de Léo et Rodolphe
aux éditions Dargaud
Une série qui va être une des plus palpitantes à suivre ces prochaines années.
Léo,
de son vrai nom Luis Eduardo de Oliveira, est aujourd’hui un artiste connu et
reconnu grâce au succès d’Aldébaran. Pourtant, il lui
a fallu attendre de nombreuses années avant d’acquérir une certaine
renommée. Né au Brésil en 1944, il fuit son pays en 1971
suite à sa participation active au sein de la gauche étudiante.
Réfugié au Chili, il revient clandestinement au Brésil après
le coup d’Etat de Pinochet et un séjour en Argentine. Il s’installe finalement
à Paris en 1981 après avoir découvert la Bande dessinée
franco-belge grâce aux magasines Pilote et Métal Hurlant.
Le succès n’est pas immédiat malgré quelques planches publiées
dans L’Echo des Savanes et Pilote. Le scénariste Rodolphe
par le biais des illustrations sur la vie de Gandhi aux Editions Centurion. Il
lui confie le dessin de Trent dont le premier album paraît en 1991. Son
travail est enfin reconnu, Léo peut alors réaliser un vieux rêve
: la publication d’Aldébaran, série de science-fiction dont
il assure le scénario et les dessins. Depuis Léo est à la
tête de plusieurs séries incontournables telles que Bételgeuse
(Dargaud), la suite d’Aldébaran, ou Dexter London
(Dargaud) qu’il écrit pour Frédérik Garcia.
Rodolphe
a d’abord été professeur de français puis libraire avant
de devenir scénariste de BD grâce à Jacques Lob qui l’initie
à la technique du scénario en 1975. Depuis, il est devenu un des
piliers du 9ème Art et a reçu plusieurs prix prestigieux. Il choisit
toujours avec parcimonie les nombreux dessinateurs avec lesquels il collabore
en adaptant ses scénarios à leur style. Sa bibliographie n’en est
que plus éclectique, ainsi s’y côtoient des séries telles
que Gothic (Delcourt) avec Marcelé,
Marie La Noire (Dargaud) avec Magnin,
Cliff Burton (Dargaud) avec Durand… Il officie aussi en tant que critique,
à ce titre il a travaillé pour les plus grands magazines de BD dont
A Suivre…, Métal Hurlant, Pilote et maintenant
à La Lettre de Dargaud. Depuis quatre ans Rodolphe est conseiller
artistique auprès du Festival de Blois et a réalisé plusieurs
expositions consacrées notamment à Loisel, Baru, Le Tendre.
Disparu corps et biens
Kenya, 1947, une expédition
safari menée par l’écrivain John Remington a disparu corps et biens.
Un petit groupe, formé par Kathy, Jacques et Konrad, part à leur
recherche et retrouve leur trace grâce à Tom, seul rescapé,
apparemment. Ce dernier leur raconte en détail les événements
précédent la fatale nuit qui a vu disparaître tous les membres
du groupe. Après la découverte et l’immobilisation d’un énorme
mastodonte semblant surgir de la préhistoire, le groupe décide d’établir
leur campement pour la nuit. La tension est vive entre les différents
membres de l’expédition et les cris plaintifs, qui progressivement se transforment
en hurlements, de la bête apeurée n’arrangent rien. Tout cela n’empêche
pas Remington de profiter de l’absence de Mr Vernon pour tenter de séduire
sa femme, ni qu’un singe à poils longs et aux canines acérées
attaque le campement et se mette à dévorer consciencieusement une
partie de ses membres, ni à des soucoupes volantes de traverser les airs.
Face aux déclarations de Tom, le trio reste prudent mais leur propre confrontation
à d’étranges phénomènes vont rapidement les faire
changer d’opinion.
Palpitant !
Ce deuxième tome
conforte l’idée que l’on pouvait avoir à la lecture du premier,
la série va être une des plus palpitantes à suivre ces prochaines
années. Loin de répondre aux nombreuses questions soulevées
dans Apparitions, Rencontres approfondit le mystère. Rodolphe et Léo
continuent à fortifier leur récit tout en construisant les bases
d’intrigues secondaires. L’une des forces du scénario est l’aura de mystère
qui entoure chaque personnage et la complexité de leur rapport, l’action
se situant sur fond de Guerre Froide. A des centaines de kilomètres de
chez eux les protagonistes n’échappent pas à la politique et oeuvrent
pour les intérêts de leur pays respectif. L’autre point fort de la
série est la maîtrise du matériau fantastique par Léo.
Au-delà du fait que l’on " sent " sa patte dans le scénario
même avec l’introduction de son bestiaire fabuleux, il renoue avec les règles
du genre fantastique en créant, par son dessin réaliste, un univers
familier, bien qu’exotique puisque africain, et en y ouvrant une brèche,
une faille avec l’apparition inopinée d’éléments incongrus.
Pourtant dans ce deuxième album, on pressent que du fantastique, les auteurs
passent, tout en douceur, presque insensiblement, à la science-fiction.
C’est un deuxième tome extrêmement travaillé, méticuleux
(aucune case et aucune fraction de dialogue ne semble pouvoir être ôtée
sans dénaturer d’emblée le propos) et passionnant.







