Rétro SF : Vingt mille lieues sous les mers et Autour de la Lune de Jules Verne
de Jules Verne
aux éditions
Genre : Rétro SF

Auteurs : Jules Verne
Date de parution : 0000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Philippe Ethuin nous présente chaque mois des textes essentiels dans la genèse et l’essor de la science fiction en France.

En 1869-1870 paraissent Autour de la Lune dans le Journal des débats et Vingt mille lieues sous les mers, dans le Magasin d’Éducation et de Récréation. Avec ces deux romans, Jules Verne passe du voyage géographique extraordinaire (Cinq Semaines en ballon, Les Enfants du capitaine Grant,...) dans lequel on pouvait trouver des éléments d’anticipation et des extrapolations parfois prudents à des œuvres dans lesquels l’imaginaire scientifique se développe plus largement encore que dans Voyage au centre de la Terre (1864). Autour de la Lune constitue la suite de De la Terre à la Lune (1865) et Vingt mille lieues sous les mers sera continué avec L’Ile mystérieuse (1874).
 
De nombreuses œuvres relevant de l’anticipation scientifique, de l’utopie et de l’extrapolation suivront.

On glose souvent sur les rôles respectifs de Jules Verne et HG Wells dans l’émergence du genre « science-fiction ». Nous suivrons Daniel Compère et Pierre Versins pour accorder au second le titre de « père de la science-fiction » et reconnaître au premier son apport : « Verne est moins un père de la science-fiction qu’un fils de Cyrano de Bergerac et d’Edgar Poe » (Daniel Compère) ; Verne « a introduit dans un large public un sentiment machiniste que la réalité ne suffisait pas à imposer. Il y fallait une prise de conscience artistique, ou tout au moins romanesque, et c’est cette prise de conscience qui émane de toute l’œuvre de Jules Verne, épopée industrielle, à la fois constat et ouverture. » (Pierre Versins).
 
La fantaisie intitulée Autour de la Lune c’est le rêve de l’espace atteint grâce à un boulet, ce sont les discussions érudites entre deux savants, Nicholl et Barbicane, contrebalancées par le bon sens et l’humour de Michel Ardan. Vingt mille lieues sous les mers, c’est la découverte d’un monde quasiment inconnu à l’époque, celui des grands fonds sous-marins ; Jules Verne truffe son récit des dernières avancées de la science (notamment de l’ichtyologie) et nous montre un capitaine Nemo sombre, défenseur des faibles et qui peut être un terrible vengeur.
Autour de la Lune et Vingt mille lieues sous les mers ont en commun de n’être pas seulement des oeuvres de vulgarisation scientifique mais de mettre la science au service de la poésie, en cela Jules Verne est popularise le merveilleux scientifique : quand on souhaite que la science se fasse rêve, il faut relire Jules Verne !
 
