Université de l’Imaginaire : Buffy the vampire slayers

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Genre : Université de l'Imaginaire
Date de parution : juillet 2017 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Divers
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« Alone against the vampires » ? L’amitié, Dramatis personae dans Buffy the vampire Slayer ? Par Claire Cornillon, maître de conferences à l’Université de Nîmes et Natacha Vas-Deyres, professeur agrégé et docteur de l’Université Bordeaux Montaigne. L’idée de cet article inédit est née de la passion commune de ses deux auteures pour la série “Buffy contre les vampires”, diffusée entre 1997 et 2003. La perspective choisie est une focalisation sur l’un des moteurs scénaristiques de l’action et l’evolution tout à fait originale des personnages dans la série.

 
 « Alone against the vampires » ? L’amitié, Dramatis personae dans Buffy the vampire Slayer ?
 
 
La série Buffy the vampire Slayer, créée par Joss Whedon et diffusée entre 1997 et 2003 met en scène, durant sept saisons, une jeune héroïne, héritière de la culture populaire américaine, de la bande-dessinée, des Pulps1 , des mythologies américanisées2 du vampirisme dérivées de la littérature fantastique, des comédies ou séries pour adolescents, de la comédie romantique et du slasher movie, même si elle inverse le stéréotype en transformant la jeune victime potentielle en super héroïne dotée de pouvoirs surhumains. Le succès de cette série tient cependant à la promotion de valeurs humanistes et morales traversant non seulement les intrigues mais également la création des personnages : « Buffy est pour tous un modèle moral, et n’est pas, comme d’autres tueuses, une héroïne solitaire, elle est dans l’interaction avec un groupe d’amis dont elle se soucie : elle est dans l’éthique du « care »3 , tout en étant soucieuse de justice et capable de se sacrifier pour autrui . »4
 
La dramaturgie de cette série, développée en sept saisons successives, est construite autour des interactions entre trois groupes de personnages : le groupe d’amis initial fondé dans le cadre des années de lycée, le groupe des observateurs et des autres tueuses et les opposants de tous ordres, vampires, monstres, démons, entités surnaturelles. Cette dramaturgie est appuyée par l’esthétique des séries télévisées créées dans les années 1990 qui, par leur exigence, concurrencent l’écriture scénaristique cinématographique tout en ouvrant à des possibilités narratives spécifiques : les pivots de ces séries sont la qualité des intrigues, de l’image et la spécificité des personnages, héros des temps modernes mais paradoxalement emplis des failles inhérentes à l’être humain.5
 
 
 
Si cette série fut initialement conçue pour un public adolescent, les problématiques développées sont graves et leur traitement s’insère tout à la fois dans l’évolution, la caractérisation des personnages et leur distribution au sein des intrigues. Le sentiment de l’amitié traitée sur le mode de la jeunesse est un des axes du fonctionnement de la sérialité télévisuelle et va au-delà d’une réflexion sur l’âge adolescent en explorant la variabilité, la mutabilité ou l’ambigüité de la relation amicale. La singularité et la force de Buffy the Vampire Slayer tiennent à cette postulation duelle : faire de l’exploration de l’amitié entre les personnages une problématique de fond et dans le même temps se servir de la complexité de ces relations pour en faire un fondement scénaristique, autrement dit une dramatis personae à part entière.
 
 
1. LES ÉPISODES FONDATEURS.
 
L’amitié est une donnée structurelle de la série. Buffy travaille de manière extrêmement précise une structure narrative qui s’étend sur sept saisons, chacune apportant méthodiquement une pierre à l’édifice et explorant plus avant les problématiques lancées dès le pilote, et ce jusqu’à l’épisode final, qui constitue à la fois une clôture de ces problématiques et une ouverture sur un univers fondé sur de nouvelles bases.
 
 
Dès Welcome to the Hellmouth (Bienvenue à Sunnydale), épisode pilote en deux parties, Joss Whedon s’attache à présenter Buffy comme une tueuse qui sort de l’ordinaire. Elle souhaite abandonner sa mission, mener une vie normale de lycéenne et pour cela, se construire une véritable vie sociale. Dès son arrivée à Sunnydale, elle rencontre Willow, Alexander6 et son observateur Giles qui vont devenir les piliers de sa vie et de la série. Ce groupe d’amis qui se surnomme plus tard lui-même le « Scooby Gang » est bien la particularité de Buffy. Son identité secrète leur est connue et, plus encore, ils l’aident dans sa mission au point même de mettre leur vie en danger. Or, comme l’explique immédiatement la voix off de présentation de la série au début de chaque épisode, Buffy est l’élue et elle doit en principe combattre seule les forces du mal : « In every generation, there is a chosen one. She alone will stand against the vampires, the demons and the forces of darkness. She is the slayer . »7.
La particularité première de Buffy est donc d’être une tueuse qui n’est justement pas solitaire. Cet aspect est fortement confirmé dans la saison 2 par le contre-exemple que constitue Kendra, une seconde tueuse activée lorsque Buffy meurt à la fin de la première saison avant d’être réanimée par Alex. Kendra est la tueuse modèle, élevée dans l’esprit de sa mission. Elle est seule, sans famille ni amis et se trouve entièrement dévouée à son devoir. La rencontre avec Buffy lui fait d’ailleurs découvrir qu’une autre vie, qu’elle n’avait même pas imaginée, est possible.
 
Les éléments qui relient le groupe sont de plusieurs natures. D’abord, le Scooby Gang est constitué de marginaux, non pas seulement parce qu’ils sont impopulaires au lycée mais plus profondément parce que leur réalité est en décalage avec celle des autres. Dès l’épisode- pilote, Buffy est identifiée par Cordélia comme pouvant potentiellement rejoindre le clan de ses amies populaires mais Buffy choisit les élèves impopulaires que sont Alex et Willow. Cette identification par l’apparence est en effet trompeuse puisque Buffy mène une double vie, au dépend d’ailleurs de sa vie d’adolescente : dans un flashback de l’épisode « Becoming » (Acathla, première partie) dans la saison 2, montrant Buffy avant qu’elle ne devienne la Tueuse, elle est présentée de manière très similaire à ce qu’est Cordélia au début de la série. Il est intéressant que Cordélia elle-même suive le même type d’évolution à travers les deux séries, Buffy et Angel, devenant une sorte de super-héroïne ; ce qui différencie profondément Buffy des autres est sa connaissance des forces obscures à l’œuvre dans le monde. Par cette connaissance, chacun des membres du groupe bascule dans un univers que l’on peut qualifier de parallèle. Alors que les gens vivent comme si de rien n’était (même si les choses évoluent à Sunnydale au fur et à mesure des saisons car il devient impossible de cacher complètement l’activité surnaturelle liée à l’activation de la « Bouche d’enfer » sur laquelle est construite la ville), ces jeunes luttent au quotidien dans un monde habité par le mal, par la souffrance et par la mort. « Ne devrait-on pas appeler la police ? » demande Willow dans l’épisode « The Harvest » (partie 2 de l’épisode pilote) et Buffy lui répond par la négative car la police ne serait d’aucune aide face aux entités démoniaques. C’est bien cette double vie, ce savoir, qui relie profondément les personnages. « Personne ne sait. C’est comme si nous détenions un grand secret 8 », dit Alex dans le même épisode. Cette vie parallèle implique surtout des responsabilités immenses puisque le groupe est le seul rempart contre l’Apocalypse. Les institutions comme le conseil des observateurs paraissent lointaines et inefficaces, voire dangereuses. L’Initiative, dans la saison 4 est un échec. Seul le Scooby Gang parvient à venir à bout des démons de Sunnydale.
 
