Vers Fondation – Le déclin de Trantor (Prélude à Fondation ; L’Aube de Fondation)
( Fondation 1 )
de Isaac Asimov
aux éditions Omnibus ,
collection SF
Genre : SF

Auteurs : Isaac Asimov
Couverture : Didier Thimonier
Traduction : Jean Bonnefoy
Date de parution : janvier 2007 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 896
Titre en vo : Prelude to Foundation ; Forward the Foundation
Cycle en vo : Foundation
Parution en vo : janvier 1988

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Pas indispensable mais loin d’être anodin

Est-il encore utile de présenter Isaac Asimov, l’un des plus grands écrivains de science fiction de l’Age d’or américain, mais également vulgarisateur scientifique reconnu ? Non, pas plus qu’il n’est nécessaire de rappeler qu’il marqua la SF grâce à deux cycles majeurs : celui des Robots et celui de Fondation. Mais nous le ferons quand même, car Vers Fondation – Le déclin de Trantor participe à la jonction de ces deux cycles. Il regroupe les deux prequels écrits par Asimov à la fin de sa vie : Prélude à Fondation (1988) et L’Aube de Fondation (1993). Asimov avait déjà cédé aux pressions des lecteurs et de son éditeur au début des années 80 avec Fondation foudroyée et Terre et Fondation, suites directes du cycle originel. Dans la même période, il compléta le cycle des Robots avec Les Robots de l’aube et Les Robots et l’Empire, dans lesquels il poursuivait ce que Jacques Goimard appelle, dans sa postface au présent ouvrage, le processus « d’urbanisation littéraire » qui devait aboutir à l’édification d’une Histoire du futur aussi cohérente que possible, même si Asimov avoua lui-même que, les deux cycles n’étant pas prévus initialement pour se rejoindre, ce travail d’unification pouvait présenter quelques défauts. Dans Prélude à Fondation et L’Aube de Fondation, Asimov raconte comment Hari Seldon, le créateur de la psychohistoire, développa la science qui donna naissance à la Fondation et qui devait sauver l’Empire galactique.

Hari Seldon : sa vie, son œuvre

Prélude à Fondation met en scène Hari Seldon, jeune mathématicien d’Hélicon en déplacement sur Trantor pour participer à un colloque de mathématiques. Il y présente une toute nouvelle théorie qu’il nomme « psychohistoire », basée sur l’étude des probabilités et qui pourrait permettre de prédire l’avenir dans ses grandes lignes. Persuadé que cette théorie ne peut trouver aucune application pratique en raison de la quantité quasi infinie de données à prendre en compte, Seldon ne se doutait pas que l’Empereur Cléon Ier, assisté du redoutable Premier Ministre Eto Demerzel, allait s’intéresser à lui. Ainsi que plusieurs factions qui ne rêvent que d’une chose : renverser l’empereur. Dépassé par la portée de sa communication, Seldon se fait aider par Hummin, un journaliste très influent, et par Dors Venabili, jeune historienne chargée de sa protection, pour échapper à tout ce beau monde. Commence alors un voyage initiatique à travers les différents secteurs de Trantor qui permettra peut-être à Seldon de trouver la clé du développement de la psychohistoire.

L’Aube de Fondation voit Seldon monter un département de psychohistoire à l’Université de Streeling sur Trantor. Enfin protégé par l’empereur, il peut s’attaquer à cette lourde tâche dont il perçoit à peine l’issue. Le roman se déroule non plus sur quelques mois comme Prélude à Fondation, mais sur plusieurs décennies, jusqu’à l’aboutissement final de l’œuvre du mathématicien.

