Rétro SF : André Laurie, Spiridon le muet (1906)

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Date de parution : 0000 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : A vos claviers
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Philippe Ethuin nous présente régulièrement des textes essentiels dans la genèse et l’essor de la science fiction en France.

La rencontre avec l’autre est l’un des thèmes majeurs de la science-fiction depuis ses origines. Quand Paschal Grousset (1844 - 1909) publie à la fin de sa vie Spiridon le muet (1907), il a derrière une longue carrière tant littéraire que politique. L’ancien communard condamné à la déportation en Nouvelle-Calédonie propose à l’éditeur Hetzel des romans qui sont retravaillés par Jules Verne (Les Cinq cent millions de la Bégum, 1879, L’Epave du Cinthya, 1884, publié sous les noms de Verne et Laurie, …).

Sous le pseudonyme d’André Laurie, il écrit de nombreux ouvrages pour la jeunesse en grande partie publiés aux éditions Hetzel. Certains ressemblent à ceux de Jules Verne sur le modèle des Voyages extraordinaires, d’autres vont plus loin dans l’imaginaire scientifique. Citons ainsi Les Exilés de la Terre, Sékéné Company Limited (1883) , De New-York à Brest en sept heures (1888, consultable sur gallica.bnf.fr) ou encore Atlantis (1895).

Spiridon le muet, publié en 1906-1907 vaut à André Laurie de figurer, entre autres chefs d’oeuvre, en bonne place dans l’Encyclopédie de Pierre Versins qui qualifie ce texte « de chef d’oeuvre » et « un des meilleurs romans conjecturaux que nous connaissions ».

L’intrigue est la suivante : au large de la Sardaigne, le docteur Aristide Cordat se retrouve prisonnier inconscient sur une table de dissection et s’aperçoit en se réveillant qu’on tente d’examiner son bras. Le praticien voyant le patient reprendre ses esprits suture la plaie. Cordat découvre alors une civilisation très avancée constituée de fourmis vivant sous terre dont le roi Spiridon est de taille humaine et qui possède une extraordinaire intelligence qu’il met au service de la chirurgie. Dans le même temps, Cordat découvre un trésor laissé par les Phéniciens. Communiquant par télépathie Cordat et Spiridon partent pour Paris. Le roi fourmi déguisé en Japonais révolutionne la médecine grâce à ses talents et à un sérum de son invention qui des propriétés cicatrisantes fantastiques. La réussite des deux chirurgiens entraînent des jalousies et Spiridon est enlevé. Il doit se défendre et finit par être blessé. Cordat l’opère et l’on découvre que Spiridon n’est pas humain. Lors de l’opération le roi fourmi perd ses talents chirurgicaux et son intelligence.

André Laurie interroge sur le rapport à l’altérité et sur la science, Spiridon étant un modèle du chercheur froid et sans âme..

Les éditions Des Barbares ont eu la bonne idée de rééditer Spiridon le muet en 2008, un siècle après sa publication originale. S’il y a des passages désuets (mais cela fait partie du charme que de se plonger dans des tournures et éléments narratifs ou descriptifs surannés ), le roman garde sa position novatrice dans l’histoire de la science-fiction et comme témoignage de ce que fut ce merveilleux scientifique définit par Maurice Renard.
 



Extrait :
 
«  […] l’ennemi était bien un insecte colossal, - probablement une fourmi géante, - constitué par un énorme thorax surmontant un abdomen non moins énorme, pourvu de deux énormes antennes qui lui servaient de jambes.
Les antennes et pattes secondaires, au nombre de six, paraissaient atrophiés, mais existaient encore à l’état rudimentaire. Une carapace noire enveloppait comme une cuirasse de crabe le corps et les membres, ainsi que la tête : mais, en dépit des modifications profondes qu’une hérédité exceptionnelle, ou peut-être un art raffiné, avaient déterminées dans l’ensemble de l’effrayant insecte, - ses formes générales avaient persisté et il n’y avait pas de doute possible sur leur caractère : c’étaient celles d’une fourmi monstrueuse, du genre atta barbara, aussi haute qu’un homme ordinaire, réduite aux quatre membres habituels d’un mammifère, - mais aussi vaste que l’abdomen, nantie de mandibules puissantes, flanquées de deux yeux à la facette et d’un oeil frontal de trois ocelles en triangle, qui paraissaient d’ailleurs avoir particulièrement souffert des deux coups de fusil qu’elles venaient d’empocher.
 »
 
A lire :
André Laurie, Spiridon le muet, Editions Des Barbares, 2008
André Laurie, Un Roman de la planète Mars, Editions Des Barbares, 2007

Site de la Société Grousset Laurie Daryl
 
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Philippe Ethuin