 
 En cela, Buffy est une héroïne libre. Elle est un contre-modèle par rapport à celles qui l’ont précédée. C’est un personnage qui se rebelle contre l’autorité qu’on lui impose et qui cherche à vivre selon ses propres règles en renversant les usages. Buffy se rebelle donc contre l’autorité, notamment en rejetant le conseil des observateurs, et entraîne avec elle Giles, qui représentait une figure d’autorité au début de la série mais qui se révèle plus ambigu9 au cours des saisons. 
Or la position de force de Buffy, qui parvient à ses dresser contre les institutions, vient précisément du fait qu’elle n’a pas besoin d’une institution pour effectuer sa mission : elle s’est construit sa propre structure qu’elle dirige et sur laquelle elle s’appuie, c’est à dire son groupe d’amis. Il n’est donc pas étonnant que dans la saison 8 de la série, qui existe sous forme de bandes dessinées et qui se déroule en même temps que la saison 5 du spin-off Angel, le Scooby Gang forme désormais une organisation mondiale de lutte contre les forces du mal dont chacun des membres dirige une antenne. En luttant contre l’autorité, Buffy se construit elle-même comme une figure d’autorité, c’est-à-dire d’abord comme une adulte.
 
La problématique essentielle de la série est donc cette solitude supposée de la tueuse que Buffy déjoue finalement dès le premier épisode mais l’ensemble de la série travaille cette idée notamment à travers plusieurs moments clefs. La première mort de Buffy, évoquée précédemment, en est un : car précisément, c’est bien parce que Alex choisit de ne jamais abandonner Buffy et se lance constamment dans la bataille alors même qu’il n’a aucun pouvoir et risque donc sa vie, qu’il parvient à sauver Buffy, quand Angel, lui, en est incapable. Chacun des personnages trouve très rapidement sa place et son rôle dès les premiers épisodes. Giles constitue la source d’informations de référence. Il connaît les forces occultes. Willow devient très vite une autre source d’informations puisqu’elle maîtrise l’informatique. Par la suite, elle constitue, avec Tara, la ressource magique du groupe. Enfin, Alex est le vaillant combattant, le bras droit de Buffy, même s’il passe plusieurs saisons à lutter contre l’impression de ne servir à rien (l’épisode 13 de la saison 3, « Le zéro pointé » est entièrement centré sur ce problème et nous y reviendrons). Les quatre membres du groupe sont donc comme les quatre facettes d’une même entité et c’est en unissant leurs forces qu’ils parviennent à lutter contre les forces du mal. A la fin de la saison 4, cette dimension fusionnelle du groupe est thématisée dans la création d’une « super-Buffy » par la fusion des forces des quatre personnages. Willow incarne alors « the Spirit », Alex « the Heart », Giles « the Mind » et Buffy « the Hand ». Par ailleurs, à plusieurs reprises ces quatre personnages sont filmés comme s’ils formaient une figure géométrique, quatre côtés d’un carré. C’est le cas dans « Primeval », l’épisode 21 de la saison 4, lors de la réconciliation du groupe. A cette image fera également écho l’ultime épisode de la série lorsque les quatre personnages se retrouvent à un carrefour avant la dernière bataille et s’éloignent ensuite chacun dans un couloir différent. Quand bien même de nombreux personnages gravitent autour du Scooby Gang, parmi lesquels Anya, Tara, Oz ou Cordélia, le groupe des quatre reste le cœur de la série du premier au dernier épisode.
A la fin de la saison 4, le groupe est clairement constitué et la dimension familiale des liens entre les personnages devient de plus en plus forte. La série se structure en effet en trois temps principaux : les trois premières saisons correspondent au lycée et se traduisent par la formation d’un équilibre qui aboutit à la bataille finale contre le Maire, véritable bataille rangée, au cours de laquelle les membres du Scooby Gang se transforment en lieutenants de guerre dirigeant l’ensemble des lycéens dans le combat. C’est, en un sens, le moment de la prise de pouvoir, de l’obtention de l’autonomie et ce n’est pas un hasard si le proviseur du lycée et le maire de la ville, deux figures de l’autorité de l’institution meurent au cours de l’épisode alors que le lycée, lieu même de l’institution, est entièrement détruit. La quatrième saison est une saison charnière. Lors de cette première année à l’université, Angel n’est plus là car il est parti à Los Angeles et le groupe se dissout puisque chacun vit une expérience spécifique. Alex n’est pas à l’université. Il essaie de trouver sa voie professionnelle et développe sa relation avec Anya. Oz quitte Willow qui explore de plus en plus la magie et rencontre Tara dont elle tombe amoureuse. Buffy se sent alors seule et les équilibres sont rompus. C’est par cette réunion des forces que nous venons d’évoquer dans « Primeval » qui permet de détruire Adam que se fonde à nouveau un équilibre viable au sein du groupe. Les trois dernières saisons lancent une nouvelle dynamique : c’est l’âge adulte, l’époque du travail, de la famille, des responsabilités. Chaque membre retrouve une place dans une sorte de cellule familiale recomposée. Car le début de la saison 5 voit apparaître un nouveau personnage, suite à une reconfiguration de la réalité, Dawn, la sœur de Buffy. C’est aussi la saison de la mort de Joyce, la mère de Buffy. Dans les dernières saisons, la place de Giles est problématique. Il ne sait précisément plus quel rôle adopter et quitte Sunnydale à plusieurs reprises. Buffy, Alex ou même Willow et Tara endossent dès lors les rôles de figures parentales et sont désormais confrontés à une nouvelle génération (Dawn puis l’ensemble des tueuses potentielles) qui se rebelle tout autant qu’eux l’avaient fait quelques années auparavant. Le lycée de Sunnydale est reconstruit, notamment par Alex et ses ouvriers, et Buffy y travaille désormais. C’est le début d’une nouvelle ère. 
L’apothéose de cette dynamique se situe bien sûr à la toute fin de la saison 7 lorsque Willow active l’ensemble des potentielles. La destruction complète de Sunnydale dans le dernier épisode de la série joue de même ce rôle de tabula rasa et d’ouverture vers un nouvel équilibre. De fait, la nature même d’élue et la fonction de tueuse se révèle être dans les dernières saisons une malédiction lancée par des sorciers dans les temps anciens. La tueuse est un instrument de ces magiciens malveillants qui se souciaient peu de savoir qu’ils sacrifiaient ainsi une jeune fille. La destinée de Buffy est de changer cet état de fait en prenant le contrôle de sa vie et en changeant les règles. Même si l’ensemble des saisons voit Buffy confrontée aux dilemmes de son devoir auquel elle ne peut échapper, elle accepte petit à petit sa position pour passer, en un sens, de l’autre côté. Elle mène une nouvelle guerre dans la saison 7, général tyrannique avec ses troupes, mais c’est là son rôle et c’est parce que les autres membres du Scooby Gang tiennent le leur que l’opération réussit. Willow réussit à activer les potentielles alors qu’Alex joue comme toujours son rôle de lieutenant.
 
