Université de l’imaginaire : Rosny Ainé et le fantasme de l’âge d’or de l’anticipation française
de J.H Rosny Aisné
aux éditions
Genre : Essai
Sous-genres :
  • Anticipation

Auteurs : J.H Rosny Aisné
Date de parution : septembre 2017 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :

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Cet article inédit sur la réception actuelle des œuvres d’anticipation de Rosny Aîné est l’œuvre de Clément Hummel, doctorant de l’Université de Caen. Si le sujet de sa thèse, Modernités du roman scientifique chez J.-H. Rosny aîné, se consacre à un des écrivains majeurs de l’anticipation française, ses recherches lui permettent également d’explorer un continent littéraire méconnu, celui de la science-fiction française des années 1900 à 1940.

Introduction
 
Dans l’Avertissement de l’édition en volume chez Plon de La Force mystérieuse en 1914, Rosny aîné rappelait un incident éditorial qui avait entouré la première publication de son roman l’année précédente dans la revue Je Sais Tout du n°96 (15 janvier 1913) au n°100 (15 mai 1913).
 
« Le 11 mars 1913, un ami américain m’adressait le billet suivant :
 
"Avez-vous cédé à un écrivain anglais - et des plus célèbres - le droit de refaire votre roman qui paraît actuellement dans Je Sais Tout ; lui avez-vous donné le droit de prendre la thèse et les détails, comme le trouble des lignes du spectre, l’excitation des populations, les discussions sur une anomalie possible de l’éther, l’empoisonnement de l’humanité - tout ? Le célèbre écrivain anglais publie cela en ce moment sans vous nommer, sans aucune référence à Rosny Aîné, en plaçant la scène en Angleterre." »
 
Le célèbre écrivain anglais n’était autre que Sir Arthur Conan Doyle qui commençait la publication de son nouveau roman The Poison Belt dans Strand Magazine. Rosny poursuivait son récit en concédant des « coïncidences fâcheuses » entre le thème et la thèse des deux récits. Confiant, bien que prudent, il évoquait cette possibilité tout en rappelant la primauté de la publication de son récit :
 
« Comme je sais, par une expérience déjà longue, qu’on est souvent accusé de suivre ceux qui vous suivent, j’estime utile de prendre date et de faire remarquer que Je Sais Tout avait fait paraître les deux premières parties de La Force mystérieuse quand The Poison Belt commença à paraître dans le Strand Magazine. »
 
Il nous paraît intéressant de nous pencher sur l’adage on est souvent accusé de suivre ceux qui vous suivent quand elle est écrite sous la plume de Rosny aîné. L’histoire littéraire et le grand public retiennent de cet auteur particulièrement prolifique un texte en particulier qui ne cesse d’être réédité et décliné sous divers supports ou modes artistiques depuis sa première publication en 1909, La Guerre du feu. Grâce à ce roman, Rosny est universellement connu comme étant l’inventeur du roman préhistorique dont le modèle n’a été d’ailleurs que peu modifié depuis. Pourtant cette assertion est particulièrement sujette à débats en raison de l’extrême popularité de la préhistoire au milieu du XIXe siècle, générant de très nombreux essais, dont le discours relève parfois d’un pseudo-scientisme proche de la fiction1 , ainsi que de quelques récits comme celui du préhistorien Adrien Arcelin en 1872, Solutré ou les chasseurs de rennes de la France centrale. Si Rosny a été érigé comme figure tutélaire de ce sous-genre romanesque, c’est avant tout grâce à l’aura positive de La Guerre du feu qui éclipse presque totalement ses autres romans préhistoriques comme Vamireh ou Le Félin Géant.
 
Familier du « Grenier » d’Edmond de Goncourt et devenant membre fondateur de l’Académie Goncourt puis son président à la suite du décès de Gustave Geffroy en 1926, la légitimité de Rosny n’a jamais été remise en question alors que sa production littéraire compte un nombre non négligeable de romans dits « populaires » qui ont pu lui valoir de fameux succès critiques et commerciaux. Ce succès est peut-être biaisé par une signature, « J.-H. Rosny aîné, de l’Académie Goncourt », qui lui a permis de vite monter les échelons de la reconnaissance pour ses récits. Auteur populaire, tout en incarnant l’Institution - nous nous permettons la majuscule - son œuvre littéraire foisonnante fait écho à ce double statut : on peut envisager d’en distinguer d’une part un versant réaliste avec des romans de mœurs fortement marqués par le naturalisme et d’autre part une suprématie du fantastique dans une acception très large qui inclurait entre autres ses romans préhistoriques et romans scientifiques. Ce sont ces derniers qui nous intéresseront tout particulièrement ici. Marqués par une inventivité déconcertante pour le lecteur de l’entre-deux siècle et pourtant à l’origine de plus de rééditions que ses romans traditionnels (citons Les Xipéhuz, La Guerre du feu, La Mort de la Terre, La Force mystérieuse), ils contribueront à forger le mythe de l’auteur lige au service d’un genre littéraire naissant, le merveilleux-scientifique.
 
Cependant, se peut-il que l’histoire littéraire se soit à nouveau égarée ? Il a très souvent été suggéré par ses contemporains, et depuis par la critique, que Rosny ait été le chef de file du merveilleux-scientifique. Il est ainsi tout naturel de fantasmer un cercle littéraire du merveilleux-scientifique qui se serait constitué autour de lui, à l’image du Groupe de Médan pour les familiers de Zola. Un revers du complément « de l’Académie Goncourt » apposé à son nom aurait-il été de gommer l’objectivité des commentateurs passés et présents ? Si l’on croit à tort qu’il invente le genre du roman préhistorique - et que ses précurseurs soient systématiquement considérés comme de pâles prototypes - que penser de son intronisation en tant que « Maître » du merveilleux-scientifique ? Cela ne résulte-t-il pas d’une vision fantasmée de la littérature d’imagination scientifique perdue dans une sorte d’âge chimérique, pour ne pas dire mythologique ? En nous appuyant sur le constat d’une histoire littéraire d’avant-guerre lacunaire causée par la réception de la science-fiction américaine en France, nous verrons pourquoi ce fantasme fait de Rosny aîné un écrivain dont l’image est irrémédiablement associée au merveilleux-scientifique et à la création d’une communauté littéraire. Comment Rosny aîné, véritable figure de proue du merveilleux-scientifique est-il reçu par ses contemporains et quelle réception critique se tisse au cours du siècle jusqu’à nos jours ? Et au-delà de la seule personne de Rosny, quels sont les héritages laissés par les formes anciennes de la science-fiction de nos jours ?
 
UNE HISTOIRE LITTÉRAIRE LACUNAIRE ET CHIMÉRIQUE
 
Dans la préface qu’il écrivait pour l’anthologie Chasseurs de chimères2, l’écrivain et essayiste de science-fiction Serge Lehman soulignait une absence de continuité historique et culturelle entre la production d’œuvres d’imagination scientifique et la science-fiction proprement dite importée des États-Unis, comme s’il existait une sorte d’amnésie nationale ayant rejeté dès les années 1950 tout un pan de cette littérature. Cette crise d’amnésie est provoquée par l’importante crise nationaliste des années 1930 et 1940 et les ravages qu’on lui connaît n’épargnent pas la littérature conjecturale européenne. Jean-Marc Gouanvic, qui parle plutôt de cécité, rappelle que les « agents de l’implantation de la science-fiction américaine en France3 » contribuent à cette amnésie - à moins qu’ils n’en soient de parfaites illustrations - en se prononçant sur un nouveau genre littéraire. « Or, il existe un paradoxe de la reconnaissance du genre. La SF apparaît - à tort - comme un phénomène entièrement nouveau et c’est cette prétendue nouveauté qui rendra possible le mouvement d’intérêt dont le genre est l’objet. Établir certaines relations avec les romanciers dits « scientifiques » et les anticipateurs d’avant 1950 aurait été légitime, mais un tel raccrochage aurait sans doute réduit l’ampleur de la mutation socio-esthétique qu’opère la SF américaine. Dans les années cinquante, c’est au prix d’une assez forte cécité à l’encontre des conjectures rationnelles immédiatement postérieures (notamment des auteurs populaires du XIXe et du XXe siècle) que s’est réalisée la reconnaissance générique de la science-fiction4. »
 
