Snowtown
( FELL 1 )
de Ben Templesmith et Warren Ellis
aux éditions Delcourt
Genre : Comics
Sous-genres :
  • Polar

Scénariste : Warren Ellis
Dessinateur : Ben Templesmith
Traduction : Alexis Nikolavitch
Date de parution : septembre 2007 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 144
Titre en vo :

Lire tous les articles concernant Ben Templesmith ou Warren Ellis

Descente aux enfers

Ben Templesmith aime le noir. Ce jeune auteur américain de 28 ans qui a fait ses armes notamment dans le cinéma s’est illustré en bande dessinée avec des albums très sombres dans des ambiances très glauques. Que ce soit dans Criminal Macabre ou dans Fell, il nous entraîne dans l’univers des bas-fonds, là où tous les excès et tous les meurtres sont possibles. Pour cette aventure, il s’est adjoint au scénario Warren Ellis, un ancien de Marvel et DC Comics qui a travaillé notamment sur les X-Men et Counter-X.

Bienvenue dans Snowtown

Richard Fell est un jeune inspecteur muté malgré lui dans Snowtown, le quartier le plus pourri d’une grande ville indéterminée. Ici la loi est une notion assez vague et le commissariat n’a à sa disposition que trois inspecteurs. Autant dire que Richard va avoir du pain sur la planche. Surtout s’il veut essayer de faire son métier le mieux possible au milieu d’une faune composée de psychopathes. Sa seule certitude : ici, tout le monde a quelque chose à cacher...

Une plongée dans l’obscur

Avec cette histoire, Ben Templesmith et Warren Ellis nous entraînent dans une plongée vers les bas-fonds où l’horreur et la folie sont la norme. En choisissant de ne consacrer qu’un seul chapitre par enquête, ce volume rassemble les investigations de Richard dans plusieurs dossiers ce qui nous permet de découvrir peu à peu tous les aspects de la ville. Et le tableau n’est guère reluisant. Entre les pédophiles, les tueurs en série, les tarés et les kamikazes, on a un catalogue assez impressionnant des perversions humaines. Ici il n’y a guère de place pour la bonté d’âme et la compassion. Un univers malsain que Richard prend en pleine face à son arrivée mais dont il s’accommode rapidement opposant un certain flegme à l’horreur. D’ailleurs, pour faire son métier le mieux possible, il lui arrive lui aussi de transiger un peu avec la loi... Et surtout, lui aussi a quelque chose à cacher. Pour l’heure, Warren Ellis ne nous a pas encore dit pourquoi il avait été muté à Snowtown. Voilà une question forte et intéressante qui nous poussera à lire la suite. Car malgré cette ambiance glauque, on se prend d’affection pour ce petit inspecteur qui fait face seul à ce que l’humanité a de plus moche. Derrière son masque, on ressent sa fragilité et son désespoir.

Des sentiments renforcés évidemment par le dessin de Templesmith. Il utilise un encrage qui crée une sorte de flou autour des personnages, au point qu’on ne voit qu’eux avec des plans toujours très rapprochés. Tout le reste est accessoire. Voilà qui renforce le malaise. On n’a à aucun moment la possibilité de prendre du champ et de souffler en appréhendant les scènes dans leur intégralité. D’autant plus que l’aspect glauque est travaillé avec des encrages marron ou noirs, en tout cas toujours très sombres ou agressifs. Enfin, si son trait prend parfois des libertés avec les formes des personnages (notamment les mains), Templesmith insiste énormément sur les visages et les expressions de colère, de souffrance, de haine ou de folie. Rarement ses héros apparaissent détendus. Bref, tout est fait pour nous mettre mal à l’aise et comme dans Criminal Macabre, les deux auteurs y arrivent parfaitement. Voilà un comics différent qui bouscule le lecteur et le sort de son confort passif de voyeur. Une expérience salvatrice à faire, le récit n’en étant que plus fort.

Jérôme Vincent