Ce n’est donc seulement que les quatre personnages se soutiennent entre eux, mais plutôt qu’ils se complètent, chacun ouvrant sur un univers qui lui est spécifique. Même si le hasard les a réunis, ces personnages se sont choisis et forment dès lors une famille parallèle, voire concurrente à leur famille biologique. Les parents, dans Buffy, à l’exception de Joyce dont le cas est plus complexe, sont soit absents, soit constituent des figures très négatives, comme c’est le cas des parents d’Alex notamment. Les personnages recréent ainsi eux-mêmes des liens qui leur manquent. Très vite, Giles s’impose ainsi comme une figure paternelle. Et bien que les liens miment les relations familiales - tous ou presque vivent par exemple sous le même toit dans la saison 7, sont en charge de plus jeunes, etc – ces relations sont fondées sur l’amitié, sur le choix, renouvelé à chaque instant, de continuer le combat ensemble. Et ce choix est poussé à l’extrême puisque certains personnages meurent au cours des saisons comme Tara ou Anya et qu’Alex perd un œil dans la bataille. C’est pourquoi les moments de discorde sont si importants, comme « The Yoko Factor » dans la saison 4. Buffy dit alors dans un moment de colère : « Je vois maintenant pourquoi la prophétie ne parle pas de l’élue et de ses amis »10. Mais cet épisode précède celui même où ils vont unir leurs forces contre Adam. Ces obstacles et ces difficultés ne font que renforcer leur amitié essentielle. 
 
Dès lors on peut aussi évoquer une « fraternité du feu » car ces personnages sont liés par leur combat même. Cet aspect est poussé à l’extrême dans la série Angel puisque les personnages qui gravitent autour de lui fondent également des liens très forts, formant une famille, naissant sur le champ de bataille et se terminant d’ailleurs sur le champ de bataille laissant la survie de chacun en suspens. Dans les épisodes où des tensions apparaissent entre les personnages, elles se résolvent souvent par la nécessité d’unir leurs forces face à un danger. C’est notamment le cas lorsque Buffy revient de Los Angeles au début de la troisième saison et qu’elle peine à trouver sa place. Willow et Alex notamment se joignent à Joyce pour attaquer Buffy sur son comportement. Mais à la seconde même où des zombies font irruption dans la maison, ils redeviennent une équipe efficace et se soutiennent les uns les autres dans ce combat.
Par ailleurs, l’amitié est essentielle car elle permet à Buffy de ne pas devenir entièrement une entité surnaturelle, de ne passer de « l’autre côté » et conserver son humanité. Par sa mission, Buffy est en contact permanent, intime, avec les forces du mal, ce que thématisent bien sûr sa relation amoureuse avec Angel mais aussi avec Spike, au point que l’on découvre que la Tueuse a été créée à partir d’un démon. Il y a quelque chose d’obscur en Buffy contre lequel elle lutte de plus en plus au cours des saisons. « La mort est ton cadeau » devient un leitmotiv. En un sens, la Tueuse est de l’autre côté. Elle n’est ni tout à fait du côté des humains, ni tout à fait du côté de la vie. Elle flirte avec la mort au point de vouloir en finir et de se suicider à la fin de la saison 5. Ce sont ses amis qui, contre sa volonté, la font revenir à la vie, l’arrachant à une dimension paradisiaque. Ce sont également eux qui maintiennent son équilibre et la rattachent à ce monde. Les saisons 6 et 7 explorent particulièrement cet aspect. En ce sens, s’il est encore besoin de le préciser, Buffy n’est pas seulement une série sur le devenir adulte, n’est pas seulement une série destinée à la jeunesse, mais au contraire elle explore des problématiques violentes et profondes sur l’humain, sur le héros, sur le bien et le mal, sur la relation à autrui, le sacrifice, la mort.
 
 
 
2. LE GROUPE INITIAL : BUFFY, ALEX, WILLOW, GILES SOUBASSEMENTS DE LA « GALAXIE BUFFY ». 
 
Les sept saisons constituent une « série-univers », une galaxie unique dans l’histoire télévisuelle par son traitement scénaristique : les relations amicales complexes et évolutives entre chacun des personnages du groupe initial, Buffy, Willow, Alex et Giles constituent une dramatis personnae à part entière permettant de relancer les scenarii de chaque saison dans un double mouvement : l’amitié adolescente insouciante de la saison 1 subit dans les saisons 2 et 3 la métamorphose possible de ces même amitiés en relations désirables, sentimentales ou sexuelles. Le passage à la saison 4 redistribue les relations au sein du groupe en les déplaçant spatialement de la sphère du lycée à la sphère universitaire : Buffy et Willow deviennent étudiantes, rejetant inconsciemment de leur nouvel univers Giles qui a quitté son rôle de documentaliste et Alex qui est entré dans la vie active. La lutte contre les vampires, les entités démoniaques (telle la déesse Gloria dans la saison 5) mais également l’intégration de chacun dans une vie professionnelle, adulte et responsable va souder définitivement le groupe, malgré des batailles éprouvantes contre les forces maléfiques. Le personnage d’Alex, seul à ne pas détenir de pouvoirs surnaturels, le plus humain, devient remarquable dans les deux derniers épisodes de la saison 6, « Grave » et « Two to go », où il subit les assauts de la « Dark Willow » devenue incontrôlable par la douleur d’avoir perdu Tara ; l’amitié entre les deux personnages rend inopérante la folie criminelle de Willow fondée sur l’usage de la magie noire. Alex est le seul capable de trouver les mots pour adoucir sa peine et, par son courage, humain, vulnérable, il sauve le monde de la pulsion meurtrière de son amie d’enfance. Le personnage d’Alex serait-il la cheville narrative cachée des intrigues ?
 
Au-delà du rôle de faire-valoir, ce personnage fut construit « en creux » par les scénaristes11 : il se définit initialement par l’absence de force physique, de capacités intellectuelles en dehors du commun, il ne possède pas une dimension de séducteur et il est dépossédé par Angel de son rôle d’amoureux potentiel de Buffy dès la saison 1. En réalité Alex correspond au personnage type de l’outsider dans les séries américaines surnommé un « zeppo », un personnage qui ne possède pas de rôle exact ou d’utilité identifiée dans la narration. L’épisode 13 de la saison 3, « The zeppo » est une mise en abyme de ce que représente Alex, non seulement dans le titre mais également dans le scénario : alors que Buffy, Giles et Willow sont occupés à sauver le monde, Alex, mis de côté par ses camarades en raison de sa vulnérabilité physique est pris en otage par trois zombies qu’il doit combattre seul, par la ruse et le courage. Il a été exposé à un danger mortel mais il ne se départit pas de son flegme devant ses amis à la fin de l’épisode et ne leur révèle pas son combat personnel. Par cette attitude discrète récurrente, par son humour permanent et décalé, Alex est le moteur humoristique du groupe d’amis, l’élément dédramatisant du scénario qui transforme certains épisodes dramatiques en comédie, alors que Buffy reste dans le sarcasme et l’ironie en tuant les entités démoniaques.
 
