ITW Anne McCaffrey
de Anne McCaffrey et Todd McCaffrey
aux éditions
Genre : Anticipation

Auteurs : Anne McCaffrey , Todd McCaffrey
Traduction : Antoine Monvoisin
Date de parution : mars 2011 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :
Parution en vo : 2004

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Cette une interview est parue dans Locus en 2004. (attention, comme dans toutes les interviews de Locus, il n’y a pas de questions, juste les réponses des auteurs).

Anne (Inez) McCaffrey est née le premier avril 1926 à Cambridge, dans le Massachusetts. Dès l’âge de huit ans, elle imagine, met en scène et interprète ses premières pièces de Fantaisie lors d’une colonie de vacances. Quelques années plus tard, au collège, elle écrit un roman de 20 000 mots en cours de latin. Elle obtient en 1947 un diplôme de littérature et langues slaves (cum laude) à l’université de Radcliffe. Tout en s’intéressant toujours au théâtre et à la musique – elle joue et/ou met en scène plus de 30 productions –, elle commence à travailler comme rédactrice publicitaire pour Liberty Music Shops et Helena Rubinstein. En 1950, elle épouse H. Wright Johnson, avec qui elle aura trois enfants : Alec Anthony (1952), Todd (1956) et Georgeanne « Gigi » (1959). L’écriture devient sa principale activité dès 1965. Enfin, après un divorce en 1970, elle part vivre en Irlande, où elle acquiert ses propres écuries.

Sa première publication est une nouvelle intitulée « Freedom of the Race » (Science-Fiction Plus, 1953), qui sera suivie de « La Dame de la haute tour » (« Lady in the Tower », 1958) et du « Vaisseau qui chantait » (« The Ship Who Sang »,1961). En 1966, paraissent deux autres nouvelles (« Le Vaisseau en deuil » et « Le Vaisseau qui tuait ») ainsi qu’un premier roman, Reconstituée (Restoree). Anne McCaffrey est la première femme à avoir remporté à la fois le prix Hugo (« Weyr Search », 1968) et le prix Nebula (« Dragonriders », 1969). Les deux novellas récompensées finiront d’ailleurs par intégrer son second roman Le Vol du Dragon (Dragonflight), point de départ de la très populaire « Ballade de Pern » (« Dragonriders of Pern »). Parmi les épisodes suivants, on trouve Le Dragon blanc (The White Dragon,1978), premier livre de science-fiction grand format à figurer sur la liste des best-sellers du New York Times, pour lequel elle a remporté les prix Ditmar et Gandalf. Le dernier titre en date, La lignée du Dragon (Dragon’s Kin,2003), est une collaboration avec son fils Todd.

Ses autres séries : le cycle des hommes libres, « Doona » (avec Jody Lynn Nye), « La Planète des dinosaures » (avec Jody Lynn Nye et Elizabeth Moon), « La Transe du crystal », le cycle des partenaires (avec Margaret ball, Mercedes Lackey, S.M. Stirling et Jody Lynn Nye), la trilogie des forces (avec Elizabeth Ann Scarborough), les doués (Le Vol de Pégase, etc.), la Tour et la Ruche, le cycle « Acorna » (avec Margaret Ball, Elizabeth Ann Scarborough, et de nombreux autres auteurs), et plus récemment « Cœlura » pour un total de 66 volumes publiés. Elle a aussi écrit sept romans de genre et sept romans d’amour. D’autres travaux encore : l’anthologie Alchemy and Academe (1970), les livres de cuisines Cooking Out of This World (1973) et Serve It Forth (1996), et le recueil Get Off the Unicorn (1977), The Girl Who Heard Dragons (1994), et A Gift of Dragons (2002).

