Les traquenards de Giri
de Vernor Vinge
aux éditions Opta ,
collection Galaxie bis
Genre : SF
Sous-genres :
  • Space Opera

Auteurs : Vernor Vinge
Couverture : Maurice Tostain
Traduction : Jacques Schmitt
Date de parution : octobre 1981 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 240
Titre en vo : The witling
Parution en vo : 1976

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La matrice des chefs d’œuvre ultérieurs ?

Si l’on ne tient pas compte d’un fix-up de deux nouvelles publié en 1969, Les traquenards de Giri constitue le premier roman de Vernor Vinge, bien connu pour son utilisation en science fiction du concept de singularité, ligne de partage entre le point le plus extrême que puisse atteindre une civilisation technologique juste avant qu’elle ne soit transcendée par ses réalisations et ne pénètre dans l’inconnaissable, consécutivement à une véritable explosion de l’intelligence. S’il ne fait pas mention de cette fascinante notion, le présent roman constitue cependant une étape identifiable dans la création de l’univers d’un auteur de premier plan.

Naufragés de l’espace

Envoyés en mission exploratoire sur une planète nouvellement découverte, Bjault, un exo-archéologue sur le retour et Ioninne Leg-Wot, la pilote qui l’accompagne, sont capturés par les autochtones. Isolés du vaisseau-mère, ils chercheront à signaler leur présence afin d’être secourus. Une contrainte temporelle s’ajoute à cette situation pourtant déjà délicate car la nourriture locale étant nocive pour leur organisme, leurs jours sont comptés...

Les autochtones, ainsi que le reste de la faune de Giri, ont développé au cours de leur évolution d’étonnantes aptitudes naturelles à la téléportation. Certains en sont cependant incapables, les Profanes, et constituent une caste méprisée dans une société de structure féodale. Bjault et Ioninne ne tarderont pas à se trouver impliqués dans un conflit politique local...

Une fois n’est pas coutume, un pavé eut été préférable !

Il est évidemment difficile d’éviter de penser à Un feu sur l’abîme ou Les tréfonds du ciel en lisant Les traquenards de Giri, d’autant que ce dernier livre supporte malheureusement assez mal la comparaison avec ses brillants successeurs. Il partage cependant avec eux un certain nombre de points communs et le peuple de la planète d’où viennent Bjault et Ioninne pourrait très bien à la fois faire partie de ces civilisations émergentes surveillées par les Qeng Ho, et aussi faire figure de brouillon de cette culture marchande intergalactique que créera Vernor Vinge quelques années plus tard.

Malheureusement, la brièveté du roman apparaît comme un handicap pour le développement de l’histoire, d’autant plus que les nombreuses explications relatives à la téléportation, par exemple, auraient gagnées à être distillées avec davantage de tact. On regrettera aussi l’absence d’un second fil narratif consacré à l’équipage resté en orbite et à l’organisation du sauvetage des deux naufragés. Mis à part le prince Pelio, les protagonistes manquent singulièrement de relief en dépit d’un potentiel intéressant, notamment en ce qui concerne Ioninne Leg-Wot. Là encore, le format court semble entraver le développement de la psychologie et des relations interpersonnelles. Dernier point, les Azhiris, malgré leurs pouvoirs, sont loin d’être aussi fascinants que les créatures qu’imaginera ultérieurement l’auteur (cavaliers Skrodes, Dards, Araignées...) et l’aspect moyenâgeux de leur culture évoque furieusement bon nombre de romans relevant du domaine de la fantasy la plus insipide. Cet écueil est néanmoins contourné par Vernor Vinge qui analyse les aptitudes à la téléportation des autochtones selon un angle scientifique, celui de la civilisation technologiquement avancée des visiteurs. Par contraste, le terme de magie est souvent employé pour illustrer le point de vue des autochtones, conformément à l’adage énonçant qu’à toute technologie incompréhensible on attribue instinctivement une origine surnaturelle.

Les Traquenards de Giri, bien antérieur aux chefs d’œuvres du space opera cités plus haut, semble pourtant contenir en germe l’univers complexe que l’auteur utilisera plus tard comme cadre de ses histoires post-singularité et c’est principalement de ce point de vue qu’il intéressera l’amateur désireux d’avoir un aperçu de la genèse de quelques uns des monuments incontournables de la science fiction.

Fred Combo