Cette attitude délibérément flottante au sein du schéma scénaristique libère la parole de ce personnage qui devient le déclencheur des crises expiatrices au sein du groupe d’amis, comme dans l’épisode 2 de la saison 3 « Dead Man’s Party », où une fête organisée par ses amis pour le retour de Buffy dégénère en une mise en accusation de l’héroïne par ses propres compagnons lui reprochant sa fuite de Sunnydale. Cette remarquable liberté de parole du personnage, ses forces et ses faiblesses constituent d’autre part un pôle d’identification pour les spectateurs ; l’autodérision et la lucidité d’Alex fonde son humanité à l’instar des autres personnages qui ne sont pas humains : Buffy est une tueuse appartenant à un ordre surnaturel très ancien, Willow, une sorcière, Giles, un Observateur dont la force réside dans l’érudition, Angel et Spike sont des vampires, Oz est un loup-garou… Dans l’épisode 3 de la saison 1 « The Witch » Willow et Xander essaient de convaincre Buffy qu’ils peuvent l’aider :
Willow : « Yeah ! You’re the Slayer, and we’re, like, the Slayerettes ! /Buffy : « I just don’t like putting you guys in danger/Xander : « Oh, huh, I laugh in the face of danger. Then I hide until it goes away .12  ». Le téléspectateur s’identifie à Alex car c’est le personnage qui laisse paraître ses émotions et lui permet ainsi de se projeter dans la série ; ses réactions correspondent souvent à celles de l’adolescent type (cible initiale des créateurs de la série) et ses perceptions des autres personnages sont celles que l’on attend du public : du respect pour Giles, de l’amitié et de la tendresse pour Willow, de l’exaspération et de l’attirance vis à vis de Cordélia, de l’amour platonique pour Buffy…
 
 
Le second élément à prendre en compte pour comprendre que l’amitié fonctionne comme une dramatis personnae dans les scénarii des sept saisons est l’évolution potentielle ou/et virtualisée des relations amicales au sein du groupe en relations sentimentales, sexuelles, voire filiales. L’intérêt essentiel de la série réside dans l’exploration de la métamorphose de ces sentiments qui subissent un cycle pour revenir ensuite à leur statut initial. La relation amicale entre Alex et Willow est la première à éprouver cette transformation, qui doit par ailleurs être mise en parallèle avec les fluctuations individuelles de chaque personnage progressant vers la maturité. Pendant toute la saison 1, Willow soupire après Alex, comme elle le fait depuis leur enfance. Celui-ci ne voit en elle qu’une bonne amie, sans éprouver d’attirance pour elle. La situation change dès le premier épisode de la saison 2, avec un presque baiser dans « When she was bad ». Leur romance commencera à se concrétiser dans la saison 3, lorsqu’ils s’embrassent dans l’épisode 8 « Lovers walk ». 
 
Outre que cette relation est une source d’angoisse et de culpabilité, Willow et Alex étant respectivement engagés avec Oz et Cordélia, elle formalise également la peur d’une relation fraternelle évoluant malgré eux vers un désir affectif et sexuel. Le rapprochement entre Willow et Alex scelle également la rencontre entre deux solitudes et deux frustrations : tous deux se sentent marginalisés dans la petite société de la Sunnydale High School et ne semblent pas satisfaits de la relation avec leur partenaire. Ce mal-être affleure dans l’épisode 2 de la saison 3 « The puzzle » quand Alex ne souhaite pas que Cordélia interrompe un dialogue engagé avec Willow. En réalité cette métamorphose avortée d’une relation d’amitié en relation désirante et sexuelle est le point de départ de l’évolution du personnage de Willow, dont la transformation en sorcière extrêmement puissante éclipsera le thème vampirique et sera le moteur scénaristique dans la saison 6. L’ambigüité du personnage initialement falot de Willow se révèle dans cette relation amoureuse inachevée avec Alex. Son caractère semblait au début de la série assez caricatural : la meilleure amie de Buffy, très bonne élève mais coincée, avec un physique banal, qui passe inaperçue auprès de la gent masculine. A la fin de la saison 3, Willow apparaît comme un personnage très complexe, qui a pris progressivement de l’assurance, en tentant de s’affirmer et d’accomplir ses désirs. Willow n’aurait pu n’être que le faire-valoir de Buffy, et l’antithèse de Cordélia, le personnage ridicule classique des séries, victime toute désignée de l’humour des scénaristes. Mais le rôle qui lui est donné au sein du Scooby Gang va bouleverser cette approche. Très réservée, Willow a une vie sociale peu active en dehors du groupe qu’elle forme avec Buffy et Alex. Durant la saison 1, Cordélia la méprise et la considère comme un looser social au sein des groupes très stratifiés du monde scolaire de Sunnydale. Mais Willow est une surdouée en informatique. Ce don lui permet de jouer un rôle fondamental dans le groupe en piratant des sites sur Internet. Elle est souvent à l’origine de la découverte d’informations permettant à l’intrigue d’avancer. Elle franchit un cap durant la saison 2 notamment dans l’épisode 16, « Bewitched, bothered and bewildered », et entreprend de devenir une sorcière « Wicca », bienveillante et usant de la magie blanche. Ses pouvoirs s’accroissent progressivement au point de lui faire jouer un rôle déterminant à la fin de la saison 2, où elle aide à sauver le monde. Mais en rendant son âme humaine à Angel alors que Buffy doit le précipiter dans les enfers dans les deux épisodes « Acathla » à la fin de cette même saison, elle contribue involontairement à plonger la tueuse dans une profonde dépression. La sexualité même de Willow contribue à construire un personnage à rebondissements jusqu’à la fin de la série. Intelligemment, les scénaristes font de l’amitié entre Alex et Willow, après leur tentative malheureuse dans la sphère amoureuse, un des piliers de l’équipe Buffy. Mais ils font aboutir leur relation avortée dans le monde parallèle créé par Cordélia dans l’épisode 9 de la saison 3, « The Wish » après qu’elle eut souhaité devant le démon vengeur Anya la non-existence de Buffy : dans un Sunnydale (et le monde entier ?) dominé par les non-morts, Alex et Willow sont devenus des vampires cruels qui assument et assouvissent totalement leurs penchants pervers tant sexuels que meurtriers. Sur cette base, Joss Whedon s’est amusé à faire « disjoncter » le personnage, il met l’accent sur la sensualité d’une « Bad Willow » alternative particulièrement vicieuse et dominatrice. La séquence la plus forte est celle où elle torture un Angel immobilisé en s’asseyant à califourchon sur son bassin. La relation entre Alex et Willow dans le monde parallèle est l’occasion pour le téléspectateur de mieux comprendre les sentiments parfois sado-masochistes que Buffy entretient avec Angel puis avec Spike. 
 