 
Il est communément admis que l’introduction de la science-fiction américaine en France a été portée par Raymond Queneau, Michel Pilotin et Boris Vian. Jean-Marc Gouanvic cite en note des propos de Vian, rapportés par Claude Léon, qui s’extasie de cette « nouvelle » littérature : « Le problème, ce n’est plus d’aller dans la Lune, dans Mars, etc. Maintenant le problème est résolu : on va dans la Lune. Ce qui compte, c’est ce qui se passe après5. » Fait amusant mais non dénué de sens, Raymond Queneau publie en mars 1951 dans Critique un article intitulé « Un nouveau genre littéraire : les science-fictions6 » tandis que Boris Vian et Stephen Spriel (alias de Michel Pilotin) font paraître en novembre de la même année « Un nouveau genre littéraire : la science-fiction » dans Les Temps modernes. Quant à Michel Pilotin / Stephen Spriel seul, il avait déjà rédigé l’article « Romans de l’âge atomique » pour Les Nouvelles littéraires au mois de janvier de cette année 1951 : « On notera les thèmes récurrents, qui contribuent à tracer une image type. Il s’agit d’une nouveauté (Nouveau genre littéraire) qui va s’imposer (La science-fiction vaincra) parce qu’il dit le monde moderne (âge atomique, monde hallucinant) et va se développer (importance et avenir) » écrit Roger Bozzetto en 19847. Plus qu’un genre littéraire, la science-fiction devient une image de marque qui rassemble « avec une touche de modernité et d’américanité8 » , comme un label. En 1952, la création de la prestigieuse collection Le Rayon fantastique (1952-1962) chez le non moins prestigieux éditeur Gallimard termine d’instituer la science-fiction comme une littérature du futur et l’on peut encore lire sur le site de l’éditeur « Le Rayon fantastique de votre bibliothèque va enfin pouvoir s’enrichir d’une sélection bien à jour des œuvres les plus récentes du genre. […] Lisez-les aujourd’hui, vous les vivrez demain.9 » Dans « La crise de croissance de la science-fiction10 », Michel Butor réagit à ce modernisme et cette effervescence en reprochant à la science-fiction d’être une « mythologie en poussière, incapable d’orienter notre action de façon précise », s’inscrivant dans un courant naissant de « critique réductrice » (d’après Gouanvic) de la science-fiction qui durera de nombreuses décennies, amenant à diaboliser cette littérature en tentant de la rendre illégitime.
 
Plusieurs années après Raymond Queneau, Boris Vian et Michel Butor, des érudits de la science-fiction, vont proposer au tournant des années 1970 et 1980 des essais critiques et historiques, même une Encyclopédie dans le cas de Pierre Versins, qui vont faire figure d’autorité pour plusieurs générations de lecteurs et de critiques. L’Histoire de la science-fiction moderne (1911-1984)11 de Jacques Sadoul constitue de fait un cas très intéressant, à commencer par sa périodisation. Sadoul identifie dans sa première partie la « fondation » de la science-fiction en 1911, date qu’il justifie d’après la publication par la revue Modern Electrics en feuilleton du roman Ralph 124C41 +, d’Hugo Gernsback, à qui l’on admet généralement l’attribution de la paternité du terme « scientifiction  » en 1926 et qui deviendra « science fiction  ». Plus tôt dans son introduction, Sadoul reconnaissait une préexistence de cette littérature en Europe et particulièrement en France et en Angleterre à qui il consacre d’ailleurs une partie de son ouvrage après s’être intéressé au fonds américain. Seulement ce qui intéresse Sadoul, le vrai sujet de son Histoire de la science-fiction moderne, ce sont les pulps, ces fascicules dans lesquels paraissent les nouvelles et romans de science fiction - sans le trait d’union. Dès la lecture de sa table des matières cela apparaît clairement : plusieurs centaines de pages érudites et documentées, proposant une progression chronologique raisonnée et étudiant avec précision les mouvements littéraires et éditoriaux de la SF made in U.S.A. quand moins d’une centaine de pages sont dédiées au « domaine français » : une trentaine pour « L’anticipation scientifique (1905-1949) » et à peine plus pour « La S-F française (1950-1984) ».
 
Publié la même année que la première version de L’Histoire de la science-fiction de Sadoul, le Panorama de la science-fiction12  de Jacques Van Herp opte lui pour la forme de l’essai en ne faisant pas de réelle distinction dans les aires géographiques et historiques et proposant plutôt un regroupement par « thèmes », « genres », « écoles » et « problèmes ». S’il ne prône pas l’exhaustivité de son travail, Van Herp oriente clairement son Panorama vers un public connaisseur, ou du moins habitué à manipuler les concepts d’études littéraires, quand Sadoul se faisait vulgarisateur pour le grand public curieux de découvrir les fondamentaux de la littérature de science-fiction. En atteste cette mention de Van Herp dans sa bibliographie sur l’introduction de la science-fiction en France : « J’ai groupé ici des articles, qui sont le plus souvent des polémiques où l’on affirme ses vues et ses positions, où l’on attaque ou défend sur des points bien précis. Plutôt que la présentation alphabétique, j’ai suivi l’ordre chronologique, plus apte à aider un chercheur ». Il ressort du Panorama une certaine illisibilité pour le grand public, alors que l’essai se révèle être une mine d’informations pour le passionné ou le chercheur. L’année précédant la publication de l’essai de Van Herp, Pierre Versins publiait la première édition de son Encyclopédie de l’utopie et de la science-fiction13, somme absolument exceptionnelle d’érudition sur la conjecture rationnelle répertoriant ses irruptions dans la littérature essentiellement occidentale. Seulement, de par sa forme encyclopédique, l’ouvrage de Versins ne se prête pas plus que le Panorama de Van Herp à la découverte de textes fameux dont tout amateur de la science-fiction pourrait être friand.
 
Ces trois textes critiques sur lesquels nous appuyons notre propos illustrent aussi une différence nette de réception entre la science-fiction américaine de l’âge d’or (selon Sadoul entre les années 1930 et 1950) associée à de la littérature de masse, facile et accessible pour le grand public comme pouvaient l’écrire Michel Butor et Arthur Koestler14, et d’un autre côté de la littérature un peu ancienne, oubliée, confidentielle et d’une qualité littéraire nécessairement - et patriotiquement - plus élevée que les pulps américains. Pour le grand public contestataire post-1968 passionné de littérature illégitime, il y aurait l’attractivité et l’exotisme de la littérature étrangère représentée par un guide de lecture « moderne » (comme indiqué dans son titre) qui trancherait avec l’académisme et le conservatisme d’un fonds ancien d’une autre époque, celle d’avant la guerre. Grâce à l’impulsion donnée par les découvreurs en France d’un « genre nouveau » américain dans les années 1950 poursuivie par les discours critiques dans les années 1970 et 1980, la science-fiction devient un produit culturel (et commercial) d’importation, occultant l’histoire littéraire nationale.
 
Revenons à Serge Lehman, et cette fois-ci à la bande dessinée La Brigade Chimérique (2009-2010) co-scénarisée avec Fabrice Colin et illustrée par Stéphane Gess, publiée aux éditions L’Atalante. Ce récit propose une réécriture de l’Histoire de l’Europe de la première moitié du XXe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Les personnages ne sont pas les acteurs historiques de la période mais des super-héros - en réalité les personnages fictifs issus de la littérature populaire européenne - qui prennent leur fonction. Ainsi y voit-on pêle-mêle le Nyctalope (de Jean de la Hire) incarnant le pouvoir politique vieillissant de la IIIe République, le Docteur Mabuse (Norbert Jacques et Fritz Lang) mener depuis sa capitale Métropolis des velléités belliqueuses contre les autres nations européennes ou encore l’Homme-Tigre Félifax (Paul Féval), Harry Dickson (Jean Ray), Andrew Giberne (Herbert George Wells), etc. Ces personnages de fictions regroupés dans un ambitieux cross-over de la même manière que La Ligue des Gentlemen extraordinaires d’Alan Moore (1999-2003) vont côtoyer dans le récit des personnalités scientifiques (Irène et Frédéric Joliot-Curie) et littéraires (André Breton, Régis Messac, Jacques Spitz, Rosny aîné, Maurice Renard, Jean Ray, René Barjavel, etc.). Il s’agissait pour Serge Lehman de réactualiser dans un récit moderne la littérature oubliée dont il se faisait déjà le porte-parole et redécouvreur dans Chasseurs de chimères. Pour accompagner l’édition intégrale de La Brigade Chimérique, il rédige en guise de postface une notice « La Brigade : Origines » conçue comme un plaidoyer en faveur de la réhabilitation du fonds ancien - c’est-à-dire d’avant-guerre - de la science-fiction : « Aux sources de La Brigade Chimérique, il y a une frustration et un étonnement. La frustration est sans mystère : non seulement il n’y a pas de super-héros en France […], mais il semble impossible d’en créer un qui ne soit pas un hommage, une parodie ou un décalque affaibli des grandes figures des comics US. Quelque chose manque dans notre imaginaire, sans qu’on puisse dire quoi exactement15. »
 
