Les coups de coeur de Jean-Luc Rivera - Mars 2011
de Anaïs Cros et Jean-Luc Rivera
aux éditions
Genre : Anticipation

Auteurs : Anaïs Cros , Jean-Luc Rivera , Marianne Leconte , Jean-Pierre Dionnet , Philippe Tessier
Date de parution : mars 2011 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :

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Régulièrement, Jean-Luc Rivera évoque ici ses coups de cœurs et ses bonheurs de lecteur...

Les éditions J’ai lu relancent la collection "Millénaires" sous le nom de "Nouveaux Millénaires" et commencent avec un texte tout à fait passionnant : il s’agit de l’essai autobiographique de Daniel Keyes, l’immortel auteur d’une des nouvelles les plus poignantes de la SF, "Des fleurs pour Algernon", transformée ensuite par lui en un roman tout aussi réussi. Sous le titre "Algernon, Charlie et moi. Trajectoire d’un écrivain", Daniel Keyes nous livre ses souvenirs d’écrivain luttant pour créer. Ses réflexions et ses analyses sur le processus créatif à travers son propre exemple sont une ouverture fascinante - surtout pour les lecteurs qui, comme moi, sont totalement dépourvus de tout talent d’écriture et de création - sur le fonctionnement d’un auteur au travail, sur ses angoisses et ses interrogations, sur ses certitudes et ses doutes.

Comme Daniel Keyes a toujours été un passionné de l’analyse au sens freudien du terme et du fonctionnement de l’esprit humain (se souvenir de ses deux ouvrages excellents sur Billy Milligan et la question des personnalités multiples), le livre se lit de la même manière que la nouvelle, comme un journal retraçant la progression du personnage, avec une fin plus heureuse :-))), un livre que je n’ai pas pu poser avant de l’avoir fini ! Et Thibaud Eliroff, responsable de cette nouvelle collection et du choix de cet ouvrage, a eu l’excellente idée de republier la nouvelle originale à la suite du texte de Keyes. Un démarrage en beauté pour la collection !

La fin du commencement, Des dieux et des hommes 1 de Jean-Pierre Dionnet et Laurent Theureau

On ne présente plus Jean-Pierre Dionnet qui fait un retour - et quel retour ! - à la BD, avec une uchronie démesurée, puisque 30 albums sont prévus, une saga intitulée "Des dieux et des hommes" dont le premier tome, "La fin du commencement", est paru chez Dargaud courant janvier. L’idée de base de Dionnet est de nous raconter l’histoire de ces "dieux", les 66 mutants aux superpouvoirs nés le jour du krach boursier de 1929 le long de la mythique route 66. A travers ces trente albums, nous pourrons découvrir l’interaction entre ces surhommes et l’espèce humaine qui, au début du premier volume, en 2047, est en train de finir de s’éteindre tranquillement alors que Numéro Un - le premier né - et le Seigneur des mouches s’affrontent en un duel superbement dessiné par Laurent Theureau. Outre le graphisme et l’histoire proprement dite, j’ai beaucoup apprécié les documents réunis en fin de volume, articles, extraits de livres etc... qui présentent par petites touches le déroulement des événements et la vie des personnages depuis 1929, et dans le contenu desquels nous retrouvons la culture encyclopédique et l’humour de Dionnet.
Une belle réussite que ce premier volume ! Et félicitations à Dargaud pour s’être engagé dans ce projet à la fois immense et rapide : 3 autres volumes prévus pour cette année, chaque tome étant dessiné par un artiste différent ! J’attends la suite avec impatience.

Loups d’Uriam, Tire-d’Aile T1
, de Philippe Tessier


Avec tous les livres qui sortent, il m’arrive de prendre un peu de retard dans mes lectures et de découvrir seulement quelques mois plus tard de très bons romans. C’est le cas des "Loups d’Uriam", premier volume de "Tire-d’Aile", écrit par Philippe Tessier (Black Book Editions, www.black-book-editions.fr, septembre 2010). Je connaissais Philippe Tessier pour la sympathique série "Polaris", tirée d’un jeu de rôle : avec ce roman, il dévoile à plein ses talents d’écrivain. En effet, il nous donne là un récit inclassable, en partie conte de fée en partie fantasy, fort bien écrit et avec une touche d’humour. Il réussit l’exploit de captiver le lecteur avec ce qui est sans doute l’équipe de personnages la plus improbable que j’ai rencontré.

