de J.H. Williams III et Alan Moore
aux éditions Semic ,
collection Semic Books
Scénariste :
Alan Moore
Dessinateur :
J.H. Williams III
Date de parution : 0000
Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
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Métaphore…
Lorsque
Jim Lee, alors seul aux commandes de sa maison d’édition – Wildstorm –,
est venu proposer à Alan Moore de créer
sa propre gamme de super-héros, ce dernier
a trouvé le concept d’America’s Best
Comics en un week-end, et s’est lancé sur
divers projets, parmi lesquels Promethea était
certainement, et demeure d’ailleurs le plus
personnel.
A l’âge de quarante ans, celui que tout
le monde s’accordait à reconnaître
comme le scénariste de BD le plus doué de
sa génération, avait décidé de
laisser son art de côté pour se consacrer à la
magie. Un exercice dans lequel il voyait une continuité de
son travail d’auteur car, disait-il, "la
magie, tout comme l’écriture, c’est
créer quelque chose à partir du néant".
Jamais,
dans aucune autre œuvre de fiction, le
parallèle ne fût si brillamment mis en évidence.
Tout
commence à Alexandrie en 411 de notre ère,
lorsqu’un mage est assassiné par les membres
fanatiques d’une secte chrétienne. Avant de
mourir il confie la vie de sa petite fille aux bons
soins de ses deux divinités tutélaires,
Toth et Hermès. Ils vont lui offrir l’immortalité en
l’emmenant "chez eux", dans le royaume de
l’imaginaire, là où leurs pouvoirs sont
encore puissants, en Immateria. La petite fille va
pouvoir y survivre en devenant une légende,
un éternel mythique qui se perpétuera à jamais
dans le cœur des Hommes. Tant qu’il restera quelqu’un
dans le monde pour raconter son histoire, personne,
jamais, ne pourra oublier le nom de cette fillette
devenue une femme : Promethea.
Et précisément, dans un New York 1999 étrangement
futuriste, Sophie Bangs, une jeune étudiante
un peu falote, s’étonne de voir avec quelle
constance des auteurs se sont attachés à ce
personnage au cours des cent dernières années.
Plus remarquable encore l’étrange similitude
de leurs destins respectifs, entachés de drames,
tous mettant en scène la femme de leurs vies.
Mais le plus troublant reste la persistance de légendes
urbaines relatant l’apparition d’un ange vengeur, se
présentant régulièrement sous
le nom de Promethea.
C’est pour en savoir plus qu’elle
décide de
rencontrer la veuve du dernier auteur de Promethea un dessinateur new-yorkais qui avait adapté le
personnage sous forme de comic book. L’accueil que
lui réserve Barbara Shelley est plutôt
froid. Sans ambages elle décourage Sophie de
s’intéresser plus avant à cette histoire.
C’est trop tard, car à peine sortie elle est
attaquée par un esprit maléfique qui
tente de la tuer. Elle ne doit alors son salut qu’à l’intervention
d’une Promethea bien en chaire, dont la silhouette
rappelle étrangement celle de Barbara Shelley.
Cette
dernière lui apprend que de laisser la
demi déesse s’incarner dans leur corps est bien
le destin de toutes les femmes où des compagnes
de ceux qui ont assez cru en elle pour lui redonner
vie sur le papier. Et par là même Sophie apprend
qu’elle sera la prochaine Promethea.
Dès lors
commence pour la jeune femme un parcours initiatique
sur les chemins de l’imaginaire.
Nourrie
des propres recherches de Moore sur la Magie, cette
série, qui compte à ce jour trente-six épisodes,
abonde en références occultes, et nombres
de critiques y ont avant tout vu un comics de sorcellerie
psychédélique dans la tradition des Dr
Strange, Ghost Rider ou Son Of Satan. Cependant si
le clin d’œil à ce genre un peu particulier
de super-héros n’est certainement pas dénué de
pertinence, la grille de lecture est, comme toujours
avec Alan Moore, infiniment plus complexe. En bon féru
de kabbale, laissons le bouleverser un brin l’ordre
des lettres pour nous rendre compte que Promethea,
porte, inscrit dans son nom, la marque indélébile
de sa nature profonde. Promethea est une métaphore.
Métaphore de la création littéraire,
tous genres confondus. Elle est l’éternel merveilleux,
le principe actif de l’imaginaire, qui n’attend que
le véhicule qui convient à sa mission
: défaire les forces du monde matériel.
L’urgence d’un tel plaidoyer peut nous paraître
exagérée, mais nous autres Français
avons eu la chance de ne pas subir de plein fouet le
néo-libéralisme des années 80.
Notre culture s’en est trouvée épargnée
(témoin la bataille pour l’exception culturelle
française qui a rassemblé les parlementaires
de droite comme de gauche), mais ce n’est pas le cas
dans les pays anglo-saxons, où elle est tombée
sous la coupe d’un mercantilisme asphyxiant. Moore
lui-même en a souvent fait les frais, et le récent
rachat de Wildstorm (et par conséquent de A.B.C)
par la D.C, pousse toutes les séries de la gamme
vers une apocalypse revancharde.
Le parcours initiatique
de Sophie Bangs où la
magie sert de support à l’imaginaire est quasi
cathartique pour son auteur, qui paye ainsi tribut à son étincelle.
Le soin qu’il apporte à son écriture,
les nombreux clins d’œil aux formes désuètes
de la littérature populaire dont il émaille
son scénario rappellent assez où Moore
s’en va chercher sa part de liberté.
Il a trouvé en la personne de JH Williams III
et de son encreur David Gray, les parfaits complices.
Le style classique du premier, qu’un découpage
lysergique dynamise opportunément, et la culture
extensive du second, qui nous amène certaines
des plus belles planches de la série, font de
Prométhéa un authentique OVNI dans le
monde du comics. On regrettera seulement que la présente édition – en
digest – nous prive des splendides couvertures
de l’édition US.
Symboliste, ésotérique, cryptique et
pédago tout à la fois, au-delà du
tour de force technique, on se laisse vite gagner par
ce monde où l’on se reconnaît forcément
en tant que lecteur féru d’imaginaire. Prométhéa c’est un privilège qui nous est accordé, à nous,
lecteurs invétérés. On nous emmène
dans les coulisses de la création. L’envers
et l’endroit se mélangent. Obligatoirement avec
bonheur, puisque notre guide n’est autre qu’Alan Moore.







