On est bien seuls dans l’univers
de Richard Comballot
aux éditions La Volte

Auteurs : Philippe Curval
Couverture : Stéphanie Aparicio
Anthologiste : Richard Comballot
Date de parution : septembre 2017 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Anthologie
Nombre de pages : 460
Titre en vo :


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Un grand ancien hyperactif
 
Né en 1929, Philippe Curval fait partie de ces auteurs toujours en activité et qui se bonifient avec le temps. Après avoir été un des piliers de la collection Présence du futur, il a trouvé dans les éditions La volte un havre sûr qui le publie régulièrement. Ainsi a-t-on vu arriver Lothar Blues (2008), une édition intégrale d’Akiloë (2015) puis Les Nuits de l’aviateur (2016) sortir chez cet éditeur talentueux. On est bien seuls dans l’univers se veut une anthologie des meilleures nouvelles de Curval, en complément de l’excellent livre d’or qui lui avait été consacré à l’orée des années 1980 chez Presses Pocket. Les récits présentés couvrent l’intégralité de la carrière de l’écrivain, de 1975 à aujourd’hui. C’est l’occasion de se pencher sur l’œuvre de Curval, car il s’agit bien au final d’une œuvre.
 
« Fiction spéculative » ? 
 
Curval ne se veut pas un auteur de science-fiction mais de Fiction spéculative. Il est clair qu’il ne s’appuie pas sur les sciences dites « dures ». Son inspiration est éclectique. Avec « Passion sous les tropiques », initialement publiées dans l’anthologie Les Soleils noirs d’Arcadie de Daniel Walther (la science-fiction politique dit-elle quelque chose à quelqu’un ?), Curval présente une société maya parvenue à l’âge industriel et limitant la sexualité humaine à des périodes de rut. Il crée ainsi une société entière sur une trentaine de pages, une réussite qui laisse bouche bée. On retrouve cette ambition spéculative dans « Au tirage et au grattage », décrivant des humains devenus immortels sur Mars, ou « Cuisine Kitzyn », où des religions se transmettent par… la nourriture. Excellent récit où on rit sous cape. 
 
Humour, sexe et poésie 
 
Oui Curval a beaucoup d’humour. Un humour tranquille, sans cynisme, assez vindicatif contre les religions établies qu’il aime brocarder, comme dans « Cuisine Kitzyn » ou « Silane ». On lui découvre aussi une attention soutenue pour le sexe, souvent vu comme un moyen pour communiquer avec des entités extraterrestres : ainsi dans « Regarde, fiston, s’il n’y a pas un extraterrestre derrière la bouteille de vin » ou aussi « Le sourire du chauve », encore deux réussites. Dans ces deux récits, on ne peut que saluer son sens de la narration ou aussi son style. Car Curval a du style, imagé, drôle, à base de calembours (dans ses titres notamment) inspiré parfois du surréalisme. Enfin, il y a aussi chez lui la tentation de la poésie face à un monde de plus en plus uniformisé, stressé et consumériste. « L’homme qui s’arrêta » décrit un personnage qui s’arrête, réussissant à s’extraire du temps continu. Un voyage objectif » décrit une femme qui réussit pareillement à s’effacer de la vie, pour parvenir à un autre niveau de réalité ? Vous l’aurez compris, cher lecteur, que Curval est un écrivain passionnant dont on ne peut se passer. Alors, si vous ne l’avez jamais lu, essayez-le. Vous ne le regretterez jamais.

Sylvain Bonnet