploits, capitaine du "Cumberland", un destroyer avec lequel il devra mener une mission particulièrement périlleuse, opérer comme corsaire dans le Libre Corridor, une zone "neutre"... mais il va vite découvrir que ce n’est pas un cadeau : il a hérité de l’équipage le plus incompétent et démoralisé de toute la flotte... Tout en menant à bien sa mission, il va découvrir les dessous cachés de l’opération, essayer de mettre à niveau son équipage tout en tenant compte des forces et des faiblesses de chacun - le médecin de bord, le Dr. Sahin, qui a perdu toute sa famille lors d’une invasion krag, se révèle être à la fois un atout précieux et un handicap -, traiter le plus diplomatiquement et astucieusement possible avec les différentes puissances spatiales humaines soucieuses de préserver leurs petits avantages. Le roman est passionnant, bourré d’action et de raisonnement militaire intelligent, avec un officier comme il devrait tous l’être - et comme beaucoup le sont toujours, il faut l’espérer - qui pense et se comporte en homme d’honneur et en homme tout court, avec ce qu’il faut d’autorité mais aussi de compréhension des autres, y compris lorsqu’ils sont véritablement "alien" (il y a de très beaux passages sur ses relations avec les Pfelungs qui m’ont fait penser au meilleur de "Enemy Mine" de Barry B. Longyear)... De plus l’auteur fait preuve d’audace dans le contexte actuel, par exemple lorsqu’il explique qu’avec la démographie sur les différentes planètes colonisées, plus d’un quart de la Spatiale est composé d’équipages musulmans et que cela ne soulève aucun problème ! Je ne vous en dirais pas plus afin de ne pas spoiler mais il faut lire ce roman à la fois très humain, très tolérant et plein de combats et d’action, avec une intrigue très fouillée qui me fit attendre avec impatience le tome deux de cette trilogie afin de retrouver le capitaine Robichaux et d’en apprendre plus.
 
Je vous avais déjà parlé de la nouvelle collection "Pulps" du Bélial avec la sortie du roman de Jack Vance (mars 2016) : les amateurs de grande SF traditionnelle se réjouiront maintenant de lire pour la première fois en français les deux premiers volumes d’une série mythique du grand Edmond Hamilton, je veux parler de "Capitaine Futur", avec "L’Empereur de l’espace" suivi de "A la rescousse". Le Capitaine Futur, Curt Newton, cet orphelin élevé sur la Lune par les amis de ses parents, des scientifiques remarquables assassinés par un rival tout aussi brillant que mauvais : cette équipe composée du Cerveau (celui de Simon Wright, autre génie scientifique, transplanté dans une boîte afin de survivre à son corps ravagé), de Grag le robot surpuissant et d’Otho, androïde protéiforme à la chair synthétique, va le soutenir dans sa lutte contre les super-bandits qui essayent de mettre en coupe réglée le système solaire et ses habitants, qu’ils soient humains ayant colonisé les diverses planètes ou races indigènes. Appelé par un signal lumineux spécial apparaissant au Pôle Nord, il combattra d’abord l’Empereur de l’espace, ce mégalomane qui répand une maladie terrible à partir de Jupiter, exploitant sans vergogne les croyances religieuses des Joviens. Puis il viendra "A la rescousse" du gouvernement terrien, impuissant devant les manigances ingénieuses et terrifiantes du Dr. Zarro et de sa Légion de l’Apocalypse pour devenir le dictateur du système solaire. Les romans sont courts, enlevés, pleins d’optimisme et d’action, se déroulant dans un système solaire tel qu’on l’imaginait à l’époque : Vénus est bien recouverte de marais, Pluton est encore une planète, habitable malgré le froid, on peut vivre sur Jupiter (l’auteur a trouvé une astuce concernant la gravité) ou sur les lunes de Pluton. Les héros sont droits dans leurs bottes, les vilains le sont pleinement, le droit et la justice triomphent, l’avenir est atomique (tout fonctionne à l’énergie atomique qui est le carburant ultime !). Les esprits grincheux pourront critiquer la naïveté des romans et le "monolithisme" des personnages - outre les quatre héros, on trouve LA femme, qui n’est pas faible !, Joan Randall, et l’incorruptible marshall de l’espace Ezra Gurney, qui se joignent à l’équipe en fonction des circonstances - mais peu importe, pour l’époque et aujourd’hui encore ces romans apportent une bouffée d’air frais et d’évasion bienvenue, ils remplissent pleinement leur rôle de pourvoyeurs de rêve. Vivement les suivants (que j’ai lu en anglais, étant un fan inconditionnel d’Edmond Hamilton, je peux vous assurer qu’ils sont tout aussi bons) ! J’ajouterai qu’outre la traduction impeccable de Pierre-Paul Durastanti, la cerise sur le gâteau se révèle être les couvertures de Philippe Gadi qui sont fidèles à l’esprit des couvertures de pulps tout en étant plus modernes.
 
