Quelques anthologies dans l’histoire de la SF.

aux éditions
Genre : Anticipation
Date de parution : janvier 2009 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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A l’occasion de l’annonce du sommaire de la prochaine anthologie dirigée par Serge Lehman, voici 11 anthologies incontournables de la science-fiction.

La science-fiction est un genre littéraire dans lequel la nouvelle a une place prépondérante. Nombreux sont les auteurs à y avoir fait leurs premières armes et à y être revenus de façon régulière. Il n’y a qu’à voir les débats que suscitent les deux gros projets d’anthologies du moment (Retour sur l’Horizon de Serge Lehman et celle sur les Dragons de Sébastien Guillot) pour mesurer l’importance de la nouvelle. Ce n’est pas un hasard : l’histoire de la SF est jalonnée d’anthologies qui ont été marquantes pour le genre. En voici quelques-unes dont on parle encore...

1967, Dangereuses visions, J’ai lu.
Lancée par Harlan Ellison aux États Unis, l’anthologie Dangereuses Visions regroupait des textes dans lesquels les auteurs devaient expliquer la notion de « danger ». Il en résulta un véritable tremblement de terre dans le petit monde de la science-fiction, tremblement marqué par une originalité et un bouillonnement jusqu’ici inédit dans un genre encore très marqué par la vision campbellienne de la SF. Ellison voulait découvrir de nouveaux horizons, et son pari dépassa ses attentes. Dangereuses Visions peut également être considérée comme une photographie des auteurs de l’époque, avec un sommaire composé de Philip José Farmer, Isaac Asimov, Fritz Leiber, Lester del Rey, Robert Silverberg, Fred Pohl, Robert Bloch, Brian Aldiss et Philip K. Dick. À noter que l’anthologie connut une suite, Again Dangerous Visions, et qu’un troisième tome fut programmé, mais ne vit finalement jamais le jour... 

1987, Mozart en Verre Miroir. Folio SF.
Voici une anthologie fondatrice. Avec elle, le cyberpunk a pris forme autour des douze auteurs présents au sommaire. Sous la houlette de Bruce Sterling, elle consacre un genre qui fait débat. Lassés de la SF commerciale alors en vogue, portés, il est vrai, par le succès fulgurant de Neuromancien, sorti l’année d’avant, cette anthologie rassemble en grande partie les auteurs qui gravitaient autour de Cheap Truth, le fanzine viral de Sterling : William Gibson, évidemment, mais aussi Lewis Shiner, Pat Cadigan, Rudy Rucker et Paul Di Filippo. Marquée par son époque tout autant qu’elle la marqua, certains des textes qui y sont repris ont aujourd’hui vieilli. Parfois pas encore assez pour prendre l’agréable patine du respect, mais elle laisse tout de même derrière elle d’excellents textes.

1987, Malgré le monde, Denoël
Dans les années 80, un groupe d’auteurs français se constitue en collectif : il s’agit du groupe « Limite ». Leur idée : faire «  éclater les lois du genre grâce à une recherche sur la structure et sur la langue » (Francis Berthelot). On y trouvait donc Francis Berthelot, mais aussi Emmanuel Jouanne, Antoine Volodine, Jean-Pierre Vernay, Jacques Barbéri, Lionel Evrard et Fréderic Serva. Leur recherche aboutit en 1987 à cette anthologie dont aucune nouvelle n’est signée, chacune se fondant dans une même entité, avec, comme dénominateur commun le fait d’explorer de nouvelles voies, quitte à ce qu’elles soient parfois incompréhensibles... Si le groupe périclita par la suite (pour renaître, en 2006, le temps d’une anthologie intitulée Aux limites du son, Éditions de la Volte), il eut le mérite de bousculer les horizons et de poser les bases d’une interrogation essentielle sur les limites du genre et son potentiel.