Ses contributions au genre et ses qualités d’auteur ont été maintes fois saluées : dix fois nominée pour le Hugo et le Nebula, elle a également reçu le prix E.E. « Doc » Smith en 1976, le prix Julie en 1999, plusieurs prix SFBC, et des prix Balrogs en 1980, pour l’ensemble de sa carrière et le meilleur roman, entre autres.
Elle vit à Dragonhold-Underhill, une maison qu’elle a elle-même conçue, dans le conté de Wicklow en Irlande. Le haras est constitué de 14 écuries et un manège couvert.
Cette interview a été réalisée avec son fils, Todd McCaffrey. Tous deux ont répondu aux questions, se sont corrigés et, dans certains cas, l’un terminait même les phrases de l’autre. Avec la permission de Todd, nous avons tout attribué à sa mère en changeant son « je » en « il » pour une lecture plus fluide.

Écrire fait tellement partie de ma vie
 
« Écrire fait tellement partie de ma vie que je suis vraiment très ennuyée de ne plus pouvoir le faire autant qu’avant. Mais rendez-vous compte, j’ai déjà créé neuf séries… je fais ce que je peux ! Je suis une retraitée de 78 ans qui vit en Irlande, entourée de toutes ces bonnes choses. Il y a les bons jours et les mauvais, mais je ne suis plus cette jeune idiote pleine d’énergie inconsciente du prix de l’écriture – et ce prix est élevé !
« Pour « Pern » , je passe le flambeau à mon fils Todd. Il a grandi avec ces textes, ces dragons, et m’a aidée à résoudre quelques problèmes, alors lui et Gigi (Georgeanne) ont le droit de continuer la série. C’est merveilleux qu’un membre de la famille veuille poursuivre la tradition. Je ne l’ai pas élevé pour qu’il devienne écrivain, mais il se trouve qu’il l’est devenu, même si la première fois que nos éditeurs lui ont demandé de réfléchir à ce qui arriverait quand je ne serai plus là, il leur a dit : « N’y pensez même pas, je n’ai pas assez d’idées pour écrire seul ». Il raconte qu’ensuite ils lui ont proposé ceci : « Pourquoi n’écririez-vous pas sa biographie pour qu’elle n’ait pas à le faire et qu’elle puisse se concentrer sur Pern ? » La biographie en question, c’était Dragonholder : The Life and Dreams (So Far) of Anne McCaffrey.

« Pendant qu’il y travaillait, nous avons évoqué la possibilité d’une collaboration. Au début, il s’agissait simplement d’échanger quelques idées. Après Tous les Weyrs de Pern, je ne savais plus ce que je voulais faire et il m’a dit qu’il s’était toujours demandé ce qui arriverait si deux chevaliers devaient partager un dragon. Nous avons commencé à jouer avec cette idée, mais lui était occupé à terminer Dragonholder et à élever un enfant, alors j’ai décidé de commencer seule. (Il voulait que je tue un de mes dragons. Impossible ! Je n’ai pu que le blesser grièvement...) C’est devenu Les Ciels de Pern.
« Quelques temps après, il a commencé à imaginer un roman pour Pern. Pour ne pas être trop proche de mes personnages – je peux être très possessive –, il s’est trouvé un endroit où il pourrait avoir ses héros et répondre à des questions que j’avais laissées en suspens. Il y a beaucoup de choses que je sais à propos de ce monde et que je n’ai jamais pu écrire parce qu’elles ne collaient pas. Ils ont vidé les vaisseaux de tout ce qui pouvait être utile par exemple, alors les morceaux d’aluminium sont sans doute encore utilisés dans la Pern moderne, on pourrait y lire le nom du Yokohama (ou une partie). Et les portes-sas sont peut-être toujours dans les parages… Mais c’est le problème de Todd maintenant.


