Omale - l’intégrale
de Laurent Genefort
aux éditions Denoël ,
collection Lunes d’encre
Genre : SF
Sous-genres :
  • Space opéra

Auteurs : Laurent Genefort
Couverture : Manchu
Date de parution : novembre 2012 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1698
Titre en vo :

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Celui qui marche mille vies finit par marcher dans le ciel

Laurent Genefort est né en 1968. Il fait ses premiers pas d’écrivain dans la mythique collection "Anticipation" du Fleuve noir à tout juste vingt ans. Egalement auteur d’une thèse de doctorat sur les livres-univers, il développe rapidement son propre univers, la Panstructure, dans lequel se place la majorité de ses romans. Omale, considéré comme son grand-œuvre, s’y rattache. Récompensé par le prix Rosny aîné en 2002, ce cycle, qui contient pour le moment trois romans et une demi-douzaine de nouvelles, se déroule sur une sphère de Dyson créée par les mystérieux Vangks : une gigantesque structure artificielle située autour d’une étoile et découpée en plusieurs Grand’Aires de plusieurs centaines de milliards de kilomètres carrés, séparées par des zones de vide. L’une de ces zones habitables abrite les Humains, forcés de cohabiter avec d’autres espèces extraterrestres, appelées rehs, les Chiles et les Hodgqins. 
 
Un Chile, un Hodgqin et un Humain sont sur Omale
 
Omale : Ce premier roman se déroule au 16e siècle après l’arrivée des trois rehs sur Omale. La paix s’est enfin installée. Amees’Sixtede Vorsal, un Hodgqin, se rend à Platformjunction, non loin du gigantesque Lac Pacifique, pour s’embarquer sur une nef. La raison de son voyage ? Un billet acheté vingt-deux ans plus tôt entré en sa possession et un fragment portant une inscription gravée. Une fois à bord du Yyalter, Amees comprend vite qu’il n’est pas le seul à réaliser ce voyage dont le but lui est encore inconnu. Mais l’attaque de leur nef par des pirates chiles pourrait bien remettre en cause leur expédition... 
 
Les Conquérants d’Omale : 9e siècle, en plein milieu de l’Âge obscur. La guerre fait rage entre les trois rehs, et ce, depuis des siècles. Jeremiah, un soldat d’élite, est convoqué pour une mission spéciale : récupérer un artefact chile qui pourrait modifier la cours de la guerre en faveur des Humains. Le seul problème : il n’a aucune idée de comment il doit l’utiliser. Au même moment, provenant de l’aire hodgqine, un nuage de nuit avance sur Omale, gelant tout sur son passage. Les membres d’une mission cartographique s’y sont retrouvés piégés. Tandis qu’ils continuent coûte que coûte, ils feront une drôle de rencontre... Enfin, à Termina, où se trouve la Pyramide, une nouvelle rencontre avec un membre de la reh de l’aither, un Æzir, est sur le point de se dérouler. Ces échanges commerciaux sont primordiaux : s’ils devaient s’interrompre, un regain de violence entre les rehs serait à prévoir. Alors, quand l’un des membres de la délégation meurt dans d’étranges circonstances, la crainte d’un complot se précise... mais dans quel but ?
 
La Muraille Sainte d’Omale : 15e siècle. La paix a enfin été signée mais elle est menacée par un exode massif venant du Landor, une zone fermée par de hautes murailles où se sont retranchés pendant des siècles des Humains refusant tout contact avec les deux autres rehs. Une expédition, menée par un physicien chile, Haka, se rend dans la région pour enquêter sur les causes de cette "invasion". Ce voyage au cœur d’une zone où aucun Chile, Hodgqin et Humain de l’extérieur n’ont jamais pénétré les amènera à la découverte d’un secret qui pourrait bien mener à la destruction d’Omale...
 
Les Omaliens :
"Aparanta" : A travers le destin de plusieurs personnages, on suit l’arrivée des vaisseaux humains dans l’espace d’Omale grâce aux portes de Vangk, de leur arrivée à la surface de ce monde artificiel jusqu’à l’installation des premières colonies et la découverte des deux autres rehs.
 
"Un roseau contre le vent" : Roland Varesco, ancien soldat, prend la tête d’une expédition dans le désert de vide qui sépare deux Grand’Aires, là où un vaisseau se serait écrasé. 
 
