Papillon Obsidienne
( Xoco 1 )
de Olivier Ledroit et Thomas Mosdi
aux éditions Vents d’Ouest ,
collection Gibier de potence
Genre : Fantastique
Sous-genres :
  • Thriller

Scénariste : Thomas Mosdi
Dessinateur : Olivier Ledroit
Lettrage : Anne Drano
Date de parution : octobre 1994 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 54
Titre en vo : 1

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Un thriller fantastique de toute beauté

Xoco a été une des séries marquantes du milieu des années 90. Déclinée en deux diptyques de deux tomes chacun, ce polar fantastique de Thomas Mosdi (à qui on doit également L’Île des morts, Amnesia, Chimères) a fait l’unanimité auprès du public, au moins pour les deux premiers tomes : Papillon obsidienne et Notre Seigneur l’écorché, dessinés par Olivier Ledroit (dessinateur jusque là des Chroniques de la lune noire). Une paire d’auteurs qui se sont vraiment trouvés sur cette histoire mêlant habilement l’Amérique de la prohibition et les mythes aztèques. C’est à ce premier diptyque qu’est dédié cet article.

"Je crois que nous vivons et que nous nous mouvons dans un monde inconnu"

New-York, en 1931, ce n’est pas Chicago, mais ce n’est pas mal non plus. Depuis qu’un tueur en série sévit dans ses rues, la police de la ville est sur le qui-vive. Mais jusque là, les avancées de l’enquête sont bien maigres. La piste d’un détraqué semble la plus plausible bien entendu. Mais tout de même : un assassin qui arrache systématiquement le cœur de ses victimes, cela confine à l’étrange. Aussi, quand Mona Griffit contacte l’inspecteur Macallan pour lui faire part de la disparition d’un couteau aztèque de son magasin d’antiquité, une autre piste se profile : celle d’un tueur procédant à des sacrifices rituels, suivant le code de l’ancien Mexique. L’histoire se complique car ce couteau semble avoir par le passé été l’objet de convoitises, au point que le père de Mona en aurait fait les frais, victime d’un meurtre non élucidé dix ans plus tôt. Une victime qui aurait réactivé le pouvoir endormi d’une créature, prisonnière du poignard aztèque. Et le mangeur d’âme a encore faim. Xoco, le chaman indien envoyé par ses pairs, va tenter de contrecarrer la soif meurtrière du mangeur d’âmes, obligeant sa lame d’obsidienne à regagner son fourreau. Pour venger son frère. Pour venger Lucio. Mais l’échec complet du mangeur d’âmes nécessite celui de ses adorateurs humains. Des adorateurs qui se cachent dans l’ombre de la mégapole et qui ont bien l’intention de reprendre la main.

Un scénario et des planches découpés au cordeau

Amateurs de thriller fantastique, il vous faut Xoco (tomes 1 & 2). Voici une série qui a marqué durablement les esprits. Et pour cause : un scénario en acier trempé, et un dessin en couleurs directes inégalé, voilà sans doute les raisons de ce succès.
La composition de la série est un modèle du genre, la mise en scène de Mosdi étant très cinématographique. De leur côté, les vignettes de Ledroit ne se conforment jamais aux standards carrés : il aime les étirer en hauteur et en largeur (on est à New-York, et on le ressent), dans un découpage extrêmement réussi qui use très adroitement des effets de superposition. Avec Xoco, le dessin de Ledroit en termine également avec les brouillons et les approximations qui dénaturaient certaines planches des Chroniques de la lune noire. Cette fois, chaque planche est léchée. La mise en couleur est très singulière, avec beaucoup de bleu et des planches plutôt sombres ; avec Olivier Ledroit, on découvre que le noir peut être lumineux.
On n’est pas loin de l’univers de Seven, que David Fincher mettra en scène peu de temps après, avec la même pluie battante, la même furie meurtrière. Mais derrière le vernis policier, Mosdi emprunte au folklore amérindien, la touche chamanique venant bouleverser les codes du polar, du film noir et de l’Amérique d’entre deux guerres. Son récit, par ailleurs parfaitement lovecraftien, retire de cette ambiance une bonne part de sa saveur.
Bien que Xoco ait connu une suite (elle aussi en deux tomes, dessinés par Palma), la série ne retrouvera jamais cette intensité et cette justesse dans l’association dessin/scénario, qui font que pour beaucoup de lecteurs, seuls les deux premiers tomes comptent. Pour beaucoup c’est aussi la meilleure série de Ledroit à ce jour. Un tournant dans sa carrière en tout cas pour un auteur qui a su rebondir et ne pas se cantonner aux tribulations d’heroic fantasy. Et au final un must de la bande dessinée fantastique française.

Laurent Deneuve

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