Interview Manon Fargetton
de Manon Fargetton
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Manon Fargetton
Date de parution : 0000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail

Lire tous les articles concernant Manon Fargetton

Après Aussi libre qu’un rêve, Manon Fargetton revient avec June, premier tome de la trilogie Le Souffle.

Actusf : Comment est née June ? Quelle a été l’idée de départ de ce roman ?
Manon Fargetton : L’idée de départ, ou plutôt l’image de départ, est à l’origine de la toute première scène du roman : la mort de la dernière des Sylphes. En disparaissant,la sylphide transmet le Souffle – tout ce qui permet aux êtres de l’invisible d’interagir avec le monde des hommes – à une petite fille. Et cette petite fille, c’est June.
 
 
Actusf : Comment est-ce que tu vois la jeune fille qu’est June ?
Manon Fargetton : June se cherche. Elle est assez solitaire, pas forcément par choix, même si elle a appris à aimer cette solitude. Elle est clairement ado, capable d’insolence, de se mettre en danger ou de se laisser complètement porter par les événements, écartelée entre une colère qui couve en elle en permanence et une soif d’apaisement. Mais elle a dû grandir très vite, et dans un monde d’adultes, ce qui fait qu’elle est aussi assez réfléchie et responsable.
June est paradoxale, contradictoire. Comme si tout un tas de forces l’entraînaient dans des mouvements contraires, et qu’elle se trouvait là, résultante de ces forces, à tenter de trouver dans quelle direction avancer.
 
 
Actusf : Pourquoi avoir imaginé les faire grandir avec son frère dans un bordel ? :-) Qu’est-ce que va leur apprendre ce genre d’endroit ?
Manon Fargetton : L’univers des bordels du début du vingtième siècle m’intéresse, je suis captivée par les images de ces maisons de femmes où les hommes ne font que passer, pleines de murmures, de parfums, de vies brisées et de portes fermées. Un film récent, L’Apollonide, retranscrit particulièrement bien cette ambiance à la fois lourde et frivole.
June et Locki ne sont pas nés dans ce bordel, mais ils y grandissent. Et cela influe sur leur vie sociale. En effet, être « la fille qui vit au bordel », à l’école, ça passe moyennement bien, et ça impacte forcément leurs relations avec les gens de leur âge. Cela, ajouté à la mort de leur parents lorsqu’ils étaient très jeunes, a développé entre June et Locki une relation quasi fusionnelle. Ils ont chacun leurs amis, leur vie, mais au fond, la seule chose qui compte vraiment, c’est de ne jamais s’éloigner trop l’un de l’autre.
Ce que leur apprend ce genre d’endroit ? Que les gens ne sont pas toujours ce qu’ils paraissent. Et que quoi qu’il arrive, il existe toujours une raison de rire.
 
 
Actusf : June porte un héritage qu’elle ne veut pas forcément. Et pourtant le sort du monde est en jeu. Comment as-tu géré cette partie "acceptation de son destin" ? Est-ce que c’était facile ? Et par rapport à d’autres romans mettant en scène de jeunes gens ayant ce genre de destin, comment est-ce que tu te situes ? (Est-ce une sorte de quête initiatrice habituelle ou au contraire as-tu cherché à t’en démarquer ?).
Manon Fargetton : Difficile de répondre à cette question sans trop dévoiler le contenu du roman...
La période d’acceptation et d’apprentissage qui constitue la deuxième partie du roman a été la plus délicate et la plus longue à écrire. Pour moi, l’acceptation par June de son destin ne pouvait passer dans un premier temps que par l’émotionnel : la douleur de découvrir l’état dans lequel se trouve le monde, le sentiment d’injustice, le besoin de protéger ceux qui lui sont chers... Tout cela, ce sont des déclics, des aiguillons qui la poussent à comprendre le Souffle. Mais au fond, ce pouvoir est une part d’elle-même depuis son enfance. Le fuir, ce serait se fuir elle-même. Et elle n’est pas du genre à se fuir très longtemps.
 
