aux éditions
Auteurs :
Emmanuelle Nuncq
,
Gabriel Katz
,
Magali Segura
,
Iain Banks
Date de parution : 0000
Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Chaque mois, Anne Besson, universitaire et membre du jury du prix Imaginales, nous présente ses lectures de fantasy.
L’idée de départ est alléchante, voisine de celle qui traverse les romans de Jasper Fforde, et ne pouvant que plaire aux amis de la lecture – il existe un monde de la fiction, où les aventures les plus palpitantes sont soustraites au temps, où les partages moraux sont clairs et définitifs… et voici que des êtres comme vous et moi, issus du monde « réel », peuvent y entrer, et le bouleverser. La perspective est donc attirante, en particulier quand elle se trouve exploitée dans des annexes originales et amusantes (un générique de fin et même un bêtisier) ; en outre la jeune romancière, qu’on pouvait rencontrer cette année à Epinal où elle est bibliothécaire, s’avère tout à fait sympathique. Je suis donc bien déçue d’être déçue, mais le texte ne tient pas ses promesses. Les personnages sont aussi minces qu’une feuille de papier, pour rester dans le lexique qui s’impose – et pas seulement ceux du récit de cape et d’épée, qu’on aurait pu excuser : mention spéciale à Christian le physicien-pirate et à sa love story express avec l’énergique Roxane. L’intrigue, pourtant simple à résumer, se complique à la lecture de confusions embêtantes : Angus, Marius, Seamus, pourquoi tant de personnages aux noms si proches, alors qu’on a à peine le temps de les identifier ? et quand Kalthourine s’avise que « Violette est sa fille ! La fille d’Eléonore… », j’en ai déduit machinalement qu’elle était leur fille à tous les deux : ça m’a fait tout bizarre de constater qu’il tombait amoureux de sa propre fille (alors que non, il tombe juste amoureux de la fille de son ancien amour – un peu comme dans Le Bossu, après tout) ! Il n’est pas toujours évident de faire la part de la volonté parodique dans ce roman, et c’est peut-être après tout cela qui explique des enchaînements maladroits, des scènes qui laissent perplexes, des répétitions qui traînent (les « odonates », rangés p. 58, à nouveau rangés p. 68). Mais peut-être faudrait-il alors que les intentions se laissent lire plus clairement.
Il s’agit du premier tome du nouveau cycle de l’auteur française, intitulé L’Eternité, du nom du Don que Naslie, l’Elue des Dieux, a choisi de faire à… la terre elle-même. Cette Terre de Sel ou île du Crabe forme le décor original de ce début : épuisé par la désertification depuis une ancienne malédiction, il revient à la vie après plusieurs années de pluies généreuses quand s’ouvre le roman. Le point de départ est une intrigue familiale, et l’ensemble du texte va pour l’essentiel en suivre les développements, autour d’un trio composé d’un petit garçon débrouillard et de ses parents, séparés avant sa naissance par des circonstances exceptionnelles. Encore très attaché à sa mère, la fameuse Elue, qui cherche à se faire autant que possible oublier, il est ravi quand se présente l’occasion de passer un peu de temps auprès de son père, un guerrier de légende, dont il ignorait jusqu’à l’identité. Son objectif devient bien vite de réconcilier ce couple un peu particulier : il est en effet le produit de l’union normalement impossible de la Magie et de l’Acier, et son existence même menace l’Equilibre qui assure la paix du continent.
Une fois n’est pas coutume, un roman de SF parmi mes lectures presque exclusivement orientées vers la fantasy : parce que, comme beaucoup, je voue un culte au cycle de La Culture (L’Homme des jeux, Une forme de Guerre…), merveilleusement bien écrit et d’une profondeur inégalée dans sa réflexion sur les limites de la bonne volonté interventionniste des civilisations évoluées ; et parce que, bonus, le motif bien connu des réalités parallèles m’a beaucoup intéressé ces derniers temps. Ah, tous ces mondes possibles, et l’idée de pouvoir visiter l’infinité de versions de nous-mêmes, légèrement ou complètement différentes, que je ne sais quel phénomène physique ne cesse de produire à chaque instant… Dans ce roman, de telles « transitions » sont le privilège de spécialistes et nécessitent un adjuvant chimique, et c’est le tout-puissant Concern qui supervise le tout. Les objectifs de ces interventions échappent à leurs exécutants, et une fois qu’on a commencé à douter, plus rien n’est clair ni stable !


