aux éditions
Auteurs :
Pierre Grimbert
,
Kristin Cashore
,
Michael Grant
,
Mark Lawrence
Date de parution : 0000
Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Chaque mois, Anne Besson, universitaire et membre du jury du prix Imaginales, nous présente ses lectures de fantasy.
Mine de rien, les romans de Kristin Cashore, dont Bitterblue est le troisième volume traduit, après Graceling et Rouge, valent mieux que ne le laissent supposer leurs couvertures hideuses (le photomontage avec halo lumineux dans toute son horreur). Ils méritent qu’on ouvre le livre pour découvrir les illustrations naïves, en noir en blanc, et qu’on dépasse la réticence, naturelle pour qui ne possède pas un cœur particulièrement tendre, face au genre sentimental auquel on rattache spontanément l’auteur à succès. Non seulement, Bitterblue est d’une lecture franchement agréable, mais encore et surtout, c’est l’ensemble, désormais trilogie, qui gagne en ampleur, à l’image des cartes que l’on trouve dans les premières et dernières pages– au début, les Sept Royaumes, à la fin, un paysage dédoublé de part et d’autre des montagnes de l’Est… entre-temps, le Dells et Pikkia, pays de Rouge, ont été découverts.
Le Secret de Ji a marqué une vraie date pour l’émergence de la fantasy française : c’était en 1997, ça ne nous rajeunit pas ! Et voici que ce quatrième tome du troisième cycle (ça n’est pas rien…) se présente comme le dernier, la fin des fins : il fallait donc aller y voir de plus près. C’est d’abord un vrai plaisir de retrouver le style de Grimbert, fluide et vivant, portant la lecture vers l’avant. C’est également assez jouissif de retrouver Saat : Saat, l’affreux sorcier, revenu d’entre les morts, littéralement ! Le prologue, d’une vingtaine de pages, fort bien fait, nous retrace son parcours de son propre point de vue, et en profite pour nous remettre à flot dans une intrigue à rebondissements – trois générations d’Héritiers maintenant, tout de même, dont la dernière va s’appliquer à détruire une fois de plus, et pour de bon cette fois l’increvable nécromancien ! Bon, ensuite, trop rapidement, on touche aux limites de l’exercice : des destructions et des reconstructions d’espaces spirituels et de familles de divinités, en veux-tu, en voilà ; des généalogies complexes liant des personnages qu’on n’a guère le temps d’apprendre à connaître sur ce seul volume, et dont certains se révèlent d’ailleurs les réincarnations des dieux disparus ; une intrigue trop linéaire, qui mène à l’affrontement en revisitant certains hauts lieux des autres épisodes. On se dit vraiment que tout cela est rejoué, peut-être une fois de trop. Quand Yan, Léti et les autres réapparaissent pour finir, on ne peut qu’être impressionné par la vigueur conservée par ces ancêtres : ils ont quoi ?, quatre-vingts ans au moins, maintenant… Une retraite bien méritée s’annonce !
La rumeur annonçait un choc, une claque : c’est le cas – ce qui implique qu’il faut aimer prendre des claques et encaisser des chocs. Le roman commence très très fort, dans un carnage que commande un monstre de treize ans : notre héros, Jorg, prince en fuite d’Ancrath, devenu chef d’une troupe de mercenaires tous plus pourris et impitoyables les uns que les autres, Jorg dont la volonté sans peur et l’abîme intérieur font reculer les morts qui hantent les marais. Mark Lawrence passe à l’attaque, volontairement : c’est en particulier un des plus précieux mythes de l’innocence que conserve l’Occident contemporain, je veux parler de l’enfance, qui vole ici en éclats, avec le portrait qui suivra du Jorg de neuf ans, déjà possédé par la fureur. On va en fait (bien sûr, forcément) apprendre à connaitre le héros et ses compagnons, à coups de très courts chapitres séparés par des aphorismes cyniques, leçons de la vie parmi les chiens de guerre. Et à force de revenir au traumatisme initial et à sa répercussion (meurtre de sa mère et de son frère sous ses yeux, trahison du père, plus terrifiant que tous), de parcourir l’Empire brisé et sa myriade de petits royaumes et duchés (c’est de la science fantasy, notre monde très longtemps après le cataclysme), on finit bien par s’attacher, un peu, à l’esprit frondeur et détaché, à l’absence de doute et de remords qui aiguillonne Jorg vers un plus haut destin.
Un vieux Joe Dante (L’Aventure intérieure) se proposait déjà de nous faire découvrir ce à quoi ressemblent le corps humain et ses habitants pour peu d’être à la même échelle, minuscules. Bzrk se présente également comme un voyage au cœur du « nano », mais là où le film miniaturisait l’équipage et les suivait « à l’intérieur », le roman propose constamment un double point de vue, puisque les machines ou les organismes infiniment petits sont cette fois pilotés, de l’extérieur, par des experts qui restent aux prises avec les aléas du « macro », c’est-à-dire du monde à taille humaine.