 
Actusf : June est clairement un roman initiatique, et ce premier volume tout particulièrement. Se retrouver propulser hors du cocon, se rendre compte que le monde ne se résume pas à sa petite vie, se découvrir soi-même par l’apprentissage, l’épreuve, et grâce à des rencontres, etc. tout cela se trouve dans June. 
Manon Fargetton : J’ai lu beaucoup de romans de ce type, et certains m’accompagnent encore aujourd’hui. Ces influences sont forcément présentes et je n’ai pas particulièrement cherché à m’en démarquer. J’essaye seulement d’écrire un texte sensible et juste. A vrai dire, je n’ai jamais bien compris la « recherche de l’originalité »... A partir du moment où un individu écrit quelque chose, cela sort de lui, de cette somme d’expériences -réelles ou virtuelles- qui le définit et que personne d’autre ne possède, du moins pas de cette manière, de son point de vue... J’écris avec ce que je suis, avec ce que je porte en moi. C’est là, il me semble, que se situe l’originalité ; c’est en ce sens que June ne peut pas être « comme », même si elle peut sûrement « faire penser à ».
 
 
Actusf : Qu’est-ce que le "Souffle" ?
Manon Fargetton : Comme je le disais plus haut, le Souffle est ce qui permet aux peuples de l’invisible d’agir sur le monde des hommes. Cela regroupe beaucoup de « pouvoirs » spécifiques, mais en dire plus serait spoiler...
 
 
Actusf : Parle nous un peu de l’univers que tu as mis en place et des Sylphes ?
Manon Fargetton : Certains éléments dans le roman laissent penser que June pourrait se situer dans un futur pas si lointain. Mais ce monde est-il le nôtre ou pas ? Au fond, je ne veux pas trancher. Libre au lecteur d’imaginer ce qu’il veut.
Dans le monde de June, il y a donc le visible, le monde des hommes, et l’invisible, où s’opposent deux forces : la chaos et l’harmonie. Dans ce premier tome, ces forces sont portées par deux peuples, les Oldariss et les Sylphes. Trois Sources d’énergie régulent l’équilibre entre ces forces invisibles. Seulement voilà, ces deux cents dernières années, les Sources se sont éteintes les unes après les autres, et le chaos a peu à peu pris le pas sur l’harmonie, étendant son influence sur le monde des hommes. Après quelques guerres et une violente épidémie, les habitants des villes se sont retranchés derrières murailles et barbelés. Plus personne ne voyage, et depuis qu’elle y est entrée, June n’a jamais quitté La Ville. Pourtant, elle va devoir partir, quitter tout ce qu’elle aimait pour aller à la rencontre de l’inconnu, car en tant que porteuse de Souffle, elle est la seule à pouvoir relancer les Sources pour restaurer l’équilibre invisible.
 
 
Actusf : Le premier tome arrive ces jours-ci en librairie. Es-tu anxieuse ?
Manon Fargetton : Plus curieuse qu’anxieuse... 
 
 
Actusf : Que peux-tu nous dire du deuxième tome ?
Manon Fargetton : Je suis en plein dedans ! Pour le première fois, June est vraiment confrontée au chaos, et le deuxième tome sera donc plus sombre que le premier. Je retrouve aussi un thème qui m’est cher : celui de la révolte, du bouleversement de l’ordre établi.
 
 
Actusf : Quels sont tes projets ?
Manon Fargetton : Eh bien je vais commencer par terminer cette trilogie ! Ce qui devrait me prendre entre un an et demi et deux ans... pour la suite, d’autres personnages avancent doucement en moi, mais ils ne sont encore que des silhouettes. Ce que je sais déjà, c’est que je reviendrai vers le Nord, celui où les pas crissent et où le ciel danse...

Jérôme Vincent

D'accord, pas d'accord ? Parlez de ce livre sur le forum.

Répondre à cet article