Un camp d’entraînement intensif avec Anne McCaffrey

« L’idée pour Dragonsblood lui est venue au milieu de la nuit. Quand j’ai lu le synopsis, j’y ai dessiné un smiley et lui ai dit de se lancer. Il décrit tout ce processus (travailler sous ma direction) comme « un camp d’entraînement intensif avec Anne McCaffrey ». Écrire un roman n’a rien de facile ! Nous avons fait beaucoup de révisions et de coupes (il y a de quoi écrire quatres nouvelles avec les chutes, et peut-être qu’il ne trouvera jamais le temps d’y revenir). Après cinq ans de travail, maintenant que c’est terminé, il dit à qui veut bien l’entendre que je l’ai lu et que je ne l’ai pas tué pour autant. C’est vrai et je sais que je suis sa mère mais je serai toujours ferme à propos de Pern ! »

 « Dragonsblood est un roman pour adulte, mais plus tard il a aussi imaginé l’intrigue pour un de mes romans jeunesse, Dragon’s Kin. Il y est question de mines et de pierres de feu, de l’invisible, et cela a marché suffisamment bien pour que des enfants de mineurs nous écrivent que nos « mines semblaient bien réelles », et d’autres que nous avions tout à fait compris les frustrations éprouvées quand on ne peut rien voir. Todd a fait beaucoup de recherches pour comprendre comment les mines fonctionnaient à l’époque. Les premiers de nos ancêtres qui ont quitté l’Irlande travaillaient dans les mines de charbon à Scranton, en Pennsylvanie – alors nous y voilà, à réutiliser l’histoire familiale sans même nous en apercevoir ! Les deux prochains livres sont des collaborations avec des enfants un petit plus vieux, pour l’instant intitulés Dragon’s Fire et Dragon’s Heart. Dans ce troisième passage, nous n’en sommes qu’à 500 révolutions de l’histoire de Pern. Beaucoup de technologies ont été perdues, et beaucoup doivent être redécouvertes. Nous allons nous pencher plus précisément sur les pierres de feu et les mines. La première fois que j’ai parlé de ces pierres, John Campbell m’a demandé ce qu’elles étaient et j’ai répondu : « Je ne sais pas. Je ne suis pas une scientifique. » Alors il m’a suggéré deux sortes de phosphures. Nous nous servirons sans doute un peu plus de ça.

Ma fille, Georgeanne Kennedy, a publié trois romans

« Ma fille, Georgeanne Kennedy, a publié trois romans. Plus jeune, elle écrivait des histoires d’horreur en cours d’anglais et ça m’inquiétait. Ses enseignants savaient que j’avais divorcé et je me demandais quel genre de vie de famille ils lui imaginaient en lisant ces histoires. Il y a quelques années, Random House préparait une anthologie parent/enfant et j’ai dit à ma fille : « allez, tu peux nous faire quelque chose ». D’abord, elle a écrit une excellente histoire de pacte avec le diable, je n’ai apporté qu’une ou deux corrections, mais Random House ne voulait pas de ce genre de récits. Alors je lui ai dit de s’y accrocher (cette nouvelle n’a jamais été publiée en anglais, mais elle l’a finalement été en allemand), et d’en écrire une autre, celle qu’ils ont publiée : « The Howling ». Je suis très fière d’elle. Je crois qu’elle pourra écrire un peu plus dès que son fils sera à l’école ; c’est quand elle est entrée à l’école que j’ai vraiment pu commencer. J’avais toute la journée jusqu’à 15h 30 pour travailler et ça rendait les choses plus faciles. Les enfants ont parfois eu l’impression que je ne faisais pas attention à eux, trop occupée à écrire, et c’était vrai. Je ne faisais pas attention à eux, mais je gagnais ma vie comme ça ! »

Le Vaisseau qui chantait
est sans doute la meilleure nouvelle que j’aie jamais écrite
«  « Le Vaisseau qui chantait » est sans doute la meilleure nouvelle que j’aie jamais écrite. Encore aujourd’hui, les gens pleurent en la lisant, et moi aussi. Avec Todd, nous en avons fait une lecture à Brighton, filmée par la BBC. Il y avait ces cameramen accroupis devant nous, Todd était rendu à la fin de l’histoire (moi je ne peux pas la lire sans avoir la gorge nouée) et j’ai vu qu’ils avaient tous les larmes aux yeux. C’est tellement excitant, cette nouvelle qui a pourtant paru au début de ma carrière fait toujours autant d’effet. Je l’ai écrite parce que je ne pouvais pas la raconter à mon père, il est mort en 1953. Je me souviens avoir lu une histoire (je ne me rappelle ni le titre ni l’auteur) à propos d’une femme qui recherche le cerveau de son fils, qui sert de pilote automatique à un vaisseau cargo, pour lui permettre de reposer en paix. Je me suis demandée ce qu’un tétraplégique répondrait si on lui proposait d’échanger son corps contre un vaisseau spatial. Et s’il acceptait ? Je trouvais que c’était une idée fantastique et j’en ai tiré « Le Vaisseau qui chantait ».
 