Les structures temporelles des deux romans sont à la fois parfaitement adéquates et déséquilibrées. Adéquates car elles s’inscrivent naturellement dans l’ensemble du cycle de Fondation : Prélude à Fondation se déroule sur une courte période et présente le point de départ de la formidable fresque galactique du Bon Docteur ; L’Aube de Fondation pioche dans la vie de Seldon qui s’étend sur quelques décennies, et montre la lente et laborieuse construction de la psychohistoire ; enfin, le cycle de Fondation originel se développe sur plusieurs siècles. Cette progression temporelle logique traduit à merveille le fait que l’Histoire se construit petit à petit, parfois à partir d’éléments anodins microcosmiques qui induisent des conséquences macrocosmiques. On sent, grâce à ces deux romans, la lente mais inexorable montée en puissance « à rebours » du concept d’Asimov, dont l’envergure incommensurable prend toute sa valeur. Presque tout le monde s’accorde à dire que le cycle de Fondation est l’un des space opera les plus ambitieux jamais écrits, et si Prélude à Fondation et L’Aube de Fondation ne sont pas indispensables pour en saisir toute l’ampleur, ils ajoutent incontestablement une nouvelle dimension à l’ensemble du cycle et s’intercalent avec bonheur entre les Robots et Fondation.

Côté intrigue, tout n’est cependant pas parfait. L’intérêt de Prélude à Fondation réside dans ce parcours initiatique à travers Trantor, dont Asimov profite pour nous décrire quelques lieux et coutumes d’une grande originalité. Il n’était pas forcément facile de donner une cohérence à un monde où quarante milliards d’êtres humains se répartissent sur huit cents secteurs tous aussi différents les uns que les autres. Le début du roman est d’ailleurs un peu décousu, Hari Seldon se faisant ballotter, guider à son insu sans avoir véritablement l’initiative. Mais petit à petit tout cela acquiert une certaine structure et l’on comprend où Asimov veut en venir : les aventures vécues par Seldon, individuellement peu importantes, sont une source d’expérience qui l’aidera à donner corps à la psychohistoire. A côté, L’Aube de Fondation fait plus pâle figure. Moins dynamique du fait même de sa structure temporelle, il développe une intrigue répétitive : apparition d’un problème perturbant le travail de Seldon, état de crise, résolution du problème. Si Fondation présentait la même construction, il faut avouer qu’ici les périodes trop courtes (du point de vue de l’Histoire) entre deux crises empêchent à l’environnement social et culturel de changer radicalement, ce qui peut générer un certain ennui par moments. Preuve qu’Asimov préfère la crédibilité scientifique, sociale et historique à l’action pure et simple, dans laquelle il n’a d’ailleurs jamais été très à l’aise. Si Prélude à Fondation peut se lire presque indépendamment du cycle, ce n’est pas le cas de L’Aube de Fondation qui, sans le background que l’on connaît, perdrait beaucoup de son intérêt. Mais tout ceci, encore une fois, est d’une logique implacable et l’on ne peut s’empêcher d’être admiratif devant ce jeu de construction qui renvoi les échos de la fresque galactique à venir.

Rigueur scientifique et humanité

Nous parlions de logique, et c’est parfois ce qui est reproché à Asimov : en bon scientifique, il privilégie, paraît-il, la logique et la rigueur à l’émotion et l’humanité. Il est certain qu’une œuvre d’Asimov se caractérise avant tout par un esprit d’analyse, une clarté d’explication et un désir de vulgarisation hors du commun. On retrouve bien évidemment ces qualités – car oui, ce sont des qualités – dans Prélude à Fondation et L’Aube de Fondation.

Tout d’abord dans les personnages, crédibles et cohérents. Asimov parle de ce qu’il connaît : Hari Seldon est un mathématicien et il use de méthode scientifique pour résoudre ses problèmes (en l’occurrence, réduire l’objet de son observation – l’humanité – à un modèle simplifié pour en déduire des lois applicables à un modèle plus vaste). Mais son talent est de parvenir à rendre cette méthode compréhensible et accessible à tous les lecteurs, qu’ils soient scientifiques ou non, et surtout de la développer sur une période suffisamment longue pour lui ôter toute impression d’artificialité. Asimov brise le mythe de la science infuse et explique au lecteur q’une théorie peut mettre des années à mûrir. Hari Seldon ne cesse de répéter, tout au long des deux romans, que la psychohistoire ne peut pas trouver d’application pratique. Or nous, lecteurs, savons qu’il y parviendra et tout l’intérêt réside dans cette recherche. Asimov fait de la science non seulement un moyen mais aussi un but, et c’est finalement assez peu fréquent en science fiction. D’ailleurs, dans l’un des deux articles écrits par l’auteur qui suivent les romans et précèdent la postface de Goimard, Asimov justifie l’utilisation de la SF pour développer son idée, SF qui n’est pas ici un artifice mais une nécessité : « Pour que ça marche, deux conditions préalables étaient indispensables, deux conditions qui m’étaient directement inspirées de la théorie cinétique des gaz : d’abord, il fallait que je traite un grand nombre d’individus, de même que la théorie cinétique ne marchait qu’avec un grand nombre de particules. C’est pour ça que mon Empire Galactique était constitué de vingt-cinq millions de mondes, chacun peuplé de quatre milliards d’individus en moyenne, soit une population totale de cent quatrillions d’êtres humains ». Cette rigueur scientifique est non seulement à la base du cycle de Fondation, mais en guide aussi le contenu.

