Traduction - L’évolution du métier
de Sylvie Miller et Aude Carlier
aux éditions
Genre : SF

Auteurs : Sylvie Miller , Aude Carlier , Luc Carissimo , Arnaud Mousnier-Lompré , Jean-Pierre Pugi , Nathalie Mège , Jean-Daniel Brèque , Mélanie Fazi , Lionel Davoust
Date de parution : avril 2009 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Actusf : La situation des traducteurs a-t-elle évolué ces dernières années ? Si oui en quoi ? Et est-ce plus facile ou plus difficile actuellement ?
Sylvie Miller : Là encore, j’avoue que je ne suis pas la meilleure personne pour répondre à cette question. Il me semble que les traducteurs sont un peu mieux reconnus qu’il y a une dizaine ou une quinzaine d’années. Mais c’est peut-être subjectif. Je dirais que, paradoxalement, le métier doit être un peu plus difficile aujourd’hui, parce que les langues étrangères sont de plus en plus pratiquées et qu’on trouve beaucoup plus facilement, à l’heure actuelle, des gens qui se croient capables de traduire et proposent leurs services pour une bouchée de pain.

Aude Carlier : Je ne traduis que depuis quelques années, je n’ai donc pas tellement de recul, mais j’ai souvent entendu dire qu’Internet avait bouleversé le métier en facilitant les recherches et les contacts, évitant au traducteur de passer des jours à la BNF... Niveau social, la situation s’est améliorée récemment puisque le traducteur dispose aujourd’hui d’une complémentaire retraite. Ne manquent plus que les congés payés !

Luc Carissimo : En gros : financièrement plus difficile...

Arnaud Mousnier-Lompré : Franchement, je n’en sais rien ; sauvage comme je le disais plus haut, je ne rencontre guère mes confrères et consœurs. J’ai l’impression qu’aujourd’hui on recrute davantage sur les diplômes que « de mon temps », mais je ne garantis rien...

Jean-Pierre Pugi : Je pense que sur le fond rien n’a véritablement changé, mais nous disposons désormais de cet outil merveilleux qu’est Internet, ce qui nous permet d’éviter les approximations d’antan. C’est en outre ce qui apporte à ce métier tant d’intérêt, car nous apprenons constamment de nouvelles choses.

Nathalie Mège : La marchandisation globale du monde entraîne une précarisation des statuts des acteurs de la chaîne éditoriale, mais dans le même temps, l’Internet et les
« nouvelles technologies » facilitent notre travail, heureusement. Gare, cependant, au point de rupture, car contrairement aux auteurs, si les traducteurs ne peuvent plus payer leur loyer en traduisant des romans, ils arrêteront de bosser dans le secteur littéraire. Les éditeurs sérieux en sont conscients et ont cessé de nous seriner que « les traductions coûtent trop cher » alors que ce c’est la distribution qui leur mange la laine sur le dos (plus de 30 % du prix de vente d’un livre ne reviennent en fait ni aux auteurs, ni aux traducteurs, ni aux libraires, ni aux éditeurs, mais aux manutentionnaires du livre – qui, eux, gagnent très bien leur vie, merci).

Jean-Daniel Brèque : Personnellement, je capte une tendance un peu inquiétante : le travail à flux tendu. Il y a quelques années encore, je pouvais commencer en janvier à traduire un livre que je rendais en mai et que l’éditeur avait prévu de sortir en janvier de l’année suivante. Ça se passe encore de cette façon chez certains d’entre eux, mais, chez pas mal d’autres, les délais se sont considérablement resserrés. En cas de pépin – et il en survient toujours un jour ou l’autre –, ça peut mal se passer.

Lionel Davoust : Difficile pour moi de répondre car ma situation s’est plutôt améliorée au fil des ans, mais la profession dans son ensemble s’inquiète beaucoup de sa valorisation. Ainsi, une récente étude européenne réalisée par le CEATL tire la sonnette d’alarme, montrant que bien des traducteurs littéraires ne peuvent vivre convenablement avec les tarifs imposés par le marché. Nous avons de la chance dans les littératures de l’imaginaire de travailler avec des éditeurs (et des lecteurs) qui ont en général beaucoup de respect pour notre travail de « passeurs », mais il semble que cela ne soit pas si répandu ailleurs.

Actusf : Avec votre expérience, comment cela se passe pour vous maintenant ? C’est vous qui choisissez les maisons d’éditions, les auteurs que vous souhaitez traduire ? Pouvez-vous refuser une proposition de traduction ?
Mélanie Fazi : J’ai le choix, mais l’initiative vient toujours de l’éditeur : ce n’est jamais moi qui vais lui parler d’un livre qui me paraît intéressant et que j’aimerais traduire. En tout cas, ça ne s’est encore jamais produit. Mais l’avantage de travailler sur le long terme avec les mêmes éditeurs, c’est qu’ils apprennent à connaître nos goûts et nos capacités et à mieux cibler les auteurs qu’ils nous confient. Je peux effectivement refuser une traduction et ça s’est d’ailleurs déjà produit. Soit parce que je n’avais pas le temps, soit parce que le livre ne m’intéressait pas. À l’inverse, il peut arriver aussi que j’accepte un livre qui ne me motive pas spécialement, si je n’ai rien d’autre à traduire à ce moment-là.

Jean-Daniel Brèque : Cela dépend. En règle générale, c’est l’éditeur (ou le directeur de collection) qui me fait une proposition. Si je ne connais pas le livre, il est préférable que je le lise pour me faire une idée, quitte à refuser le travail – ce que l’éditeur apprécie : il vaut mieux confier le livre à un traducteur qui se sent des affinités avec lui. Pour certains auteurs que j’apprécie plus particulièrement (Lucius Shepard, Poul Anderson…), il est possible que ce soit moi qui propose mes services à l’éditeur.

Arnaud Mousnier-Lompré : Ce sont les éditeurs qui m’imposent les livres, ce qui ne m’empêche pas de leur en proposer le cas échéant, mais c’est assez rare. J’ai de la chance, on me propose en général de bons bouquins et de bons auteurs. Il m’est arrivé toutefois de refuser de poursuivre une série dans laquelle je me sentais très mal à l’aise et ça n’a posé aucun problème.


Jérôme Vincent