« J’ai toujours utilisé les émotions comme outil d’écriture. Ça date de l’époque où je faisais de la scène. Si un auteur ne triche pas, ses émotions vont supporter tout le processus de publication et quand même prendre le lecteur aux tripes, mais il faut vraiment être sincère. Souvent quand on n’est pas captivé par un texte, c’est que « l’auteur n’y est pas » (dixit Gordon R. Dickson). Quand je décris Pern, j’y suis. Je vois les différentes couleurs, les feuilles, je sens les différentes odeurs (toutes ces choses en décomposition !). Il faut savoir tout ça. Gordon l’expliquait de cette façon : « Quand on décrit une chambre, on doit savoir ce qu’il y a dans le moindre tiroir, qu’on l’ouvre ou pas. Comme ça le lecteur nous fait plus facilement confiance ». Il était de bon conseil pour les jeunes écrivains comme moi. Étonnamment, Keith Laumer savait faire ça aussi. On ne l’imaginait pas sensible, mais « The Last Command » et « The Honor of the Regiment » sont deux nouvelles merveilleuses et vraiment on n’en sort pas indemne ! »
 
« Avant d’écrire, je dois trouver un nom à mes personnages pour pouvoir imaginer leur personnalité. J’ai assisté à une conférence de P.D. James à bord du Queen Elizabeth II, elle expliquait qu’elle avait besoin d’avoir le décor du meurtre avant de commencer un roman. Bien sûr, j’ai mon propre décor : Pern, tout une planète. D’ailleurs, j’ai un peu triché, je l’ai faite comme la terre, mais ce n’est trop grave, les deux ne sont pas complètement identiques. Le Dr. Jack Cohen m’a aidée avec certains détails, il sait quasiment tout sur tout. Avant lui, c’était John Campbell qui me donnait des conseils. C’était extraordinaire de travailler avec lui, il a souvent été très généreux avec moi et il m’a beaucoup aidée. Il était vraiment fait pour enseigner ! Il adorait réunir des écrivains et leur exposer un concept récupéré au MIT pour voir ce qu’ils en feraient. À partir de la même base, nous développions des histoires complètement différentes, c’était surprenant. Ça fait partie des joies et des peines de l’écriture.
 
« John aimait beaucoup Pern, il a publié « Weyr Search » et il en voulait plus. Alors je lui ai envoyé une nouvelle intitulée « Dragon Flight », il m’a répondu : « De toute évidence, ça fait partie du même livre ». Pour la première fois, j’ai compris que j’étais en train d’écrire un roman. Il tenait à voir les dragons et les chevaliers à la poursuite des Fils, alors j’ai demandé à mon expert local en aviation de me dire comment décrire ces scènes. Quand je lui ai envoyé la troisième partie du Vol du dragon (qui en compte quatre), il me l’a rendue en disant : « Vous ne m’avez toujours pas montré le vol, je vous suggère de faire » ça, ça et ça. J’y ai réfléchi – parce qu’on ne dit pas non à John Campbell (plutôt « oui oui, évidemment ») –, mais ça n’aurait pas été ce que je voulais. Il m’a fallu trois ou quatre jours pour comprendre que je pouvais utiliser une partie de ses conseils, à ma façon. Il a finalement accepté les deux parties avec les chevaliers. »
 