Ce manque selon Serge Lehman, c’est la continuité historique et culturelle entre la production d’œuvres d’imagination scientifique et la science-fiction, le « genre nouveau » découvert par Queneau, Vian, Pilotin et d’autres au début des années 1950. L’histoire littéraire lacunaire était déjà évoquée en 2006 : « Privée de toute épaisseur historique, la première S.-F. française l’est du même coup de ses classiques, dont la liste n’est pas fixée. De l’autre côté de l’Atlantique, les fans de science-fiction, devenus éditeurs, ont commencé à évaluer le contenu des pulps - c’est-à-dire s’approprier leur propre histoire - dès le début des années 1940 ; en moins d’une décennie […], les textes historiques ont été recensés, les grands auteurs identifiés et le mythe de l’âge d’or établi16. » Ces deux textes rédigés - ou du moins préparés - à la même période s’accordent sur l’absence d’historique accessible au grand public empêchant le devoir de mémoire. D’ailleurs la redondance de l’image de la chimère dans les deux titres et convoquée à d’innombrables reprises dans la Brigade participe à invoquer cette fois une image mythologique, renforcée par le sous-titre de Chasseurs de chimères : « L’âge d’or de la science-fiction française ». Si l’expression peut paraître galvaudée en littérature, elle répond à son équivalent outre-Atlantique désignant les classiques de la science-fiction anglo-saxonne que sont Asimov, van Vogt, Heinlein, Bradbury, Lovecraft ou Clarke parmi tant d’autres. Il est vrai qu’en l’absence d’une Histoire de la science-fiction ancienne grand public, la période correspondant à la littérature d’imagination scientifique émergeant à la fin du XIXe siècle paraît comme un âge sombre, chimérique, qu’il faudrait dévoiler.
 
 
LE FANTASME D’UN CERCLE LITTÉRAIRE D’ANTICIPATEURS
 
Contrairement aux pulps américains et à la diffusion qu’on leur connaît, cette littérature que nous nommerons par convention et d’après Maurice Renard « merveilleux-scientifique » n’a pas été systématiquement assimilée à de la paralittérature ou même de la littérature de masse. Sans proposer un long historique exhaustif du genre17, rappelons tout de même ses racines profondes dans la littérature scientifique du XIXe siècle avec un auteur phare incontournable, Jules Verne, initiant ses Voyages Extraordinaires dans la collection « Le Magasin d’éducation et de récréation » de l’éditeur Hetzel en 1863 avec son roman Cinq semaines en ballon. Parmi tant d’autres avant lui, on pouvait retrouver en 1834 Le Roman de l’avenir de Félix Bodin avec une préface étonnante où l’auteur « dresse l’esquisse d’un genre de roman entièrement nouveau, l’“épopée de l’avenir”18 » et à la fin du siècle le caricaturiste satiriste Albert Robida qui anticipe de façon assez surprenante et lucide les changements géopolitiques des sociétés européennes grâce à la science19 . Ce fonds ancien ne se constitue pas non plus comme de la littérature de masse et ne sera pas attaqué par les discours critiques sur la « littérature industrielle ». Bien au contraire, son contenu est très érudit et sa filiation remonte au genre ancien et noble de l’utopie. Dans la première partie du XXe siècle, avec le merveilleux-scientifique, le propos sera plus nuancé puisque les auteurs légitimes (Camille Flammarion, Rosny aîné, Régis Messac, etc.) côtoieront des auteurs de romans populaires (Jean Ray, Paul Féval, Octave Béliard, Théo Varlet, etc.)20
 
Ceci nous permet de nous pencher sur la question très intéressante de la relation entre ces auteurs et l’actuel vide historique qui entraîne le fantasme d’une communauté littéraire se réunissant périodiquement et dont les discussions amèneraient à des créations littéraires. C’est peu ou prou le cas du cercle des « Inklings » à Oxford dans les années 1930 et 1940 qui peut faire office de cas d’école. S’y retrouvaient en comité des ardents défenseurs du genre fantastique et parmi eux J. R. R. Tolkien et C. S. Lewis, respectivement auteurs du Seigneur des anneaux (1954-1955) et du Monde de Narnia (1950-1956). Chaque mardi soir, les Inklings se réunissaient dans un pub d’Oxford aujourd’hui encore en activité, The Eagle and the Child, qui salue leur mémoire à l’aide d’une plaque commémorative accrochée au mur. Comme une pierre tombale, cette plaque permet de poursuivre un devoir de mémoire, celui-là même qui manque à la littérature française d’imagination scientifique d’avant-guerre, et permet d’ancrer dans la réalité le mythe des auteurs discutant littérature autour d’un repas. Ce sont ces attentes qui se cristallisent autour du merveilleux-scientifique.
 
Il existe pourtant en France une institution connue pour ses repas littéraires réguliers. Fondée en 1903 d’après le testament d’Edmond de Goncourt, l’Académie qui porte son nom se réunit chaque mois pour parler des romans éligibles au célèbre prix et vote en fin d’année pour le lauréat. Initialement les repas avaient lieu chez les membres de l’Académie puis dès octobre 1914 le rendez-vous se fait chez le restaurateur Drouant, dans le Deuxième arrondissement de Paris, instituant des couverts et des places nominatifs pour les dix jurés. C’est d’ailleurs en 1926 que son prix concurrent, le Renaudot, s’établit dans ce même restaurant. Les deux salons réservés aux deux prestigieux prix littéraires sont encore aujourd’hui des lieux de rendez-vous privilégiés pour les membres des deux académies. Ce cérémonial participe à la légende et la respectabilité de ces institutions, encore plus sans doute à celles de l’Académie Goncourt dont le nom même se veut une contestation de l’Académie Française et du classicisme voulu par Richelieu. Dans une tribune publiée dans La Revue hebdomadaire en date du 06 juillet 1907, « Le Prix Goncourt », Rosny aîné rappelait les fondements du prix : 
 
« Il apparaît d’abord que beaucoup de littérateurs ignorent dans quelles conditions doit être attribué le prix Goncourt. Les statuts de la Société portent, à l’article II, que le prix dit « des Goncourt » doit être attribué au meilleur ouvrage d’imagination en prose parut dans l’année.21 […] Pour éclairer [ce texte], il faut se reporter au testament d’Edmond de Goncourt. Et là nous voyons que ce prix sera donné à la jeunesse, à l’originalité du talent, aux tentatives nouvelles et hardies de la pensée et de la forme22. » 
Le rôle de Rosny aîné dans l’Académie Goncourt fut central : dès son introduction dans le cercle des familiers d’Edmond de Goncourt en 1886, celui-ci couche son nom dans son testament. Il devient alors membre fondateur de l’Académie et son secrétaire-trésorier. En 1926 à la suite du décès de Gustave Geffroy il prend la charge de la présidence jusqu’à sa mort en 1940. Auteur se réclamant de la jeunesse, celle qui a osé contester le pouvoir hégémonique de Zola avec le Manifeste des Cinq, moteur d’une mode de l’anticipation littéraire et du récit scientifique, il est tout naturel qu’en Rosny se cristallisent des fantasmes de sociabilités littéraires à l’image des Inklings que nous évoquions précédemment. Un d’entre eux apparaît plus nettement : Rosny a-t-il usé de sa position influente au sein de l’Académie Goncourt pour propulser le merveilleux-scientifique sur le devant de la scène littéraire ? Deux prix sont effectivement décernés à des romans conjecturaux : Force ennemie (1903) de John-Antoine Nau fait le récit de la possession du personnage principal par une entité extra-terrestre et joue, dans la veine du fantastique de Poe et de Maupassant, sur la véracité du récit. Le personnage est-il possédé ou est-il un aliéné ? Ce roman fait date dans l’histoire du prix, car il est couronné du tout premier Goncourt. En 1905 c’est le roman d’anticipation de Claude Farrère Les Civilisés qui est récompensé et cette fois la conjecture repose sur un conflit futur entre la France et la Grande-Bretagne. Par ailleurs, certains lauréats verseront ultérieurement dans l’anticipation comme Henri Barbusse (Goncourt 1916 pour Le Feu) avec les nouvelles La Force et L’Au-delà (1926) et George Duhamel (Goncourt 1918 pour Civilisation) dans Les Voyageurs de l’espérance (1953)23.
 
