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S.O.S. Bonheur - L’Intégrale
(
1 )
de
Griffo
et
Jean Van Hamme
Deux monstres sacrés pour un chef d’œuvre…
Griffo,
Van Hamme. Avec ces deux noms, la série S.O.S. Bonheur comportait d’emblée
un certain nombre de promesses. Publiée en 1988 et 1989 en trois tomes,
ses auteurs ont aujourd’hui un CV bien rempli du côté de la BD et
font partie des grands de ce milieu. Pour ne citer que quelques faits d’armes,
on rappellera qu’on doit à Griffo les séries Giacomo C. avec
Jean Dufaux, Cinjis Qan avec Patrick Cothias et dernièrement
Vlad avec Swolfs. De son côté,
Van Hamme peut se targuer d’avoir réalisé Thorgal, Les
Maîtres de l’Orge, Le Grand Pouvoir du Chninkel, XIII,
Epoxy, une demi-douzaine de volumes de
Largo Winch et deux épisodes de Blake et Mortimer… Une
liste tout simplement impressionnante. L’origine de S.O.S. Bonheur
remonte à 1984. Jean Van Hamme en avait d’abord écrit le scénario
pour la télévision. Mais le récit d’un socialisme pas vraiment
idéal dérangeait en plein mandat présidentiel de François
Mitterrand en France. Du côté de la Belgique, la tournure politique
de l’œuvre rendait un peu frileux… Privé de télé,
S.O.S. Bonheur ressortira des cartons sous forme de série BD lorsque
Griffo proposera ses services au journal Spirou. Le rédacteur en chef de
l’époque a l’idée de génie d’associer les deux auteurs sur
ce projet, dont le premier tome verra le jour en 1988. Uniformisation
sociale. Découpé en trois tomes, les deux premiers
de S.O.S. Bonheur rassemblent de petites histoires dans une société
pas si éloignée de la nôtre. Seul changement, une volonté
d’uniformisation à outrance, avec comme alibi le bien des concitoyens. Ici,
c’est leur santé qu’on contrôle avec des amendes pour les fumeurs,
là c’est l’obligation de passer des vacances en groupe avec les animateurs
de l’Etat pour éviter les morts sur les routes, là encore c’est
le pont d’or offert aux écrivains à condition qu’ils ne parlent
pas des choses qui fâchent pour le gouvernement… A chaque fois, Van
Hamme pousse la porte de l’absurde. Les héros sont en face de telles obligations
qu’elles en deviennent obsolètes même lorsque c’est pour leur bien.
Seules alternatives : la soumission ou la rébellion. Mais que deviennent
alors ces exclus lorsqu’ils sortent du système ? La réponse ne vient
que dans le troisième et dernier volume de S.O.S. Bonheur. Un tome où
tout s’explique pour le meilleur et surtout pour le pire… Une
œuvre noire et un tantinet parano S.O.S.
Bonheur est une grande série. En tirant sur le fil du bien collectif
apportant le malheur individuel, Van Hamme exploite le meilleur des possibilités
de la science-fiction : nous faire réfléchir sur ce qui a les apparences
du progrès. On comprend mieux qu’en 1984, la télévision n’en
n’ait pas voulu. Et cerise sur le gâteau, ces rebelles ne sont pas tout
blanc eux non plus. Une sorte de mise en garde ultime qui a le goût de la
parano mais qui est salutaire pour éviter que la série ne soit taxée
de simple révolte adolescente contre la " société ".
Mise en image par Griffo, S.O.S. Bonheur est une œuvre qui n’a pas vraiment
vieilli et dont la lecture reste indispensable.
Jérôme Vincent
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