Mes dragons sont plus équins que reptiliens

« Il y a quelques années, « Le Plus petit des dragonniers » (une nouvelle écrite à propos de mon frère) est devenu un manuel scolaire pour les élèves de cinquième ! Des aquarelles merveilleuses servaient d’illustrations. J’ai obtenu l’adresse de l’artiste, Charles Reed, et lui ai demandé s’il lui restait quelques originaux. Il m’a cédé les quatre pour un prix raisonnable. Je lui ai tout de suite envoyé un chèque et j’ai rapidement reçu les tableaux. Des couleurs magnifiques. Ils décorent maintenant ma pièce de réception principale, qu’on appelle la pièce orange ou la pièce du petit dragonnier.
 
« Mes dragons sont plus équins que reptiliens (même si les chevaux peuvent être stupides et que mes dragons sont intelligents). Ne vous méprenez pas, ceux de Michael Whelan sont splendides. D’ailleurs, je suis sûre que Le Dragon blanc n’aurait pas eu le même succès sans son irrésistible couverture, mais j’ai beaucoup discuté de la morphologie des dragons avec un sculpteur Anglais de passage en Irlande. Un matin, j’ai reçu un énorme paquet d’Angleterre et cinq têtes de dragons sont tombées sur ma table quand je l’ai ouvert ! « Laquelle est la bonne ? » me demandait-il. Je les ai toutes regardées, elles avaient de telles expressions de compassion et de compréhension que j’ai failli pleurer. Il leur avait rendu leur puissance équine : si vous comptez sauter d’une falaise, il vous faut de bonnes pattes arrières ! J’ai une statue de Ramoth qui sort de sa coquille et une autre d’elle qui garde la falaise. Mes lecteurs peuvent d’ailleurs les acheter. Malheureusement, c’est à peu près tout ce que j’ai pu faire question merchandising. »
 
« Les choses avancent concernant les droits cinématographiques. Ça faisait vingt ans que nous négociions avec des producteurs, mais nous en avons trouvé un autre, qui a un bon CV. Peut-être que je vais finalement y arriver, même si j’ai parfois l’impression d’être Moïse qui ne verra jamais la terre promise ! Ils ont pas mal travaillé à Toronto en digital, ils ont aussi créé un faux dos de dragon, j’ai pu m’y installer et ils l’ont fait bouger. C’était un peu effrayant, mais combien de filles ont la chance de chevaucher un dragon, même un faux ? J’aimerais vraiment voir tout ça sur grand écran. J’espère que ça arrivera ! »
 
Le Dragon Blanc à bord de Discovery
« Un bon écrivain a la chance de rencontrer beaucoup de gens intéressants. Janis Ian par exemple. Elle m’a dit à quel point elle aimait mes romans et m’a demandé si on pouvait se rencontrer lors d’un de ses passages en Irlande. Je l’ai récupérée à son hôtel pour la ramener à Dragonhold. Nous avons passé une journée tranquille sans aucun journaliste. Je lui ai suggéré de rejoindre la SFWA (http://www.sfwa.org/) parce que certaines de ses chansons (comme « At Seventeen » ou « Society’s Child ») sont vraiment proche de la Fantaisie. Elle en a discuté avec Mike Resnick et quelques temps après elle demandait à des auteurs d’écrire des nouvelles à partir de ses chansons.
 
« J’ai aussi rencontré le Lieutenant Colonel Pamela Melroy, pilote de mission de la NASA. Elle voulait que j’assiste à son premier décollage, mais j’ai eu une crise cardiaque et je n’ai pas pu. « Une autre fois ? » lui ai-je répondu. Cet automne-là, le ciel était pour une fois dégagé en Irlande, j’ai pu voir Discovery passer au-dessus toutes les nuits. C’était une sensation formidable. Dans notre jardin, en se tenant d’une certaine manière, on avait l’impression que la navette venait droit sur nous, et puis elle disparaissait à l’horizon dans une sorte de flash rouge. Pamela avait emporté La Chanteuse crystal et a eu la gentillesse de prendre quelques photos là-haut, mon livre à la main. En quatrième de couverture, on peut maintenant lire : « Ce roman a fait plus de 171 fois le tour de la planète à bord de la station international ». Wow !
 
