Un mois de lecture, Anne Besson - octobre 2015
de Patrick McSpare et Sébastien De Castel
aux éditions
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • SF

Auteurs : Patrick McSpare , Sébastien De Castel , John Lindow
Date de parution : octobre 2015 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :

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Anne Besson est maître de conférences en Littérature Générale et Comparée à l’Université d’Artois (Arras). Auteur de deux essais, D’Asimov à Tolkien, cycles et séries dans la littérature de genre et La Fantasy, elle est également membre du jury du prix Imaginales. Chaque mois, elle nous présente ses lectures de fantasy.

Trolls ! Etude d’une mythologie, John Lindow, Moutons Electriques « Bibliothèques des miroirs » : une mine d’informations sur une créature passionnante
 
Le troll est sans doute une des créatures merveilleuses les plus fascinantes qui soient, tant ses représentations semblent se prêter à de constantes et remarquables métamorphoses : quoi de commun en effet entre le géant brutal et stupide qui fait prisonnier Bilbo ou envahit les toilettes de Poudlard, les gentils Moumine des récits pour enfants de Tove Jansson, les gardiens des ponts ou encore avec les pertubateurs de débats sur Internet, dernier avatar ultra-contemporain qui remet le « troll » au cœur de l’actualité ? Ce petit ouvrage de l’universitaire John Lindow (scandinaviste à Berkeley), joliment illustré (en noir et blanc), propose un parcours historique à la fois savant et digeste qui éclaire le personnage. Il rend compte de ses réinventions – étymologiquement, selon la langue scandinave considérée, le troll peut être un géant mais aussi toute créature ou manifestation magique (le « troll », c’est donc le merveilleux…). Des trolls mythologiques, folkloriques et médiévaux (une moitié de l’ouvrage, qui correspond à la spécialisation de Lindow), jusqu’aux versions contemporaines (dans le dernier chapitre et l’épilogue), c’est aussi une permanence qu’il s’attache à tracer : celle d’une créature qui représente l’a-social ou l’anti-social, une incarnation de la subversion, qui en est paradoxalement venu à une forme de coexistence avec nos sociétés humaines. Plus descriptif qu’analytique, l’ouvrage constitue une mine d’informations pour amateurs, illuminée par l’érudition enjouée de Lindow, à la fois précise et pleine d’humour. J’ai particulièrement apprécié le chapitre sur les « trolls illustrés » : à côté de mon grand favori John Bauer, j’y ai mieux découvert les œuvres magnifiques de Theodor Kittelsen et Erik Werenskiold. Allez voir, ça vaut le détour !
 
Les Manteaux de gloire de Sebastien de Castell, Bragelonne : du panache !
 
Nouveau venu canadien, Sebastien de Castell s’inscrit résolument dans une tendance que j’affectionne, le croisement entre roman de cape et d’épée et fantasy, fort bien illustré par exemple par Dave Duncan avec ses Lames du roi ou bien sûr par notre Pierre Pevel national dans ses Lames du Cardinal - le titre original de son roman, sans doute voué à se développer en cycle, est d’ailleurs Traitor’s Blade, L’Epée du traître : on est en plein dedans ! En dépit d’un style un cran en-dessous de ses modèles, De Castell ne démérite aucunement, remplissant au contraire avec panache le même pacte de lecture : du divertissement de qualité, enchaînant les scènes d’action et les rebondissements, jouant des flash backs et des zones d’ombre de ses personnages, le tout au rythme trépidant qui caractérise les bons feuilletons, où les personnages hauts en couleur laissent peu de place à la nuance (ainsi la méchante à l’improbable perversité). Même si on n’est gère dépaysé, on passe donc un très bon moment avec Falcio val Mond, le héros à la fois super héroïque et plein d’auto-dérision. La principale originalité dans l’écriture vient des scènes de combat (à l’épée), nombreuses – personnellement elles m’ont un peu arrêté dans le flux de ma lecture : je n’arrivais pas bien à les visualiser, à les comprendre, ce qui est paradoxal car l’auteur est chorégraphe de combats et que cette expérience lui apporte sans doute une valeur ajoutée. Probablement ma propre inexpérience est-elle davantage à mettre en cause !
 
Victor London. L’Ordre Coruscant de Patrick McSpare, Scrineo 
 
Patrick McSpare, qui signait déjà chez Scrineo Les Hauts Conteurs (avec Oliver Péru) et Les Héritiers de l’Aube, est un auteur dont j’ai déjà souligné le talent à mettre sa documentation historique, sur des périodes en général mal connues, véritablement au service d’histoires vouées au jeune public, jamais pesantes, toujours dynamiques et pleines d’idées. Avec ce Victor London, qui possède ces mêmes qualités, on frôle toutefois peut-être le trop-plein… Le roman nous emporte à la suite d’un jeune orphelin du Londres victorien, qui rapproche constamment son parcours de celui de l’Oliver Twist de Dickens (c’est un peu le running gag du roman, souvent malin, parfois crispant). A peine a-t-on appréhendé son mode de vie qu’on le découvre menacé par de mystérieux ennemis – et le voilà enlevé, drogué, perdu, mais aussitôt récupéré par un autre groupuscule, évadé, retrouvé par les premiers (ou bien les seconds ?), dans les sous-sols de Londres, sur la Tamise, bientôt en Perse... Ça va à toute allure, mais au risque d’une certaine confusion, d’autant que l’intrigue, qui fait se heurter des sociétés secrètes concurrentes, fait intervenir, dans la bonne tradition du feuilleton, moult trahisons, doubles jeux, sosies, qui n’aident pas franchement à y voir clair dans les nombreux personnages impliqués. Heureusement, on peut s’attacher au jeune Victor, dont les capacités de surdoué explique un peu qu’il ne soit pas plus bouleversé que ça par tout ce qui lui arrive, et surtout au style de Mc Spare, doué pour croquer un personnage en quelques phrases et autant de petits détails caractéristiques. J’ai apprécié également la technologie steampunk qui fait plusieurs apparitions remarquées, et le fantastique horrifique qui surgit sur fond de sectes orientales – mais là encore ces très bons points ne sont guère exploités, faute de temps. Peut-être le problème tient-il alors à un double objectif difficile à tenir dans le volume textuel d’un roman unique : cet Ordre Coruscant se lit en effet comme un one shot, clos sur lui-même par une fin satisfaisante, et en même temps on sent qu’il pourrait très bien s’agir d’une amorce de série – celle-ci serait alors l’occasion de développer toutes ces bonnes idées !
 
Anne Besson 

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