Llorona On The Rocks
de Charlotte Bousquet
aux éditions Argemmios
Genre : Policier
Sous-genres :
  • Fantastique
  • Roman noir

Auteurs : Charlotte Bousquet
Couverture : Fabien Fernandez
Date de parution : novembre 2010 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 246
Titre en vo :

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Il n’y a pas de morale à Ciudad Juarez. Uniquement celle que l’on veut bien se donner...

Charlotte Bousquet multiplie les publications. Depuis ses premières nouvelles jusqu’aux romans comme Arachnae, elle explore un univers de fantasy à la fois sombre et plein d’espoir, au sein duquel le regard de la femme et sa présence sont une constante force. Avec Llorona On The Rocks, elle change de lieu et d’époque, mais le sujet sous-jacent reste, toujours aussi profond.

 

Tequila, viols et spiritisme

 

Evelia est une chasseuse, opérant dans un Mexique fort semblable au nôtre. Son rôle est de dialoguer avec les morts et, si possible, de leur apporter la paix. Que cela soit par une inhumation plus chrétienne ou par l’élimination violente de la cause de leur mort. Évidemment, parfois, ces opérations sont illégales et il faut en payer le prix. Ce qui fait qu’entre moisir en prison ou remplir un contrat pour les Fédéraux mexicains, elle choisit d’agir.

À Ciudad Jaurez, des femmes meurent. Ce n’est pas nouveau, mais la présence, à chaque fois, d’une silhouette blanche près du drame demande une enquête poussée. Cette ville, Evelia la connaît bien, elle y a vécu. Elle en est partie aussi et seule la téquila avalée à haute dose lui permet d’y retourner pour y enquêter.

Accompagnée d’un autre tueur, elle va remonter la trace, une piste jalonnée de peurs, d’espoirs déçus, de souffrances et de mort. Toute l’horreur de la ville rongée par la pègre, l’argent et la proximité des USA va dessiner un chemin, un portrait en creux de celle qui, depuis le monde des ombres, tire les ficelles.

Et si Evelia, elle aussi, était une marionnette potentielle pour la Llorona ?

 

Une écriture sous tension

 

L’auteure, pour écrire ce roman, s’est délibérément placée dans la peau de son personnage et la nervosité, l’impatience et la force d’Evelia ressortent dans l’écriture même. Autant, dans ses romans précédents, Charlotte Bousquet prenait le temps, nous tenant la main pour nous promener dans son univers, autant cette fois c’est à moto, lancée à pleine vitesse sur les routes poussiéreuses du Mexique, qu’elle nous lance dans l’aventure.

Il y a peu de temps mort, de surprises en rebondissements, l’action avance, nous plongeant de plus en plus profond dans le bourbier morbide de la ville-frontière. Le style est parfois filant, parfois heurté, comme les sentiments de l’héroïne. C. Bousquet garde la poésie qui fait le charme de ses écrits, mais y ajoute une pointe d’amertume qui va s’amplifiant tout au long du texte. Et ce ne sont pas les extraits de chansons qui émaillent les pages qui adoucissent le ton.

 

Un sujet difficile

 

L’auteure s’est toujours intéressée à des sujets délicats, ces déchirements féminins qui font s’effondrer ou se sublimer les personnalités. Pour lisser le propos et distancier le lecteur, le choix de la fantasy lui permettait de laisser planer un voile d’irréalité sur les événements. Mais cette fois, elle nous parle d’aujourd’hui, de maintenant. Pendant que vous lisez cette chronique, une femme souffre, meurt ou enfante à Ciudad Juarez, cachée par une indifférence totale de notre part.

Alors, s’agit-il un pamphlet contre l’exploitation de la femme et de son corps ? Pas exactement. Il y a toujours, dans ces pages, cette pudeur, ce respect qui est une des marques de fabrique de Charlotte Bousquet. Mais on y sent en effet un cri, une alerte. Dans notre monde, des femmes souffrent, simplement d’être femme. Et nous fermons les yeux.

 

Le texte est par moment dur, sans concessions, mais ne tombe jamais dans l’excès ou dans un descriptisme voyeuriste malsain. C’est un beau livre, plein de coups de feu, de baston et de téquila. Mais c’est aussi un livre qui ouvre les yeux du lecteur.

 

Jean Rébillat

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