Tout le monde a lu (du moins je l’espère) "La Guerre des Mondes" de Herbert George Wells, ouvrage qui a connu d’innombrables éditions françaises. Parmi elles, la plus mythique donc la plus recherchée est celle somptueusement illustrée par Henrique Alvim-Corrêa. Sortie en 1906, avec un tirage de 500 exemplaires, je pense inutile de préciser qu’elle est rare et chère quand on a la chance d’en voir un. Les Editions Terre de Brume viennent donc de la ressortir, avec un tirage là aussi limité et numéroté de 500 : le livre, grand format, cartonné, est superbe et nous permet de découvrir l’intégralité des illustrations originales puisque le volume est reproduit à l’identique. Que dire si ce n’est que c’est magnifique ! Agrémenté d’un petit texte de présentation sur Alvim-Corrêa, voilà un livre à ne pas manquer et qui justifie son prix, il vous fera rêver pendant de nombreuses heures.
 
Les Moutons électriques ont une ligne éditoriale dont la constance à surprendre ses lecteurs avec d’agréables découvertes ne se dément pas : "Tout au milieu du monde", de Julien Bétan et Mathieu Rivero pour l’écriture et Melchior Ascaride à l’illustration, appartient à ces livres-objets aussi inclassables que formidables. Il s’agit d’une sorte de court roman graphique sur une quête chamanique : un village dépérit, son chamane (qui a de gros doutes sur ses propres capacités) décide de partir chercher une nouvelle dent sacrée pour le protéger - il s’agit de dents de la taille d’un menhir, celle-là est manifestement en train de se carier... - ; il est accompagné de son apprenti et d’une jeune chasseresse. A partir de là, ils vont découvrir un nouveau monde, au-delà des limites étriquées de leur territoire familier, et se découvrir eux-mêmes. Le texte (impossible de distinguer qui a écrit quoi vue la parfaite osmose des deux auteurs) est beau, poétique et dérangeant et sa mise en page, très graphique, participe à la mise en valeur des illustrations de Melchior Ascaride, des dessins à la fois curieux, beaux et adaptés au contexte car ils évoquent des peintures rupestres. Il vous sera difficile de mieux employer 15 € qu’en lisant et relisant ce petit livre, d’une grande originalité tant littéraire que pictoriale. 
 
Beaucoup d’entre nous, anciens lecteurs d’Anticipation au Fleuve Noir, se souviennent des excellents romans de Julia Verlanger qui était obligée - autre époque - de publier sous le pseudonyme de Gilles Thomas. Après les adaptations de "L’autoroute sauvage" et de "Horlemonde", Les Humanoïdes Associés viennent de sortir le premier volume de "Les Décastés d’Orion", un des beaux romans planétaires de l’auteur (en Anticipation son titre était "La Croix des décastés"), dont je gardais un bon souvenir de lecture. Corbeyran au scénario en livre une bonne adaptation libre qui me semble bien respecter l’esprit et les idées de Julia Verlanger : les colons de cette planète ont oublié leurs origines et sont prisonniers d’un système religieux de castes particulièrement fanatique. Une jeune chasseresse qui a raconté avoir vu un "chariot volant" et un redoutable guerrier victime d’une machination religieuse vont être décastés (marqués au fer rouge). Après avoir réussi à s’enfuir, ils vont retrouver le vaisseau et ses pilotes et se retrouver au centre d’une intrigue planétaire remettant en question toutes les croyances et le rôle du clergé... Avec un beau dessin de Jorge Miguel qu réussit aussi bien ses personnages que ses vaisseaux spatiaux ou ses animaux "exotiques", voilà un album bien agréable à lire en attendant la conclusion de l’intrigue dans le second volume (il s’agit d’un diptyque).
 
Les amateurs de merveilleux scientifique, les autres aussi d’ailleurs, prendront un grand plaisir à lire "Au fond du gouffre" (Soleil), premier tome de la trilogie "Le Fulgur", scénarisée par Christophe Bec, avec Dejan Nenadov au dessin. Christophe Bec a fait un beau travail d’adaptation et de découpage en trois parties du roman de Paul de Sémant, "Le Fulgur" (sorti en cartonnage chez Flammarion en 1910), restant fidèle à l’oeuvre et à l’esprit du roman ; il est dommage qu’il se contente de mentionner le nom de l’auteur sans autre précision ("A la mémoire de Paul de Sémant"), cela n’aurait rien enlevé à son talent de scénariste et aux félicitations que l’on doit lui adresser pour avoir tiré de l’oubli ce bon roman... Nous sommes en 1907 et une équipe internationale, sous la direction du docteur Claudian, va embarquer à bord du "Fulgur", un sous-marin révolutionnaire inventé par celui-ci, afin de récupérer un milliard de francs en or dans un bateau coulé dans une fosse sous-marine au large du Yucatan. Bien entendu, tout ne va se dérouler comme prévu et l’équipage du "Fulgur" va découvrir un monde souterrain perdu. Une belle histoire, avec de beaux monstres comme nous les aimons - dont un poulpe géant ! -, fort bien rendus par les beaux traits de Nanadov qui a aussi dessiné un "Fulgur" magnifique, version plus baroque et steampunk de celui représenté en couverture du cartonnage. Un très bel album, très réussi, en attendant les deux suivants, mettant ainsi en valeur l’un des romans les plus achevés du merveilleux scientifique français !
 
Jean-Luc Rivera 
 
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Jean-Laurent Del Socorro

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