Ténèbres 2010
de Eugie Foster et Aurélie Ligier
aux éditions Dreampress.com
Genre : Fantastique

Auteurs : Eugie Foster , Jean-Pierre Planque , Jason Sanford , Steve Rasnic Tem , Orson Scott Card , Glynn Barrass , Dean M. Martin , William Peter Blatty , Laird Long , Aurélie Ligier
Couverture : Les Edwards
Anthologiste : Benoît Domis
Date de parution : septembre 2010 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Bibliographie
Nombre de pages : 192
Titre en vo :

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Ténèbres ou l’histoire d’une renaissance (presque) annuelle.

Pendant plusieurs années, la revue Ténèbres fut au fantastique ce que Bifrost et Galaxies sont à la science-fiction. Dans chacun des numéros, les amateurs pouvaient lire nouvelles et interviews de leurs auteurs préférés. Malheureusement les années 2000 sonnèrent le glas de la revue (Elle s’est arrêtée en 2001) en même temps que le genre semblait lui même dans une phase plutôt creuse. Les passions ayant la vie dure, les deux rédacteurs en chef Daniel Conrad et Benoît Domis créèrent quelques temps plus tard Dreampress.com, une structure de micro-édition. Leurs objectifs : une résurrection annuelle de Ténèbres (il y a eu des numéros en 2007 et 2008, mais pas en 2009) et quelques petits livres à tirages limités comme 11 minutes en Septembre de Brian Hopkins, Le serpent à collerette de Francis Berthelot et Derrière le masque de Ramsey Campbell.
 
Orson Scott Card en guest star...
 
La livraison 2010 de Ténèbres contient dix nouvelles avec pour tête d’affiche Orson Scott Card. Son récit, Noël en enfer, est un véritable conte de Noël avec un homme qui en mourant découvre qu’il n’a ni le droit d’entrer au paradis ni celui de se rendre en enfer. Commence pour lui le long ennui du Purgatoire jusqu’à ce qu’il rencontre un étrange bonhomme déguisé en Père Noël... Une nouvelle sucrée tout en douceur qui contraste avec le reste du sommaire dans lequel l’effroi se taille la meilleure place.
 
Le Seuil de Glynn Barrass a des accents Lovecraftiens avec une équipe de tueurs se lançant à l’attaque d’une maison isolée. À l’intérieur, ils découvrent des horreurs sans nom et des choses dont ils n’auraient jamais pu imaginer l’existence. La terreur a pris possession de cette vieille bâtisse... Quelques pages plus loin, Dena M. Martin raconte comment l’horreur a pris place dans une famille placée sous la coupe d’un homme violent et alcoolique. Tyranisant sa femme et son jeune fils, il ne voit pas comment celui-ci découvre d’étranges ivresses en entaillant le corps de sa mère lorsqu’elle dort et en aspirant son sang. C’est sans doute l’une des nouvelles les plus dérangeantes de cette anthologie.
 
Parmi les autres textes à signaler, citons Charles de Steve Rasnic Tem avec une mère qui a eu la surprise de voir revenir d’entre les morts son petit garçon et s’est enfuie reconstruire sa vie avec lui dans une autre ville. Là aussi la folie est au centre du récit et fait courir un drôle de frisson chez le lecteur. Même chose avec Jean-Pierre Planque et son texte Les morts avec les morts qui met en scène un homme vivant dans le cabanon de son jardin et n’osant plus remettre les pieds dans sa maison depuis que sa femme y est morte. Enfin on conseillera également Les faucheurs de Jason Sanford qui fournit une vision de l’humanité confrontée à un cauchemar. Chaque nuit des êtres qui semblent venus de l’enfer emportent les vivants qui osent s’aventurer dehors sans lumière. Mais sa fille est persuadée que l’un d’eux n’est autre que sa mère, enlevée quelques temps plus tôt...
 
Une bonne cuvée 2010
 
La livraison 2010 de Ténèbres est d’une excellente tenue. On referme cette anthologie avec le sentiment d’avoir fait une bonne plongée dans le fantastique pour y puiser d’excellents textes. L’ensemble est de qualité et on a apprécié tout particulièrement les nouvelles qui bousculent un peu le lecteur et qui posent d’innombrables questions, notamment lorsqu’elles flirtent avec la folie. Il y a des confirmations avec Orson Scott Card ou Steve Rasnic Tem, ce dernier étant malheureusement assez peu traduit en France, mais il y a aussi des auteurs à découvrir et sur lesquels on gardera un œil comme Dena M.Martin, Jason Sanford ou Eugie Foster. Amateurs de fantastique, on ne saurait donc que vous conseiller cette livraison annuelle de Ténèbres, avec une petite pointe de nostalgie pour le temps où il s’agissait d’une revue trimestrielle.

Jérôme Vincent