1996, Genèses, J’ai lu.
Après une absence de plusieurs années, la science-fiction française sort peu à peu la tête de l’eau derrière Ayerdhal et Pierre Bordage. Ce renouveau se concrétise par cette anthologie, fruit d’auteurs exclusivement français. Ce n’est pas un hasard si elle s’appelle Genèses. Elle se présente comme une sorte d’état des lieux de la diversité des écrivains de l’époque. Ayerdhal y publie la crème des auteurs français d’alors comme Jean-Marc Ligny, Jean-Claude Dunyach, Serge Lehman et Richard Canal. Parmi les textes qui sont restés dans les mémoires, retenons Nulle part à Liverion de Serge Lehman, prix Ozone 97.


1998, Escale sur l’horizon, Fleuve Noir
Si Genèses avait démontré, deux ans auparavant, qu’il existait des auteurs français de qualité, Escale sur l’horizon en est la confirmation. Il s’agit d’une anthologie encore plus ambitieuse avec 600 pages et 16 auteurs qui symbolisent la largesse et la force de la SF hexagonale. Escale a également marqué son temps grâce à l’excellente préface de Serge Lehman, un anthologiste heureux doublé d’un érudit épatant qui évoque sa définition de la science-fiction. Fondamentale ! Parmi les textes à retenir, Scintillements d’Ayerdhal, sans doute la meilleure de ses nouvelles, sensible et belle, Musique de l’énergie de Roland C.Wagner, un texte très rock qui se rattache à son cycle des « Futurs Mystères de Paris » et Hippo ! de Thierry Di Rollo, fort et poignant, comme il a coutume d’en écrire. Escale sur l’horizon inaugura à l’époque une série d’anthologies au Fleuve Noir, non seulement SF (Escale 2000 et Escale 2001), mais aussi fantastique (Douce ou Cruelles), fantasy (Fantasy) et Steampunk (Futurs Antérieurs).


1999, Légendaire, Mnémos
Si jusqu’ici on a parlé de renouveau de la SF française, il en va de même avec la fantasy. On peut même parler de naissance dans le sillage des éditions Mnémos. Les années qui ont précédé cette anthologie ont vu l’apparition d’auteurs comme Mathieu Gaborit, Fabrice Colin, Laurent Kloetzer ou Pierre Grimbert. Légendaire consacre leur existence et fait elle aussi l’état des lieux. Elle sera suivie par Fantasy aux éditions Fleuve Noir quelque temps après. Dans cette anthologie, retenons le premier texte de Magalie Ségura (avant ses séries chez Bragelonne), Pour une poigne de cailloux, sans doute le seul texte de fantasy de Roland C.Wagner et l’excellent La nuit des Labyrinthe de David Calvo.


1999, Légendes, éditions 84
Légendes est une anthologie pour les fans basée sur une idée toute simple : Robert Silverberg a demandé à des auteurs de fantasy d’imaginer une histoire dans leur monde de prédilection. Ainsi les lecteurs peuvent y lire une nouvelle de Terry Pratchett dans "Le Disque Monde", une histoire de Stephen King dans "La Tour Sombre" ou bien un récit d’Anne McCaffrey sur Pern. Simple et rudement efficace, le concept montre aussi que la fantasy peut se plier à l’exercice de la nouvelle. À noter : Robert Silverbeg a appliqué la même recette à la science-fiction avec l’anthologie Horizons Lointains.


2000, Cosmic Erotica, J’ai lu
Du sexe dans la SF.... l’idée n’est pas novatrice, mais elle avait été jusqu’ici assez peu explorée. Avec Cosmic Erotica, Jean-Marc Ligny donne à des auteurs féminines (il le fera après avec des garçons dans une autre anthologie intitulée Eros Millenium) la possibilité de jouer avec les sexes et la science-fiction. C’est un joli vent de liberté qui souffle sur les pages de l’anthologie pour un résultat drôle, coquin, quelquefois trash et étonnant.




