de Olivier Ledroit et François Froideval
aux éditions Dargaud
Scénariste :
François Froideval
Dessinateur :
Olivier Ledroit
Couleurs :
Olivier Ledroit
Date de parution : janvier 1992
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
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retour sur un mythe
Quinze ans après la sortie du premier tome des Chroniques de
la lune noire, devenue depuis l’une des valeurs sûres du box-office
de la BD d’heroic-fantasy, ActuSF revient sur l’histoire controversée d’une
série qui n’en finit pas de se poursuivre. Pour l’occasion, nous avons
choisi de scinder artificiellement les neuf premiers volumes de cette série
en deux époques, marquées par deux dessinateurs différents.
La première époque est celle des tomes 1 à 5, qui
propulsèrent la série au devant de la scène d’une production
de BD sinistrée au début des années 90. Elle fut marquée
par les débuts d’un dessinateur encore hésitant, mais qui ne tarda
pas à faire parler de lui : Olivier Ledroit. Le futur compère de
Mosdi (Xoco) et plus tard de Mills (avec lequel il a entre autres commis
les Sha et autres Requiem), a développé au cours de
ces cinq volumes (au rythme de un par an), un trait et une maturité qui
lui valent aujourd’hui d’être adulé par une portion de lecteurs et
de graphistes et détesté par les autres. Nous verrons que ces cinq
premiers volumes ne sont pas loin de former un tout scénaristique également
: dans ces épisodes, F.M. Froideval pose le décor d’une trame complexe
à plusieurs niveaux d’intrigue qui ne trouveront pour la plupart jamais
de réponse dans les volumes suivants.
Un empire, un semi-elfe
et une prophétie
L’histoire des Chroniques de la lune noire
(= Cdlln) est avant tout celle d’un héros : Wismerhill, un semi-elfe
à la recherche de ses origines, et de ceux appelés à devenir
ses acolytes. Dans Le Signe des Ténèbres (Cdlln -1),
on apprend qu’une prophétie a prédit la chute de l’empire de Lhynn,
précipitée par l’intercession d’un étrange individu qui commanderait
les vents. Néanmoins, cette prédiction semble bien loin de se réaliser
et le héros tant redouté n’est encore qu’un vulgaire bandit de grand
chemin pourfendeur de lièvres. Pourtant, la trame du destin de Wismerhill
va rapidement multiplier les noeuds et les virages inattendus. Sa rencontre avec
Pile-ou-Face va le précipiter dans la filouterie. Son empathie avec les
vents va rapidement faire de lui un des lieutenants privilégiés
de Ghorghor Bey, le plus redoutable mercenaire de l’empire, demi-ogre de son état,
à la tête d’une véritable armée. Là, il parfait
son apprentissage des règles de la guerre et de la magie. Mais l’hégémonie
de la troupe de Ghorghor Bey leur attire rapidement l’inimitié des chevaliers
de la lumière, menés par le redoutable Fratus.
Dans Le
Vent des dragons (Cdlln -2), de nouveaux personnages entrent en scène
: croyant Ghorghor Bey perdu, Wismerhill va recomposer sa propre troupe de mercenaires,
enrôlant successivement Murata, le samouraï, et les improbables jumeaux
: la petite Nasha et son frère Goum, aussi imposant que stupide. La route
du petit groupe en direction de l’Oracle l’amène à traverser la
passe des dragons, gardée par les seigneurs du même nom ; une bonne
occasion pour Wismerhill de prouver sa légitimité de chef de bande.
Sa rencontre avec l’Oracle dans La Marque des démons (Cdlln
3) va décider Wismerhill à en apprendre un peu plus sur son
destin en recherchant son père elfe. Le temps est visiblement aux retrouvailles
puisque Wismerhill retrouve à la fois son ancien chef, Ghorghor Bey, et
ses ennemis héréditaires : les chevaliers de la lumière.
Mais avec le temps, l’autorité de Wismerhill s’affermit, et il va mettre
au pas le demi-ogre. Et tandis que Wismerhill court vers ses origines, et unit
son destin à une étrange succube, une sombre conspiration s’ourdit
pour mettre à bas l’empereur.
