Suaire, la nouvelle BD d’Eric Liberge
de Eric Liberge
aux éditions Futuropolis
Genre : Science Fiction
Sous-genres :
  • Historique

Auteurs : Eric Liberge
Date de parution : janvier 2018 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Nombre de pages : 80
Titre en vo :

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Auteur de bande-dessinée depuis de nombreuses années, Eric Liberge revient en 2018 avec le premier tome de Suaire, une trilogie aux éditions Futuropolis. Découvrez cette quête à travers le monde et les époques dans l’interview de l’auteur.

Actusf : Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à ce projet ?
Eric Liberge : La proximité, je crois, avec l’univers de Mardi-Gras Descendres. Le côté gothique du premier tome du Suaire m’a indéniablement inspiré, et je m’y suis senti chez moi sans efforts. De plus, le scénario était très bien écrit et bien renseigné – ce qui n’est pas toujours le cas dans le travail avec un scénariste. Ensuite, cette série parle aussi d’un problème tout à fait actuel qui crispe notre société : les religions, le fanatisme et le sacré. Dans quelle mesure la religion, instrument de pouvoir – du moins pour ce que les hommes peuvent en faire – se différencie - t’elle du Sacré. C’est ainsi que l’on parle du suaire, cet artéfact parmi d’autres, créé dans le but ’’d’hypnotiser’’ un peuple majoritairement ignorant, et que l’on continue de faire passer pour une relique réelle. Et puis bien sur l’histoire d’amour entre Henri et Lucie – c’est toujours agréable à dessiner.



Actusf : Il y a un cadre historique très fort. Comment avez-vous travaillé en terme de documentation ? On image de longues heures de boulot ? Est-ce que s’attaquer au religieux est différent en terme de documentation que de travailler sur d’autres sujets historiques comme la jeunesse de Staline ou Versailles ?
Eric Liberge : Pour le travail, j’ai utilisé deux canaux. Le premier est mon imagination, nourrie de tout ce que j’ai pu voir et apprendre sur le moyen-âge. Et le second, mes deux acolytes Mordillat et Prieur, qui connaissent parfaitement l’histoire du christianisme. De plus, le scénario était à la base un projet de film. Donc tout était renseigné en termes de détails vestimentaires, de décors, etc... Le plus long, ma semble-t’il, été la construction et la déconstruction de certaines séquences, car des idées viennent toujours en cours de route, surtout lorsqu’on travaille avec deux réalisateurs de cinéma. Or, nous sommes en bande dessinée, ici, et on ne peut refilmer des scènes plus de deux ou trois fois, car c’est du travail de dessin, donc autant de planches à refaire. Gérard Mordillat dit à juste titre en terme de cinéma que je suis leur chef opérateur sur le papier, car je n’ai pas hésité à m’approprier le projet et à injecter mon univers intérieur. C’est la grande liberté que j’ai eu par rapport aux contraintes historiques de costumes, etc... Pour finir, le travail n’est pas si différent de Staline ou versailles, tant que je peux mettre ma patte. Si je travaille sur un projet trop corseté par le scénariste, cela n’ira pas. Il faut faire confiance à ma vision, et à mon travail sinon mon inspiration ne peut pas se mettre en route et je suis bloqué sur tout l’album.

"Le noir et blanc est l’essence de mon travail, et cet album était idéal pour réinstaller mes ambiances."

Actusf : Le noir et blanc rend à merveille l’ambiance d’hiver que l’on trouve dans le livre. Mais pourquoi avoir fait ce choix plutôt que la couleur ?
Eric Liberge : J’ai une réponse très simple : des nonnes vêtues de noir, des corbeaux, la peste, la neige = noir et blanc. Et pourtant nous avons cherché aussi en couleur, mais cela ne fonctionnait pas. Le noir et blanc est l’essence de mon travail, et cet album était idéal pour réinstaller mes ambiances.

Actusf : On vous voit sur une vidéo encrer vous même vos planches, comment avez-vous travailler techniquement parlant ? On vous voit aussi ajouter du gros sel. Pour quelles raisons ?
Eric Liberge : Je travaille à la pierre à encre depuis maintenant deux ans. C’est pour moi la meilleure encre que j’aie eu à utiliser. C’est l’encre en bâtons, utilisée en calligraphie en Asie. Bien sur, cela demande un peu de préparation. Ce n’est pas un pot que l’on ouvre, et tout est prêt. Il faut la fabriquer, mais pendant ce temps, on a un moment pour penser à ce que l’on va faire. C’est une sorte de méditation et cela me convient très bien. Pour le sel, que dire ? Au moment du lavis, j’essaie tout ce qui peut produire un accident, et avec l’eau, le gros sel fait des merveilles.



Actusf :
Quels ont été les échanges avec Gérard Mordillat ?. Comment avez-vous collaboré ensemble ?
Eric Liberge : Nous avons travaillé très étroitement, 10 pages par 10 pages, en réglant tous les détails avant la réalisation proprement dite des pages. Cette grande préparation en esquisses n’exclue toutefois pas un grand nombre de corrections à posteriori, car des idées viennent toujours en cours de route enrichir le récit, et ce serait dommage de ne pas les intégrer.

Actusf : Une de vos vidéos est passionnante parce qu’elle parle du choix de la couverture et du processus de décision entre plusieurs personnes qui ont donné leur avis. Est-ce que c’est toujours compliqué ? Et est-ce que c’est une "épreuve" pour vous ? Comment abordez-vous ces discussions en tant que dessinateur ?
Eric Liberge : Non, je ne dirais pas que la couverture est une épreuve, disons plutôt une douce torture. Le concept de couverture pour ces trois albums a été compliqué à trouver : même disposition des personnages sur 3 époques, et seuls le décors et les costumes changent, avec une scène caractéristique dans le tiers inférieur, comme souvent chez Futuro. Alors, pour cela, oui, il y a eu beaucoup d’échanges d’idées et nous avons mis un certain temps à trouver la bonne formule, mais une fois qu’on la tenue, tout est arrivé sans effort. Je dirais aussi, ayant l’habitude de faire mes propres histoires, que plus il y a de monde sur un album, plus la cuisine est compliquée. Il faut savoir faire des compromis.

Actusf : Il y a d’autres albums à venir. Vous êtes déjà dedans ? Sur quoi travaillez-vous ?
Eric Liberge : Je suis sur un roman graphique chez Glénat – tout seul cette fois – qui va parler d’expériences de mort provisoire et de secrets de famille. Aussi sur l’adaptation BD d’un roman de Gérard Mordillat aux Arènes - Notre part de ténèbres. Et enfin je cogite sur un nouveau et ultime Mardi-Gras DESCENDRES, et espérant que Dupuis soit enthousiaste à cette idée. Je leur en ai parlé et apparemment, oui.

Actusf : Quelles sont vos prochaines de dédicaces ?
Eric Liberge : Salon BD de Quimper le 10 et 11 /03
Salon du Livre Paris 17 et 18/03.
Et après, travail car j’ai le tome 2 du Suaire à finir !


 

Estelle Hamelin