Tire-d’Aile, le héros, est un jeune pantin de bois animé et pensant, créé pour des raisons que nous ignorons par le grand magicien maître Saule. Il est accompagné dans ses périples afin de réaliser sa destinée, par Nacre, un loup blanc intelligent et bavard, Cristal, une araignée de cristal qui, à son grand dam, ne réussit pas à se faire comprendre de ses compagnons, Rose, une petite fée style Clochette qui couvre de rosée son entourage, Pyrea une minuscule flamme qui est une déesse vivante et voyage dans une lanterne, Ellyas, souvenir d’un professeur mort qui s’est "accroché" à l’esprit de Tire-d’Aile et Ombre, une guerrière entourée des Ailes de la Nuit ce qui fait que l’on oublie ce qu’elle vous dit et jusqu’à sa présence ! Plus étonnant encore, tous ces personnages, plus des dragons, des sorciers, des licornes, des géants - et des vrais, 20 mètres de haut ! -, des chevaux ailés, des hommes-loups et l’un de mes personnages préférés : un vautour majordome etc... évoluent dans un monde où tout est possible, où toutes les créatures sont intelligentes et parlent, où, lors des Guerres Hérétiques, quelques années auparavant, les hommes ont tué les dieux qui les gouvernaient grâce à des armes enchantées par des magiciens et sont en train de réduire en esclavage toutes les puissances des différents éléments.

A partir de là, Philippe Tessier nous conte l’odyssée de Tire-d’Aile, ce petit enfant de bois au grand coeur, qui cherche les réponses à ces questions fondamentales : qui suis-je, pourquoi suis-je ici, quel est le but de mon existence ? Et nous découvrons petit à petit, dans l’équivalent d’un road movie fantastique, un début de réponse à ces questions, tout en réalisant que les apparences sont trompeuses et que chacun est bien différent de ce qu’il semble être. En tout 370 pages foisonnantes, originales et créatives, où l’on retrouve ses émerveillements d’enfance à travers un récit très abouti sous une apparente simplicité ! Grincheux s’abstenir...

LucyloO et les Arpenteurs de Songe
de Chris Debien et Ysha


Grâce à "Zone franche", j’ai découvert une petite maison d’éditions qui s’appelle Aqua Lumina Editions (www.aqualumina.fr) qui vient de publier un album-livre de BD scénarisé par Chris Debien et dessiné par Ysha. Ce premier album, "LucyloO et les Arpenteurs de Songe", est une réussite ! L’héroïne est une "doll", une créature de chair synthétique dont le rôle est de récolter les perles d’oeniria dans le monde du Grand-Songe rêvé par le Haut-Rêvant, afin de garantir des rêves. Mais elle ressent des émotions que ses consoeurs n’ont pas. Et que se passera-t-il si le Haut-Rêvant cesse de rêver ? Le scénario de Chris Debien se déroule à la manière d’un rêve, un mélange très réussi de SF tendance steampunk et de fantastique. Les dessins d’Ysha sont magnifiques : ils sont un mix de Winsor McCay - les décors font penser à "Little Nemo in Slumberland" - et de manga - pour les personnages - et cela fonctionne très bien, donnant un résultat étonnant et superbe.
Un album très original donc, à découvrir !

Enquêtes de Solar Pons d’August Derleth
Les Moutons électriques continuent de gâter en ce début d’année les amateurs de grands détectives : après une biographie de Sherlock Holmes que j’avais précédemment signalé, voici maintenant un recueil de quelques-unes des "Enquêtes de Solar Pons", écrites par August Derleth, hommage non voilé au Maître. C’est un grand plaisir que de lire ces 7 aventures sélectionnées par André-François Ruaud et Xavier Mauméjean, toutes - à l’exception de deux - fort bien traduites par ce dernier, toutes remplies de clins d’oeil non seulement holmésiens mais aussi à Sax Rohmer et William Hope Hodgson. Avec une préface et une bibliographie très bien faite, aux commentaires précieux, de Xavier Mauméjean, voilà un beau livre à lire pour se replonger à l’époque révolue des détectives londoniens de grande classe !
Et vivement un autre volume d’enquêtes de Solar Pons.

