Mémoris
de Elodie Tirel
aux éditions Editions Michel Quintin
Genre : Anticipation
Sous-genres :
  • SF
  • Thriller

Auteurs : Elodie Tirel
Couverture : Marie-Ève Boisvert
Date de parution : août 2015 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 496
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Poursuivie par un ennemi inconnu pour une raison qu’elle ignore, Sam, amnésique, se réfugie chez Éthan, un citoyen qu’elle embarque dans sa dangereuse quête d’identité et de vérité. Au fil d’un récit prenant, Élodie Tirel nous plonge dans un thriller futuriste haletant bourré d’action, de rebondissements, et d’une quête personnelle poignante.

Élodie Tirel n’en est pas à son premier essai avec Mémoris. Récompensée du prix Merlin pour son premier roman, Les Héritiers du Stiryx, elle a ensuite publié deux séries de fantasy, Luna et Zâa, chez les éditions Michel Quintin. Publié pour la première fois en 2013, Mémoris est sa vingtième publication mais son premier plongeon dans la science-fiction. Ce roman d’anticipation en un seul tome présente le monde en 2113, ses avancées technologiques et géopolitiques, mais aussi sa face cachée, comme toute société humaine. Avec le personnage amnésique de Sam, Mémoris explore tout particulièrement la question de recherches médicales en neurologie, de travail sur la mémoire humaine, avec toutes les questions d’identité et d’éthique que cela peut poser. Suite à cette parution, Élodie Tirel s’est lancée dans l’écriture d’É-den, une série post-apocalyptique qui a reçu le prix Pierre Botero en 2015.
 
Résumé
 
Avant cette course effrénée dans les couloirs blancs d’une île artificielle, Sam n’a aucun souvenir de son passé. Pas une goutte. Et pourtant, elle est poursuivie par une bande d’individus surentraînés dont elle semble avoir réussi à échapper. Dans sa course folle, elle atterrit par hasard dans la cabine d’un riche passager qui, pris au dépourvu, accepte de la cacher. Éthan, sophrologue au cœur généreux, attiré par cette belle inconnue peut-être, décide de l’aider à quitter l’île et à rejoindre Kotaris, la capitale de l’Eurafrique, pour que Sam puisse échapper à ses poursuivants et tenter de reconstituer son passé et son identité. De là commence une aventure riche en découvertes et en rebondissements, où Sam et son compagnon d’infortune recherchent l’origine de son amnésie étrange et reconstruisent son passé peu à peu. Mais l’ennemi les talonne de près, et ils ne sont pas au bout de leurs peines…
 
J’ai la mémoire qui flanche...
 
La proposition de base est simple : nous découvrons l’univers de Mémoris à travers les yeux d’une héroïne amnésique, et le scénario se développe autour des mystères qui entourent son identité et son passé. À mesure que son enquête avance, nous découvrons des bribes de la société futuriste d’Élodie Tirel, et apprenons à connaître Sam et Éthan, les deux personnages principaux de l’aventure.
 
Sam est très attachante dès le départ : désorientée dans ce monde inconnu, le lecteur pourrait se mettre à sa place. Que ferions-nous si nous n’avions aucun souvenir de nous-mêmes, seuls dans un monde inconnu ou même le miroir renvoie l’image d’un étranger ? Élodie Tirel parvient à développer les émotions de Sam à mesure qu’elle se découvre, et réussit à lui donner une personnalité, une profondeur qui provoque de l’empathie. Éthan, quant à lui, tient le rôle du sauveur malgré lui, un compagnon qui guidera Sam dans sa quête d’identité tout en étant lui-même bouleversé dans ses repères par ces événements inédits. On s’attache à ce binôme à mesure qu’ils se découvrent l’un à l’autre, au point de se surprendre à vouloir connaître le fin mot de l’histoire comme s’il s’agissait de la nôtre.
 
Le scénario lui-même est très bien ficelé, habilement mené entre scènes d’action et moments plus calmes de découverte, de contemplation et d’introspection. À la manière d’un film, Mémoris nous prend dès le début et nous embarque dans une aventure dont nous ne voulons pas manquer une miette, jusqu’à la dernière page.
Si les lecteurs les plus perspicaces sauront deviner certains retournements de situation avant les deux héros, cela laisse une impression de fierté d’avoir vu venir, plutôt que de se sentir enfermé dans un cliché. Et Elodie Tirel a plus d’un tour dans son sac, surprenant le lecteur par ses intrigues et ses personnages jusqu’au bout. 
 
L’une des raisons pour lesquelles ce livre est si prenant est aussi le fait que l’auteure touche à des sujets universels avec le personnage de Sam : qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes ? Quel est le sens de la vie ? Est-il possible que nous ayons une part d’ombre inconnue de nous-mêmes ? De quoi serions-nous capables au nom d’une bonne intention ? En quelque sorte, Elodie Tirel nous fait vivre une quête identitaire qui ne laisse pas intact, une fois la dernière page fermée.
 
Les amateurs de science-fiction y retrouveront également avec plaisir des thèmes classiques du genre, en l’occurrence la question de la mémoire et de l’éthique liée aux avancées de la science, des sujets qui ne sont pas sans rappeler les célèbres Total Recall et autres Bienvenue à Gattaca. Mais les amateurs de suspense et d’aventures ne seront pas en reste, le livre saura les tenir en haleine du début à la fin.
 
Un monde futuriste plutôt plausible
 
Comment la société de 2113 est-elle présentée dans Mémoris ? Nous avons là affaire à une société plausible, dans le sens où il ne s’agit ni d’une utopie, ni d’une dystopie. Le monde que nous fait découvrir Élodie Tirel petit à petit, à travers les yeux de Sam qui le découvre elle-même, est fouillé et détaillé. Il représente bien le potentiel de la nature humaine, aussi bien en positif qu’en négatif.
 
C’est également une société réalisable, du mieux que l’on puisse deviner depuis le début du XXIe siècle. Bien sûr, tout n’est pas extrêmement original : on y retrouve une Troisième Guerre mondiale, un monde réarrangé en grandes puissances unifiées, des améliorations scientifiques et technologiques qui rendent la vie plus facile, mais aussi plus artificielle et davantage déconnectée de la nature.
 
On y retrouve aussi les travers classiques, mais amenés d’une manière subtile et non caricaturée à la manière d’une dystopie totale : la surveillance et le contrôle des citoyens, l’irrévocabilité de la marginalisation de certains malheureux, oubliés de cette société moderne, et la question du pouvoir et de la corruption. Les amateurs de science-fiction y retrouveront également des inspirations d’œuvres modernes, je ne citerai là qu’un exemple : la cité verticale de Kotaris avec ses véhicules volants et ses bâtiments toujours plus élevés, qui rappellent avec nostalgie le New York du Cinquième Élément.
 
En conclusion
 
Avec Mémoris, Élodie Tirel sert une aventure de science-fiction pleine d’intrigues et de rebondissements, tout en présentant les thèmes universels de la recherche d’identité, de l’éthique et des limites de la science.
Son monde de 2113 est plausible et fouillé, et nous prenons plaisir à le découvrir à travers les yeux amnésiques de Sam. Certaines références feront sourire, certaines évolutions de la société humaine feront réfléchir, et le tout nous transporte dans une aventure extraordinaire : un mélange d’action et d’introspection qui donne envie de tout lire d’une traite, et nous fait tourner la dernière page avec ce sentiment étrange d’être à la fois ravis d’avoir lu une si belle histoire et tristes de devoir déjà la quitter.

Florie Vignon