Pour illustrer ce fantasme, retournons dans la fiction mettant en scène la position privilégiée de Rosny au sein de l’Académie Goncourt. En 2001, dans sa préface à La Machine à différences des Américains William Gibson et Bruce Sterling publiée au Livre de Poche, Gérard Klein se laisse aller à imaginer le scénario d’une uchronie dans laquelle l’anticipation littéraire serait devenue un genre dominant dès l’Ancien Régime. Dans cette réécriture de l’Histoire, la France « encourage les sciences, les arts et les lettres, pourvu qu’ils apportent de l’inattendu » et La Légende des siècles d’Hugo devient une « épopée cosmique » glorifiant l’anticipation. C’est ainsi que le luxembourgeois Hugo Gernsback que nous évoquions plus haut reste en Europe, est naturalisé Français et fonde en 1911 la revue Toute la radio24 puis en 1929 la Nouvelle Revue Fiction (NRF)25. Il poursuit :
 
« Gernsback lance à cette occasion le néologisme de Science-Fiction après de longues discussions avec Maurice Renard et Rosny Aîné, et malgré l’opposition des auteurs anglo-saxons, H.G. Wells, E.E. Smith et Olaf Stapledon, qui tiennent au terme de scientific romance. Rosny le fait entrer à l’Académie Goncourt qui, conformément au vœu d’Edmond de Goncourt et au goût de Rosny, couronne chaque année une œuvre innovatrice, un roman de l’avenir. À la mort de Rosny Aîné, en 1940, Gernsback devient le président de cette académie qui décernera après sa disparition le Prix Hugo26. »
 
Si Klein n’utilise pas Rosny comme une figure d’auteur, c’est bien son statut au sein de l’Académie et le poids de son influence qui permettent, dans la fiction, d’établir un lien historique entre le merveilleux-scientifique d’avant 1940, année de sa mort, et la science-fiction de la seconde moitié du siècle. Le processus de légitimation et de reconnaissance passant, lui, par la récompense du prix littéraire. Le Goncourt devient le Hugo. C’est effectivement en 1953 que ce prix gratifiant la meilleure œuvre de science-fiction est décerné pour la première fois aux États-Unis, quand en 1980 sera créé son concurrent français, le prix Rosny aîné27.
 
De la même manière que les facéties de Gérard Klein, l’uchronie de la Brigade chimérique de Serge Lehman place Rosny au centre d’un autre cercle littéraire, « Le Club de l’Hypermonde ». Ce club placé sous le haut patronage de Jules Verne est présidé par Régis Messac. En 1935, Messac fondait la première collection spécialisée de merveilleux-scientifique, « Les Hypermondes », chez l’éditeur La Fenêtre Ouverte. Dans « Hypermondes perdus », Serge Lehman expliquait que :
 
« si elle avait rencontré le succès [elle] aurait changé la donne. Son premier titre fut Quinzinzinzili (1935), très bon roman post-apocalyptique de Messac lui-même, en préface duquel on trouve cette profession de foi : « Ce sont les mondes hors du monde, à côté du monde, au-delà du monde, inventés, devinés ou entrevus par des hommes à la riche imagination de poètes. Il faut, pour les visiter, entreprendre les voyages imaginaires, les voyages impossibles28. »
 
Dans la Brigade, Rosny partage ses après-midis littéraires avec Jean Ray, Régis Messac, Maurice Renard, Jacques Spitz, René Daumal, René Barjavel et si son apparition se limite à la citation, il constitue un socle important dans la genèse du récit. Serge Lehman explique dans sa notice que l’histoire de son héros Jean de Séverac, un soldat blessé au front durant la Première Guerre mondiale et doté de supers-pouvoirs à son réveil, est directement inspirée de L’Énigme de Givreuse de Rosny publié chez Flammarion en 1917. Dans ce récit, le soldat Pierre de Givreuse est victime d’une duplication de son corps à la suite d’un accident dans le laboratoire d’un scientifique près du front. Les jumeaux Givreuse apparaissent d’ailleurs dans une case de la Brigade ainsi qu’un fossile de Xipéhuz dans le laboratoire d’Irène Joliot-Curie. Dans l’épisode mettant en scène le Club de l’Hypermonde, Séverac fait ainsi la rencontre de Rosny, une façon détournée pour un personnage de fiction de rencontrer son créateur. De la même manière, Jean-Luc Boutel dans Sérénade Sélénite29 réunit Georges Méliès, Marie Curie, Renée Dunan, Maurice Renard, Gustave Eiffel et d’autres au sein du « Club des Savanturiers » dont Rosny est président et Gustave Le Rouge le vice-président. Malgré une petite entorse chronologique - la diégèse se situe au milieu des années 1920 -, le Club est historiquement une création de Raymond Queneau et Boris Vian en 1951. En 2003, Thomas Geha publie dans le fanzine Luna Fatalis la nouvelle « Le drap de soie noire », dans laquelle Rosny, narrateur-personnage, convie Théo Varlet30, José Moselli et Herbert George Wells à le rejoindre dans sa demeure en Bretagne pour leur faire la présentation d’une découverte extraordinaire. Enfin citons l’amusant récit érudit et très référencé d’Alain Rozenbaum publié en 2016 dans Dimension Merveilleux-scientifique 2, « Les autres vies de Joseph-Henri » où plusieurs versions de Rosny mettent en commun leurs compétences particulières (scientifiques, militaires, etc.) pour mettre en déroute une invasion qui menace l’humanité. A la fin du récit, ces différentes versions ne forment plus qu’une, l’auteur, qui, fort de l’aventure va avoir l’idée de ses fabuleux récits.
 
 
UNE COMMUNAUTÉ LITTÉRAIRE FONDÉE RÉTROSPECTIVEMENT PAR SES THÉORICIENS
 
Pourquoi la fiction - à tendance conjecturale et uchronique par ailleurs - veut-elle faire de Rosny une figure centrale de ces regroupements d’auteurs ? Nous avons déjà un peu répondu à cette question : La Guerre du feu est un si grand succès critique et commercial qu’il est difficile de dénombrer précisément ses rééditions ultérieures ainsi que ses traductions et adaptations du vivant de l’auteur et posthumes31. Un second élément de réponse se trouve dans son statut social d’auteur : Rosny aîné est un auteur (très) légitime. Sa position au sein de l’Académie Goncourt lui confère une aura de respectabilité extraordinaire qui va de pair avec son élection à différents grades de la Légion d’Honneur en qualité d’Homme de Lettres (Chevalier en 1897, Officier en 1905, Commandeur en 1913 et Grand Officier en 193632). Il est aussi nommé à trois reprises pour le prix Nobel de littérature en 1926, 1928 et 193333 même s’il n’obtient pas le prix. Sa notoriété grandissant, il devient à la fin de sa vie un de ceux qui se font nommer « Maître » - à l’instar de Zola ou de Goncourt. Au début des années 1920 Rosny incarne l’establishment littéraire qu’il avait voulu renverser jeune34 .
 
Sa production dans le domaine du merveilleux-scientifique est largement saluée de façon posthume dans des anthologies et dossiers critiques qui lui sont dédiés : Récits de science-fiction (Marabout, 1973), Romans préhistoriques (Robert Laffont, 1985), La Guerre des Règnes (Bragelonne, 2012), La Légende des Millénaires (trois volumes, Les Moutons Électriques, 2014-2015), Wells et Rosny, le sens d’un parallèle, la forme d’un duo (revue Europe n°681-682, 1986), La Belgique : un jeu de cartes ? De Rosny aîné à Jacques Brel (Presses Universitaires de Valenciennes, 2003), Rosny et les autres formes (Otrante n°19-20, 2006), Un seul monde. Relectures de Rosny aîné (Presses Universitaires de Valenciennes, 2010). La critique donne à Rosny les qualités d’un anticipateur d’avant-garde, véritable précurseur de la science-fiction et auteur de première importance du genre merveilleux-scientifique. Un des revers d’une si grande notoriété est la création d’un consensus critique. De son vivant Rosny a des amis partout dans les revues littéraires, il est lui-même critique, et le jugement sur son œuvre est biaisé par les flagorneurs ainsi que l’envie des jeunes désirants se lancer en littérature de s’attirer ses faveurs. Néanmoins, convenons que la qualité de certaines de ses œuvres n’a pas besoin de la flatterie pour apparaître aux yeux du lecteur. Ainsi cette amusante méprise de Rachilde35 parlant d’Amour Etrusque, publié sous le pseudonyme d’Enacryos, dans sa « Revue des romans » au Mercure de France en 1899 : 
 
« Comme je ne vis pas sur le boulevard, je n’ai pas l’honneur de connaître Enacryos, poète moderne qui se cache sous un loup grec. Après tout, c’est peut-être bien Pierre Louÿs. Il écrit bien Enacryos, il écrit très bien. […] Le long de ces petits contes extrêmement soignés, où l’on trouve des phrases argentées et toutes tremblantes au vent de la vie comme des feuilles de saules aux brises du soir, se promène une philosophie de fataliste sensuel qui plaît et retient. Mais la qualité essentielle de cela est que ce n’est nullement prétentieux : l’auteur est à son aise chez les Étrusques et nous invite à nous y asseoir. »
 