Deux extraits de Vingt mille lieues sous les mers
 
Le Nautilus :
"Un instant après, nous étions assis sur un divan du salon, le cigare aux lèvres. Le capitaine mit sous mes yeux une épure qui donnait les plan, coupe et élévation du Nautilus. Puis il commença sa description en ces termes :
« Voici. monsieur Aronnax, les diverses dimensions du bateau qui vous porte. C’est un cylindre très allongé, à bouts coniques. Il affecte sensiblement la forme d’un cigare, forme déjà adoptée à Londres dans plusieurs constructions du même genre. La longueur de ce cylindre. de tête en tête, est exactement de soixante-dix mètres, et son bau. à sa plus grande largeur, est de huit mètres. Il n’est donc pas construit tout à fait au dixième comme vos steamers de grande marche, mais ses lignes sont suffisamment longues et sa coulée assez prolongée, pour que l’eau déplacée s’échappe aisément et n’oppose aucun obstacle a sa marche.
« Ces deux dimensions vous permettent d’obtenir par un simple calcul la surface et le volume du Nautilus. Sa surface comprend mille onze mètres carrés et quarante-cinq centièmes ; son volume, quinze cents mètres cubes et deux dixièmes - ce qui revient à dire qu’entièrement immergé, il déplace ou pèse quinze cents mètres cubes ou tonneaux.
« Lorsque j’ai fait les plans de ce navire destiné à une navigation sous-marine, j’ai voulu, qu’en équilibre dans l’eau il plongeât des neuf dixièmes, et qu’il émergeât d’un dixième seulement. Par conséquent, il ne devait déplacer dans ces conditions que les neuf dixièmes de son volume, soit treize cent cinquante-six mètres cubes et quarante-huit centièmes, c’est-à-dire ne peser que ce même nombre de tonneaux. J’ai donc dû ne pas dépasser ce poids en le construisant suivant les dimensions sus-dites.
« Le Nautilus se compose de deux coques, l’une intérieure, l’autre extérieure, réunies entre elles par des fers en T qui lui donnent une rigidité extrême. En effet, grâce à cette disposition cellulaire, il résiste comme un bloc, comme s’il était plein. Son bordé ne peut céder ; il adhère par lui-même et non par le serrage des rivets, et l’homogénéité de sa construction, due au parfait assemblage des matériaux, lui permet de défier les mers les plus violentes.
« Ces deux coques sont fabriquées en tôle d’acier dont la densité par rapport à l’eau est de sept, huit dixièmes. La première n’a pas moins de cinq centimètres d’épaisseur, et pèse trois cent quatre-vingt-quatorze tonneaux quatre-vingt-seize centièmes. La seconde enveloppe, la quille, haute de cinquante centimètres et large de vingt-cinq, pesant, à elle seule, soixante-deux tonneaux, la machine, le lest, les divers accessoires et aménagements, les cloisons et les étrésillons intérieurs, ont un poids de neuf cent soixante et un tonneaux soixante-deux centièmes, qui, ajoutés aux trois cent quatre-vingt-quatorze tonneaux et quatre-vingt-seize centièmes, forment le total exigé de treize cent cinquante-six tonneaux et quarante-huit centièmes. Est-ce entendu ?"
 
L’Atlantide :
"En effet, là, sous mes yeux, ruinée, abîmée, jetée bas, apparaissait une ville détruite, ses toits effondrés, ses temples abattus, ses arcs disloqués, ses colonnes gisant à terre, où l’on sentait encore les solides proportions d’une sorte d’architecture toscane ; plus loin, quelques restes d’un gigantesque aqueduc ; ici l’exhaussement empâté d’une acropole, avec les formes flottantes d’un Parthénon ; là, des vestiges de quai, comme si quelque antique port eût abrité jadis sur les bords d’un océan disparu les vaisseaux marchands et les trirèmes de guerre ; plus loin encore, de longues lignes de murailles écroulées, de larges rues désertes, toute une Pompéi enfouie sous les eaux, que le capitaine Nemo ressuscitait à mes regards !
 
Où étais-je ? Où étais-je ? Je voulais le savoir à tout prix, je voulais parler, je voulais arracher la sphère de cuivre qui emprisonnait ma tête.
 
Mais le capitaine Nemo vint à moi et m’arrêta d’un geste. Puis, ramassant un morceau de pierre crayeuse, il s’avança vers un roc de basalte noire et traça ce seul mot : ATLANTIDE"
 
Deux extraits de Autour de la Lune
 
Poésie lunaire :
"Dans cet hémisphère de gauche s’étend la « mer des Nuées », où va si souvent se noyer la raison humaine. Non loin apparaît « la mer des Pluies », alimentée par tous les tracas de l’existence. Auprès se creuse « la mer des Tempêtes » où l’homme lutte sans cesse contre ses passions trop souvent victorieuses. Puis, épuisé par les déceptions, les trahisons, les infidélités et tout le cortège des misères terrestres, que trouve-t-il au terme de sa carrière ? cette vaste « mer des Humeurs » à peine adoucie par quelques gouttes des eaux du « golfe de la Rosée » ! Nuées, pluies, tempêtes, humeurs, la vie de l’homme contient-elle autre chose et ne se résume-t-elle pas en ces quatre mots ?
 
