Membrane
de Chi Ta-wei
aux éditions L’Asiathèque ,
collection Taiwan Fiction
Genre : Science Fiction
Sous-genres :
  • Anticipation
  • Futur
  • Intelligence artificielle
  • Mémoire
  • Nouvelles technologies
  • Société

Auteurs : Chi Ta-wei
Couverture : Philippe Savoir
Traduction : Gwennaël Gaffric
Date de parution : octobre 2015 Inédit
Langue d'origine : Autres
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 216
Titre en vo : Mo
Parution en vo : janvier 1996

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Dans un futur où la couche d’ozone disparaît, les êtres humains ont fui les terres arides et se sont réfugiés dans des villes sous-marines. À travers l’histoire de Momo, jeune esthéticienne réputée mais solitaire, Chi Ta-Wei aborde la question du genre, de l’homosexualité et de la différence dans un roman considéré comme précurseur de la SF queer taïwanaise.

Né en 1972, Chi Ta-Wei a toujours été fasciné par la littérature, peut-être parce qu’elle apporte une alternative au monde réel dans lequel il vivait. Il a vécu en France et aux États-Unis avant de rentrer à Taipei pour devenir enseignant. Influencé par ses études américaines sur l’identité et la littérature occidentale, il a beaucoup réfléchi sur le sujet des « gens normaux » et des « gens alternatifs » dont il pensait faire partie en tant qu’homosexuel. Alors que la littérature queer (tongzi) commence à prendre de l’ampleur dans les années 1990, il commence à publier des recueils de nouvelles. Membrane est un court roman faisant partie de son second recueil publié en 1996. Détenteur du prix littéraire le plus prestigieux à Taiwan, Membrane est considéré à ce jour comme le premier roman SF queer dans le monde chinois et un texte fondateur de la littérature queer.
 
Momo est une esthéticienne réputée mais solitaire et marginale dans la ville sous-marine d’un monde post-apocalyptique à l’écologie bouleversée. La source de son succès : des membranes qu’elle étale sur la peau de ses clients pour en maintenir la jeunesse et la santé. Mais elle se sent à part, coupée du monde. Est-ce lié aux multiples transplantations d’organe qu’elle a subies étant enfant, alors atteinte d’une maladie rare ? Quel est le véritable passé de Momo et quels sont les effets réels de ces membranes ?
 
Codes de science-fiction
 
Ceux qui connaissent un peu les imaginaires asiatiques, dans la littérature ou l’animation, en reconnaîtront certains codes dans Membrane. Un monde à l’écologie bouleversée, la présence d’androïdes à la surface de la planète pour faire tourner les usines, une ville sous-marine futuriste et étrange… 
 
L’univers créé par Chi Ta-Wei revêt cette sensibilité toute particulière, moins présente en Occident. Avec l’histoire de Momo, on tourne autour des questions d’identité, de réalité, d’humanité aussi, lorsqu’il aborde les relations entre êtres humains et androïdes. Une dimension philosophique que l’on retrouve notamment dans certaines œuvres d’animation japonaise et qui amène le récit au-delà d’une simple aventure de science-fiction, dans un autre monde où les réalités se croisent et s’entrechoquent. 
 
Questions sociales
 
Il serait réducteur de limiter Membrane à un exemple de science-fiction à la mode asiatique. Chi Ta-Wei aborde des questions sociales contemporaines autour de l’homosexualité mais pas seulement. À travers une réalité alternative, l’auteur aborde les questions du sexe, du genre et de la transsexualité dans leur définition humaine et sociale. 
 
Qu’est-ce qui fait un être humain ? Son corps, sa mémoire, sa liberté ? Les définitions biologique et sociale des corps et des êtres ne correspondent pas toujours, et c’est aussi en abordant cette question que Membrane fait figure de proue dans la littérature queer.
 
Le personnage de Momo représente toutes ces questions d’identité et de place dans le monde, alors qu’elle se sent elle-même comme entourée d’une membrane qui la sépare des autres êtres humains. Une sensation qui peut sembler familière, pas seulement pour les personnes homosexuelles ou transgenres, mais aussi pour toute personne qui s’est sentie un jour « anormale » ou, comme dirait l’auteur, « alternative », venue d’un autre monde.
 
 
Avec Membrane, préparez-vous à plonger dans un univers alternatif, une bulle entre réalité et imaginaire, un voyage de science-fiction philosophique et social qui mérite son statut de précurseur mais qui ne sera pas aisé à aborder pour tous les lecteurs.

Florie Vignon