 
Plusieurs études ambitieuses ont été écrites sur Rosny de son vivant et la très grande majorité d’entre elles s’intéressent exclusivement à son œuvre merveilleux-scientifique36. Elles sont aussi bien publiées dans des revues prestigieuses (Mercure de France, NRF) que confidentielles (L’Ami du livre, Mediterrannea) et rédigées par des critiques d’horizons différents comme, au-delà du domaine littéraire, le philosophe Jules Sageret, le Nobel de physique Jean Perrin ou le politicien Jean Massé. C’est de Maurice Renard que vient l’intronisation de Rosny en figure majeure du merveilleux-scientifique. Au-delà de son activité de romancier (Le Docteur Lerne, Le Péril Bleu, Les Mains d’Orlac), Renard est à l’origine d’un important travail de théorisation et de définition du genre qu’il entreprend dès 1909 à la parution dans Le Spectateur d’un article resté célèbre : « Du roman merveilleux-scientifique et de son action sur l’intelligence du progrès ». Pendant de nombreuses années, il écrira à sa suite de nouvelles propositions théoriques, insistant sur différentes manifestations du merveilleux-scientifique comme l’imagination (« Depuis Sinbad », L’Ami des livres, juin 1923), l’aventure (« Du roman d’aventure et de J.-H. Rosny aîné », L’Ami des livres, novembre 1923) ou la conjecture rationnelle (« Le roman d’hypothèse », A. B. C., décembre 1928). Si Rosny n’apparaît pas dans l’article de 1909 c’est qu’il n’a pas encore écrit La Mort de la Terre et La Force mystérieuse, deux romans qui ont visiblement marqué Maurice Renard et sur lesquels il reviendra à de nombreuses reprises dans les articles suivants. Il propose d’ailleurs une longue étude de La Force mystérieuse dans La Vie en juin 1914. Alors que pour Renard c’était Wells - à qui il dédiait son Docteur Lerne - l’exemple archétypal de sa définition du merveilleux-scientifique37, en 1909, c’est Rosny qui prend sa place de représentant statutaire du genre :
 
« Il convient d’admirer sans réserve, une fois de plus, le génie inventif de M. J.-H. Rosny, l’altière originalité de ses thèmes et le souci qu’il fait voir de ne jamais développer que des concepts généraux. La remarque n’est pas inédite : ce qui caractérise les inventions fictives de M. Rosny aîné et leur donne tant de prestige, c’est leur vraisemblance scientifique. […] Ainsi se trouve écartée, dès le principe, cette grande révélatrice d’invraisemblance qu’est la comparaison d’un objet réel avec ce même objet partiellement modifié au gré d’une fantaisie chimérique. Quand Wells, par exemple, nous montre des hommes dotés pour un temps d’un régime vital accéléré, le prodige nous paraît beaucoup moins possible que l’existence des Xipéhuz, des Moedigen et des Ferromagnétaux de M. Rosny, c’est-à-dire d’êtres vivants radicalement neufs, n’offrant rien de commun avec rien de connu38. »
 
Renard reprend là en sous-texte une réflexion qu’avait proposée Rosny à peine deux ans plus tôt dans l’avertissement de La Mort de la Terre, suivi de Contes en 1912 :
 
« Il y a une différence fondamentale entre Wells et moi dans la manière de construire des êtres inédits. Wells préfère des vivants qui offrent encore une grande analogie avec ceux que nous connaissons, tandis que j’imagine volontiers des créatures ou minérales comme dans Les Xipéhuz, ou faites d’une autre matière que notre matière, ou encore existant dans un monde régi par d’autres énergies que les nôtres ; les Ferromagnétaux, qui apparaissent épisodiquement dans La Mort de la Terre, appartiennent à l’une de ces trois catégories. »
 
C’est à la suite de cette publication que Michel Arnauld, critique à la NRF, écrit à son tour une réflexion sur Rosny et Wells qui alimente ce propos. S’il ne juge pas ces auteurs à l’aune du merveilleux-scientifique, il propose néanmoins une perspective unificatrice de « l’autre chose » littéraire dont parlait Rosny à Jules Huret en 189139 : « Tous deux d’ailleurs, à force de voyage à travers l’espace et le temps, à force d’imaginer des êtres et des sociétés irréels mais vraisemblables, ont acquis ce qu’on pourrait appeler le sens des possibilités cosmiques ; et ce tour d’esprit se marque jusque dans leurs romans modernes40. »
 
Dans un dossier critique publié dans la revue Europe dirigé par Roger Bozzetto sont rappelés, en 1986, les nombreuses relations et thèmes communs des deux auteurs. Inaugurant le dossier par un texte au titre particulièrement programmatique, « Wells et Rosny, le sens d’un parallèle, les formes d’un duo », Bozzetto note d’impressionnantes similitudes entre leurs deux parcours. Par exemple leur formation scientifique commun41 : « Rosny écrira un ouvrage de philosophie portant sur la percée des sciences, le premier ouvrage publié de Wells est un manuel de biologie. Wells a suivi les cours du disciple de Darwin, Th. [sic] Huxley, Rosny fréquente les cercles des physiciens et des mathématiciens de son temps.42 ». Ce sont dans les quinze dernières années du dix-neuvième siècle qu’ils publieront chacun le plus d’œuvres relatives au merveilleux-scientifique - ou au « scientific romance » dans le cas de Wells - traitant de thèmes relativement similaires, à l’exception peut-être du voyage dans le temps à l’aide d’une machine absent de la production de Rosny. Malgré des périodes d’écriture similaires et une proximité londonienne au début des années 1880, il semblerait que les deux auteurs ne se soient jamais rencontrés. Bozzetto ajoute que « si Rosny lit Wells et l’admire, on n’a aucune trace de la réciproque. […] Dès 1904, on s’intéresse à l’image de Wells chez les critiques français, alors que Rosny demeure inconnu dans le monde anglo-saxon43 ». Il précise que Wells bénéficie d’une surface médiatique et critique internationale, contrairement à Rosny qui, en l’absence de traduction, reste cantonné à la francophonie44. Il faudra ajouter que ce qui éloigne les deux auteurs tient aussi à la portée de leur œuvre romanesque : quand Wells tient dans certains de ses récits un réel propos politique - le socialisme dans La Machine à explorer le temps, la critique du colonialisme britannique dans La Guerre des mondes - Rosny se cantonne à une observation des sociétés humaines dans ses laboratoires fictionnels - la fondation d’une société par l’échange de savoirs dans La Guerre du feu, le survivalisme des espèces dans La Mort de la Terre et Les Navigateurs de l’infini. Si, pour les raisons que nous venons d’évoquer, Wells ne peut être qualifié de « Rosny anglais », la réciproque aurait pu être vraie. C’est un surnom qui sera pourtant accordé à Maurice Renard, dont la fascination envers l’écrivain britannique dépassera la critique. En effet, il lui dédie son Docteur Lerne en 1908, dont le récit est un évident hommage à L’Île du docteur Moreau (1896). C’est au travers de ce jeu d’intertextualités que se crée une véritable communauté littéraire réunie autour du merveilleux-scientifique. Dans sa tentative de définition du merveilleux-scientifique, Maurice Renard donne l’impression de fixer ce terme qui désignera après lui toutes les œuvres qui procèdent d’un raisonnement
 
 « [introduisant volontairement], dans la chaîne des propositions, d’un ou de plusieurs éléments vicieux, de nature à déterminer, par la suite, l’apparition de l’être, ou de l’objet, ou du fait merveilleux. […] Car l’avenir peut démontrer que l’élément supposé vicieux ne l’était nullement, et que notre merveilleux-scientifique était purement et simplement de la science, involontaire comme la prose de M. Jourdai45n ».
 
 De la même manière qu’Hugo Gernsback dans son éditorial du premier numéro d’Amazing Stories définira la science-fiction en indiquant à ses lecteurs que pour en écrire il faut s’imprégner des récits de Verne, Poe et Wells, Maurice Renard procède quelques années plus tôt à la création d’une communauté d’auteurs reliés par des références littéraires communes. « Merveilleux-scientifique », comme « science-fiction », désigne moins un genre littéraire que le nom de marque d’un catalogue créé rétrospectivement. C’est ainsi qu’il rejette les récits de Verne et Robida dont il estime qu’ils se cantonnent à anticiper des « découvertes en germination » et « nos desiderata les moins relevés et les plus superflus46  ». Autrement dit, ce qui distinguerait Verne et Robida d’un côté face à Wells et Rosny serait la volonté de « lancer la science en plein inconnu ». Il est ainsi possible de considérer l’article de Maurice Renard moins comme un manifeste théorique que comme une sorte de manuel permettant d’écrire à sa suite et à l’aide des modèles estampillés « merveilleux-scientifique » un récit pouvant être gratifié de ce label.
 
QUELS LIENS ENTRE LA SF ANCIENNE EUROPÉENNE ET LA SF NORD-AMÉRICAINE ?
 
