Traduction - Les meilleurs souvenirs (et les pires)
de Sylvie Miller et Aude Carlier
aux éditions
Genre : SF

Auteurs : Sylvie Miller , Aude Carlier , Luc Carissimo , Patrick Couton , Nathalie Mège , Jean-Daniel Brèque , Lionel Davoust
Date de parution : avril 2009 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Actusf : Quels sont vos meilleurs souvenirs de traduction ?
Sylvie Miller : Je n’ai quasiment que de bons souvenirs de traduction. Là encore, c’est parce que j’ai beaucoup moins traduit que certains de mes collègues. Pour moi, c’est toujours un immense plaisir que de traduire.

Aude Carlier : Des moments intenses en traduisant certains passages très poignants, où j’étais tellement plongée dans le texte que je vivais vraiment la scène, avec bouffée de chaleur, palpitations etc. Ça, c’est magique ! Se relire quelques mois après avoir traduit et s’étonner soi-même... en bien ! Traduire un auteur de BD américain que j’adulais depuis la fac ! Ça, c’était un peu un rêve de gosse devenu réalité !

Luc Carissimo : Quand un des romans que j’avais traduit a reçu un prix. Et aussi quand des critiques me passent de la pommade en signalant « la qualité de la traduction » :-) !

Patrick Couton : Les Pratchett bien sûr, mais aussi les deux premiers romans de la série de Card Alvin le Faiseur, la Descente d’Orphée de Tennessee Williams (qui n’est pas un roman mais une pièce de théâtre)...

Nathalie Mège : En SF, une séance de relecture d’épreuves chez Calmann-Lévy avec Sébastien Guillot, où notre hilarité était au diapason du texte très malin et très drôle : L’Oiseau Moqueur, de Sean Stewart.

Jean-Daniel Brèque : Jusqu’à une date récente, j’aurais dit que mon meilleur souvenir était Les Forbans de Cuba, de Dan Simmons, parce que c’était la première fois que je me frottais à de la littérature générale à tendance historique et que ça c’est très bien passé – je suis tombé amoureux du livre. Depuis, je me suis attaqué au Quatuor de Jérusalem, dont je vais prochainement traduire l’ultime volume. C’est proprement magique. Sinon, je suis ravi de traduire enfin plein de Poul Anderson, un auteur qui demeure mon préféré depuis que j’ai découvert la SF. Et enchanté de traduire Lucius Shepard, avec qui j’ai fait connaissance l’automne dernier durant les Utopiales.

Lionel Davoust : La satisfaction du travail accompli : chaque texte… une fois la traduction achevée et validée par l’éditeur ! Chaque œuvre est différente et propose des défis bien particuliers. Ce qui est fascinant, en plus, c’est qu’on ne prévoit pas toujours les vraies difficultés qu’on aura à la lecture. J’ai aussi eu de grands moments d’émotion en rencontrant certains auteurs que j’ai traduits, parfois au bout de plusieurs années de correspondance électronique. On découvre souvent que les plus grands auteurs sont aussi les personnes les plus formidables humainement et c’est une leçon de vie. Parfaitement, madame.


Actusf : Et les pires souvenirs de traduction ?
Sylvie Miller : Je me souviens d’une nouvelle, il y a quelques années, qui m’avait donné du fil à retordre. J’ai contacté l’auteur (une anglo-saxonne) par mail et j’ai été très mal reçue. La dame en question m’a quasiment dit que j’étais sûrement une piètre traductrice si je me permettais de la déranger. Elle m’a répondu de façon très laconique avec l’air de dire que mes questions étaient ridicules et évidentes. J’en garde un mauvais souvenir. C’est la seule fois où cela m’est arrivé (habituellement, les auteurs sont ravis que je leur pose des questions).

Aude Carlier : Traduire un essai sur le Moyen-Âge, énorme, avec des tas de recherches, des textes en latin, en vieil occitan, plus un index et une bibliographie, le tout à rendre dans un temps record. Douze heures de boulot par jour sept jours sur sept pendant quatre mois, c’était un vrai marathon. Si je suis contente du résultat, je ne le referai pas, c’est trop mauvais pour ma santé !

Luc Carissimo : Quand j’ai dû relire les épreuves de ma première traduction... Je m’étais imaginé qu’il fallait coller au plus près du texte original pour être fidèle et le correcteur avait sabré toutes les maladresses, redites, lourdeurs, qui/que en cascade, etc. Mais le pire, c’est qu’à un moment, un des personnages disait
« Il nous faudrait un meilleur traducteur » (pour communiquer avec les extra-terrestres de la planète sur laquelle il se trouvait) ou un truc dans le genre ! Et là, le correcteur avait écrit dans la marge « Oh oui ! » (si j’avais su, j’aurais mis « interprète » à la place de « traducteur », vu que c’était d’ailleurs des performances de leur interprète qu’il se plaignait !!!). La honte, mais le correcteur en question m’a quand même bien rendu service, j’ai compris grâce à lui les principales erreurs à éviter et j’y ai repensé pour les bouquins suivants... ;-)

Patrick Couton : Sans conteste
Les Journaux de voyage de Jean-Jacques Audubon. Mais ce n’est pas un roman.

Nathalie Mège : La période où je bossais sur Perdido Street Station, livre sombre, ambitieux et exigeant, et où une
« vacance du pouvoir » au Fleuve Noir me faisait craindre que le bouquin ne paraisse jamais, moi qui « tordais mon cœur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or » (Laforgue). Heureusement, le roman a pu être publié, et tout s’est très bien passé par la suite avec Bénédicte Lombardo sur les deux autres romans du monde de Bas Lag.

Jean-Daniel Brèque : Le pire souvenir, c’est Rêves de sang de Dennis Etchison. On m’a demandé de le traduire très vite – alors qu’Etchison est un écrivain difficile, exigeant même –, j’ai livré mon travail dans les délais, et, quelques mois plus tard, l’éditeur m’a annoncé qu’il avait fait réécrire ledit travail par une jeune traductrice, le jugeant vraiment bâclé. Et j’étais instamment prié de prendre les modifications en compte sur mon fichier informatique… En examinant lesdites modifications, j’ai constaté qu’elles se répartissaient en trois catégories, à peu près équivalentes en nombre : — des erreurs corrigées avec raison ; — des choses justes remplacées par des erreurs ; — des modifications purement subjectives (« chaussures » remplacées par « souliers », par exemple). Écœuré, j’ai fait ce qu’on me demandait mais j’ai refusé que mon nom apparaisse dans le livre. Quelques années plus tard, la « jeune traductrice » s’est excusée auprès de moi, elle avait fini par comprendre qu’on lui avait confié un vraiment sale boulot…

Lionel Davoust : Alors là… ça fait partie des coulisses du magicien : on ne révèle pas le « truc » ! Alors je dirai simplement : toute grosse difficulté avant sa résolution satisfaisante… 

Jérôme Vincent