Les coups de coeur de Jean-Luc Rivera - Décembre 2010
de Jean-Luc Rivera et Jeanne A. Debats
aux éditions
Genre : Anticipation

Auteurs : Jean-Luc Rivera , Jeanne A. Debats , Michel Robert , Scott Westerfeld , Cherie Priest
Date de parution : décembre 2010 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :

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Régulièrement, Jean-Luc Rivera évoque ici ses coups de cœurs et ses bonheurs de lecteur...

Boneshaker de Cherie Priest

Les Editions Eclipse se lancent dans un programme ambitieux de publications de romans dans différents domaines que nous aimons, paraissant tous plus intéressants les uns que les autres. Etant un amateur de streampunk, j’ai naturellement commencé par "Boneshaker", premier volume d’une trilogie intitulée "Le Siècle mécanique" écrite par Cherie Priest. En 1880, la Guerre de Sécession continue, avec blindés et dirigeables de combat, et la ville de Seattle a été ravagée 16 ans auparavant : suite à une catastrophe provoquée par le "Boneshaker", une foreuse à haute performance inventée par Leviticus Blue, un savant de génie, la ville s’est en partie effondrée et, surtout, une poche de gaz délétère a été percée et les effets du gaz sont de transformer les morts en zombies. Résultat : après évcuation, la ville a enclose par un mur de 60 mètres de haut afin de contenir le Fléau, ce gaz plus lourd que l’air, ainsi que les Pourris, les morts-vivants, et les quelques survivants qui ont refusé de partir. l’histoire met en scène la veuve de Blue, Briar Wilkes, et leur fils Zeke qui s’enfuit à l’intérieur de la ville pour retrouver les traces de son père. Il s’y trouve bloqué et sa mère part à sa recherche : Cherie Priest nous livre ainsi un portrait saisissant d’une ville pourrissante, avec ses oasis humaines - Chinois, savant fou tout puissant et personnages divers dont deux fortes femmes y survivent - et les zombies qui hantent les rues à la recherche de viande fraîche. L’intrigue est sympathique, on se prend au jeu grâce au détail des descriptions, les acteurs du roman remplissent bien leurs rôles : savants fous, bandits sympathiques, Chinois énigmatiques, drogués répugnants, zombies. Un bon roman qui se lit donc très agréablement et dont on attend le second volume avec impatience. Seul mauvais point : une traduction au "style" lourd pour ne pas dire poussive ( sous la lèvre du trou p. 419 par exemple), à corriger pour le tome suivant...

Léviathan
de Scott Westerfeld

Je viens de terminer "Léviathan", de Scott Westerfeld (Pocket Jeunesse) dont l’inventivité m’a totalement séduit ! En effet, même si il est rangé dans la catégorie "jeunesse", avec ses héros adolescents sympathiques - le jeune prince autrichien poursuivi par ses ennemis et la jeune Anglaise pauvre, aspirant sur un dirigeable et quel dirigeable ! -, ce roman décrit une Terre à la veille de la Première Guerre mondiale d’une originalité remarquable et se laisse lire avec un très grand plaisir par les adultes qui peuvent sans doute apprécier plus que leurs enfants la créativité de Scott Westerfeld. Grâce aux découvertes de Darwin et de ses successeurs, les empires occidentaux (Grande-Bretagne, France et Russie principalement) sont devenus "darwinistes" et n’utilisent que les forces animales modifiées génétiquement : baleines dirigeables, mammouths de trait pour les trains, lézards de communication etc... tandis que les Empires centraux sont des "clankers" reposant sur la mécanisation à outrance, avec des blindés mécanopodes gigantesques et des avions de chasse. Cela donne un monde étonnant et fascinant, la description de Londres vue du haut d’une méduse Huxley dérivant dans les courants aériens est magnifique.

L’auteur joue avec finesse de l’opposition entre les deux modes de vie et d’éducation, dénonçant à travers des réflexions pleines d’humour les méfaits des cultures fermées les unes aux autres, sans jamais véritablement prendre partie. Ecrit dans le style des romans populaires du siècle dernier, avec des rebondissements en cascade, des personnages droits dans leurs bottes et tous attachants, des gentils et des méchants bien campés, une savante énigmatique de génie toujours accompagnée de son thylacine apprivoisé etc..., l’auteur s’est manifestement plu à écrire un livre enlevé, où l’on n’a jamais le temps de s’ennuyer. Illustré de beaux dessins, il faut aussi souligner que la carte de l’Europe qui ouvre le livre est une oeuvre d’art magnifique ! Mon seul regret : nous serons obligés d’attendre septembre 2011, date de parution prévue du tome 2 "Béhémoth", pour découvrir ce qui se trame à Constantinople, la capitale de l’Empire ottoman. Cela nous laisse le temps de relire ce premier volume si réussi afin que le temps passe plus vite.

