Jack Barron et l’éternité
de Norman Spinrad
aux éditions J’ai lu ,
collection Science—Fiction
Genre : SF

Auteurs : Norman Spinrad
Couverture : Diego Tripodi
Traduction : Guy Abadia
Date de parution : octobre 2010 Réédition
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 384
Titre en vo : Bug Jack Barron
Parution en vo : 1969
Première parution : 1971

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Devenir immortel et puis mourir.

Norman Spinrad est un des derniers géants américains de la science-fiction. Auteur de nombreux romans engagés, il met à nu les travers de la société américaine dans ses écrits tels que : Jack Barron et l’éternité qui connaît sa cinquième réédition en poche chez J’ai Lu, Les années fléaux ou encore son dernier brûlot Oussama. À soixante-dix ans Norman Spinrad est un auteur qui n’a pas fini de nous étonner.

L’Amérique, l’argent et les médias.


Jack Barron est le présentateur vedette de l’émission la plus regardée des États-Unis. En effet cent millions d’américains sont devant leur poste de télévision tous les mercredis soir pour suivre
Bug Jack Barron. Benedict Howards est un des hommes les plus riches et les plus puissants des États-Unis. À la tête de la Fondation pour l’éternité, il promet à toute personne disposant de cinquante mille dollars une place en hibernation le temps que sa Fondation trouve le moyen de rendre la vie éternelle. Agacé par les attaques répétées de Barron à l’encontre de sa Fondation, Howards va lui proposer un marché que même le célèbre Jack Barron ne pourra refuser.

Le choc des titans.


Norman Spinrad nous plonge dès les premières lignes à l’intérieur d’un monde politique totalement magouilleur. Instantanément on sait que le livre de Spinrad ne sera pas uniquement un divertissement, mais bien une charge contre l’establishment américain et aussi contre toute une population qui ne vit qu’à travers la télévision.

En deux chapitres, les personnages sont posés : Benedict Howards le milliardaire et Jack Barron le maître du petit écran. Toute la première partie du livre est construite comme un combat, c’est Howards contre Barron, un chapitre pour Howards, un chapitre pour Barron, chacun marquant des points. Le peuple américain, ces cent millions de téléspectateurs recensés, en sont les témoins et les juges. Barron parle et on l’écoute, la narration nous met dans la tête et le corps de Jack Barron, nous sommes Jack Barron, un homme ambigu, somme toute humain. Si tout le début montre que Jack Barron est le vrai « héros », le redresseur de torts, celui qui va botter le cul de Benedict Howards. La deuxième partie est beaucoup plus subtile. Spinrad distille le suspens admirablement et finalement on ne sait plus qui aura la tête de l’autre.

Un livre politique.


Norman Spinrad homme engagé, a fait de son héros Jack Barron un ancien révolutionnaire communiste, devenu un homme de pouvoir grâce à son émission
Bug Jack Barron. Si le train de vie de Barron peut laisser penser qu’il a oublié ou renié ses origines, on s’aperçoit rapidement qu’il n’en est rien. Mais Jack Barron a troqué ses idéaux communistes pour une démarche plus radicale aux tendances anarchistes. Jack Barron et l’éternité a été écrit en 1969, une période mouvementée pour les États-Unis en pleine crise : le pays est embourbé au Viêt Nam, un an auparavant Martin Luther King et Robert Kennedy étaient assassinés, Richard Nixon accède à la présidence de la première puissance mondiale, la ségrégation raciale continue dans tout le pays. Norman Spinrad est un audacieux, il fait de son personnage principal un homme blanc et noir. En effet Jack Barron, appelé aussi le caucasien noir, est une vraie claque pour une Amérique raciste. Barron représente une ouverture, un renouveau pour un pays gouverné par l’argent et les médias, mais il n’en reste pas moins un homme, quelqu’un que l’on peut acheter. Barron incarne la lutte des classes, le combat de l’homme noir contre l’homme blanc. Spinrad n’épargne rien ni personne, de la classe dirigeante au pauvre noir du Mississippi qui vend sa fille pour cinquante mille dollars. Meurtres, machinations, dérives politiques, toutes et tous sont corrompus. L’immortalité n’a pas de prix et la manipulation est un thème cher à Spinrad. Il enfoncera le clou avec sa critique virulente du milieu des sectes dans Les Miroirs de l’esprit puis avec En Direct une nouvelle critique du milieu de la télévision, dans ce dernier une petite chaîne de télévision de Los Angeles est prise en otage par des écoterroristes.

Toujours d’actualité.


Quatre décennies après sa première publication,
Jack Barron et l’éternité a gardé sa force de frappe, une écriture puissante et des thèmes très actuels tel que la manipulation médiatique ou encore l’ostracisme de nos sociétés. La télévision est toujours l’opium du peuple. Au-delà des nombreuses rééditions Jack Barron et l’éternité devrait être au programme dans toutes les écoles, un livre subversif assurément.

Tarik Messelmi