La proximité que l’on peut observer entre le merveilleux-scientifique et la science-fiction - qu’elle soit Nord-Américaine ou européenne - ne se cantonne pas qu’à des développements de thèmes récurrents similaires ou une hybridité générique caractéristique. Si l’on écarte l’histoire « officielle » de la science-fiction, c’est-à-dire sa naissance dans les colonnes d’Amazing Stories en 1926, pour interroger l’histoire littéraire européenne, on permet une lecture historique moins statique de ces types de récits. Il n’est pas possible de considérer la littérature d’imagination scientifique produite entre la fin du XIXe siècle et la Seconde Guerre mondiale en Europe comme étant précurseur de son homologue aux Etats-Unis. En effet, «  science fiction » comme « merveilleux-scientifique » sont tous les deux des produits conçus par des théoriciens souhaitant créer après eux des modèles à reproduire pour bénéficier de leur label. En passant ces deux types de récit à travers le prisme de l’histoire littéraire, on constate qu’il s’agit de deux paradigmes différents que l’on peut étudier sans avoir à considérer l’un en fonction de l’autre. Si leurs thèmes sont similaires, ce sont pourtant deux mouvements bien distincts, tant du point de vue de leur légitimation auprès des lecteurs, de leur ampleur éditoriale que de leur réception critique. Alors qu’Hugo Gernsback invite les auteurs à se découvrir, Maurice Renard dispose déjà d’une figure de proue : Wells, remplacé par Rosny aîné.
 
En résulte malgré tout une difficulté à établir un corpus clair et définitif dans le cas du merveilleux-scientifique. Si la science-fiction est à construire d’après Gernsback, les frontières chronologiques et thématiques du merveilleux-scientifique se perdent au fur et à mesure que l’on s’éloigne du modèle. Nous dirons avec Natacha Vas-Deyres que « dans le dernier tiers du XIXe siècle, [se crée] une sorte de floutage des divers types d’imaginaire47 » qui amène à se demander si le merveilleux-scientifique est un genre littéraire ou un catalogue d’œuvres liées à l’imaginaire. Néanmoins, le merveilleux-scientifique bénéficie d’une longue maturité critique de la part de son principal théoricien. L’éclatement du corpus est aussi causé par une définition faite en fonction d’un nombre limité de modèles. Comme nous l’évoquions plus tôt, il faut constater que la critique des œuvres de Rosny manque d’objectivité et de relief ; c’est aussi le cas de Renard qui rejette d’autres auteurs sous prétexte qu’ils ne suivent pas le modèle Rosny. Ce qui est pourtant paradoxal dans le cas de Verne et Robida notamment qui publient leurs récits conjecturaux bien avant Rosny.
 
Au-delà des égarements du label « merveilleux-scientifique », c’est pourtant toute une communauté d’auteurs qui s’est réunie autour de Rosny de son vivant et encore bien après sa mort, jusqu’à nos jours. S’il faut déplorer l’absence d’un cercle littéraire effectif, c’est par un jeu d’intertextualités et d’inter-référentialités qu’il se développe, critique ou fictionnel. Le cercle littéraire du merveilleux-scientifique est créé par un fantasme de communauté, attisant une élaboration imaginaire. Mais alors, une ultime question se pose : quel est l’héritage de la science-fiction ancienne européenne si elle ne relève que d’une forme de vision fantasmée d’un genre oublié ? Sa disparition de nos mémoires après-guerre pourrait-elle signifier aujourd’hui l’échec de ces littérateurs et essayistes d’hier ? Il faut en effet constater qu’à part Jules Verne qui a toujours été très populaire et lu par le grand public, ce fonds ancien subsiste avant tout comme imaginaire collectif. Il suffit de voir l’extrême popularité du steampunk et de ses nombreux dérivés dans la littérature et les arts visuels48 ou les clubs de passionnés, qui restent néanmoins minoritaires dans la pratique de la science-fiction en France49. Y aurait-il donc une fracture nette marquée par la Seconde Guerre mondiale entre la science-fiction française ancienne d’un côté et la SF made in USA de l’autre ? Il est probable que oui, mais il faut tout de même s’intéresser à la fulgurance - hélas elle aussi empêchée par la guerre – de Régis Messac que nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises.
 
En 1935, Régis Messac, René Bonissel et Roger Denux lancent la collection Les Hypermondes chez La Fenêtre Ouverte (maison d’édition lancée et dirigée par Bonissel et Denux, qui éditait par ailleurs la revue Les Primaires. Revue mensuelle de culture populaire, de littérature et d’art). À cause des aléas de la guerre, cette collection ne contiendra que trois publications : Quinzinzinzili (1935) et La Cité des Asphyxiés (1937) de Régis Messac et La Guerre du lierre (1936) de David H. Keller, traduit par Messac qui s’était déjà occupé de la traduction de plusieurs de ses nouvelles publiées dans Les Primaires50. Pourquoi cet intérêt particulier de Messac pour cet auteur né à Philadelphie ? David H. Keller publie ses premières nouvelles à partir de 1928 dans Amazing Stories, la revue fondée par Hugo Gernsback en 1926, et en devient un contributeur régulier, loué par Gernsback lui-même qui le met au sommaire du premier numéro de Science Wonder Stories en juin 1929 et le faisant apparaître comme un « Associate Science Editor51 ». Ce numéro fondateur est surtout connu pour faire écho au premier numéro d’Amazing où Gernsback inventait « scientifiction  », devenu depuis une marque associée à Amazing et qu’il ne pouvait plus utiliser dans cette nouvelle publication, c’est ce qui l’a obligé à le reforger en « science fiction52 ». David Keller est donc un des premiers auteurs anglo-saxon se proclamant écrivain de science-fiction, traduit et publié en France et sa présence aux côtés de Messac dans les premiers numéros de la collection Les Hypermondes n’est pas anodine : dans une correspondance privée, Olivier Messac nous confie que Régis Messac, qui était en poste à l’Université McGill de Montréal de 1924 à 1929, entretenait de très bonnes relations avec Hugo Gernsback. Olivier Messac nous dit qu’avant de rentrer en France « chose curieuse, il a alors reçu à peu près simultanément deux propositions similaires. L’une émanant de Bonissel qui le sollicitait pour la restructuration des Primaires et le lancement d’une nouvelle série, l’autre de Gernsback qui le sollicitait en des termes analogues pour reconstruire Amazing Stories ». Le détail de la proposition de Gernsback est dans une lettre datée du 23 mars 1929 qui reste encore inédite53, mais il n’est pas improbable d’imaginer un scénario où les récits de David Keller seraient traduits et publiés en France par Messac et qu’en retour et par la suite un éventuel partenariat soit imaginé pour que les textes de la future collection des Hypermondes soient exportés aux Etats-Unis. Mais nous nous perdons en conjectures, dans la mesure où la guerre a largement empêché le bon fonctionnement de ce genre d’initiatives.
 
Quoi qu’il en soit, lorsque paraît Quinzinzinzili dans le premier numéro de la collection Les Hypermondes, on retrouve le principe de l’éditorial théorique et esthétique de Gernsback dans un long avant-propos. Ses auteurs cachés derrière la signature « les éditeurs » - vraisemblablement le trio Messac-Bonissel-Denux - posent les bases de cette nouvelle collection, mais se distinguent de Gernsback, qui invitait les auteurs à écrire selon un modèle qu’il invente à partir de bases classiques (Poe, Verne et Wells), en expliquant que Les Hypermondes accueilleront tous les textes liés à ce que nous nommons aujourd’hui les littératures de l’Imaginaire dans leur plus grand ensemble. De plus, et encore une fois contrairement à Gernsback, il est nécessaire de lire cet avant-propos moins comme un manifeste que comme un plaidoyer en faveur de la vision de la littérature que publie la collection. Quand Gernsback utilisait ses éditoriaux pour forger un néologisme fort (scientifiction, science fiction), les auteurs de l’avant-propos font de « Hypermondes » non seulement le nom commercial de leur collection, mais aussi celui d’un genre littéraire, français, qu’ils sont en train de fonder, l’équivalent français de scientifiction / science fiction.
 
Le choix de ce terme est d’ailleurs assez significatif. Alors que « science fiction » désigne à la fois une science mise en fiction et une fiction possédant un appareillage scientifique (exactement ce que l’on retrouvait dans le roman scientifique en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle), « hypermonde » est composé du substantif « monde » qui désigne le réel et du préfixe « -hyper » qui appelle à plus d’analyse et désigne tout à la fois :
 
- le caractère excessif d’une chose : nous renvoyons à ce titre à la foisonnante créativité des auteurs d’anticipation ancienne qui n’ont, par exemple, pas attendu le voyage spatial pour décrire d’incroyables aventures avec des êtres stellaires ;
- son niveau supérieur, en l’occurrence un niveau de réalité qui se superpose au nôtre, suggérant déjà que ces littératures ne se contentent pas de dépayser le réel en ajoutant des caractéristiques nouvelles, mais proposent aussi d’apporter un discours métaphysique avec les outils qu’elles donnent ;
- ou encore un changement de dimension et de paradigme en vertu des deux précédents points : la lecture de ce type de littérature a une vertu cathartique et une fonction performative pour les « voyageurs en chambre » (voir citation plus loin) qui ouvrent leur esprit à une nouvelle compréhension du monde.
 