 
Enfin, le personnage de Willow est rendu plus complexe encore lors de la découverte de son homosexualité avec Tara dans les saisons 4 et 5 puis dans son goût du pouvoir à la fin de la saison 3, notamment dans l’épisode 19 de la saison 3, « Choices », où Willow se fait moraliste pour bien déterminer les rôles de Faith et Buffy : prise dans son amitié pour cette dernière, elle jalouse Faith la Tueuse qui lui a pris pour un temps l’attention de Buffy. Si elle se permet de la sermonner, ce n’est pas pour la ramener dans le droit chemin mais pour prouver qu’elle est capable de l’affronter et de résister au danger qu’elle représente. Par ailleurs, elle montre une vraie jouissance à raconter à Buffy sa résistance contre Faith. D’autre part, face à un Giles affaibli par son exclusion du Watcher’s council, et par la présence de Wesley qui est supposé le remplacer, la position de Willow est valorisée comme élément moteur de l’équipe. Cet épisode montre un couple Willow-Buffy (sur le modèle réflexion/action) très autonome, ce qui n’est pas sans conséquence sur la perception des autres personnages : Giles est respecté mais il perd très nettement en influence et il apparaît souvent hésitant sur la marche à suivre.
 
Cette dernière remarque sur le personnage de Giles nous amène à considérer comment ce personnage-clé de la série, seul adulte du Scooby Gang et Observateur (c’est-à-dire un protecteur nommé par une organisation anglaise très ancienne dès qu’une nouvelle tueuse apparaît) réussit à tisser des liens d’amitié, apparentés à de l’amour filial avec Buffy, pour intégrer ce groupe de jeunes. Encore une fois, la réussite de la série tient à cette singularité scénaristique, une amitié intergénérationnelle. Le personnage de Giles, à l’instar des autres membres du groupe est un être complexe : c’est l’unique adulte du Scooby Gang mais sa personnalité parfois ambivalente se révèle au fil des saisons. Il apparaît aux yeux de Buffy, Alex et Willow comme enfermé dans son rôle austère et strict d’Observateur, opposant de ce fait un célibataire d’origine anglaise à un groupe de jeunes américains en pleine recherche de leur vie sentimentale et sexuelle. Pourtant les singularités du scénario vont faire progressivement émerger un tout autre personnage, révélant un passé trouble, versé dans l’occultisme, gommant par là même l’image lisse de la saison 1 et redistribuant les sentiments amicaux au sein du groupe initial. Dans l’épisode 6 de la saison 3, « Band Candy », une friandise ensorcelée fait subir aux adultes une régression adolescente : Buffy, Alex et Willow découvrent alors un Giles « punk », violent, anarchiste, qui fume de la marijuana et sort avec la mère de Buffy, redevenue elle aussi une adolescente insouciante et rebelle. Au lieu de provoquer une complicité renforcée avec les jeunes du groupe, cette régression génère chez eux une peur panique d’avoir perdu l’ami adulte et responsable qu’était Giles, un rempart contre leur désarroi. Par sa réversibilité entre les personnages, cet épisode est fondamental car il cimente l’amitié intergénérationnelle : voyant qu’ils peuvent perdre Giles les membres du Scooby Gang prennent conscience de sa valeur et lui se rapproche d’eux par une jeunesse momentanément retrouvée.
 
L’amitié entre Buffy et Giles se fonde sur une distorsion initiale de leurs rôles respectifs. Pour la première fois dans la lignée des tueuses, une jeune fille désignée refuse son destin (présenté par Giles dans la saison 1 comme inéluctable) et l’obéissance à l’autorité de l’Observateur. La tueuse n’avait jusque là jamais travaillé avec un groupe d’amis et Giles, dont le rapport à l’autorité est parfois vacillant13 , accepte un assouplissement des règles du Conseil. A partir de là, le rapport entre Giles et Buffy devient complexe : en réduisant la distance entre elle et lui, en dépassant les relations professionnelles, Giles permet à l’affection de naître entre eux. La relation devient amicale, complice et c’est la raison pour laquelle il essaie mollement de la mettre en garde contre la tentation d’avoir une vie privée. Il est réticent par exemple à l’idée qu’elle sorte avec Owen dans l’épisode 5 de la saison 1, « Never kill a boy on the First date » mais il se montrera trop peu inquiet et trop tardivement de sa relation avec Angel : il ne raisonnait dès lors plus en Observateur mais en ami. Dans « Reptile boy », épisode 5 de la saison 2, Giles prend conscience de la pression qui pèse sur les épaules de la jeune fille lorsqu’il la fait travailler trop durement. La fin de l’épisode met en scène Giles avec une attitude très paternelle lui expliquant les réalités de la vie d’adulte. Il dépasse dès lors ses fonctions d’Observateur et évoque avec Buffy des éléments qu’elle n’arrive pas à partager avec sa propre mère. Giles devient un confident compréhensif, presque un père mais qui ne la juge pas comme le ferait un parent. A la fin de la saison 3, dans les derniers épisodes, « Graduation » 1 et 2, alors que Giles a démissionné de son poste d’Observateur, ne supportant pas de trahir Buffy pour obéir aux cruelles traditions du « Watcher’s council », leurs liens n’ont plus d’autres raisons que leur amitié et leur affection réciproques. Dans l’épisode 10 de la dernière saison, « Bring on the night », les masques et les pudeurs sont levés : Giles revient d’Angleterre et Buffy l’accueille avec toute l’affection possible en lui confiant combien il lui a manqué. Cette ultime saison télévisuelle, dans l’urgence d’un combat d’un combat avec le Mal Absolu, « la Force » est aussi l’occasion d’aveux touchants entre les personnages sur la profondeur de leurs relations, comme c’est le cas entre Buffy et Spike.
 
 
3. L’AMITIÉ AMBIGUË OU AMITIÉS AMOUREUSES AVEC ANGEL ET SPIKE : DÉVELOPPEMENTS SCÉNARISTIQUES OU CATHARTIQUES ?
 
Angel est un personnage très complexe, qui apparaît au départ comme secondaire, mais qui prend au fur et à mesure des épisodes une telle importance qu’il devient le héros d’une série dérivée éponyme, lancée au début de la saison 4 de Buffy. Non seulement il vit avec Buffy un amour impossible et tragique qui structure les trois premières saisons mais il est lui-même un héros paradoxal qui va construire à Los Angeles un nouveau groupe d’amis, une nouvelle famille, autonome par rapport au Scooby Gang, au point qu’ils entrent même en opposition lors de la saison 5 d’Angel qui a lieu après la fin de sa série sœur. 
Angel est, dans les tous premiers épisodes de Buffy, l’ami ambigu qui aide le Scooby Gang, qui semble bien connaître les forces obscures, mais dont on ne sait presque rien. Or c’est précisément lorsque Buffy entame une relation amoureuse avec lui dans l’épisode « Angel » que des flashbacks permettent de comprendre son identité et son histoire. Il faut cependant attendre la saison 2 pour en comprendre tous les aspects, révélés précisément au moment où les conséquences de ces événements se font jour, dans « Surprise » et « Innocence ». Angel est né en 1727 en Irlande sous le nom de Liam. Il est transformé en vampire par Darla et prend le nom d’Angelus. Tous deux sèment la terreur pendant près de 150 ans mais, à la fin du XIXe siècle, il tue une bohémienne dont le clan se venge de en l’affligeant d’une malédiction : il retrouve son âme mais est condamné à la perdre s’il connaît un seul instant de véritable bonheur. Angel est donc un personnage qui lutte en permanence contre la face obscure de lui-même et qui est condamné à la solitude. Il vit avec la culpabilité des crimes qu’il a commis et tente de se racheter. Son intégration dans le Scooby Gang est donc problématique : il est l’ami et l’ennemi en même temps. Alex par exemple ne se défera jamais entièrement de sa méfiance vis-à-vis du vampire, et leur antagonisme, souligné par la rivalité due à leur amour pour Buffy, est une donnée fondamentale des premières saisons. Mais Angel est un atout pour le groupe, non seulement en raison de sa force physique, mais surtout pour sa connaissance des forces occultes.
Pourtant, Angel, redevenu Angelus après une nuit passée avec Buffy, n’est autre que l’ennemi de la saison 2, aux côtés de Drusilla, qu’il a créée, et de Spike, deux anciens compagnons de route d’Angel et de Darla. Lorsque Angel devient l’ennemi, Spike commence à se rapprocher du Scooby Gang, dont il finira par faire partie bien plus tard. Angelus est mégalomane et cherche rien de moins qu’à détruire le monde alors que Spike souhaite avant tout profiter de ce monde. Les deux vampires sont rivaux malgré leur amitié, et la présence de Drusilla crée un trio amoureux particulièrement cruel. Angel est envoyé dans une dimension démoniaque par Buffy juste après que Willow a réussi à lui rendre son âme à la fin de la saison 2. Il reprend sa place au sein du groupe dans la saison 3 lorsqu’il est ramené de cette autre dimension. Mais sa relation avec Buffy reste impossible et il finit par quitter Sunnydale pour éviter de la faire souffrir. L’itinéraire d’Angel au sein du groupe dans Buffy est donc extrêmement chaotique : Angel est celui qui ne trouve sa place nulle part et qui lutte intérieurement contre lui-même. La solitude semble devoir être son fardeau.
 
