Roland C. Wagner et le numérique
de Roland C. Wagner
aux éditions
Genre : Actes de colloque

Auteurs : Roland C. Wagner
Date de parution : février 2012 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :

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Actusf vient de publier ses premiers livres numériques avec quatre titres de Roland C. Wagner. L’occasion de lui donner la parole sur ce sujet et de répondre à quelques questions.

Actusf : Tout d’abord, que représente pour toi le livre numérique en tant qu’auteur ? 
Roland C.Wagner : Honnêtement, pas grand chose, à part une source de revenus supplémentaire. C’est déjà ça. Je parle ici de livres qui sont ou pourraient être des livres papier. Les livres augmentés sont une tout autre affaire.
 
Actusf :  Faut-il en avoir peur ? 
Roland C.Wagner : Non. Pourquoi ? Il faut au contraire accompagner le mouvement, quel qu’il soit, n’importe quel judoka ou parachutiste te le dira.
 
Actusf : Comment et à quelles conditions souhaites-tu que tes livres soient repris en numérique ? 
Roland C.Wagner : L’idéal, ce sont des fichiers pas chers sur lesquels l’auteur touche un pourcentage conséquent. [MODE FAYOT ON] Lequel, chez ActuSF, est tout à fait honnête. [MODE FAYOT OFF]
 
Actusf : Parles nous des DRM. Est-ce un mal ou un bien pour un livre ? 
Roland C.Wagner : Ils sont inutiles, voire néfastes. On a vu ce que ça donnait avec la musique et la vidéo, inutile d’épiloguer je pense.
 
Actusf : Tu as mis pas mal de textes par le passé gratuitement en ligne. Quelle place a le “gratuit” pour toi dans le livre numérique ? 
Roland C.Wagner : Mine de rien, c’est une question qui nécessite une réponse très compliquée. Dans un premier temps, j’ai surtout voulu rendre des textes, déjà publiés sur papier et épuisés, disponibles pour ceux qui auraient envie de les lire. Les textes sont fait pour être lus. Mais ce n’étaient pas des « livres » à proprement parler, juste des manuscrits convertis en .pdf. Puis les liseuses sont arrivées, apportant à mon sens deux évolutions importantes : une lecture beaucoup plus confortable que sur écran et une disparition de la notion classique de mise en page. Désormais, l’auteur dispose de tous les outils pour s’auto-publier, et Jean-Claude Dunyach par exemple ne s’en est pas privé, ce en quoi je ne peux que l’approuver et le féliciter : plusieurs de ses vieux titres sont disponibles à la vente en version électronique à un prix tout à fait correct. Je pourrais en faire autant, je suis encore dans la phase de réflexion. Les DRM et les formats propriétaires m’emmerdent. Et puis j’ai toujours été pour le libre accès à la culture et ça ne risque pas de changer.
Or le libre accès à la culture passe à mon sens par une certaine forme de gratuité. Seulement, rien ne peut être gratuit, sur le plan économique. Un bien doit être produit avant d’être consommé, et quelqu’un doit bien éponger le coût de sa production et de sa distribution si le consommateur final ne le fait pas. Mais, avec le livre électronique, le coût de la distribution est infime, voire nul puisque l’abonnement au net et l’ordinateur on les a déjà, en général. Et sa production ne nécessite aucune autre matière première que l’ordinateur en question. Un texte qui préexiste peut donc être diffusé gratuitement, puisque cette diffusion n’entraîne aucun coût. (Et les licences Creative Commons permettent d’indiquer clairement au lecteur ce qu’il a le droit de faire du fichier.) L’amortissement, si j’ose dire, se situe donc au niveau de l’auteur, dont le travail intellectuel a créé de la valeur. Mais quelle différence y a-t-il pour lui, financièrement parlant, entre publier pour peau de balle une nouvelle dans un fanzine ou la mettre en ligne sous forme d’élivre ? Dans un cas comme dans l’autre, c’est lui qui éponge le coût — quel qu’il soit — de la création du texte. Ce coût étant subjectif et pouvant passer aux pertes et profits dans le cas de textes courts et d’articles, pourquoi ne pas « libérer » le texte ? D’autant que cela n’est pas incompatible (enfin, sauf du point de vue d’amazon) avec l’existence d’une offre payante analogue : libre n’est pas synonyme de gratuit.
Pas sûr que ça réponde à la question…
 
 
Actusf : Quel regard portes-tu sur le monde de l’édition et les autorités face au numérique ? Est-ce que l’on fait ce qu’il faut en France ? Que faudrait-il faire de plus ? 
Roland C.Wagner : On fait n’importe quoi, comme d’habitude. La loi sur le prix unique du livre numérique est tout simplement absurde. Les prix sont trop élevés. Je ne parle même pas des DRM. Et après il y en a qui vont se plaindre des méchants pirates qui sucent le sang des auteurs. Je crois que le livre électronique fait peur à pas mal de gens dans le milieu de l’édition, tellement peur que ces gens ne font rien pour le rendre séduisant.
 
Actusf : Parlons du prix des livres numériques. A quel prix doivent-ils être ? En SF, beaucoup pensent qu’ils doivent être très bas genre 2, 3 ou 4 euros. Mais pour toi en tant qu’auteur, n’est-ce pas des sous en moins ? 
Roland C.Wagner : Entre 30 et 50 % de 3 euros, c’est toujours plus que 8 % de 6 euros. Oui, bien sûr, les prix doivent être bas, et pas seulement en SF. Mieux, je pense que des élivres à petit prix feront moins de mal à la chaîne du livre, et notamment aux libraires, que ceux qui sont vendus 15 euros. Pourquoi ? Imagine que ton budget lecture soit de 45 euros. Tu achètes, disons, six élivres à 4 euros, il te reste encore 21 euros, soit le prix de ce grand format qui te fait tant baver. Si les élivres sont à 15 euros, tu en achètes trois et c’est plié.
 
Actusf : Tu te verrais sortir des livres qui ne soient que numérique, sans version papier ? 
Roland C.Wagner : Oui, pourquoi pas ? si c’est bien payé. Mais ça me ferait sûrement bizarre.
 
Actusf : Un mot sur la nouvelle Blafarde ta peau qui est offerte pour l’achat de tes livres numériques sur Actusf. Que peux-tu nous en dire ? 
Roland C.Wagner : Que c’est un texte qui parle de temps figé et de cannibalisme.
 

Jérôme Vincent

Plus d’infos sur ses livres numériques : www.editions-actusf.com

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