Les coups de coeur de Jean-Luc Rivera - Septembre 2012
de Ben Aaronovitch et Alex Scarrow
aux éditions
Genre : Actes de colloque

Auteurs : Ben Aaronovitch , Alex Scarrow , Jean-Luc Rivera , Edgar Rice Burroughs
Date de parution : 0000 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Régulièrement, Jean-Luc Rivera évoque ici ses coups de cœurs et ses bonheurs de lecteur...

La Légende de Tarzan d’Edgar Rice Burroughs
 
Je crois que nous sommes nombreux à apprécier la bonne littérature populaire d’aventures qu’écrivait Edgar Rice Burroughs. Et les Editions Omnibus nous ont gâtés en la matière en 2012 : après la réédition des cinq premiers romans du cycle des aventures de John Carter sur Barsoom ("Le cycle de Mars"), voici que nous avons droit maintenant, sous le titre de "La Légende de Tarzan", à un volume contenant les cinq premiers romans du plus célèbre des hommes-singes, dont deux où il fait la connaissance de La et d’Opar, ses premiers pas dans cette Afrique inconnue des cartographes et des explorateurs coloniaux, celle que nous aimons et qui nous fait rêver depuis Rider Haggard. J’avoue que cela faisait longtemps que je n’avais pas relu les premiers Tarzan, depuis leur édition en français en 1970 ! Je dois dire que mon plaisir de lecture, de redécouverte de ces textes oubliés, a été très grand et que je me suis promis de relire les autres romans, non encore réédités. La prose de ERB m’a emporté de nouveau au sein de cette Afrique peuplée de Manganis, ces anthropoïdes parlant d’une race encore inconnue, de guerriers Waziris, la tribu alliée de Tarzan, de bons Français comme le lieutenant d’Arnot et de méchants trafiquants d’esclaves arabes, cette Afrique des naufrages, des pirates, des enlèvements, des combats épiques, des cannibales, des jungles profondes et des déserts sans fin, bref toute la magie de l’aventure sans complexe destinée à faire s’évader le lecteur pour quelques heures ! Claude Aziza, qui a dirigé le volume, a écrit, outre une préface fort intéressante, un Abécédaire Tarzan en fin d’ouvrage qui est une mine de renseignements, souvent très humoristique - en particulier l’entrée "J comme Jane" (p. 1122 et sq) est un monument d’érudition et d’humour à froid -, suivi d’éléments bibliographiques permettant au lecteur un premier approfondissement de ses connaissances sur Tarzan. A lire de toute urgence pour redécouvrir le Tarzan original, le seul, le vrai, pas celui d’Hollywood !
Et pour ceux qui veulent tout savoir sur Tarzan, en 166 pages et 50 questions couvrant tous les aspects du personnage et de son histoire (littérature, BD, cinéma, télévison), le livre de Claude Aziza, "Toi Tarzan, moi fan" (Klincksieck), répond à tout ce que vous pouvez souhaiter savoir et même plus... indispensable !
 
 
 
Magie noire à Soho de Ben Aaronovitch
 
Comme beaucoup, j’avais découvert et apprécié Ben Aaronovitch au printemps dernier avec la sortie de "Les Rivières de Londres" que j’avais trouvé très original (mars). Le tome 2 des aventures de Peter Grant, "Le Dernier Apprenti sorcier", intitulé "Magie noire à Soho" vient de sortir (toujours chez Nouveaux Millénaires) et est aussi passionnant que le premier. Nous retrouvons donc Peter Grant, ce jeune Londonien anglo-africain, policier et apprenti magicien, continuant son entraînement sous la direction de son maître, le raffiné et "so british" inspecteur Thomas Nightingale, tout en étant aux prises avec la résolution de meurtres surprenants car les victimes sont tous des joueurs de jazz. Cela nous donne l’opportunité de visiter le Londres de la musique et des boîtes de jazz, ce milieu très particulier que semble affectionner l’auteur et qu’il connaît manifestment aussi bien que les morceaux et les jazzmen anciens et modernes. L’intrigue est bien conçue et menée, les créatures surnaturelles intrigantes - nous en apprendrons ainsi plus sur les origines de Molly, la curieuse et inquiétante gouvernante-cuisinière de La Folie, la résidence de la Répression des Fraudes, le service écran composé de nos deux personnages - et, dans ce roman, pour certaines d’entre elles tout à fait poignantes et pathétiques. Nous retrouvons tout l’humour très pince-sans-rire de Ben Aaaronovitch, en particulier dans les portraits des parents de Peter, son père, joueur de jazz qui a tout sacrifié à son art excepté son amour pour sa mère, et, justement, sa mère, africaine volcanique et tyrannique mais en même temps si débordante d’amour pour son mari, son fils et toute sa famille au sens africain du terme, mais aussi dans ses réflexions sur l’urbanisme des années 1960 ou sur les moeurs de la police britannique... C’est toujours très drôle mais avec une tonalité cependant plus sombre - ou sérieuse - que dans le premier volume, suivant en cela l’évolution psychologique de Peter qui, à son corps défendant, murit en étant exposé à ses responsabilités et aux conséquences de ses actes et décisions.
Un roman à lire et à apprécier en suivant la bande son des chapitres pour se replonger dans le "swinging London" des années 1940 à 1960, un Londres aussi magique sous la plume de Ben Aaronovitch que le Londres contemporain ! 
 