Or, tout comme Buffy, mais à Los Angeles cette fois, il parvient à constituer une famille autour de lui. Là encore, ceux qui vont devenir ses amis sont à l’origine de ce regroupement. En quelque sorte ils s’imposent dans la vie d’Angel et le soutiennent alors même qu’ils connaissent ses facettes les plus sombres. Angel Investigations, l’agence créée par le vampire avec Cordélia, aide les personnes victimes de forces surnaturelles. Angel essaie ainsi de racheter ses crimes en utilisant ses compétences pour venir en aide aux gens. Le groupe qui se forme autour de lui est fait de marginaux sans famille et qui n’ont rien à quoi se raccrocher si ce n’est cette amitié. Cordélia est seule et ne parvient pas à percer comme actrice. Wesley est un ancien observateur devenu chasseur de démons indépendant. Gunn combat lui aussi les vampires avec sa troupe de jeunes dans les rues de Los Angeles et Fred revient traumatisée d’un séjour de plusieurs années dans une autre dimension. Tous ces personnages reconstituent une famille autour d’Angel. Cette structure se confirme lorsque Darla donne naissance à Connor, le fils d’Angel et que Cordélia endosse un rôle de mère. Tous sont liés comme le Scooby Gang par la fraternité du feu. Mais Angel est une série extrêmement sombre, bien plus noire que sa série jumelle. Les tensions qui agitent le groupe sont bien plus graves, en particulier le rejet de Wesley après qu’une erreur d’interprétation d’une prophétie a mené à la disparition de Connor dans une dimension démoniaque. Angel tente même de tuer Wesley dans son lit d’hôpital. Les choix auxquels ils sont confrontés sont aussi particulièrement dramatiques. Alors que dans Buffy, les personnages construisent leur identité au cours de la série, dans Angel, il est déjà trop tard. Et la rédemption est impossible. A ce titre le personnage de Connor est probablement le plus tragique. Connor est traumatisé par son passé. Elevé par l’ennemi juré d’Angel dans une dimension démoniaque, il vit dans la haine de son père. Il est marqué par le mal et sa souffrance ne trouve aucune issue. Il finit par mener un attentat-suicide. Angel le sauve in extremis en passant un marché avec Wolfram et Hart : Connor ne se souvient pas de son passé et est placé dans une famille qu’il croit être la sienne pour qu’il puisse vivre une vie normale. Angel renonce donc encore une fois à un être cher. On voit donc bien que, dans le monde au sein duquel évoluent ces personnages, il n’y a pas d’issue heureuse possible. C’est ce que finit par comprendre Angel au fur et mesure des saisons : son désir de rédemption est illusoire. Il est condamné à porter le poids des actes qu’il a commis et par ailleurs son combat pour le bien n’aboutira jamais. Le groupe ne pourra pas vaincre le mal, ils ne peuvent que continuer à lutter au quotidien. Ainsi la fin d’Angel porte une thématique tout à fait différente de la victoire sublime qui clôt Buffy. Le sacrifice de Wesley et la mort tragique de Fred font que seuls les non-humains finissent par rester debout lors de la dernière bataille. L’échelle n’est plus la même. Elle est presque cosmique dans Angel. Et la dernière image voit les survivants se lancer à l’assaut de hordes de démons sans que l’on sache s’ils y survivront. Le combat ne s’arrêtera jamais mais le groupe d’amis est là pour lutter jusqu’à la fin. 
Angel est donc un personnage paradoxal qui, comme Buffy, oscille entre la solitude de laquelle il devrait être prisonnier et l’amour profond qu’il a pour ses amis et que ses amis ont pour lui. Face à l’adversité, ils choisissent de se regrouper pour lutter. Dans Angel, peut-être encore plus que dans Buffy, les personnages choisissent d’unir leurs solitudes. Ils n’ont rien d’autre que cette vie mais c’est pour cela aussi qu’ils mènent le combat si loin.
 
