Porteurs d’âmes
de Pierre Bordage
aux éditions Au diable vauvert ,
collection Littérature générale
Genre : SF

Auteurs : Pierre Bordage
Couverture : Olivier Fontvieille
Date de parution : mai 2007 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 494
Titre en vo :


Achetez-le en numérique !

Lire tous les articles concernant Pierre Bordage

Le quatrième roman contemporain de Pierre Bordage : inclassable.

On connaît bien Pierre Bordage pour ses romans de science-fiction qui lui ont valu de nombreux prix : Grand Prix de l’Imaginaire, Prix Julia Verlanger, Prix Cosmos 2000, Prix Paul Féval, Prix Tour Eiffel ...

La Trilogie des Prophéties parue au Diable Vauvert (L’Évangile du serpent en 2001, L’Ange de l’abîme en 2004 et Les Chemins de Damas en 2005) a révélé un autre Bordage. Il semble encore plus à l’aise avec une science-fiction contemporaine, qui réalise dans un monde familier et dans un futur proche les tendances de notre société actuelle.

Pierre Bordage et le Diable Vauvert récidivent en publiant Porteurs d’âmes : un récit d’anticipation à court terme, qui s’autorise de franches incursions dans d’autres genres.

Des fragments de vies

Edmé, caricature de flic sur le retour, n’a plus goût à rien. « Le Miso », comme on l’appelle, est, depuis longtemps, revenu de tout : l’ambition, le sens du travail bien fait, les femmes, la vie... Le seul changement susceptible d’intervenir dans sa morne existence est sa prochaine et inévitable mise au placard. Alors pourquoi entend-il cette voix dans sa tête, cette intuition qui lui souffle de s’attarder sur certains détails de l’affaire en cours ? Pourquoi, surtout, décide-t-il de suivre son instinct ?

Cyrian est un gosse de riche à qui rien ne semble manquer : il étudie dans une prestigieuse école parisienne, habite son propre appartement où il reçoit de temps en temps sa petite amie, jolie et plutôt délurée. Il est persuadé que rejoindre l’ordre des Titans, une puissante corporation étudiante, donnera une nouvelle dimension à sa vie. Ce but lui paraît assez grand pour justifier les humiliations infligées par son parrain. Il accepte de passer toutes les épreuves initiatiques, jusqu’à la trahison, s’il le faut.

Léonie, vingt ans, est libérienne. Elle s’est enfuie du pavillon de sa tante qui la livrait à la lubricité des hommes depuis douze longues années. Elle découvre ce que signifie le statut d’étrangère sans papiers, dans une société renfermée sur la peur de l’autre. Pour autant, elle ne perd ni l’espoir ni sa soif d’amour et de liberté, ni son regard particulier sur le monde et les autres. À court d’argent, Léonie accepte de jouer les cobayes et teste, pour le compte d’un obscur labo, une molécule aux effets secondaires inquiétants. Elle entend des voix dans sa tête et frôle la folie.

Entre ces trois personnages que tout sépare, une étrange machine : le translateur. L’invention va attiser bien des convoitises et provoquer nombre de morts.

Chacun cherche son âme

L’âme, dit un des personnages de Porteurs d’âmes, est « la conscience [considérée comme] indépendante des fonctions cérébrales ». Mais tout au long du récit, d’autres acceptions de la notion d’âme apparaissent comme objets de la quête des héros.
Edmé, comme Léonie, comme Cyrian, cherche, plus ou moins activement, à donner du sens, de la substance, de la vie à son existence, jusque-là passive. Cette recherche va révéler leur âme, leur personnalité profonde et les valeurs qui les animent.

L’âme, ce sera aussi la capacité d’empathie. Léonie, qui en déborde admet que ses anciens clients étaient souvent des hommes désespérés et ressentira de la compassion pour tous ceux qu’elle rencontrera. Les deux autres, quant à eux, apprennent tout juste, et petit à petit, à se mettre à la place de l’autre. L’autre qu’on ne comprend pas, l’autre qu’on méprise, l’autre qu’on affronte et celui que l’on tue.
L’âme, enfin, comme capacité à s’éloigner de sa seule perception du monde, trouvera un accomplissement dans l’amour. La réponse imprévisible, mais finalement évidente à de nombreux questionnements.

La croisée des regards

Comme les romans de la Trilogie des Prophéties, Porteurs d’âmes est construit en puzzle. Dans chaque chapitre, l’univers offert au lecteur se réduit à un point de vue singulier : un personnage après l’autre, un monde après l’autre, une perception après l’autre. Ces regards finissent par se croiser, révélant une réalité plus riche, et d’une complexité captivante.

Toute tentative de classification de ce roman est donc vaine.
Il ne s’agit pas d’une double histoire d’amour qui pourrait sembler banale, ni d’un polar qui serait presque trop facile à résoudre.
Porteurs d’âmes ne s’appréhende valablement que dans sa globalité : un ensemble de personnages et de situations relativement simples mais qui, ainsi reliés par une hypothèse de science-fiction produisent un tableau étrange, attachant, original.

C’est aussi une lecture agréable, prenante, un livre qu’on boira d’une traite et qu’on ne fermera jamais tout à fait.

Ketty Steward

D'accord, pas d'accord ? Parlez de ce livre sur le forum.

Vous voulez donner votre avis sur ce sujet ? Vous voulez mettre un lien vers votre propre chronique ? Cliquez ici.