"La septième Merveille d’Omale" : Pour dompter le fleuve Clal, l’un des deux plus grands d’Omale, les Chiles décident d’ériger un barrage. Un gigantesque ouvrage qui a nécessité plusieurs décennies de travail et des millions d’esclaves humains pour le terminer. Rudigo arrive sur le site pour négocier des termes commerciaux avantageux pour sa ville, qui se situe non loin de l’un des affluents du fleuve. Mais alors que la construction est bientôt achevée, il prend connaissance de ce que les Chiles redoutent le plus : un complot vise la destruction du barrage.
 
"L’affaire du rochile" : Ramin, vétéran de la guerre contre les Chiles, est rappelé par son frère dans la région où il a grandi pour enquêter sur des meurtres effroyables commis par une bête chile...
 
"Arbitrage" : Le var Dein Uzume se retrouve convoqué par les deux armées rivales chiles qui encerclent la ville de Lorion, où il s’est retrouvé bloqué, afin d’arbitrer la fin de partie de fejij qui scellera le sort de Lorion. Mais pour espérer sauver la ville, et ses habitants, il devra remonter aux prémisses d’une partie qui dure depuis soixante ans...
 
"Patchwork" : Dans la ville de Loplad, alors que les négociations pour un traité de paix entre les trois rehs sont en cours, le médecin légiste hodgqin Siesnee se retrouve à enquêter aux côtés de l’humain Musrahaf sur des décès suspects au sein d’une secte étrange : chacun de ses membres se serait fait greffer, peu avant leur mort, un échantillon d’une autre espèce...
 
Le deuxième volume contient à la fin un lexique.
 
Un planet opera gigantesque difficile à lâcher
 
Le premier livre d’Omale est clairement un volume d’introduction, avec ses points forts... mais aussi ses points faibles. Difficile en effet, en quelques pages, de réussir à appréhender pleinement la mesure de cet univers colossal. Histoire, races, caractéristiques de la structure : tout est nouveau, différent et le monde nécessite donc son lot d’explications, parfois rébarbatives et clairement didactiques mais néanmoins indispensables. Mais l’auteur s’en sort avec brio. Pour cela, Laurent Genefort utilise un procédé assez classique (difficile, vu le contexte, de ne pas penser immédiatement à Hypérion de Dan Simmons) : mettre en relation une galerie de personnages très variée - qui n’échappe pas non plus à ses archétypes - qui ne se connaissent pas et les faire se présenter les uns les autres. Classique, certes, mais le stratagème fonctionne parfaitement, même si le récit peine à éviter certaines longueurs : ces séances d’historique ont beau être entrecoupées de moments où les personnages sont amenés à lutter pour leur survie, la phase d’exposition reste toutefois un peu longue.
 
La seconde partie du récit est plus rythmée et plus rapide même si, encore un fois, on y trouvera pas une grande originalité dans le développement. Mais ce n’est pas là l’intérêt du récit : Omale pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses et parvient à éveiller l’intérêt du lecteur. On sent que c’est un roman où l’auteur a posé les bases de son univers sans forcément chercher à expérimenter. Et c’est tant mieux : le lecteur a déjà fort à faire pour appréhender cet univers inconnu. Ce n’est finalement pas plus mal que l’histoire reste en terrain balisé et maîtrisé. Malgré ces quelques défauts, Omale est un roman accrocheur qui éveille la curiosité de son lecteur. Difficile, une fois la dernière page tournée, d’en rester là. Et ça tombe bien, il suffit de tourner la page pour lire le reste.
 
Les Conquérants d’Omale est un livre plus intéressant dans le sens où la narration est différente. Laurent Genefort s’est approprié son univers, on le sent plus sûr de lui. Les enjeux sont différents : nous sommes plongés directement au cœur de l’action, on n’attend plus que les événements se passent comme dans le précédent roman et les implications politiques commencent à avoir de l’importance. Les liens entre les trois rehs sont plus largement abordés ; l’époque et le lieu ont complètement changé, nous sommes sur la terre ferme en pleine zone de conflits, se déplaçant avec les personnages sur des distances difficilement appréhendables. Ces longues périodes de mouvement plombent d’ailleurs un peu le rythme du récit et sont assez répétitives : des milliers de kilomètres séparent les lieux où doivent se rendre nos personnages et le voyage est assez monotone, même s’il permet de mieux connaître la géographie d’Omale... et d’en appréhender encore plus son immensité. Néanmoins, on ne suit plus ici une seule ligne narrative mais plusieurs, ce qui permet d’éclater le récit et de ménager des moments de respiration.
 