Enfin, le texte décline les « hypermondes » en « hyperêtres » qui en sont « leur flore et leur faune ». Si Les Hypermondes désigne la collection, les Hyperêtres sont alors la personnification de chacun des ouvrages qui la composent et que le lecteur est invité à rencontrer : « Voulez-vous savoir ce que seront les hommes qui vivront d’ici quatre mille ans ? Et ceux qui vécurent il y a deux cent mille ans ? Et les hommes qui dépassent l’homme, et les êtres qui ne sont ni hommes ni bêtes, et qui, pourtant, vivent… et bien d’autres choses ? »
 
La force poétique de cet avant-propos se trouve dans la mobilisation de deux textes de Baudelaire dont de nombreux passages sont largement cités : « Anywhere out of the world » et « Le voyage », respectivement publiés dans les Petits Poèmes en prose et Les Fleurs du mal. La référence peut être effectivement surprenante, sauf si on lit les invitations au voyage et à la découverte de ces poèmes dans un sens moins littéral, où l’évasion du lecteur se ferait par la lecture d’œuvres profondément hors du monde, c’est-à-dire hors des canons de la littérature :
 
«  Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! Que le monde est grand à la clarté des lampes… [Le voyage]
 
Ainsi Baudelaire, avec la précision martelée qui lui est propre, a défini le désir, profondément enraciné en chacun de nous, d’échapper à son milieu habituel. Besoin de dépaysement auquel satisfait le voyage – pour un temps. Le voyageur se lasse vite, et bientôt les paysages les plus nouveaux donnent l’impression du déjà vu. Ce monde si vaste est infime à côté de nos rêves, de nos désirs et de nos souvenirs.
 
[…]
 
Rien ne s’use plus vite que l’exotisme littéraire. Rien de plus monotone que les procédés employés pour recréer l’atmosphère des pays lointains. Le lecteur, bien vite averti, sait bientôt démonter la petite mécanique, et se dit en bâillant qu’il n’aurait pas grand’peine à en faire autant. […]
 
Alors, on se prend, comme Alexandre, à souhaiter d’autres mondes.
 
Ces mondes, ils existent. Mais, cette fois, ils n’existent que pour les voyageurs en chambre. Ce sont les mondes hors du monde54, à côté du monde, au-delà du monde, inventés, devinés ou entrevus par des hommes à la riche imagination, des poètes. Il faut, pour les visiter, entreprendre les voyages imaginaires, les voyages impossibles.55 »
 
Et nous revenons aux réflexions posées par Serge Lehman en amont de cet article. Au regard du travail de traduction et d’édition de Régis Messac à La Fenêtre Ouverte, il n’est pas étonnant que la préface de son anthologie Chasseurs de chimères ait été titrée « Hypermondes perdus ». En effet, quel meilleur nom donner à ce fond ancien de science-fiction que celui de la collection qui aurait été l’équivalent francophone des pulps de science-fiction nord-américains ? La théorisation du merveilleux-scientifique pensée par Maurice Renard était assez précise et écartait volontairement plusieurs auteurs comme Jules Verne et Albert Robida de sa définition. Il est tout à fait légitime qu’une collection volontairement ouverte aux littératures de l’Imaginaire dans leur grand ensemble aurait pu être ce lien entre le fonds ancien d’avant-guerre et celui d’après les années 1950 et la découverte de la science-fiction nord-américaine par Vian, Queneau, Pilotin, etc. Le 27 mars 1936, Théo Varlet écrivit une lettre à Régis Messac où il déclare son amour pour Quinzinzinzili et se termine par ce post-scriptum prémonitoire : « Belle idée, la collection des Hypermondes. Mais trouve-t-elle un public suffisant ? »
 
Clément, Hummel, Université de Caen.
 
NOTES 
 
1 À ce titre, le premier roman préhistorique de Rosny, Vamireh, a été caractérisé par ses commentateurs au début du XXe siècle de manuel sur la préhistoire. Rosny assumera ce dispositif mêlant fiction et discours scientifique dans Les conquérants du feu en 1929.
 
2 Lehman (Serge), « Hypermondes perdus », in Chasseurs de chimères, Omnibus, 2006, pp. 4-7.3
 
3 Gouanvic (Jean-Marc), La science-fiction française au XXe siècle (1900-1968), Rodopi, « Faux titre », 1994, p. 172.
 
4 Ibid.
 
5 Arnaud (Noël), « Les Vies parallèles de Boris Vian », Bizarre, n°39-40, février 1966.
 
6 Revue Critique n°46, Paris, mars 1951, pp. 195-198.
 
7 Bozzetto (Roger), « Littérature et paralittérature : le cas de la Science-Fiction », in Orientations de recherches et méthodes en littérature générale et comparée, tome 1, Université Paul-Valéry, deuxième trimestre 1984, pp. 141-152. Consulté le 30/05/2016 sur Quarante-deux [en ligne] :

8 Ibid.

9 Nous soulignons.

10 Butor (Michel), « La crise de croissance de la science-fiction », Essais sur les modernes, Gallimard, [1953] 1960, pp. 223-237.

11 Première édition chez Albin Michel en 1973 sans le « (1911-1984) », réédité et augmenté chez Robert Laffont en 1984.

12 Publié pour la première fois aux éditions Marabout-Gérard, Verviers (Belgique) en 1973.

13 Publié pour la première fois aux éditions L’Âge d’Homme, Lausanne en 1973. Réédité et augmenté en 1984.

14 Citons avec Jean-Marc Gouanvic « la réaction typique du littéraire de la culture ‘’haute’’ qui assujettit toute la littérature au réalisme et au vraisemblable : ‘’Les héros martiens de la Science-Fiction […] sont trop différents pour paraître vrais [et] nous sombrons bientôt dans l’ennui. ’’ Ou encore : la SF est un ‘’divertissement louable, mais qui ne deviendra jamais du grand art’’. [Arthur Koestler, « L’ennui naît de la fantaisie », in Preuves, n°32, octobre 1953] », cité dans La Science-fiction française au XXe siècle, op. cit., p.167.

15 Lehman (Serge), La Brigade Chimérique – L’intégrale, L’Atalante, 2012, p. III.

16 Lehman (Serge), « Hypermondes perdus », dans Chasseurs de chimères, op. cit., p. VI.

17 Nous conseillons la lecture du bel essai très érudit de Jean-Luc Boutel, « La littérature d’imagination scientifique : genèse et continuité d’un genre », dans Dimension Merveilleux-scientifique, Rivière Blanche, 2015.

18 Evans (Arthur), « Les origines de la critique de science-fiction : de Kepler à Wells », ReS Futurae [En ligne], 1 | 2012, mis en ligne le 02 octobre 2012, consulté le 29 mai 2016. URL : http://resf.revues.org/153
 
19 Voir notamment Le Vingtième siècle, 1883.
 
20 Là encore, difficile de considérer ces auteurs comme « populaires » dans la mesure où ils passent parfois par des instances de légitimations littéraires (prix) et honorifiques (Légion d’honneur) ou que leur activité littéraire englobe des travaux de traduction, de l’écriture poétique, de la critique littéraire, etc.

21 Rosny souligne.

22 Au début du XXe siècle, l’opposition jeunesse/académisme dans la littérature d’imagination scientifique existait déjà et les discours critiques d’après-guerre que nous avons vu n’en sont que des redites. 

23 Source ArchéoSF : http://archeosf.blogspot.fr/2015/11... [consulté le 31/05/2016].

24 Rappelons ici que Jacques Sadoul situait la naissance de la science-fiction moderne en 1911, à la suite de la création de Modern Electrics par ce même Hugo Gernsback.
 
 25 Est-il bien nécessaire d’expliquer l’ironie de cette double référence de Gérard Klein à la NRF et à la revue Fiction ?
 
26 Ces extraits sont tirés du site Quarante-deux.org :
http://www.quarante-deux.org/archiv... [consulté le 31/05/2016].
 
27 Dans un entretien privé, le créateur du prix Pascal J. Thomas nous a confié que le choix du nom de Rosny aîné tient avant tout à ce que celui de Jules Verne avait déjà été utilisé. Quant à d’autres candidats potentiels (par exemple Régis Messac, Maurice Renard ou René Barjavel), ils ne bénéficiaient pas de la même aura positive. Rappelons que c’est en 1973 que les éditions Gérard & Cie/Marabout ont publié une importante anthologie dédiée aux Récits de science-fiction de Rosny. Voir aussi de sa part « Vingt ans dans les coulisses du prix Rosny aîné », dans Les Navigateurs de l’impossible, Imaginaires sans frontières, 2001. Le titre de cette anthologie étant lui aussi une référence aux Navigateurs de l’infini (1926) de Rosny qui, comme Monsieur Jourdain faisant de la prose sans le savoir, ignore publier son premier space-opera.
 