Une conspiration dans laquelle le
héros a visiblement son rôle à jouer : dans Quand sifflent
les serpents (Cdlln -4), Wismerhill se voit offrir l’opportunité de
s’associer à Haazhel Thorn et ses forces de la lune noire qui complotent
en secret pour anéantir les forces de Lhynn. Ses réticences à
participer à la guerre qui s’annonce s’envolent lorsqu’il assiste à
l’assassinat de son père par les troupes impériales. Mais Wismerhill
ne se doute pas que ce crime a été mis en scène par ses nouveaux
alliés de la lune noire afin de mieux le manipuler. De son côté
l’empereur compte ses alliés : il s’assure le soutien des chevaliers de
justice et de leur prince Parsifal, et se prépare aux pires perfidies des
chevaliers de la lumière.
La guerre inévitable aura bien
lieu. Dans La Danse écarlate (Cdlln -5), toutes les forces se mettent
en branle et se préparent à l’assaut dans la faille de Tsaroth.
Mais quand sonne l’hallali, rien ne se passe comme prévu. Malgré
la défection prévisible des forces de la lumière qui abandonnent
le camp impérial à son destin, les forces de la lune noire et leurs
alliés morts-vivants se brisent face au nombre de défenseurs de
l’empire. Même l’intervention d’Haazhel Thorn en personne ne sauvera pas
son camp, et Wismerhill retiendra ses troupes plutôt que de les jeter dans
un combat perdu d’avance. Et si, là encore, la défaite surprise
de la lune noire était en réalité fomentée de l’intérieur
?
Une série dominée par l’irrégularité
Depuis ses débuts, cette série d’heroic-fantasy a été
marquée par ses développements épiques, et l’irrégularité
de son scénario et des son graphisme. Dans les deux premiers tomes de la
série, le dessin de Ledroit est plutôt imprécis, voire brouillon
(avec une multiplication des traits plutôt malvenue) et sa mise en couleurs
plutôt inégale. Pourtant, déjà, son style s’épanouit
dans certaines planches qui comptent parmi les plus somptueuses de la série,
notamment les dragons du tome 2. Mais le dessin de Ledroit prend toute son ampleur
dans le troisième tome , à ce jour le plus réussi graphiquement.
Malheureusement, tandis que les qualités graphiques de Ledroit
progressent, la qualité du scénario va s’amenuisant. Alors que les
évènements et les intrigues se croisent et se développent
au gré des trois premiers volumes, Quand sifflent les serpents marque
un véritable coup d’arrêt à l’histoire : la venue et la mort
immédiate du père de Wismerhill sonnent faux, tout comme l’apparition
des chevaliers de justice, menés par un avatar de Schwartzie aux cheveux
bleus. Pour ne rien améliorer, ce tome marque également les débuts
de coloristes pour la série d’Isabelle Merlet, et le contraste entre les
planches de ce volume colorisées par Ledroit et les siennes est très
saisissant. Aussi, quand vient la bataille de La Danse écarlate,
on sent bien que le coeur de Ledroit n’y est plus : en dépit d’une des
couvertures les plus magnifiques que je connaisse, ce dernier volume dessiné
par Ledroit annonce les errements futurs de cette série qui aurait pu,
que dis-je : qui aurait dû s’arrêter là.
La surenchère
guerrière au cours de ces premiers volumes atteint en effet son paroxysme
dans ce cinquième volume, construit quasi-exclusivement autour de la bataille
de Tsaroth. On est gavé de bataille à une échelle rarement
atteinte en BD (sauf peut-être dans le Salammbo de Druillet), mais
les développements du scénario ne nous mènent nulle part.
On se surprend presque à espérer que le prochain tome sera le dernier...
Loin s’en faut : si Ledroit jette l’éponge, Pontet monte au créneau
pour perpétuer les aventures de Wismerhill. Aussi, quand on reprend les
cinq premiers épisodes, on ne peut que se poser la question : comment a-t-on
pu en arriver là ?


