Mordre le Bouclier
de Justine Niogret
aux éditions Mnémos ,
collection Icares
Genre : Aventure
Sous-genres :
  • Fantastique

Auteurs : Justine Niogret
Couverture : Johann Bodin
Date de parution : juin 2011 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 222
Titre en vo :

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Les croisades ne sont pas des promenades de santé !

Justine Niogret est née en 1979. Cette écrivaine à l’humour décalé est une grande romantique et aime écouter le son de la pluie sur le carreau d’une fenêtre. Son premier roman, Chien du Heaume, remporte un important succès et a reçu beaucoup de prix, comme le Grand Prix de l’ Imaginaire en 2010 et le prix Imaginales. Dans la poursuite de son voyage dans le Moyen Âge, elle nous propose une suite de son premier roman ou plutôt le voyage continue pour son héroïne qu’est Chien du Heaume.
 
Johann Bodin est né en 1977. Il découvre la BD avec Slaine de Simon Bisley et Pat Mills. Il commence des études en Arts graphiques qu’il finira en 2001 aux Beaux Arts de Caen. Il travaille sur de nombreux supports comme les jeux de rôles (Trinités), CD, BD ou des couvertures de romans chez Rivière Blanche et dans le design. C’est déjà lui qui avait fait l’illustration du premier roman de Justine Niogret, ils se retrouvent donc pour de nouvelles aventures.
 
Dur, dur les croisades !

La mort de Noalle n’a rien changé et n’a en aucun cas annihilé la rage de Chien du Heaume. Après six mois, elle est toujours aussi anéantie par la perte de ses doigts de sa main droite. Prostrée, elle ne sait plus quoi faire dans ce monde de guerre et de force brute. C’est le cadeau du forgeron Regehir, une griffe de fer, qui va l’aider à reprendre goût à la vie et c’est grâce à Bréhyr la guerrière que Chien du Heaume va reprendre la route des combats. Elle va pouvoir de nouveau utiliser sa hache et partir à la recherche du dernier qu’elle doit tuer, Herôon. Les deux guerrières vont devoir remonter la piste sur le chemin des croisades. Elles trouveront pillages et morts sur ces routes où les larmes des plus faibles nettoient à peine la crasse et la pourriture de la folie guerrière des hommes.

C’est dans cette descente aux enfers que Chien du Heaume va rencontrer un étrange chevalier qui a perdu sa foi aux portes de Jérusalem. Le beau Saint Rose, maestro d’un grand savoir. Mais la piste finira par emmener les guerrières bien plus loin vers le Tor, une tour mythique où elles trouveront bien plus qu’elles ne cherchent...

Une suite plus intimiste

Justine Niogret propose pour son nouveau roman de retrouver son héroïne du premier opus. Mais le temps est passé et la rage reste au fond du cœur de la jeune femme.

Malgré la mort de son père, la recherche de son nom est toujours d’actualité alors qu’elle sait au fond d’elle la futilité de son entreprise. Cette fois-ci l’intrigue repose sur la quête d’un nouveau « méchant », Herôon, ou plutôt cette intrigue sert de prétexte pour une étude des différents protagonistes de l’histoire. L’auteur dissèque à sa manière ses personnages et c’est sous sa loupe que nous découvrons un peu plus de Chien du heaume et de ses amis. Cette introspection permet d’appréhender un peu plus les motivations de chacun et de mieux les comprendre. En effet cela devient une quête intérieure, comment Bréhyr croyant être au bout du chemin va découvrir que la vie peut continuer. Les acteurs de cette échappée médiévale vont vous plaire par leurs forces mais aussi et surtout par leurs faiblesses. Ils portent tous en eux des blessures les rendant un peu plus attachants encore. C’est une histoire présentée dans un style très fort et percutant, un monde d’homme où quelques femmes essayent de survivre et de vivre leur vie aux dépens des préjugés.

Avec au final une grande question : quand on arrive à ses fins, est-ce vraiment une victoire ? Cela vaut-il tous les sacrifices ? Vous l’aurez compris voici un roman qui va emporter le lecteur sous d’autres cieux que la simple geste des croisades. Justine Niogret signe une œuvre plus intimiste sur des femmes qui n’hésitent pas à utiliser tout ce que la nature leur procure pour arriver à leurs fins.

Car l’univers, même s’il reste très discret et minimaliste, est un monde dur. Les différentes descriptions de l’écrivaine des rencontres de Chien du Heaume vous laisseront pour certaines un goût amer dans la bouche. Pour exemple l’homme au visage ravagé et « habité » par une colonie d’asticots. L’auteur est crue, on sent la pourriture et la misère tel un salpêtre sur les pages du roman. Cette période n’est pas des plus glorieuses, comme le sont souvent les guerres, et Justine Niogret arrive parfaitement à le faire ressentir aux lecteurs.

Voici donc une suite forte et une fois de plus sans compromis, dans un style d’écriture direct et efficace avec des scènes captivantes. Prenez le chemin que se choisit Chien du Heaume et gardez le rythme à ses côtés et vous ne serez pas déçus. Une petite mention pour le petit lexique qui se trouve à la fin du livre, un bijou d’humour, et oui, l’auteur sait aussi magner cette plume-là ! Bonne lecture.

Yann Blanchard