 
 
Time Riders d’Alex Scarrow
 
Le voyage temporel et ses risques inhérents de modifier le bon cours de l’histoire (c’est-à-dire celle que nous connaissons) a suscité l’intérêt de nombreux auteurs qui jouent sur la liberté qu’il procure. Alex Scarrow s’y attaque à son tour avec une nouvelle série pour la jeunesse "Time Riders" dont deux volumes sont déjà sortis chez Nathan. Disons-le tout de suite : bien sûr, la base de départ est la même que celle de "La Patrouille du temps", le chef d’oeuvre de Poul Anderson, à savoir qu’il existe une mystérieuse organisation dont le rôle est de prévenir ou de corriger tout changement apporté à l’histoire. Mais là s’arrête toute ressemblance car Alex Scarrow utilise avec talent des intrigues qui sont en prise directe avec les centres d’intérêt et les connaissances de son lectorat. Dans le premier volume, "Time Riders", un homme mystérieux, Foster, apparaît dans des circonstances dramatiques pour offrir un choix de vie ou de mort à Liam O’Connor, jeune steward sur le "Titanic" en train de couler, à Maddy Carter, passagère d’un avion de ligne qui va s’écraser en l’an 2010, et à Sal Vikram, ensevelie sous les ruines qui vont finir de s’écrouler d’un complexe de tours luxueuses, cible d’un attentat terroriste à Mumbai en 2026. Tous trois ont fait le choix de la vie et vont donc constituer une équipe vivant dans une boucle temporelle soigneusement choisie (New York les 10 et 11 septembre 2001...) où, sous la direction de Foster, ils vont apprendre leurs rôles et les dons qu’ils ont et qui les ont fait choisir. L’auteur rend fort bien les difficultés d’adaptation psychologiques des trois adolescents qui, venant d’époques différentes et de cultures différentes, doivent s’associer et fonctionner harmonieusement en équipe tout en maîtrisant des technologies qu’ils ne connaissent pas, le tout assisté par un clone d’homme surhumain, poussé en éprouvette géante de manière accélérée, au cerveau électronique bourré de connaissances. Après avoir suivi leur début de formation, un incident arrive et l’histoire est changée de manière spectaculaire à leurs yeux et aux nôtres : une onde temporelle balaye la ville et, soudainement, le cours de l’histoire ayant été modifié drastiquement, la ville aussi avec toutes les incidences que cela suppose pour eux, y compris que leur agence n’existe plus. Liam devra aller rétablir le bon cours des choses en 1941, lorsque Hitler a été averti qu’il ne devait pas envahir la Russie et a suivi le conseil. Et c’est là où Scarrow fait preuve d’un grand talent : sur ce terrain glissant que constitue une aide apportée à Hitler et une Allemagne qui gagne la guerre, il transforme cette intervention car son voyageur temporel est un idéaliste qui méprise le Fürher et a décidé que c’était le point de divergence à utiliser pour des raisons avec lesquelles le lecteur pourrait sympathiser... Mais la conclusion inéluctable est que les idéalistes fanatiques voulant le bien de tous peuvent se révéler aussi dangereux pour la société que les indifférents ou les s.....s. C’est fort bien trouvé, fort bien tourné et l’auteur joue avec brio des paradoxes temporels.
Il en va de même avec le volume suivant, "Le jour du prédateur", où, suite à une erreur de Maddy alors que Foster les a quitté pour terminer tranquillement ses derniers jours au soleil en mangeant un hot-dog - seule celle-ci connaît son secret terrible -, Liam et toute une bande de jeunes et leurs professeurs sont projetés 65 millions d’années en arrière, au Crétacé et au milieu des dinosaures, alors qu’il était allé dans le futur pour empêcher que le voyage temporel ne soit pas découvert suite à l’assassinat de son auteur théorique encore jeune par un autre voyageur temporel hostile à ceux-ci. Vous le voyez , Alex Scarrow sait manipuler les paradoxes et il le fait avec jubilation, tout en y intégrant beaucoup d’éléments de manière fort astucieuse : ses personnages sont projetés dans le Texas du Crétacé et cela explique certaines des empreintes fossiles d’hommes contemporains des dinosaures revendiquées par certains créationnistes dans le lit de la rivière Paluxy ; il utilise les spéculations de certains paléontologues pour créer et décrire ses dinosauriens évolués et leurs "blocages", c’est remarquable ! Une fois de plus, il imbrique les différents paradoxes temporels pour terminer en feu d’artifice !
J’avoue être totalement séduit par ces deux volumes qui sont d’une lecture fort agréable, comme je l’ai déjà souligné d’une grande finesse et d’une exactitude historique impeccable, qui peuvent plaire à toute la famille, une bien belle variation sur le voyage temporel avec des héros fort sympathiques grâce à leurs incertitudes et leurs doutes qui nous parlent. Deux autres volumes sont déjà annoncés, le prochain dans quelques semaines.
 
 
Jean-Luc Rivera

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