aux éditions
Auteurs :
Douglas Hulick
,
Lucie Chenu
,
Connie Willis
Date de parution : 0000
Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Chaque mois, Anne Besson, universitaire et membre du jury du prix Imaginales, nous présente ses lectures de fantasy.
Après un mois de vacances à avaler près de deux milles pages de George R. R. Martin (j’ai voulu relire A Feast for Crows avant A Dance with Dragons…), Princes de la Pègre de Douglas Hulick (L’Atalante) m’a paru, comment dire..., un peu léger ! Près de 500 pages pourtant d’une intrigue très touffue, racontée à la première personne par Drothe, « nez » (c’est-à-dire, spécialiste du recueil et de la manipulation d’informations) pour Nicco, un des grands patrons de la pègre d’Ildrecca. En cherchant à récupérer une relique dont il fait le trafic, Drothe met les pieds à son insu dans une affaire qui le dépasse – on peut même dire qu’il saute à pieds joints dans un conflit qui oppose, non seulement Nicco et son grand rival Kells, mais derrière eux, deux « Princes gris » (les grands organisateurs, quasi mythiques, du monde des malfaiteurs), mais aussi la confrérie des guerriers Dégane, et les mages, au nom de visions divergentes quant au futur de l’Empire.
Black-Out de Connie Willis (Bragelonne) m’a également un peu laissé sur ma faim. La grande romancière américaine poursuit ici son œuvre, assez inclassable, sur le voyage temporel : on pourrait la qualifier de façon un peu paradoxale comme de la « SF historique », recette qui intègre peu d’éléments scientifiques (notamment dans ce volume, où ce qui concerne les modalités de déplacement des Historiens du futur, des portails en gros !, n’est absolument pas détaillé) et beaucoup d’immersion dans le passé revécu au quotidien. Dans Le Grand Livre, précédent roman de Willis (en poche chez J’ai Lu), c’était la Peste Noire au XIVe siècle, cette fois c’est la Seconde Guerre mondiale vue d’Angleterre : attention, il faut avoir un minimum de goût pour les détails historiques pour se laisser prendre à ce roman. Enfin, n’oublions pas l’ingrédient principal, l’humour, qui faisait toute la saveur du génial Sans parler du chien (également en poche chez J’ai Lu) et qui ici se fait plus discret, à quelques belles exceptions près tout de même : les enfants terribles dont Mérope/Eileen se retrouve à s’occuper dans le cadre de son étude sur les petits Londoniens évacués à la campagne, le vieux soulard intrépide qui entraîne Michael vers Dunkerque. L’existence de Polly à Londres au cœur du Blitz est en revanche plus systématiquement pathétique, vu l’angoisse que font peser les bombardements incessants.
Aucune déception à craindre en revanche avec Et D’Avalon à Camelot, anthologie de dix nouvelles « arthuriennes » dirigée par une des meilleures spécialistes françaises de ce genre d’exercice, Lucie Chenu, déjà à la tête d’un premier volume sur le même principe, De Brocéliande en Avalon (chez Terre de Brume également). La palette de styles et de genres représentés est en effet assez riche pour satisfaire chacun ! Le plaisir tient justement dans cette esthétique de la variante, partagée par la forme du recueil de nouvelles à thème imposé et par la matière arthurienne elle-même, qui dès ses premières expressions littéraires au Moyen Âge se saisissait de chroniques plus anciennes, et se déployait en diverses versions, reprises, embranchements et continuations. Le genre « néo-arthurien » ayant été énormément illustré depuis le XIXe siècle anglais, il y a une sorte de prouesse pour les auteurs à s’y attaquer et à mettre encore au jour des options nouvelles, des hypothèses sur un mystère, des regards sur un personnage, des croisements inédits. De ce point de vue, l’ouvrage, constamment original, est une vraie réussite. Après, libre à chacun d’établir sa hiérarchie : j’avoue aimer davantage les nouvelles qui préservent un cadre médiéval (« Ce que chuchotait l’eau », d’Anne Fakhouri, d’une belle finesse psychologique un peu cruelle, et « Une légende est née » de Nicolas Cluzeau, qui m’a évoqué La Tapisserie de Fionavar de Kay, pour l’animisme et la liberté à conquérir sur les destins tout tracés). Et un peu moins celles qui font le pari du futur (« Voyage sans retour » de Rémy Gallart) ou de la survivance des personnages dans le présent – si Dean Whitlock, traduit par Lucie Chenu (« Le Sacre du Nouvel An »), s’en tire par son incroyable inventivité, et Léonor Lara (« Décharmé peut-être ») par la beauté de sa plume, le « Trick or Treat » de Yael Assia est le récit qui m’a le moins convaincu, en raison du côté un peu démonstratif de son parallèle. Séduisant, « Fata Morgana » de Sara Doke, comme « Décharmé » d’ailleurs, mériterait peut-être qu’on en prolonge la belle idée. Côté « prouesses », Estelle Valls de Gomis orchestre, dans « L’Histoire du Haut-Portail », un combat entre Gauvain et un vampire autour d’une muse préraphaélite (et c’est réussi !), tandis que Luvan imagine qu’il n’y a jamais eu qu’un seul « Chevalier noir » et quelle en était l’identité (et bon, ça me semble assez tiré par les cheveux…).