Ensuite, Asimov préfère faire avancer son intrigue à travers des dialogues plutôt que par de longues descriptions. Lorsque les personnages discutent, ce n’est jamais pour meubler : les problèmes trouvent plus souvent leur solution par le débat d’idées et l’échange de points de vue que par l’action, et à ce titre les dialogues d’Asimov sont parfaitement réussis. Ils sont loin d’être mécaniques : il ne s’agit pas simplement de faire dire aux personnages ce que l’on attend d’eux. On a parfois l’impression qu’Asimov se laisse dépasser par le tour que prennent les conversations, car il ne maîtrise pas le libre arbitre de ses héros qui ont parfois des réactions intuitives propres à leur caractère. C’est là où les critiques contre l’inhumanité ou la froideur d’Asimov perdent leur sens : si les dialogues sont structurés logiquement et conduisent, in fine, au but que poursuit l’auteur, celui-ci ne perd pas une occasion de lâcher la bride à ses protagonistes et prend souvent le risque de se compliquer la tâche pour sauvegarder la crédibilité, le naturel et l’humanité de ses personnages. La seule chose que l’on puisse éventuellement lui reprocher, c’est son langage parfois un peu trop courtois, à la limite du désuet (« Mais comment donc, appelez-moi Hari, je vous en prie »). Mais après tout on se trouve plus de vingt milles ans dans le futur, qu’est-ce qui nous empêche de croire que les hommes se parleront plus poliment qu’aujourd’hui ?…

Cette humanité devient humanisme lorsque Asimov non seulement fait l’apologie du savoir mais encore, loin d’être élitiste, veut le mettre à la portée de tous. Son désir de vulgarisation n’est que la manifestation d’une conviction très forte, celle que le savoir doit être accessible à tout le monde. Ainsi, aussi bien à Dahl, secteur le plus pauvre de Trantor, que dans l’enclave impériale, n’importe qui peut pénétrer dans les bibliothèques, qui sont des lieux quasiment sacrés. Les universités sont traditionnellement protégées contre toute intervention du gouvernement (« Il est strictement interdit au gouvernement impérial d’exercer le moindre pouvoir de police sur l’Université ou ses membres. La liberté y est totale. On peut y discuter de tout, on peut tout y dire »). Et lorsque certains hommes prétendent fermer les accès à la connaissance (ceux de la bibliothèque impériale, par exemple, dans L’Aube de Fondation), Asimov est prêt à tout, même à la manipulation mentale, pour détruire ces barrières élitistes. Pour lui, rien ne doit entraver l’enseignement et la liberté de savoir. Et ce n’est là que l’une des nombreuses réflexions qui émaillent les deux romans de Vers Fondation – Le déclin de Trantor.