Ce deuxième volume, même si plus maîtrisé, n’évite cependant pas quelques écueils : quelques longueurs, on l’a dit, mais également des personnages qui manquent de développement – peut-être dû à ces trois histoires en parallèle qui, si elles proposent de suivre des épisodes clés de l’histoire d’Omale, oublient parfois de faire la part belle à leurs protagonistes – et surtout des résolutions un peu trop rapides, peut-être le plus gros point faible du livre. 
 
Mais le roman possède aussi également ses moments de poésie : cette locomotive gigantesque à qui l’on essaye de faire traverser un lac gelé alors que les conditions météorologiques sont éprouvantes est une image qui reste longtemps gravée dans la mémoire.
 
Un récit plus dense, un univers dont la complexité ne cesse de s’afficher, de l’action mâtinée de réflexions politiques, sociétales et philosophiques, des questions sans cesse soulevées... On oublie bien vite les défauts du roman pour ne garder que ses qualités. Car ici aussi, on reste sur notre faim : Omale est trop grande pour se contenter d’explorer qu’une infime partie de son territoire ou de son histoire.
 
La Muraille sainte d’Omale est certainement le roman le plus abouti et le plus marquant. L’action est délaissée au profit de nombreuses interrogations (ce n’est pas pour rien que l’on suit une équipe de scientifiques) : la religion est bien évidemment au cœur du roman mais pas que. C’est le premier livre qui nous fait se questionner sur la nature même d’Omale, sur ses constructeurs et sur sa possible destruction. Sous forme de voyage initiatique inversé, dans un endroit qui est resté clos et vierge de toute intrusion des deux autres rehs, les personnages vont de découvertes en découvertes, et nous avec. Une sensation d’émerveillement ne nous quitte jamais, dès l’instant où l’on pénètre dans cette zone à la fois immense et ridiculement petite ceinte d’une muraille de plusieurs dizaines de mètres de haut. On assiste à un voyage dans le temps, un retour aux sources, direction les origines d’Omale et l’arrivée de ses premiers colons. Là encore, le voyage sera long, éprouvant mais les réponses tant attendues seront à la hauteur des épreuves. 
 
Le récit est jalonné de scènes saisissantes comme cette cité où les corps de ses habitants - hommes, femmes et enfants - sont retrouvés dans chaque église, une expression paisible sur le visage. De simples images bien plus marquantes qu’un long discours.
 
Petite nouveauté, le personnage principal est un Chile et non un humain, ce qui permet de continuer à explorer ces différentes rehs créées par Laurent Genefort et leurs relations avec les humains. Car c’est sans doute là l’une des plus grandes réussites du cycle : la complexité de ces deux races extraterrestres décrites avec une grande précision, ces "étrangers" qui finalement ont beaucoup en commun avec nous.
 
On passera rapidement sur les nouvelles : elles permettent certes une meilleure appréhension de l’univers, en faisant découvrir de nouvelles régions, d’autres pratiques ou encore des moments clés de l’histoire du monde mais, si leur lecture est agréable, elles restent malgré tout anecdotiques. Elles font un peu pâle figure face au foisonnement des idées développées dans les deux derniers romans. On retiendra surtout "Un roseau contre le vent" qui fait écho à La Muraille sainte d’Omale et qui permet également d’aborder un endroit encore inexploré : ces zones de vides entre deux Grand’Aires. Un petit bijou de cynisme et de cruauté.
 
Ce n’est qu’avec regret que l’on referme le deuxième volume : tant de zones d’ombre restent inexplorées et l’on aurait dis non à de nouvelles explorations. La qualité des textes est vraiment allée en crescendo jusqu’à un dernier volume qui marque durablement les esprits. Il n’est pas facile de quitter un univers pareil, qui est devenu familier et rassurant. Ces images d’horizon infini, de Chiles et Hodgqins et de nuit sans étoiles mettent du temps à s’effacer...
 
Omale prouve, s’il y en avait encore besoin, que la science-fiction française n’a pas à rougir face aux univers incroyables imaginés par les écrivains anglo-saxons. Démesuré, surprenant, riche et incroyablement foisonnant, le cycle d’Omale n’échappe pas non plus à une certaine lenteur propose à son gigantisme, où tout se retrouve disproportionné. Mais pour peu que l’on prenne le temps et que l’on se laisse ouvert à la surprise et l’émerveillement, le voyage en vaut la peine. Omale est un pur joyau que tout fan de SF se doit d’avoir lu. Ni plus, ni moins.

Marie Marquez

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