 
Le personnage de Spike semble épouser cette problématique mais la complexité de sa personnalité et des relations ambigües qu’il mène avec les membres du Scooby Gang en font un des personnages les plus intéressants de la série Buffy the Vampire slayer et de son spin-off Angel. A première vue Spike semble être un personnage flamboyant, trublion, fait pour « pimenter » les développements scénaristiques de sa présence humoristique, de ses tendances sadiques et violentes. Au fil des saisons il se révèle comme un des personnages les plus construits et les plus complexes de la série, un des plus fascinants peut-être pour le téléspectateur. Spike apparaît initialement comme un complice d’Angel du temps où ce dernier était Angelus. Mais a contrario de celui-ci qui subira un parcours paradoxal et chaotique dans ses relations amoureuses ou amicales comme nous l’avons vu un peu plus haut, Spike construit progressivement et initiatiquement ses relations amoureuses/amicales avec Buffy et chaque membre du Scooby Gang : Angel disparaît presque totalement du scénario après la saison 314 , même si les scénaristes le feront revenir, tel le Deus ex machina du théâtre classique dans quelques épisodes, notamment « Forever » dans la saison 4 et dans les deux derniers épisodes de la saison 7, « End of days » et « Chosen », alors que Spike évolue d’une présence ponctuelle à un personnage-clé de la série, sauvant le monde par son sacrifice dans ces ultimes épisodes. Cette évolution scénaristique est visible dans les rapports amicaux que Spike entretient avec le Scooby Gang. Pourtant dès son apparition en compagnie de Drusilla dès la saison 2 le vampire punk, dont la tenue et l’attitude sont inspirés des chanteurs punks Sid Vicious15 et Billy Idol16 , est considéré par le groupe comme extrêmement dangereux et ennemi mortel, complice d’Angel redevenu Angélus à l’initiale du scénario17 . Mais la particularité de Spike est qu’il a gardé une part d’âme humaine depuis sa transformation. Même vampire, plusieurs de ses intérêts sont caractéristiques d’une vie d’humain, attaché aux émotions et aux sens, attitude totalement inédite pour la dimension vampirique : la passion obsessionnelle qui le lie à Drusilla puis à Buffy, l’attrait pour la violence et non pour le mal (à l’inverse d’Angelus), la loyauté à l’égard de Dawn ou d’Alex, la capacité à analyser et à comprendre finement les relations humaines, un sens de l’humour cynique et percutant et un attrait étonnant pour l’alcool, les friandises ou la nourriture. Dans l’épisode 19 de la saison 7, en pleine préparation du combat décisif contre la Force, Spike a une discussion tout à fait décalée avec Andrew sur une recette de beignets de fleur de courgettes ! D’autre part, le parcours du personnage dans la série est marqué par la recherche de l’absolue rédemption. Dans son ouvrage Televised Morality : the case of Buffy the vampire slayer18 , Gregory Stevenson démontre que la série Buffy, “contains a very healthly moral premise and underlying ethic. Buffy also praises for its realistic depiction of moral and ethical issues “.19 Spike se construit sur une ligne de démarcation entre monstruosité et humanité, ce qui provoque des actes insensés pour le vampire qu’il est ou l’être humain qu’il tente d’être, entre une violence incontrôlable (la tentative de viol sur Buffy dans l’épisode 19 de la saison 6, « Seeing Red ») ou d’héroïsme désintéressé (en sauvant Alex des mains de Caleb dans l’épisode 18 de la saison 7, « Dirty girls »). Ce parcours singulier va de facto se répercuter sur ses relations avec les autres membres du Scooby Gang.
Dans la galaxie Buffy il semble impossible à première vue qu’une amitié puisse naître entre humains et vampires. Pourtant les trouvailles scénaristiques vont intensifier la situation singulière de Spike : l’expérience scientifique dont il sera victime dans la saison 4, une puce électronique implantée dans son cerveau par le groupe de l’Initiative, annihilant toutes ses velléités prédatrices envers les humains, détourne sa violence initiale vers les démons et le rend sympathique aux yeux du Scooby Gang qui va progressivement l’intégrer dans le groupe. Mais cette situation ne sera ni définitive ni stable. Une antipathie naturelle fut l’origine des relations entre Alex et Spike, qui s’insultent très régulièrement. Mais Alex va héberger Spike par deux fois chez lui dans un confort très relatif, ils feront équipe sans problème lors de missions communes et comme nous l’avons vu un peu plus haut, Spike sauve Alex des mains de la Force. Sous une inimitié de façade, le respect est né. Spike est tout à fait déférent envers les pouvoirs de Willow qui sera par deux fois sa confidente dans l’épisode 8 de la saison 3, « Lovers walk » et l’épisode 7 de la saison 4, « The initiative ». Il semble que l’amitié entre Spike et le Scooby Gang soit à lire en « creux », comme dans l’épisode 8 de la saison 6, « Tabula rasa », qui voit Giles et Spike, anglais tous les deux, se prendre réciproquement pour le père et le fils de l’autre lors d’une perte totale de mémoire. Malgré le respect inhérent entre Spike l’allié et les humains, l’expression franche de l’amitié semble devoir rester discrète. Comme dans l’épisode du monde parallèle crée par Cordélia, c’est dans le monde onirique que le synopsis permet l’expression non bridée des émotions, des sentiments ou des pulsions : dans « Restless », dernier épisode de la saison 4, les quatre personnages du Scooby gang s’endorment et cauchemardent. Dans le rêve d’Alex qui suit un cheminement onirique en passant d’un lieu à un autre sans aucune logique, Spike et Giles joue à la balançoire pendant que Gilles fait l’apprentissage de Spike en tant qu’observateur. Leur relation intime annonce la complicité tragique et jusqu’au-boutiste de la saison 7 et sublime le personnage de Spike, qui dépassera sa propre monstruosité en choisissant de mourir par amour pour Buffy et pour l’humanité, atteignant là presque une dimension christique. Pour Caroline Herman, dans son article « Buffy the Vampire slayer and Dichotomy of self : a study in the shadow selves of Buffy and Spike », “ [i]t is not until Spike chooses the ultimate redemption - in sacrificing his body and newly gained soul to save the world - that Buffy tells him she loves him.” He responds “No, you don’t. But thanks for saying it.” (Whedon, “Chosen”) Spike burns to death, rather ironically dying a vampiric death that nevertheless has religious overtones - fire, light that overcomes, consumes, and purges Spike (and thus Buffy) of his darkness . “20
 
 
Pour le chercheur, étudier une série complexe comme Buffy the vampire Slayer nécessite de dépasser par des perspectives précises comme le traitement thématique de l’amitié, son statut erroné de série populaire. Par son travail sur la narration, portée pour beaucoup par les relations interpersonnelles complexes qu’elle dessine, Buffy tisse une trame aux enjeux divers. A la fois surprenante et maîtrisée, la série use à plein des possibilités de la narration sérielle et dresse, durant sept années, le portrait d’un groupe d’amis, rentré désormais dans l’histoire de la télévision. Pour Joss Whedon, créateur de la série, l’intérêt de la communauté universitaire pour ses personnages et les scénarii de son équipe insiste sur l’enjeu initial de cette œuvre télévisuelle et médiatique : “Buffy on the other hand, is, I hope, not idiotic. We think very carefully about what we’re trying to say emotionally, politically and even philosophically while we’re writing it …21 “.
 
 
 
 
Claire Cornillon, maître de conferences à l’Université de Nîmes et Natacha Vas-Deyres, professeur agrégé et docteur de l’Université Bordeaux Montaigne.
 
Notes :
 
   1 Dans l’épisode 18 de la cinquième saison, « Intervention », le robot féminin créé par Warren pour Spike développe le thème de la femme-robot initialement créé par l’Eve-future (1886) de Villiers l’Isle Adams ou Le Metropolis (1927) de Fritz Lang. La dimension libérée du robot rappelle également l’héroïne de la bande dessinée Barbarella (1962) de Jean-Claude Forest), héroïne féministe et sexuellement libérée 
   