Politique fiction

Le cycle de Fondation fut fortement inspiré de l’Histoire du déclin et de la chute de l’Empire Romain d’Edward Gibbon (ce dernier parle de « lois de l’univers et de la nature humaine » : on n’est pas loin de la psychohistoire). Mais Fondation est aussi le fruit de l’époque à laquelle il fut écrit, à savoir la seconde guerre mondiale. Pas étonnant, donc, qu’Asimov ait donné pour cadre à son histoire un empire en pleine déliquescence. Alors, en 1988, l’auteur n’a-t-il fait qu’enfoncer un clou ayant pris racine quarante ans plus tôt ? Pas seulement. Car, aujourd’hui encore, le parallèle avec notre propre société est saisissant. Cet empire qui s’effrite petit à petit, fonçant droit dans le mur inexorablement, ce n’est rien d’autre qu’une version à peine anticipée de notre bonne vieille civilisation occidentale. Dans Prélude à Fondation, Seldon s’inquiète du ralentissement de la recherche scientifique et des progrès technologiques, ainsi que des défaillances de la gigantesque machinerie trantorienne : « On répare les caisses abîmées, on reconditionne les compartiments défraîchis, on remplace les aimants défaillants. Mais on travaille à la va-vite, avec moins de soin, et les interventions sont de plus en plus espacées. Il n’y a tout bonnement plus assez de crédits ». Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ?… Des histoires d’ascenseurs défectueux qui provoquent des morts dans des immeubles à l’abandon, par exemple, ou les pannes à répétition de certains opérateurs de télécommunication ? Autre exemple, Asimov confronte Seldon à des gouvernements successifs qui attendent de la psychohistoire des résultats immédiats. Pour Seldon, cette impatience nuit à la science. Ce n’est que le reflet de notre propre culte de la productivité et de la rentabilité, au mépris de l’efficacité et de la rigueur. Dans L’Aube de Fondation, l’empire a atteint une taille critique (« L’Empire ne survivra pas longtemps parce qu’il… parce qu’il est en surchauffe ») et l’empereur lui-même n’a plus de pouvoir véritable que sur les quelques secteurs qui entourent son palais. Ce danger d’hypertrophie est celui qui nous guette et il semble évident qu’Asimov nous donne là un avertissement.

Plus généralement, les analyses politiques d’Asimov sont pleines de bon sens et il ne tombe jamais dans la caricature ni la simplicité. Il en va de même pour ses réflexions sur la société humaine. Le choix d’un monde mosaïque comme Trantor lui permet de mettre côte à côte des communautés aux mœurs radicalement différentes, sans jamais juger l’une mieux que l’autre et toujours en présentant tous les points de vue. Ainsi aborde-t-il la religion, la question d’identité culturelle, la violence née de la pauvreté (« Quand les gens sont pauvres et délibérément maintenus dans cet état, certains peuvent prendre l’habitude du vol et de la violence »), les tabous sexuels, et tout un tas d’autres sujets plus ou moins importants. Et au final, ce qui ressort systématiquement et si souvent que cela va au-delà de la simple leçon de morale, c’est cette nécessité absolue de tolérance. Asimov relativise les différences sans les ignorer et prétend que seule la tolérance peut nous permettre de cohabiter. Il analyse les inhibitions et les tabous liés à notre culture avec le recul qui s’impose et leur retire ainsi leur potentiel de nuisance qui provient de notre croyance en leur indéfectible vérité intrinsèque. Chez Asimov, tout est question de relativité, il n’y a rien d’absolu et donc aucune supériorité d’un peuple sur l’autre, d’une religion sur une autre, d’un domaine de connaissance sur un autre. Il attache plus de prix aux relations amicales qu’aux grandes doctrines, à la confiance qu’aux ambitions personnelles. Les liens entre les gens sont le véritable moteur de l’humanité, et l’on retrouve ici cet humanisme qui est sans doute le trait le plus important de la personnalité d’Asimov.

L’Histoire d’Asimov

Alors, finalement, ces deux romans valent-ils le coup ? La réponse est : oui ! Non pas que Prélude à Fondation et L’Aube de Fondation soient indispensables pour les amateurs du cycle originel. Mais contrairement à ce que prétendent certains, ils ne sont pas non plus anecdotiques. Au-delà de leur valeur romanesque, il est quand même intéressant de découvrir qui est cet homme, Hari Seldon, qui a sauvé l’humanité, de comprendre ses motivations. Si ses « aventures » sur Trantor sont parfois accessoires, le plus important est le cheminement de sa pensée et de ses travaux. Asimov nous décrit comment l’idée de la Fondation a germé dans l’esprit du mathématicien, lui donnant une base solide et montrant qu’elle n’est pas sortie d’un chapeau, qu’elle se fonde sur des faits concrets et une expérience humaine. Mais surtout, surtout, Vers Fondation – Le déclin de Trantor est une nouvelle brique dans l’édification d’une Histoire du futur qu’Asimov chercha à composer à la fin de sa vie.

