Rétro SF : Star ou ψ de Cassiopée de Charlemagne-Ischir Defontenay
de Charlemagne-Ischir Defontenay
aux éditions
Genre : Anticipation

Auteurs : Charlemagne-Ischir Defontenay
Date de parution : 0000 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Titre en vo :

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Philippe Ethuin nous présente chaque mois des textes essentiels dans la genèse et l’essor de la science fiction en France.

Publié en 1854, Star ou ψ de Cassiopée de Charlemagne-Ischir Defontenay est le premier space opera...

L’histoire d’une planète sur laquelle brillent quatre soleils, de ses cinq satellites et leurs habitants, des vaisseaux qui voyagent entre ces astres, des civilisations qui naissent, se développent, meurent, renaissent, la colonisation des satellites de la planète, une culture et une littérature extra-terrestres, la création d’une fédération interplanétaire, l’immersion du lecteur dans un univers situé du côté de la constellation de Cassiopée... tous les ingrédients d’un space opera n’est-ce pas ? et pourtant nous sommes en 1854...
 
On doit en effet au chirurgien Charlemagne-Ischir Defontenay (1819-1856) un unique roman Star ou ψ de Cassiopée qui est le premier véritable Space opera. Si L’Histoire véritable de Lucien de Samosate narrait, en 180 de notre ère, les conflits entre la Lune et le Soleil, le projet de Defontenay est bien plus ambitieux : l’espace devient le lieu de l’action et il sera suivi plusieurs décennies plus tard par de nombreux auteurs.
 
Publié pour la première fois en 1854, il est redécouvert en 1949 par Raymond Queneau avant de rejoindre la collection Présence du futur en 1964 et d’être récemment réédité dans la collection Terra Incognita chez Terre de brume (2008).
 
Le titre complet, Star ou ψ de Cassiopée, histoire merveilleuse de l’un des mondes de l’espace, nature singulière, coutumes, voyages, littérature starienne, poèmes et comédies traduits du starien, annonce le projet global de Defontenay et le situe clairement dans cette catégorie que l’on nomme depuis 1941 space opera. Ce n’est pourtant pas du western spatial mais bien la description géo-historique d’un monde situé du côté de Cassiopée.
 
L’ouvrage ne néglige les ficelles habituelles de l’époque avec la découverte par le narrateur dans les montagnes de l’Himalaya d’un « bolide » dans lequel se trouvent plusieurs livres et des manuscrits d’origine inconnue qui se révèlent au bout de deux ans d’efforts de traduction la correspondance entre deux sages stariens.
 
Star ou ψ de Cassiopée est un livre total qui présente l’ensemble de l’univers starien. Le système stellaire, la faune et la flore de la planète Star, ses satellites occupent le premier livre. Le second livre raconte l’histoire ancienne de Star et de ses civilisations ravagées par une forme de peste et par des égorgeurs fanatiques qui ne sont pas loin de détruire les Stariens. Grâce à l’invention de l’abare, un vaisseau spatial, et sous la conduite de Ramzuel, les Stariens quittent la planète mère pour ses satellites. Le troisième livre nous parle de l’exploration des cinq satellites de Star. Le quatrième livre est consacré à la recolonisation de Star menée par les Néo-Stariens et le dernier au voyage d’un Tassulien (habitant d’un des satellites de Star) dans la ville de Tasbar. Le tout est entrecoupé de pièces de la littérature starienne avec de la poésie et du théâtre. Star ou ψ de Cassiopée propose un univers cohérent qui s’éloigne de notre monde de référence et l’on peut affirmer que « ce roman est le creuset, d’une part, des recherches scientifiques de l’époque (notamment l’évolutionnisme lamarckien et la pluralité des mondes), et d’autre part, des théories sociales utopiques comme le socialisme saint-simonien et l’harmonie de la cosmogonie fouriériste au sein de la nature. »1
 
Comme souvent dans la littérature d’imagination du XIXe siècle, l’auteur ne dédaigne effectivement pas d’évoquer les aspects législatifs et moraux mais il termine son oeuvre sous le signe de l’évasion et de l’imaginaire : « Puissent ces récits d’un autre monde vous avoir fait oublier un instant les misères de celui-ci ».
 