    2 C’est l’écrivaine Anne Rice dans ses chroniques de vampires (Entretien avec un vampire, 1976, Lestat le vampire, 1985, et La Reine des damnés, 1988) qui a profondément renouvelé l’imagerie vampirique et surtout déplacé géographiquement la figure du vampire de l’Europe aux Etats-Unis, notamment en Louisiane. De cette fascination pour les vampires d’Anne Rice, résulte donc toute une panoplie d’œuvres plus ou moins réussies ciblant les adolescentes et dont les principaux acteurs sont, outre Twilight, (romans de Stepfanie Meyer et versions filmiques), Buffy the vampire Slayer, Les aventures d’Anita Blake, True Blood et The vampire diaries (créée par Julie Plec et Kevin Williamson, en 2009 et tirée des livres de L. J. Smith publiés en 1991). La série reprend le thème des vampires dans le Sud, ici en Virginie, dans la ville de Mystic Falls. De ces cinq sagas (télévisées ou littéraires), deux ont pour décor le Sud des Etats-Unis et certaines font référence à Anne Rice par des répliques hommages (« Vous n’imaginez pas le nombre de petits vampires qui voulaient que je les appelle Lestat », plaisante Buffy dans l’épisode 3 de la saison 1). « En transférant le mythe du vampire en Louisiane, on passe d’un milieu froid et gothique à la Dracula à quelque chose de moite, qui suppure, qui pourrit, se décompose, quelque chose de sale : les bayous. Cet environnement étouffant semble avoir une influence sur le personnage sudiste, l’entraînant vers la démence » : La Nouvelle-Orléans serait donc une contrée sauvage, pas encore domestiquée par l’uniformité américaine, où régnerait la loi du plus fort, et c’est ce qui fait son charme ; souvent considérée comme un lieu de perdition, elle pourrait bien être devenue un nouveau Far-West, déplaçant le mythe de la Frontière, un lieu où tout serait possible et où l’Amérique pourrait retrouver sa sauvagerie oubliée. Voir à ce sujet l’article de Morgane CAUSSARIEU, « Le Sud comme excroissance du Vampire », consultable sur http://www.psychovision.net/livres/...
 
   3 Depuis quelques années est née aux États-Unis la pensée du care, réflexion éthique sur la prise en charge, le plus souvent par des femmes, des personnes les plus vulnérables. Le care désigne « une activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre « monde », de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nous-mêmes et notre environnement, tous éléments que nous cherchons à relier en un réseau complexe, en soutien à la vie » Joan TRONTO, Un monde vulnérable, pour une politique du care (Moral Boundaries : a Political Argument for an Ethic of care, 1993), traduit de l’anglais par Hervé Maury, Paris, La Découverte, 2009, p.143
 
  4 Sandra LAUGIER, « Buffy tueuse de Vampires : éthique, féminisme, philosophie », Article de L’Express, 28 octobre 2010.
 
  5 Cette esthétique particulière est née dans les années 90 avec notamment les séries Twin Peaks (David Lynch, Mark Frost, 1990), X-Files (Chris Carter, 1993), Friends ( Martha Kaufmann et David Crane, 1994) ou encore Urgences (Michael Crichton,1994).
 
  6 Alexander sera désigné par les diminutifs Alex (dans la version française) ou Xander (dans la version originale).
 
   7 « A chaque génération, il existe une élue. Elle seule se dressera contre les vampires, les démons et les forces du mal. Elle est la tueuse. » (Toutes les traductions sont des auteurs de cet article)
 
  8 « Nobody knows, it’s like we have this big secret. » Xander, in “The Harvest”, saison 1, episode 2
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  9 Voir supra.
 
  10 « I can see now why there is not a prophecy about the chose one and her friends. » Buffy in “The Yoko Factor”, Saison 4, episode 20.
 
  11 Mutant Enemy, une entreprise de production créée par Whedon en 1997, s’occupait de l’écriture des scénarii. Les scénaristes les plus crédités sont Joss Whedon (26 épisodes), Marti Noxon (23 épisodes), Jane Espenson (23 épisodes), David Fury (17 épisodes), Doug Petrie (17 épisodes), David Greenwalt (8 épisodes), Rebecca Rand Kirshner (8 épisodes), Drew Z. Greenberg (6 épisodes), Rob Des Hotel et Dean Batali (5 épisodes en collaboration), Steven S. DeKnight (5 épisodes) et Drew Goddard (5 épisodes). Voir le Buffy episode guide sur le site de la BBC, http://www.bbc.co.uk/cult/buffy/ind...
 
   12 Episode « The witch », 14’ 66’’ Willow : Ouais ! Tu es la Tueuse, et nous, nous sommes, euh, tes choristes. Buffy : C’est juste que je n’aime pas vous mettre en danger. Alex ! Oh, euh, je ris face au danger. Et ensuite je me cache jusqu’à ce qu’il s’en aille. » 
 
   13 Dans l’épisode 10 « Billy » de la saison 1, nous découvrons que son pire cauchemar est que Buffy se fasse tuer. Il est particulièrement présent dans les batailles, ce qui est tout à fait contraire à son rôle d’observateur, comme dans « Helpless », épisode 12, saison 3 où il va lui sauver la vie. Enfin il remet progressivement en question les règles du Conseil, comme dans « What’s my line », épisodes 9 et 10 de la saison 2, car Giles préfère la vivacité, la personnalité affirmée et le sens de l’initiative de Buffy. Kendra a tout l’air d’une machine à tuer, ce qui donne une idée des normes voulues par le Conseil. Enfin il trahit même ce dernier, ne supportant pas d’avoir fait perdre à Buffy tous ses pouvoirs pour passer l’épreuve du Cruciamentum (« Helpless »). Malgré la venue du nouvel observateur Wesley, Giles sera désormais présent comme un ami fidèle, sans plus rien devoir à l’autorité du conseil.
 
  14 Le vampire romantique reste cependant dans le cœur de Buffy comme la marque ineffaçable du premier amour impossible et tragique, l’émotion étant à son comble à la fin du dernier épisode de la saison 3 « La cérémonie », où Buffy comprend et accepte la disparition d’Angel en le voyant pour la dernière fois dans le chaos du lycée détruit.
 
  15 Nous rappelons que Sid Vicious, chanteur des Sex Pistols, victime d’une overdose d’héroïne à New York en 1979, est devenu une icône du mouvement punk.
 
  16 Dans une sorte de clin d’œil ironique et référentiel des scénaristes, Spike prétendra même dans l’épisode 8, « Sleeper », de la saison 7 que c’est le chanteur qui lui a pris son image, manteau de cuir et cheveux péroxydés.
 
  17 Les relations entre Angelus et Spike sont anciennes et expliquées dans les épisodes 7 de la saison 5 (« Fool for Love ») et 17 de la saison 7 (« Lies my parents told me ») : Spike était en 1880 un jeune poète surnommé « William le sanglant » en raison de sa médiocre production littéraire. Figure du loser romantique adoré par une mère phtisique, rejeté par la femme qu’il aime, il est remarqué par Drusilla (transformée en vampire par Angelus) qui en en fait son compagnon vampirique. William pour sauver sa mère mourante la transforme à son tour en vampire mais cette dernière n’a plus aucun amour pour lui, elle l’humilie et lui propose même une relation incestueuse. William, atterré par l’attitude de cette mère qu’il ne reconnaît plus, la tue. Il rejoint dès lors le groupe formé par Angélus, Drusilla et Darla et acquiert le nom de Spike car il torture ses victimes avec des rivets (spike en anglais) de chemin de fer.
 
  18 Voir Gregory STEVENSON, Televised Morality : the case of Buffy the vampire slayer, Lanham Hamilton Books, 2003.
 
  19 Ibid, p.16
 
   20 Caroline HERMAN, Washington College, Maryland, Etats-Unis, “ Buffy the Vampire slayer and Dichotomy of self : a study in the shadow selves of Buffy and Spike”, consultable sur http://www.watcherjunior.tv/01/herm...
 
  21 Joss WHEDON, interrogé par Gregory Stevenson, Televised morality, op. cit, p. 13
 
 
 

Claire Cornillon , Université de Nîmes, Natacha Vas-Deyres, Université Bordeaux Montaigne