29 Chasseurs de chimères, op. cit., p. XV. On est qualitativement très loin de l’éditorial impressionniste de Gernsback dans le premier numéro d’Amazing Stories rapporté et traduit par Sadoul : « Par scientifiction j’entends des histoires du type de celles qu’écrivaient Jules Verne, H. G. Wells, Edgar Allan Poe, c’est-à-dire des histoires où l’intérêt romanesque est entremêlé de faits scientifiques et de visions prophétiques de l’avenir ».
 
29 Le Carnoplaste, 2012.
 
30 Dans son roman La Grande Panne (1930), Théo Varlet faisait intervenir une référence explicite aux Xipéhuz de Rosny. Faisant face à une entité monstrueuse qui dévaste Paris, un personnage se souvient d’une de ses lectures d’enfance : « As-tu lu le conte de Rosny aîné, qui s’intitule Les Xipéhuz ? Il a fait frissonner ma jeunesse… quand j’avais encore le temps de lire. Ces Xipéhuz, une création aberrante née sur terre aux âges préhistoriques, étaient des êtres doués d’intelligence, en forme de cônes glissants à ras du sol, et pourvus d’un œil flamboyant… ».
 
31 Sur son blog dédié aux frères Rosny, Fabrice Mundzik recense 108 éditions du roman de 1909 à 2015, 18 adaptations en bande dessinée, deux films (1914 et 1981) ainsi que des traductions en anglais, brésilien, russe, etc. Citons aussi la chanson « Quest for Fire » (1983) du groupe britannique Iron Maiden, écrite d’après le film de Jean-Jacques Annaud.
 
32 Source : base Léonore des Archives Nationales, cote LH/266/70 :
 http://www.culture.gouv.fr/public/m... [consulté le 01/06/2016]. On peut y lire sur un document daté du 25 juillet 1913 écrit par Rosny une liste des ouvrages qu’il estime importants et grâce auxquels il mérite sa promotion. Si certains incontournables y figurent (Nell Horn, Les Xipéhuz, La Guerre du Feu) sont absents de cette liste notamment La Mort de la Terre et La Force mystérieuse qu’il vient de faire paraître.
 
33 Source Archives en ligne de l’Académie Nobel : http://www.nobelprize.org/nominatio... [consulté le 01/06/2016]. Une autre page, fragmentaire, de ce site indique aussi une sélection en 1915 : http://www.nobelprize.org/nominatio....
 
34 Anatole France allait jusqu’à associer l’omniprésence du naturalisme à la Terreur de 1793, Zola à Robespierre et le Manifeste des Cinq (cosigné et rédigé par Rosny) paru dans Le Figaro en 1887 à la décapitation de Robespierre le 9 Thermidor dans La vie littéraire : « Pendant la Terreur naturaliste, nous lisions sur tous les monuments de l’art : « Le naturalisme ou la mort ! » Et nous pensions que cette devise serait éternelle. Tout à coup est venu le 9 Thermidor que nous n’attendions pas… Le 9 Thermidor qui renversa la tyrannie de M. Zola fut l’œuvre des Cinq… Bref la Terreur naturaliste est vaincue. ».
 
35 Rosny était par ailleurs familier d’Alfred Valette, directeur de publication du Mercure et mari de Rachilde, dont il fréquenta régulièrement le salon.
 
 36 Ce qui inclut les romans préhistoriques, d’exploration, d’anticipation, etc. Rappelons que sur environ 150 romans publiés, moins d’un tiers concernent le merveilleux-scientifique. 
 
37 Marcel Réja a publié en 1904 dans le Mercure de France, peu de temps après la première traduction francophone de Wells dans cette même revue, un article intitulé « H.-G. Wells et le merveilleux-scientifique » Notons l’absence de trait d’union chez Réja, tandis qu’il a une signification bien particulière chez Renard. L’influence de cette lecture critique, ne serait-ce que dans le titre, est parfaitement lisible chez Renard dans l’article du Spectateur.
 
38 Renard (Maurice), « Le merveilleux-scientifique et La Force mystérieuse de J.-H. Rosny aîné », dans La Vie, no16, 15 juin 1914.
 
39 Dans son Enquête sur l’évolution littéraire, Jules Huret demande à Rosny quelle alternative voit-il au naturalisme de Zola qu’il juge trop étriqué. Rosny répond « L’autre chose c’est une littérature plus complexe, plus haute… c’est une marche vers l’élargissement de l’esprit humain, par la compréhension plus profonde, plus analytique et plus juste de l’univers tout entier et des plus humbles individus, acquise par la science et par la philosophie des temps modernes. » 
 
40 Arnauld (Michel), « Rosny et Wells », NRF, Tome VIII, 1912, p. 923-924.
 
41 Le parcours scientifique de Rosny aîné est lui aussi sujet à fantasmes. Il est amusant de constater l’existence d’une légende qui circule parfois sur Internet, apparaissant et disparaissant au gré des mouvements inintelligibles de la toile : après avoir quitté la Belgique et avant de se rendre à Londres, il aurait suivi un parcours de sciences naturelles à Bordeaux et aurait été un élève brillant, remarqué par ses professeurs. Il est vrai que les articles de philosophie scientifique de Rosny lui ont valu des félicitations de ses contemporains, dont celles de Jean Perrin qui disait de lui que s’il n’avait pas versé dans la littérature, il aurait fait un des physiciens les plus remarqués de son temps.
 
42 Bozzetto (Roger), « Wells et Rosny, Le sens d’un parallèle, la forme d’un duo », Europe, no681-682, 1986, p. 5.
 
43 Ibid.
 
44 Précisons que si effectivement les traductions d’œuvres de Rosny se multiplient au début des années 1920 dans plusieurs langues et notamment l’anglais, Nell Horn et Vamireh, pour ne citer que ces deux romans, sont traduits en russe respectivement en 1889 et 1892.
 
45 Renard (Maurice), « Du roman merveilleux-scientifique et de son action sur l’intelligence du progrès », Le Spectateur, no6, octobre 1909.
 
46 Ibid
 
47 Vas-Deyres (Natacha), « La science-fiction, une machine à écrire les futurs », NRP Collège, mars 2016.
 
48 Evidemment, impossible de ne pas penser non plus à la pratique du cosplay, particulièrement propice à faire vivre ce fantasme de la science-fiction ancienne.
 
49 Saluons à ce titre les membres du Club des Savanturiers, qui se présente comme une « délirante association [qui] regroupe des écrivains, amateurs, curieux, passionnés de vieille anticipation et autres fadaises chimériques. Un moyen instantané d’échanger des informations, des découvertes, des objets curieux, des livres insolites, des couvertures ou des titres bizarroïdes ».
 
50 La Guerre du Lierre est un recueil de trois nouvelles dont deux prépubliées dans les Primaires. De 38 à 40, Régis publiera encore 4 nouvelles de Keller et un second volume : The Sign of the Burning Hart, préfacé en américain par Régis. Voir aussi « David Henry Keller et le roman scientifique aux États-Unis » (mai-juin 1939, repris dans le journal de Quinzinzinzili n° 24, spécial Keller).
 
51 David H. Keller était par ailleurs psychiatre - un des premiers à écrire de la science-fiction - et signait ses récits « David H. Kell, M.D. ».
 
52 « I started the movement of science fiction in America in 1908 through my first magazine, "Modern Electrics". »
 
53 Olivier Messac en traduit et recopie un extrait dans son article « Introduction à l’œuvre journalistique de Régis Messac », dans Régis Messac, l’écrivain-journaliste à re-connaître, Éditions Ex-Nihilo, Bordeaux, 2011, pp. 39-43, dont voici quelques passages : « Je sais que vous comprendrez qu’en tant que créateur de la scientifiction en Amérique, je suis en mesure, peut-être mieux que quiconque, de procéder à des choix de textes correspondant à la ligne science-fictionnelle que vous souhaitez le plus. […] Mais franchement, j’ai besoin de vous, de vos conseils et de vos suggestions. J’ai été le premier à publier de la scientifiction dans ce pays - mais je ne connais pas tout. C’est vous - seulement vous – qui pourrez m’apporter par votre intervention les moyens de réaliser un meilleur magazine de scientifiction. »
 
54 Cf. supra, note 27.
 
55 Quinzinzinzili, « Avant-propos à l’édition originale », op. cit., p. 179-181.
 
 
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