Les Lunes de Sang 
d’Anaïs Cros

Les Editions Lokomodo ont eu l’excellente idée de rééditer en format poche, dans une version remaniée par l’auteur, le superbe roman de fantasy holmésienne d’Anaïs Cros, "Les Lunes de Sang", qui était sorti en 2006 sans susciter, fort injustement, beaucoup de réactions.
Je vous livre ci-après ce que j’en écrivais à l’époque :
"Pourtant, voilà un jeune auteur (23 ans) qui mérite des encouragements pour nous avoir donné un excellent roman, qui débute dans les Royaumes magiques, à Lunargent, capitale du royaume de Mortelune, en 1882... du calendrier mortelunien, avec la rencontre d’un médecin nain blessé dans la guerre des Vingt Lunes et d’un détective qui cherche un colocataire. Cela vous évoque-t-il un autre détective célèbre ? Bravo ! Anaïs Cros débute avec une transposition fort sympathique de la première aventure de Sherlock Holmes, Une Etude en rouge, dans ce monde de fantasy.
Ensuite, tout en gardant les traits caractéristiques des deux héros de Conan Doyle, elle les fait évoluer dans une enquête s’écartant de l’holmésie : le complot pour assassiner le roi réussira-t-il, d’autant que l’entrelacs des conjurés et de leurs motivations rend le roman palpitant !

De plus, et cela mérite d’être souligné, la personnalité du docteur nain, Evrahl, est très fouillée et montre une passionnante évolution au cours du roman. Le détective Listak ressemble plus au modèle qui l’a inspiré - sauf qu’il joue de la lyre au lieu du violon ! - et les révélations sur sa nemesis, Morsech, ne ressemblent en rien à ce que nous savons de l’autre protagoniste du combat des chutes de Reichenbach, bien que nous en trouvions aussi l’équivalent dans ce livre.

Le reste des personnages est tout aussi fouillé, en particulier la personnalité du roi Torn, et les descriptions des villes nous entraînent dans le rêve que nous attendons de la fantasy.

Un très joli et agréable roman, donc, dont personnellement j’attends maintenant la suite avec impatience. J’espère qu’Anaïs Cros est au travail...
"

Et, effectivement, Anaïs Cros s’était mis au travail puisqu’elle nous donnait en 2007 "Les Lunes de Sang II : La Lune noire", roman tout aussi réussi et passé tout aussi inaperçu car sorti chez un éditeur qui mettait immédiatement la clé sous la porte. Peggy Van Peteghem, la directrice de la collection, m’a indiqué qu’elle allait rééditer ce second roman puis les suites inédites écrites par l’auteur. Voilà une excellente nouvelle et je ne peux contenir mon impatience à les découvrir très vite.

Le Manuscrit de Grenade de Marianne Leconte

Avec ce nouveau roman, "Le Manuscrit de Grenade" (Pygmalion), Marianne Leconte fait son retour - et quel retour ! - à la littérature adulte en nous offrant une histoire superbe, inclassable, car mélangeant de manière heureuse SF, fantasy et fantastique. En effet, nous sommes en 1491 en Espagne, à la fin de la Reconquista. Mais l’Espagne d’un monde dans lequel les Maures ont conquis l’Italie et où le pape actuel, réfugié en Avignon, est un certain Torquemada... Et Marianne Leconte de tisser dans cet environnement la trame des destins de différents personnages qui n’auraient pas dû se rencontrer normalement : une "sorcière" juive, une noble catholique, une jeune musulmane de grande famille et un musulman converti, ayant chacun des dons bien spécifiques. Leur but est d’atteindre en vie le sultanat de Grenade, dernier bastion musulman assiégé, afin d’y retrouver un manuscrit dont le secret devrait leur permettre de sauver leurs différents coreligionnaires et rétablir une coexistence harmonieuse pour les trois religions du Livre dont ils sont les représentants et un exemple de tolérance et de compréhension. Réussiront-ils la mission qu’ils ont reçu alors que les Rois Très - trop - Catholiques sont sur le point de l’emporter ?

L’auteur, qui connaît bien histoire et ésotérisme, mêle avec bonheur différents éléments comme les religions disparues, l’alchimie, la magie, le tarot, les traditions, afin de présenter une intrigue serrée et exigeante, au déroulement implacable. L’action ne faiblit jamais, avec combats et évocations magiques, les personnages attachants, que ce soient les quatre "héros" à leur corps défendant ou ceux qui gravitent autour d’eux - entre autres, le portrait doux-amer du dernier sultan de Grenade est superbement rendu par Marianne Leconte - et la fin surprendra, je pense, tous les lecteurs. Marianne excelle aussi à rendre les atmosphères et les paysages - ses peintures andalouses sont magnifiques - et j’ai apprécié, en tant qu’amateur, ses scènes de repas, avec la description méticuleuse des plats servis à l’époque.

Vous avez compris que j’ai adoré le roman et que je ne veux pas en dire plus car je risquerai de trop en dévoiler ce qui gâcherait le plaisir de la découverte et de la lecture. Je vous invite donc simplement à prendre la route pour suivre Marianne Leconte à Grenade.

Jean-Luc Rivera

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