Sous béton
de Karoline Georges
aux éditions Gallimard ,
collection Folio SF
Genre : Post-Apocalyptique
Sous-genres :
  • Conspiration

Auteurs : Karoline Georges
Date de parution : janvier 2011 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 210
Titre en vo :
Première parution : mars 2018


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Un monde de béton où les gens sont enfermés et les enfants torturés. Qu’y a-t-il à l’extérieur de cet Édifice ?

Karoline Georges, autrice québécoise, a une démarche artistique multidisciplinaire mêlant vidéo, photo et littérature. Sous béton a été finaliste du prix des libraires du Québec en 2012.

 

L’enfermement et la torture

 

Le personnage principal est un enfant enfermé dans un appartement d’un gigantesque bâtiment, l’Édifice, construit en Béton Total. Il est enfermé physiquement, psychologiquement, socialement dans ce logement minuscule, entre "le père" et "la mère", parents infanticides qui le torturent.

Cet enfant ne reçoit ni nom, ni amour, ni joie de vivre, ni beauté, ni amitié. Son univers, déjà très étroit dès sa naissance, se rétrécit au fur et à mesure des années, face à un père alcoolique et une mère dépressive qui lui reprochent son existence, la place qu’il prend dans ce logis trop étroit, la nourriture qu’il consomme.

 

Un Édifice mystérieux, un extérieur effrayant

 

La description des tortures physiques et psychologiques qu’on lui inflige est difficile à supporter, mais celle des conditions de vie dans l’Édifice et à l’extérieur est horrible aussi. Car tous les résidents de ce bâtiment immense et mystérieux vivent de la même manière... Quant à l’extérieur, la situation est encore bien pire ; elle fait hurler de peur sa mère et rend fou son père : les infectés et les expulsés se retrouvent sans ressources sur une terre ravagée où les gens s’entre-tuent et s’entre-dévorent, dans un ensemble apocalyptique relayé sur les écrans de tous ceux qui ont la chance d’être à l’abri dans l’Édifice.

L’enfant est privé de tout, sauf d’un minimum d’instruction qui fera de lui un citoyen utile à l’Édifice. Privé de tout mais intelligent. Il prend conscience de lui-même, de son Moi, de son existence individuelle au-delà des limites imposés par ses parents, de son Œil intérieur. Et lorsque son univers physique se rétrécit trop, sous les coups et tortures de son père, il va disparaître dans le Béton Total pour explorer une nouvelle forme d’existence, et découvrir certains secrets inavouables de l’Édifice.

 

Les clefs du roman

 

Ce roman, court mais âpre, se lit vite mais laisse le lecteur sur sa faim. Beaucoup de questions sont soulevées par un début volontairement froid et sans âme, dans un univers social semblable à celui de Silo où tout est contrôlé, où la place est restreinte, où l’extérieur est interdit sous peine de danger mortel. Les maltraitances subies par l’enfant constituent clairement le cœur de la première partie du roman, sur fond de science-fiction glaçante. Mais lorsque l’enfant prend conscience de lui-même et de ce qui l’entoure, et commence à se poser la question du "Pourquoi ?", alors les choses basculent, il prend une nouvelle forme impossible à définir et très difficile à comprendre, et il commence à explorer l’Édifice pour y découvrir certaines réponses, mais hélas pas toutes. C’est à mon avis le gros défaut de ce roman : un début qui laisse deviner de grandes idées de SF, et au final une dernière partie (quasi) incompréhensible. Qu’y a-t-il vraiment à l’extérieur ? Qui a construit l’Édifice et pourquoi ? Que signifie la toute dernière page du livre ?

Quant au style, il est à l’image de l’histoire racontée : morcelé, incisif, à la fois poétique et comme incomplet. La syntaxe est parfois détruite pour être recréée dans un choc esthétique qui doit faire réagir le lecteur.

Bref, après avoir lu toutes les horreurs infligées à l’enfant dans ce style qui heurte, j’espérais une sorte de "récompense" avec les clefs d’un monde de SF inimaginable, et j’ai refermé le livre en me demandant ce qu’il fallait comprendre.

Anaelle Weiss