de Frank et Frank
aux éditions Dupuis ,
collection Repérages
Poétique, merveilleux… Le dit d’une créature oubliée sur des idées perdues.
En
1973, à 18 ans, Frank participe à un concours du Journal de Spirou
et deux de ses planches sont retenues. Depuis, il ne cesse de collaborer au magazine
des éditions Dupuis, avec, entre autres, sa série Broussaille.
Frank est également l’auteur de Zoo et de Vincent Murat, comme
un animal en cage, toujours sur le même thème, la défense
de la nature et des animaux. Mais ne l’affublez pas du terme " écologiste
", il n’aime apparemment pas cela. Pas besoin d’étiquette pour défendre
les causes essentielles… Cinquième volet des aventures du jeune poète
défenseur de la nature, Un Faune sur l’Epaule s’écarte un
peu de la ligne habituelle de la série (de l’aventure avec un rien de fantastique).
Le dit du Faune
Lors des trois derniers épisodes de
ses aventures, Broussaille a appris à voir ce qu’il y a derrière
les choses et à croire en la magie. De fait, dans Un Faune sur l’Epaule,
il la crée en cherchant en lui ce que le monde n’est plus capable d’inspirer,
pris dans une mondialisation qui transforme les hommes en consommateurs et les
forêts en parkings.
Perdu dans une de ces failles temporelles qui
font pester la plupart des gens (avoir raté le bus et devoir attendre…),
Broussaille décide de vagabonder un moment. Le temps perdu n’existe pas.
Là, il parle aux arbres… qui lui répondent… et, entre un
chien géant et féroce qui est la peur des hommes et quelques pensées
sur le matérialisme de notre monde, apparaît le Faune.
"
L’homme est un S.L.F… Sans Lumière Fixe "
"
A chaque fois qu’un enfant dit qu’il ne croit pas aux fées, l’une d’elle
meurt, écrivait James Barry. "
" On a tous besoin
d’un Faune sur l’Epaule, semble ajouter, optimiste, Frank. "
Un
faune pour guide ou en consolation, un faune pour ne pas perdre de vue l’essentiel…
Un faune pour combattre, comme Broussaille, l’incompréhension et la destruction
d’un monde qui préfère les feuilles vertes lorsqu’elles sont ornementées
d’un joli sigle à une barre. Le Faune est par essence le lien entre les
hommes et les dieux. Il est également le gardien de la nature. Il était
donc logique que Frank, dont les albums tendent toujours à défendre
la nature et les animaux, choisisse cette créature mythologique, souvent
boudée par le fantastique et la fantasy, pour guider le candide Broussaille.
Poétique, drôle, pudique, d’une justesse qui tient du bon sens
le plus élémentaire, il suffit de s’y plonger pour retrouver le
lien essentiel au monde de la magie et aux valeurs perdues de l’enfance. Car s’il
y a de la magie dans cet album, c’est surtout cette simple magie qui impose la
féerie comme une croyance inéluctable, cette féerie humaine… Qu’on
évoque la conscience par un faune, une fée ou par tous les saints
du paradis, la conviction d’être dans le bon, d’être du côté
de ce qui préserve, remplace toutes les théories. Et nous éloignent
un peu plus de l’idée qu’on peut construire des stations balnéaires
sur une nappe de pétrole pour soigner les gens de leur stress et de leur
culpabilité.
Derrière la douceur du trait, on trouve la
douceur du mot. Certains romans, certains albums, deviennent des pansements à
l’âme… Un faune sur l’épaule fait partie de cette catégorie.
C’est un baume contre la désillusion, une toute petite lumière,
une halte dans le songe d’un poète effrayé par le monde qui l’entoure…
A faire lire aux rêveurs, aux pessimistes et aux cyniques qui sont souvent
un mélange des deux…