2000, Destination 3001, Flammarion

À l’aube de l’an 2000, Destination 3001 partait d’un constat simple. L’Humanité avait enfin atteint l’horizon mythique du troisième millénaire, il était donc temps de se projeter dans le suivant. Projet fou de deux amis, né autour d’un couscous et d’une (ou deux) bouteilles de Boulaouane, l’idée était de laisser la voix à des auteurs de tous les pays. Robert Silverberg se chargeait donc des auteurs anglophones, et Jacques Chambon des autres. Cela donne un sommaire dans lequel Ayerdhal côtoie Orson Scott Card, Sylvie Denis, Gregory Benford, Joël Houssin, Dan Simmons ou bien Philippe Curval, Paul J.McAuley. Quelques outsiders, comme Andreas Eschbach ou Valerio Evangilisti viennent donner une caution mondiale. À l’origine, le concept était reversible, et donc se voir publier en version anglaise. Il n’en n’a évidemment rien été, seuls les textes anglo-saxons trouvant preneurs en dépit des efforts de Silverberg.

2000, Utopiae, L’Atalante
Le festival de science fiction de Nantes, les Utopiales, a toujours eu le regard tourné vers l’Europe. Les anthologies Utopiae en étaient le prolongement. Bruno Della Chiesa avait la charge de composer des sommaires avec des auteurs venus de plusieurs pays d’Europe et pas seulement de France et de Grande-Bretagne. Ce fut l’occasion, au cours des sept volumes qui suivirent jusqu’en 2006, de découvrir des écrivains peu connus comme Eduardo Vaquerizo, Roberto Lopez Moreno, Hedwig-Marìa Karakoùda aux côtés de Jean-Marc Ligny, James Morrow ou Christopher Priest. Une ouverture vers de nouveaux horizons hélas à l’arrêt ces deux dernières années...


2007, Appel d’air, Actusf.
Lors des élections présidentielles de 2007, entre les deux tours très exactement, l’imminence de la victoire de Nicolas Sarkozy fit réagir un groupe d’auteurs de science-fiction. En quelques heures, ils écrivirent de courtes nouvelles autour du programme de celui qui allait devenir leur (notre) président. Le but était bien de dénoncer les dangers de cet avènement, et de les publier sur le site du Cafard Cosmique. Quatre mois plus tard, les éditions Actusf les rassemblèrent avec d’autres dans un recueil intitulé Appel d’air . L’ouvrage est étonnant à plus d’un titre : il compile des shorts stories - un format quelque peu tombé en désuétude ces dernières années -, et permet aux auteurs de science-fiction d’utiliser leur art pour s’emparer du réel et interpeller les lecteurs. En somme, Appel d’air est une anthologie politique qui montre que la littérature, et plus encore la science-fiction, n’est pas réservée aux seules fins du divertissement et des voyages spatiaux.

Et toutes les autres...
On ne peut conclure cet article sans citer quelques autres titres incontournables,ou tout simplement excellents. Au royaume de la nouvelle, les anthologies et revues Univers, Fiction, Bifrost, Galaxies, Territoires de l’inquiétude, Futurs au présent, Emblèmes, Histoire de..., Dimension Espagne, Dimension Philip K.Dick, Mission Alice, Jour de l’An 1000, Procréation, Privés de Futur, Fées et gestes et tant d’autres ont apporté leur pierre, comme le feront sans doute les projets de Denoël, Calmann Levy et même la Volte. La nouvelle est une forme de récit encore vivante et prometteuse dans les littératures de l’imaginaire. Elle leur est même indispensable pour se renouveler et aller de l’avant.

Jérôme Vincent

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Et pour poursuivre l’aventure, à découvrir aux éditions Actusf :
Le Petit Guide à Trimbaler de la SF Etrangère
Le Petit Guide à Trimbaler de l’Imaginaire Français
Le Petit Guide à Trimbaler de la Fantasy