« J’ai pu voir le lancement de sa deuxième mission. Elle emportait cette fois une version poche du Dragon Blanc et une carte des étoiles vues de Pern que le Dr Stephen Beard, un ami, avait faite pour moi. (Me voilà avec trois livres de références pour une planète qui n’existe pas. Ça me fait beaucoup rire  !) Quand Pamela est passée avec son équipe en Angleterre pour inaugurer un nouveau musée de l’espace à Leicester, nous nous sommes rencontrées et le Dr Beard a pu récupérer sa carte. Il était aux anges ! Nous avons nos petites gloires – petites, mais elles ont beaucoup d’importance. »
 
J’écris encore un peu toute seule. J’ai deux trois nouvelles en tête
« Les gens en Irlande pensent que je n’écris que des livres pour enfants et je ne les corrige pas. Si ça les rend heureux, très bien. Je m’entends avec mes voisins et j’en reste là. Nous avons encore nos écuries où nous organisons une compétition pour jeunes cavaliers. Il faut être très habile pour obtenir une selle d’or, mais nous en délivrons aussi d’argent et de bronze. Le gagnant obtient une bourse pour travailler avec le cavalier de son choix, dans différentes spécialités équestres. Beaucoup de membres de l’équipe irlandaise ont eu leur selle d’or, ça montre aux parents qu’on peut vraiment gagner sa vie en montant à cheval. »
 
« J’écris encore un peu toute seule. J’ai deux trois nouvelles en tête, mais je travaille surtout en collaboration avec des gens comme Elizabeth Ann Scarborough, Margaret Ball, Elizabeth Moon ou Jody Lynn Nye. Comme j’ai gagné plus de prix que n’importe qui, je peux prendre les choses en main : « C’est moi l’écrivain en chef, mais si vous avez de bonnes idées, je suis toujours prête à les intégrer à l’intrigue ». J’écris un synopsis quand je travaille avec d’autres, mais mes collaborateurs ont aussi besoin d’avoir une part de liberté. Certains sont venus vivre chez moi, pour qu’on puisse discuter autour du déjeuner et que la magie opère. La plupart du temps, il n’y a pas de disputes. Il faut savoir rester attentif aux sentiments des autres. Écrire est la chose la plus tendre qui soit, il suffit d’un peu de diplomatie pour pouvoir discuter de ce qui doit arriver ensuite. Annie et moi nous sommes beaucoup amusées avec « Acorna » et nous avons prévu plusieurs autres tomes. On se dit « Voilà l’idée, voyons ce que nous pouvons en faire » et c’est amusant d’imaginer par exemple ce qui arriverait à nos enfants s’ils se changeaient en phoque dés qu’ils touchent l’eau ! Aurait-on encore vraiment besoin de les surveiller ? »
« Évidemment, un écrivain a plusieurs casquettes. J’ai reçu une lettre d’une fan en colère, elle me disait : « Quelle arnaque êtes-vous en train de monter, vous et votre éditeur, avec toute cette série Acorna ?! » Je venais pourtant de recevoir un autre courrier m’informant d’une réimpression de 5 000 exemplaires. J’ai compris le problème, cette femme avait une quarantaine d’années et Acorna est un livre pour adolescent, je le lui ai expliqué. Les romans jeunesse sont si populaires aujourd’hui, grâce à J.K. Rowling et à la série des Harry Potter (que j’ai vraiment appréciée). Elle a attiré tous ces nouveaux lecteurs qui ne savaient même pas qu’ils pouvaient être intéressés. Ma propre série « Harper Hall’ » a vu ses ventes augmenter et le « So You Want to Be a Wizard » de Diane Duane marche très fort aussi. Le marché Young Adults se porte très bien, merci. »
 
Anne (& Todd) McCaffrey