Plaguers de Jeanne-A Debats

Après plusieurs romans jeunesse, Jeanne-A Debats nous livre un excellent roman de SF "adulte" : "Plaguers" (L’Atalante). Elle y traite, sur une planète complètement dévastée par les désastres écologiques, du sort de quelques adolescents atteints de la Plaie, cette nouvelle maladie qui terrorise les populations : les malades font revivre et commandent à des animaux disparus - loups, serpents, abeilles etc... -, à des organismes plus élémentaires - lichens, levures, microbes -, aux éléments de la nature - l’un des héros produit de l’eau, cette ressource rare et précieuse - ou même aux forces les plus primaires - feu, secousses sismiques. Dans ce monde où l’on ne survit que grâce à l’énergie fournie par les réacteurs Alyscamps puisant dans les forces de l’univers, la question qui se pose est : pourquoi la Plaie est-elle apparue soudainement et pourquoi ne frappe-t-elle que certains enfants ou adolescents ? A partir de cette idée originale, l’auteur développe une très belle histoire, où l’on retrouve certains de ses thèmes récurrents : l’amitié, l’amour, les désarrois de l’adolescence mais aussi la peur de l’inconnu, l’aveuglement, la manipulation des sentiments. Jeanne-A Debats pousse aussi à ses extrêmes le concept de gestalt avec ses Uns et ses Multiples, résultat de l’évolution des Plaguers dans les Réserves où ils sont parqués. Elle réussit le tour de force, commençant avec des personnages jeunes et "paumés", de faire évoluer de manière toujours prenante, grâce à son écriture élégante et précise, et ses personnages et l’intrigue, pour aboutir à une dimension cosmique, aux accents à la fois poétiques et lyriques : le lecteur n’oubliera pas de sitôt les scènes finales du roman, superbes dans leurs envolées. Vous l’avez compris, j’ai adoré ce livre qui confirme, pour moi, la place de Jeanne-A Debats parmi les plumes les plus talentueuses et originales de la SF française contemporaine.

Balafrée, La Fille des Clans Tome 1
de Michel Robert

Avec "Balafrée, La Fille des Clans Tome 1" (Fleuve Noir / Fantasy), Michel Robert entame un nouveau cycle aussi prometteur en qualité que l’était le très beau "L’Agent des Ombres". Je me suis retrouvé scotché, ayant du mal à interrompre ma lecture des débuts dans l’âge adulte de Malken Sang-Mêlé, cette fille aux origines incertaines, refusant son statut de victime programmée pour devenir une guerrière au caractère aussi redoutable que ses talents de combattante et de magicienne. Michel Robert a toujours le même talent, par moment quasi vancien, pour dépeindre des sociétés étonnantes et bariolées, des univers intrigants, ici une planète que se partagent, en une "Guerre Eternelle", Humains de l’Empire et leurs alliés non humains et Clans, des nations aussi diverses que plus ou moins humanoïdes, le tout sous l’oeil des Anciennes Races, manifestement sur le déclin. L’auteur pose les bases de son récit, fait découvrir au lecteur un univers violent, de sang, de sueur, de sexe et de cruauté, avec ses scènes de combat qu’il excelle à rendre dans le détail : quels sont les buts poursuivis par la Cabale au sein de l’Empire, d’où viennent ces pouvoirs magiques et ces artefacts tout-puissants, pourquoi ces intrigues croisées et ces haines entre différents protagonistes mais aussi ces histoires d’amour naissantes qui toutes semblent ressortir d’un plan d’ensemble supérieur ? J’ai aussi retrouvé dans ce roman l’un des grands talents de Michel Robert, talent lui aussi très vancien et rare, celui de la description des plats et des boissons consommées par les personnages, qui font saliver le lecteur :-) Cette planète complexe, cette guerre en train d’être perdue par les Clans, l’héroïne en voie de socialisation, tout concourt, en refermant le livre, à se dire : vivement la suite !

Jean-Luc Rivera

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