Il y a une question qui revient souvent dans les écrits d’Asimov : quelles sont les motivations d’un homme ? Quels sont ses buts et quel rôle se donne-t-il dans le grand engrenage de l’humanité ? Dans Prélude à Fondation, Hummin demande à Seldon : « Avez-vous un dessein susceptible de mieux vous justifier à vos propres yeux ? ». Phrase que l’on retrouve presque mot pour mot dans la série de nouvelles policières des Veufs Noirs, où chaque invité du club du même nom se voit demander comment il justifie son existence. Il semble qu’Asimov justifie la sienne (sur le plan littéraire, tout au moins) par l’élaboration de cette histoire personnelle qui s’appuie sur l’Histoire. A ce titre, les deux articles d’Asimov à la fin de la présente édition, ainsi que la postface de Jacques Goimard, sont très instructives. En particulier, Goimard fait un parallèle entre l’écriture du cycle et les événements historiques qui ont eu lieu à cette époque. On peut reprocher à Goimard d’être un peu trop biographique, mais petit à petit on découvre où il veut en venir : prouver que ces deux romans ne sont pas un artifice d’écriture mais s’inscrivent dans une logique d’unification dans laquelle Asimov s’est engagé très tôt : « Travailler à créer un lien entre mes différents romans de science fiction est l’une de mes faiblesses, qui a jusqu’à ce jour influé sur ma façon d’écrire ». Mais cela ne s’arrête pas là. Comme le rappelle Goimard, l’étudiant Isaac Asimov hésita entre une carrière scientifique et une carrière d’historien. Ce n’est pas un hasard si c’est la lecture de Gibbon, historien reconnu du dix-huitième siècle, qui fit germer l’idée de Fondation. La lecture de la préface à l’Histoire du déclin et de la chute de l’Empire Romain, rédigée par Michel Baridon pour les éditions Bouquins, met à jour d’évidents parallèles : Gibbon y défend son œuvre et sa méthode d’historien en déclarant « Jamais on n’avait fait de tout cela un tout cohérent  ». Baridon reporte d’autres propos qui évoquent les « liaisons cachées » de l’Histoire. Asimov, en lisant Gibbon, fut sans doute tenté d’appliquer la même méthode historique à son propre cycle, faisant finalement de lui l’historien qu’il n’a pas été. Comme un archéologue, il découvre (ou plutôt dévoile) petit à petit certains pans de son Histoire qui éclairent les autres de lumières nouvelles. Il est d’ailleurs préférable de lire l’ensemble du cycle dans son ordre de rédaction pour profiter au mieux des quelques effets de surprise que réservent les derniers tomes. On est ainsi plus propice à comprendre et partager l’excitation qu’Asimov a dû ressentir en exhumant l’histoire d’Hari Seldon, histoire qui n’est pas sans rappeler la vie de l’auteur comme le fait si justement remarquer Jacques Goimard.

En résumé…

Prélude à Fondation et L’Aube de Fondation s’inscrivent donc dans une démarche d’unification des différents romans d’Isaac Asimov. Pris à part, le premier tient nettement la route du point de vue romanesque et peut se lire individuellement sans en perdre grand-chose. Le second en revanche, plus lent, moins dense, ne peut être apprécié qu’à l’aune des premiers tomes du cycle (Fondation, Fondation et Empire, Seconde Fondation). Mais les deux récits sont incontestablement imprégnés du talent de leur auteur, talent qui se manifeste principalement par une rigueur scientifique absolument pas ennuyeuse et par une réflexion politique et sociale juste et humaniste. Ainsi, si leur lecture ne va pas changer notre vision du reste de la série, elle présente tout de même un grand intérêt, relevé par une postface de Jacques Goimard proposant une grille de lecture pertinente (à ce propos, cette postface contient des révélations sur le reste du cycle et d’autres œuvres de l’auteur, attention donc si vous comptez vous attaquez à la vaste bibliographie du Bon Docteur…). Et puis, lire Asimov restera toujours un plaisir. Alors, pourquoi se priver ?

Jérôme Lavadou