L’hémisphère de droite, « dédié aux dames », renferme des mers plus petites, dont les noms significatifs comportent tous les incidents d’une existence féminine. C’est la « mer de la Sérénité » au-dessus de laquelle se penche la jeune fille, et « le lac des Songes », qui lui reflète un riant avenir ! C’est « la mer du Nectar », avec ses flots de tendresse et ses brises d’amour ! C’est la « mer de la Fécondité », c’est « la mer des Crises », puis « la mer des Vapeurs », dont les dimensions sont peut-être trop restreintes, et enfin cette vaste « mer de la Tranquillité », où se sont absorbés toutes les fausses passions, tous les rêves inutiles, tous les désirs inassoupis, et dont les flots se déversent paisiblement dans « le lac de la Mort » !
 
Quelle succession étrange de noms ! Quelle division singulière de ces deux hémisphères de la Lune, unis l’un à l’autre comme l’homme et la femme, et formant cette sphère de vie emportée dans l’espace ! Et le fantaisiste Michel n’avait-il pas raison d’interpréter ainsi cette fantaisie des vieux astronomes ?"
 
Voir la Lune :
« L’invisible Lune, visible enfin ! »
 
Et tous trois, à travers un effluve lumineux de quelques secondes, entrevirent ce disque mystérieux que l’œil de l’homme apercevait pour la première fois.
 
Que distinguèrent-ils à cette distance qu’ils ne pouvaient évaluer ? Quelques bandes allongées sur le disque, de véritables nuages formés dans un milieu atmosphérique très restreint, duquel émergeaient non seulement toutes les montagnes, mais aussi les reliefs de médiocre importance, ces cirques, ces cratères béants capricieusement disposés, tels qu’ils existent à la surface visible. Puis des espaces immenses, non plus des plaines arides, mais des mers véritables, des océans largement distribués, qui réfléchissaient sur leur miroir liquide toute cette magie éblouissante des feux de l’espace. Enfin, à la surface des continents, de vastes masses sombres, telles qu’apparaîtraient des forêts immenses sous la rapide illumination d’un éclair…
 
Était-ce une illusion, une erreur des yeux, une tromperie de l’optique ? Pouvaient-ils donner une affirmation scientifique à cette observation si superficiellement obtenue ? Oseraient-ils se prononcer sur la question de son habitabilité, après un si faible aperçu du disque invisible ?"
 
 
A lire :
 
Jules Verne, Autour de la Lune, Chefs-d’oeuvre universels, Gallimard jeunesse, 2004, illustré par Jame’s Prunier
Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, Le Livre de poche
 
De nombreux livres de Jules Verne sont disponibles en format poche.
Dans Hector Servadac, on trouvera une autre exploration vernienne du système solaire beaucoup plus fantaisiste.
Le site Ebooksgratuits.com propose une quasi intégrale des oeuvres de Jules Verne avec 111 romans, nouvelles, récits et une interface multimedia. 
 
Une étude synthétique par l’un des meilleurs spécialistes de Jules Verne : Daniel Compère, Jules Verne. Parcours d’une oeuvre, collection Références, Editions Encrage, 1996
 
De nombreux auteurs se sont inspirés de l’univers vernien. Citons :
Francis Valéry, «  L’oiseau de Zimbabwe », in Futurs antérieurs, anthologie dirigée par Daniel Riche, Fleuve noir, 1999
 
Johan Heliot, La Lune seule le sait, Mnémos, 2000 ; La Lune n’est pas pour nous, Mnémos, 2005 ; La Lune vous salue bien !, Mnémos, 2007. Mnémos a récemment réédité les trois tomes en un volume La Trilogie de la Lune, avril 2011. La trilogie est aussi disponible en poche chez Folio SF.
 
Jean-Marc et Randy Lofficier et Gil Formosa, Robur (série de bande dessinée en trois tomes : De la Lune à la Terre, 20.000 ans sous les mers, Voyage au centre de la Lune), éditions Albin Michel, 2003- 2005.
 
La Machine à remonter les rêves. Les Enfants de Jules Verne, Anthologie dirigée par Richard Comballot et Johan Heliot, collection Icares, éditions Mnémos, 2005

Philippe Ethuin