 
Extraits :
 
La « flore-faune » starienne :
« Notre arrivée imprévue sur le bord d’une rivière y cause un tumulte étrange. Une multitude d’arbrisseaux aux feuilles vertes et luisantes s’élancent comme des oiseaux, fuient dans les airs agitant branches et feuilles en guise d’ailes, et vont s’abattre sur les rives à quelques distances.
 
Ces oiseaux-plantes nommés Bramiles sont des êtres singuliers qui, avec l’organisation d’un végétal, ont la sensibilité d’un animal, et la faculté de se mouvoir en agitant leurs rameaux articulés avec le tronc. Les Bramiles se fixent sur le bord des eaux courantes au moyen d’un pied tuberculeux armé et racines ou de suçoirs en forme de griffes qu’ils enfoncent dans la terre humide.  »
Livre I, Prise de possession, XIII
 
Les Abares :
« Ces machines de vaste dimension avaient une forme ovoïde et étaient doublées extérieurement d’une lame métallique percée seulement à certains endroits de petits vitrages recouverts d’une toile du même métal. C’était sur cette lame métallique, qui enveloppait les abares de tous côtés, que s’exerçait l’action physique formant la base de la découvert de ramzuel, et qui suspendait pour les corps enveloppés par elle l’effet de la pesanteur ou même imprimait aux abares une tendance plus ou moins forte à lutter en sens inverse de l’attraction terrestre. »
Livre II, Le suicide (suite)
 
Colonisation des satellites
«  Quelques années se passèrent encore ; mais, au bout de ce temps, on s’aperçut que les Tassuliens et les Stariens, ayant envahi tous les coins de cette terre malingre, ces deux races allaient étouffer sur un globe trop étroit et incapable de nourrir toute sa population.
 
Du côté des Stariens, un conseil des élus du peuple fut convoqué : là, Cosmaël, Séelevelt et Mundaltor calmèrent la douleur désespérée des Stariens en leur montrant des abares de grand modèle qu’ils venaient de terminer, et en leur promettant, à défaut de la terre starienne où ils n’osaient encore s’aventurer, un autre monde où le superflu de la population pourrait émigrer. Il fut donc décidé qu’une flottille d’abares, sous la conduite de Cosmaël, se dirigerait dans un moment opportun vers Lessur, le satellite de Star immédiatement placé dans l’espace au-dessus de Tassul.
 
Après une traversée où quelques abares dispersés furent obligé de retomber vers Tassul ; trois abares, commandés chacun par un des Longévites, débarquèrent à Lessur les Stariens au nombre de cent cinquante.
 
Avant d’entrer dans la description de ce satellite, disons de suit que l’exploration première de ce globe, dun volume double de celui de Tassul, suffit pour décider les Stariens à y former des établissements, et que, sur l’avis qui leur en fut donné, plusieurs centaines de familles stariennes de Tassul s’y transportèrent successivement. »
Livre III, Tassul
 
La ville de Tasbar
« Le territoire occupé par la ville de Tasbar comprend, comme nous l’avons dit, toute une vaste contrée. Au sud se trouve le port où arrivent à chaque instant d’innombrables vaisseaux qui remontent par les embouchures des trois fleuves jusqu’aux parties profondes de la ville. Des canaux gigantesques relient ensemble les différents bras de ces fleuves à travers les assises et les immenses développement de la cité.
 
Au centre de Tasbar, se trouve l’emplacement qui sert de débarcadère aux abares faisant un service régulier avec les quatre satellites, mais surtout entre Star, Tassul et Lessur. Plus au nord enfin, vers les faubourgs aboutissent ces larges chemins dallés en plaques d’un métal dur et poli et qui amènent les voyageurs et les denrées de tous les coins de la terre. »
Livre V, Voyage d’un Tassulien à Tasbar
 
A lire :
Charlemagne-Ischir Defontenay, Star ou ψ de Cassiopée , collection Terra Incognita, Terre de brume, 2008
 
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Philippe Ethuin
 
 
 
 
Note 1 Nadia Minerva, Jules Verne aux confins de l’utopie, Editions L’Harmattan, 2001, p. 178.

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